CHAPITRE VI
Suite DE l'examen DES OEUVRES d*Ovide. — Les Métamorpuoses
ET LES Fastes.
I. Les Métamorphoses. Envergure et nouveauté du sujet. — 11. Développement de chacun des quinze livres du poème. — 111. Appréciation. Efforts faits pour relier entre eux tous les récits. Remarque sur Tordre chronologique des événements. Anachronisme portant sur les mœurs des personnages. Part d'invention du poète même dans les imitations les plus accentuées. Promptitude de son esprit à saisir et à créer les analogies dans Pcxplication des métamorphoses pour donner toujours de la variété à des dcnoùments toujours les mêmes. Emploi qu'il foit de la comparaison et de la personnification. Son grand talent de description. Utilité dos discours et des monologues introduits dans sa narration. Flexibilité d'imagination et de style qui lui permet d'adapter les tons et les couleurs aux scènes les plus diverses. Importance et mérite de son œuvre malgré les défauts qu'un y relève. — IV. Lbs Fastbs. Motifs qui le portèrent à écrire cet ouvrage. Sources auxquelles il put puiser. Pourquoi il ne l'acheva pas et pourquoi il le dédia à Gcrmanlcus. — V. Analyse des six livres. — VI. Emploi fâcheux qui y est fait du distique élégiaquc. Ce qui manquait à Ovide pour donner à l'œuvre l'animation et toute la grandeur qu'elle comportait. Elle a toutefois des qualités littéraires incontestables. Elle a aussi pour nous une grande valeur archéologique. Éloges que lui ont décernés des critiques réputés. Imitations qu'en ont tirées plusieurs poètes firançais.
En entreprenant les Métamorphoses S Ovide se proposait» comme je l'ai dit dans le chapitre de sa biographie, d*em-
(1) Le ms. considéré comme le plus important est celui de Florence (Bib. Laurent., Marcianus, S^), du X« s., dont les 119 f. donnent le poème presque entier : I, 1 - Xlll, 275 ; XIII, 3U — XIV, 271 ; XIV, 307-830. — 11 faut
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brasser en un immense poème toutes les légendes de la Grèce et ào l'Italie qui avaient trait à ces transformations ; il voulait on prendre le récit à l'origine du monde pour le mener jusqu'à son temps, de façon aie terminer parle transfert de César au nombre des astres et par la déificatiOD d'Auguste, dont lagrandeur serait décrite commesupérienre encore à celle de son père. Aucun av^et ne comportait une conception plus étendue que celui-là, ane érudition plus profonde, une conclusion plus propre à flatter les secrets sentiments de l'empereur. Pour en apprécier le choix, il fautse rendre compte de l'intérêt qu'avait, poorquiconqae se piquait d'une bonne éducation, la connaissance des tables, mal distinguée encore de celle de l'histoire ; et, pour comprendre toute l'importance qu'eût pu prendre l'ouvrage, il faut se rappeler aussi que sur plusieurs de ces mythes était en partie basée la religion romaine; que sur la consolidation de certaines vieilles croyances, dont le culte officiel n'eût pu se passer, reposait l'ambition per^ sonnelle et dynastique d'Auguste. Ovide, à la vérité, par la tournure de son esprit, se trouva entraîné à envisager
citer un aulK mi. da Florence (Bib. Laur., riotaus, xxivi, 12) xi> a. : 1, 1 — xLi. SSe ; — celui de l>M-la (Bib. ntt. 1*1., 13Î46) IX< », : 1, l»-193 (moioB l)l-H3)et H, 67-160; — celui de Berne id> 363), 1X< a. : 1, 1-199 ; 3IU-309 i 7T3-77S ; il, MI ; lli, 1-56 ; — celui de Lelpiig [Rar. J, o' U), X< a. : lit, ■31-153; — le Harleianaa (WIO du Hvùe Britannique), X* a. : I, 1 — III, liit; — no aulro ma. du Huaée Brit. (Addit. 1 1967), X- a. ; II, S334TS; III, 1-510 i IV, Î9S-803 ; V, 1-389 el 588-678 ; VI, l-il4 ; - celui d'Erfurl (AmploiiiiDua l), Xll< a. ; I, 1-607 ; II, ««8 — XIII, 137; relui de Florence iBtb. Laur., NarciaouB, «3), Xll- a. — et le Neapolitanus IV F. 3 du Xf a. — M. Ëm. Châtelain donne dea ap^-imena de alx de cea tnaa. dana la Paléographie, Toi». Il, PI. xciv-Kïiti.
Pour lea êditiona àes UéUtm. Cf.: J.Chr. Jabn, Leipilg, 1831;BBuingBrteD- Crualno, Lcipi., 1K31: V. Loers, Leip., 1813; U. Korn, Berlin, 1880; A. /.ingerle, Prag., 1884; H. ilagnua, Gotha, 1885; A. Rlesc, Leipii, 1889; h'i- Harder, BieleTeld, 1894; Korn-Eh«-ald, 1898. — EdKioiia elawiiques et ihoii do morceaux: R. Herkel, Lei|ii.,1S7â ; Engclmann, Uunlclil. 1S78, : J. .Meuaer, Padrrb.>,1886; Ch. Slmmona, Londr., 1887 ; J. Siebel ia-F. Poil., l.eipi.i*, 1892 ; F. Gnewlto, Htlan, 1897 ; V. Cerruti, Turin, 1897 ; P. Lejay, l'aria, 1 1901.
sa matière bien moins au point de vue religieux et politique qu'au point de vue poétique et savant. Sans négliger de rendre hommage à Rome, il ne fit pas do l'idée romaine l'idée directrice de son œuvre; il ne s'attacha pas à quelque principe de piété, de philosophie ou de patriotisme qui l'eût constamment guidé ; il voulut surtout, comme érudit, se soustraireà tout reproche d'omission; il réunit, si le compte en est bien fait, jusqu*à cent quatre-vingt-douze fables, et toutes furent données sans autre souci de composition que celui de présenter avec élégance un corps de poème régulier. L'envergure .du sujet cependant ne saurait être niée.
De plus, il était neuf. Non pas que les Grecs n'eussent jamais décrit de métamorphoses. On en trouve d'isolées dans les vers d'Homère, d'Hésiode et de Pindare, comme dans la prose d'Hérodoto et jusque dans celle d'Aristote. Les Alexandrins, si amoureux de descriptions et de recherches mythologiques, n^avaient pas manqué d'en prendre souvent pour sujets de leurs compositions. Plusieurs même avaient imaginé d'en réunir un certain nombre dans des livres spéciaux. Antigone de Caryste, par exemple, avait écrit vers le milieu du troisième siècle, avec un recueil d'histoires merveilleuses 'I^jroptûv -îrapaîoÇwv cuvoywytq un livre ayant pour titre 'AXkomzv,;. Nicandre de Colophon\ vers la fin du même siècle, s*était fait remarquer par des récits du même genre, qu'il avait intitulés èispoiou- {jieva. Théodore et Didymarchos, dans leurs Meiaixspçcoaetç, et Bœo*, dans son traité sur les présages des oiseaux 'Opvtôoyovta, avaient suivi une voie semblable. Tout récemment encore, Didyme d'Alexandrie, qui, dit Suidas, vivait au temps de Gicéron et qu'on surnommait X^Xx^vxepcç « aux entrailles d'airain » à cause de sa prodigieuse activité litéraire", avait beaucoup écrit sur les mythes
(1) Cf. Rohde, Griech. Roman. , p. 92-93.
(2) PscudoDyine d*un Alexandrin que le poète Macer avait imité dans un poémo sur les oiseaux auquel fait allusion une des élégies d*0vidc.
(3) Cf. MM. Croiset, Hist. de la liti. gr., tom. V, p. 303.
comme sur les antiquités. Et Parthénius de Nicée, le maître •de Virgile» avait, comme je Tai rappelé en parlant de Gallus» compilé à l'usage de celui-ci des sujets à mettre en élégies, tirés d'aventures d'amour aboutissant d'ordinaire à des métamorphoses ^ Qu'Ovide ait puisé à toutes ces sources, je n'en doute pas. Du reste, le récit d'Antoninos Liberalis, grammairien grec, qui vécut deux siècles après lui et qui publia un recueil en prose Marx^icpex^sscov Tjvayw-rt *, où se trouvent répétées quarante et une des métamorphoses qu'avaient racontées divers poètes et particulièrement Nicandre. nous prouve suffisamment les emprunts faits à celui-ci par le poète latin'. Mais les données puisées deçà et delà ^ aux livres des mythologues antérieurs, comme celles qu'il ne s'est pas fait faute de recueillir chez les poètes épiques et tragiques de la Grèce et de Rome, n'étaient que des matériaux dispersés ou sans cohésion : son invention à lui, sans parler maintenant de celle qu'il a portée sur les détails, consisUiit à lier entre eux tous ces membres épars pour en constituer un corps unique et d'ensemble régulier. La tâche était ardue. Héussit-t-il à en surmonter toutes les difficultés? C'est seulement après une analyse des quinze livres dont se compose l'ouvrage qu'il nous sera permis de nous prononcer, et, bien qu'il ne soit pas aisé de donner le résumé d'une œuvre de ce genre. Je n'hésite pas à le présenter, tout en prenant le soin de marquer les transitions dont s*est servi l'auteur pour lier entre eux tant de récits divers.
(I) Cf. Rohdc, Griech. Roman., pp. 93-95.
(% Cf. M3I. Croisct, HLst. de la Litt. gr., l, V, p. 690. — Voir rédiUoo E. Martini, dans la bibl. Teuboer, Myihog. Grseci, vol. Il, Leipzig, 1896.
(3) Dans le commentaire des Géorgiques attribué à Probus [Georg. jly 399) il est positivement dit qu'Ovide avait imité Nicandre en même temps que Théodore : a Varia est opinio harum ooiucrum (alcyonum) originis : itaque in altéra sequitur Ooidius Nicandrum, in altéra Theodorum,,^
(■i) Cf. SIeilmann, De cauais et auctoribus narrationuni de mutcUis for mis y Leip.^ 1T86.
L'allure plus grave du poème, sigaiflée par remploi d» vers hexamètre, nous montre tout de suite que nous en-^ trons dans une sorte d'épopée ^
Livre I. — Après une invocation aux dieux, qui indique avec précision et simplicité, en quatre vers seulement, tout le sujet, le poète l'aborde par une description du chaos qui,, selon lui et d'après une très ancienne croyance philosophique à la préexistence de la matière, avait précédé la for-mation du monde. Cette création, due à la divinité confondue dans la puissance de la nature ^Deus et melior na^lura », est la première des métamorphoses, qui se termine par la naissance de l'homme fait, par suite do quelque* germe des éléments célestes, à Timage des dieux (v. 1-88). Alors se succèdent l'âge d'or et du printemps éternel, l'âge d'argent avec Jupiter qui prend la place de Saturne, Tàge d'airain aux mœurs plus dures, l'âge de fer où tous lescrimes se font jour (v. 89-150). Les géants osent attaquer le ciel, Jupiter les écrase ; mais du sang de ses enfants la terre engendre une race pire encore (v. 151-162). Jupiter s'indigne, convoque rassemblée des dieux, leur dit comment, descendu du ciel pour se rendre compte de tant de forfaits, il a changé en loup le cruel et impie Lycaon et. pris la résolution de détruire une génération si mauvaise
(1) On a discuté sur le genre auquel il doit étro rattaché. Le sujet y est trop multiple et Tintérét trop divisé, disent plusieurs, pour qu'il remplisseles conditions de la véritable épopée ; nous ne saurions, d'autre part, le considérer comme un poème didactique, bien qu'il embrasse l'ensemble desfables anciennes et présente par là comme un enseignement mythologique. Le mieux, ce me semble, est de le mettre à part, ainsi que l'ont fait Schoell et La Harpe qui, dans leur classement des genres des poésies latines, en ont rendu compte comme d'un poème mythologique et descriptif après avoirparlé do VÉnéide et avant de traiter du De natura rerum.
LIVHE OLTATHIÈME. CB. VI, S-
(T. 163-252). Un déluge unirersel la foit périr tout entière & l'exceptioD de DeucalioD et de aa femme Py rrba, sauvés en raison de leur piété, sur une nacelle qui s'arrête an sommet du Parnasse'. Us supplient la dÎTiaité de repeupler la terre : Tbémis leur en indique le moyen, et les pierres, qu'ils jettent l'un et l'autre derrière eux, se changent en hommes et en femmes qui forment une race dure, faite pour le travail (V. 253-415). L'humidité et la chaleur, tempérées l'une parl'autre, produisent bientôt un grand nombred'animaux. les uns semblables à ceux d'autrefois et les autres nouveaux. Parmi ceux-ci apparaît le terrible Python, tué par les flèches d'Apollon qui institue les jeux Pythieos. Miûs le laurier n'existe pas encore pour couronner les vainqueurtj (v. 416-151). Il va nattre. Apollon, lier de son arc, se moque de celui de Cupidon, et celui-ci se venge en décochant deux de ses traits, l'un sur lui et l'autre tout différent sur la belle Daphné, flile du fleuve Pénée. Apollon alors brûle d'amour pour elle, mais elle, do son côté, veut rester vierge; il la poursuit, elle fuit, et comme il est sur le point de l'atteindre, elle implore l'assistance divine qui la métamorphose en laurier. Elle devient l'arbre préféré du dieu (452-567). Tous les fleuves cependant se réunissent autour de Pénée pour le féliciter ou le consoler ; un seul est absent, Inachus, qui reste enfermé dans son antre, pleurant sa fille lo. Aimée par Jupiter et transformée en génisse, lo a été placée par la jalousie de Junon sous la surveillance d'Argus aux cent yeux. Mercure, envoyé pour la débarrasser, endort ce gardien aux accords de sa flûte et par le récit qu'il lui fait de la transformation de la nymphe Syrinx en roseau; puis il le tue. Les yeux d'Argus vont orner le plumage du paon, oiseau de Junon, et la déesse, courroucée, remplit lo d'une fureur qui la porte par toute la terre jusqu'aux bords du Nil où Jupiter, calmant enfln sa redoutable épouse, lui rend sa première forme; il fait qu'elle y soitadoréo comme déesse. Elle a pour flis Épa-
(1) Voir Appendice
phus» qui, du même âge que Phaéton, fils du Soleil, se moque un jour de la jactance de ce jeune orgueilleux, en lui disant que Glymène, sa mère, le trompe sur sa naissance. Phaéton demande donc à Clymène une preuve de sa divine origine et elle l'envoie vers son père aux portes de rOrient (v. 568-779).
Livre II. — Phœbus, dans son palais resplendissant, le reçoit tendrement et s^engage, par le Styx, à lui accorder comme gage de sa naissance, la chose qu'il demandera. Le téméraire exprime le vœu de conduire pendant un jour le char paternel et, malgré les avis les plus pressants, persiste dans sa résolution. Mais à peine a-t-il les rênes en main que les quatre coursiers s'emportent dans une course folle à travers le monde qui s'embrase. La Terre, sur le point d'être anéantie, implore le maître des dieux, et celui-ci n'a d'autre ressource que de lancer sa foudre contre Phaéton, qui tombe tout fumant dans l'Éridan. Ses sœurs en sont tellement affligées que les dieux, par pitié, leschangenten peupliers et leurs larmes en parcelles d'ambre (v. 1-366). En même temps, Gycnus, son ami inconsolable, est transformé en cygne. Phœbus ne reprend qu'avec peine la direction de son char (v. 367-400). Pour se rendre compte des suites de la catastrophe, Jupiter visite la terre et surtout sa chère Arcadie. Là il rencontre la nymphe Calisto, compagne aimée de Diane, et, par un subterfuge, il la séduit, si bien qu'elle devient mère d'Arcas, que Diane la chasse et que Junon la change eu ourse. Plus tard même, Arcas, devenu grand, la poursuit à la chasse et va la tuer quand Jupiter détourne le coup et les enlève tous les deux pour les placer, quoi qu'en puisse penser Junon, dans le firmament (v. 401-531). Ceci remonte à peu près au temps où le corbeau fut puni de son bavardage. Il avait pourtant reçu un avis sérieux de la corneille, cette princesse de Goronée qui, devenue l'oiseau aimé de Minerve, perdit par une indiscrétion les bonnes grâces de la déesse et se vit préférer Nyctimène métamorphosée en triste chouette. Malgré cet avertissement, il alla apprendre à Apollon les trahisons de
sa chère Coronis, et le dieu, après avoir, dans un mouvement de colère, tué Coronis qui était sur le point d'enfaoter, s'en repentit : il sauva l'eufant qu'il confia à Chirou, puis enleva au messager de malheur son plumage tout blanc, le corbeau devint noir (v. 532-633). Tandis que l'eulant de Coronis, Ëaculape, grandissait près du Centaure, Ocyrlioë, fille de celui-ci, saisie un jourd'une fureur prophétique, révèle tout à coup les destinées de l'un et de l'autre et s'en trouve punie par Jupiter, qui la métamorphose, par une ressemblance partielle avec son père, en cavale (v. 634-675). Chiron, désolé, ne peut implorer le s d'Apollon qui, pour l'heure, s'est mis, par amour, au service d'Admète ; Mercure était alors en train de dérober au divin berger les troupeaux du roi et transformait en pierre le cupide Battusqui,pour de l'argent, s'était montré disposé à trahir le secret de ce détournement (v. 676-707). De là Mercure se rend à Athènes où, s'éprenant d'amour pour Hersé, il prie Aglaure, sœur d'Harsé, de favoriser sa passion. Mais Aglaure réclame de l'or pour ce service, et M)n<;rve, depuis longtemps Irritée contre elle, pour l'empêclier de s'enrichir, fait agir contre elle l'Envie qu'elle va trouver dans son triste séjour. Rendue jalouse de sa sœur, elle arrête alors Mercure sur lo seuil du palais de Cécrops, où, ne pouvant entrer, il la change en statue (v. 71S-833). De retour au ciel, il reçoit de Jupiter l'ordre de se rendre eu Phènicie et d'y diriger sur un point du rivage le troupeau d'Agènor; c'est li que joue d'ordinaire au milieu des jeuDL'sTyriennes Europe, fille du roi; Jupiter y vient bientôt sous la forme d'un taureau d'une merveilleuse blancheur, charmela jeune fille, et lorsque, par jeu, elle ose s'assi'oir sur son dos, il l'enlève et la transporte à travers les Ilots jusqu'en Crète'(v. 836-875).
LivBE m. — Agénor ordonne à Cadmus, son fils, de rechercher Europe, lui défendant de revenir sans die. Après d'inutiles efiorts, Cadmus s'arrête dans le pays grec
[r Appendice cetxi
qui doit devenir la Béotie ; il y voit dévorer ses compagnons par un énorme serpent, le tue et, sur l'avis de Minerve, en sème les dents, qui donnent naissance à une foule de guerriers armés ; mais ceux-ci s'entretuent tous, moins cinq qui l'aident à bâtir Thèbes (v. 1-130). Il y règne longtemps heureux. Ses malheurs lui viennent de ses enfants. Actéon, son petit-fils, ayant aperçu Diane au bain, est métamorphosé par elle en cerf et déchiré par ses propres chiens (V. 131-252). Sémélé, sa fille, aimée do Jupiter, écoute le conseil perfide de Junon qui vient à elle sous le visage de la nourrice Béroé, et, après que son amant s'est engagé par un redoutable serment à lui accorder son premier vœu, elle exige de lui qu'il se montre dans toute sa puissance; elle meurt foudroyée. Jupiter toutefois réussit à sauver l'enfant qu'elle portait dans son sein, c'est Bacchus qu'élèvera Ino, sœur de Sémélé (v. 253-315). Bacchus, grandi, se trouve en sûreté. Jupiter a fait la paix avec Junon. Un jour que le nectar les égayé, ils discutent la question de savoir qui de l'homme ou de la femme éprouve le plus de volupté. Ils s'en rapportent à Tirésias qui se trouve avoir été l'un et l'autre. Il répond que c'est la femme. Junon, mécontente, le rend aveugle ; mais Jupiter, en revanche, lui donne la vue de l'avenir (v. 316-338). Les prédictions de Tirésias deviennent célèbres. Il annonce à Liriope que son fils Narcisse mourra dès qu'il se connaîtra. En efiet, Narcisse, après avoir repoussé tout amour et même la vive passion de la nymphe Écho, condamnée par la colère de Junon à ne prononcer jamais que les dernières paroles qu'elle entend, s*aperçoit un jour de toute sa beauté dans le miroir d'une source limpide, s'éprend de lui-même et meurt de langueur, ne laissant de lui, au milieu des gémissements des Naïades, répétés par Écho, qu'une fleur brillante comme la pourpre(339-510).Cet événement augmente encore la réputation de Tirésias. Seul,Penthée, petit-fils de Cadmus, reste incrédule. Le devin lui prédit un sort funeste, il le chasse. Or Bacchus vient célébrer ses fêtes «urle Cithéron, voisin de Thèbes et la foule s'y précipite.
Peathée, qui le prend pour un imposteur, ordonne à ses guerriers de s'emparer de lui. Ils De lui ramènent qu'un de sescompagi]ons, le pilote ActBtè8,qui lui raconte comment I^cchus a changé naguère en dauphins tous ses matelots incrédules et trattrea. Penthée, de plus en plus irrité.pres* critde le charger de chaînes etde le supplicier; les chaînes se brisent d'elles-mêmes; malgré tout, il s'obstine et se précipite vers le Cithéron à la rencontre do Bacchos. Le châtiment est terrible. Sa propre mère. Agave, à la tête des Bacchantes, dans la fureur des mystères, le prend pour un sanglier qu'elle blesse elle-même, que ses tantes Autonoé et Ino frappent mortellement et que toutes déchirent en morceaux (v. 511-733).
Livre IV. — De même que Penthée, les filles de Minyas méprisent Bacchus et, tandis que les autres femmes se riîndent à ses mystères, elles restent chez elles pour s'appliquer aux travaux de Minerve en se contant des récits. L'une d'elles, après avoir hésité à prendre pour sujet du sien la métamorphose de Dercète en monstre marin, de ^cmiramis en colombe, narre tout au long l'aventure traiziqiie de Pyrameet deThiabé. Elle ditcomment, amoureux l'un de l'autre, ils ont été entraînés, lors d'un rendez-vous prés du tombeau de Nisua, à se donner successivement la mort sous le mûrier qui devait les abriter, et comment le fruit de l'arbre, en mûrissant, prit la couleur de leur sang. (v. 1-166). Une autre, Leuconoé, raconte que lo Soleil, en découvrant à Vulcain l'adultère de Vénus et de Mars, fut cause de leur honte devant tous les dieux et que Vénus s'en vengea ; car le Soleil ayant reporté son amour de Clytie, flile d'Orchamus, sur sa sœur Leucothoé, Clytie la dOnonça & son père qui l'ensevelit toute vivante, et tout ce que le Soleil put faire pour elle, fut de la métamorphoser L'n la plante qui produit l'encens. Quant à Clytie qui ne l'fivait trahi que par excès d'amour, elle devint héliotrope, Iluur qui, comme l'indique son nom, se tourne constamment vers lui (v. 167-270). Après Ijeuconoé, c'est Alcithoé qui prend la parole. Elle indique d'un mot plusieurs mythes.
puis rappelle toute l'histoire de la nymphe Salmacis \ qui, prise d'amour pour le âls d'Hermès et d'Aphrodite, et ne pouvant vaincre sa résistance^ obtint des dieux que leurs deux corps fussent réunis en un seul ; ce qui fit qu'Hermaphrodite, lorsqu'il sortit efféminé des eaux où s'était passée leur lutte, demanda que cette source eût à jamais la vertu d'amollir tout homme qui s'y baignerait (v. 271-389). — Mais à peine les récits des filles de Minyas sont-ils terminés, leurs toiles se changent en vignes, elles voient des torches, entendent des hurlements, fuient en cherchant l'obscurité et sont transformées en chauves-souris. Telle est la vengeance de Bacchus (v. 390*416). Thèbes retentissait donc de son nom et Ino, sa tante, n'était pas moins flère de lui que de son époux Athamas et de ses Jeunes enfants Léarque et Mélicerte. Junon se promet de lui faire payer cher une telle fierté. Elle descend dans l'infernal séjour et en fait sortir Tisiphone qui se rend au palais d'Athamas pour lui inspirer, ainsi qu'à Ino, une folie furieuse. Celle-ci, avec ses deux enfants, fuie dans la forêt, en poussant des hurlements, devant son mari qui la poursuit et la prend pour une lionne et ses petits. II tue Léarque, et Ino se précipite avec Mélicerte du haut d*une roche dans la mer, où, sur la demande de Vénus, Neptune les change en divinités. Junon punit même et métamorphose en pierres ou en oiseaux les femmes venues sur le rocher chercher et pleurer la malheureuse (v. 417-561). Cadmus, abattu partant de maux, quitte la ville qu'il a fondée, se retire en Illyrie ; il demande aux dieux d'expier le meurtre du serpent miraculeux ; lui et sa femme sont changés en deux serpents inoffensifs (v. 562-602). Leur consolatk)Q est dans la gloire de leur petitfils Bacch us, dont la divinité, honorée partout, sera bientôt reconnue même par Acrisius, qui refuse de voir un fils de Jupiter dans l'enfant de sa fille Danaé, Persée. Celui-ci cependant accomplit des actes prodigieux. Muni de la tête de Méduse, il se présente devant le puissant roi de Mauri-
(1) Voir Appendice cccxxvi.
16G LIVIIE OIATBIEME. CM. VI, 2.
tanie, Atlas, qui lui refuse l'hospitnlito et qu'il change en inoatagnc (v. 603-661). Il se rend ensuite en Ethiopie otl il délivre Andromède, liée par ordre d'Ammon à un rocher, hous la garde d'un énorme dragon. Il l'épouse. Avant le festin, il dépose la tête de Méduse sur des feuilles qui, à ce contact, se solidident et se changent en corail. Aussi l'interrogc-t-on sur l'exploii q»i l'a rendu maître <le ce trophée; en l'expliquant, il dit pourquoi Minerve avait changé les cheveux de cette Gorgone en serpents, et comment, à l'heure même où il l'a tuée, son sang donna naissance à Pégase et à Chrysaor (v. 662-802).
Livre V. — A la fin du festin, parait Phinée avec la troupe de ses guerriers. U vient réclamer Andromède, qui lai était promise, et, malgré les objurgations des parents, dirige contre Persée un trait qui devient le signal d'une lutte meurtrière. Les combattants s'apostrophent, se blessent et succombent en grand nombre. Persée, dont la troupe est moins forte, finit par se trouver presque seul, entouré de deux cents ennemis auxquels il fait encore face. Réduit à cette extrémité, il leur oppose la tête de Méduse et tes pétrifie' (v. 1-235). Il se rend ensuite avec Andromède dans son pays natal où il change également cQ pierre Prétus, qui s'est emparé d'Acrjsium.etPolydecte, roi de Sériphos (v, 236-249), Pallas, qui, jusqu'ici, l'a accompagné, le quitte pour se rendre à l'Hêlicon, séjour des Muses, et y voir la source que Pégase vient de faire jaillir de la terre. Une des Muses lui raconte alors comment Pyrénée, qui a voulu leur faire violence, s'est tué en se précipitant d'une tour iï leur poursuite. Elle lui parle aussi do la provocation que les neuf filles de Piérus ont osé venir leur adresser. Minerve désire connaître le chant pur lequel Calliopc a triomphé des Piérides qui, de leur côté, avaient célébré, en rabaissant la gloire des dieux, la guerre dos Géants contre le ciel. La Muse lui répète donc le chant do Calliopc sur Cérès. « Vaincu, écrasé sous l'île
(1) Voir Appendice c.
de Trinacrie, le géant Typhée lançait . des flammes par l'Etna. Platon, qui sent la terre trembler et craint que, par une crevasse, le jour ne pénètre jusqu'aux ombres, sort de son ténébreux empire et se rassure. Mais Vénus l'aperçoit, et, jalouse d'étendre son pouvoir sur les enfers, incite Cupidon à le blesser d'une de ses flèches. Pluton aime aussitôt Proserpine et Tenlève. La nymphe Cyane, qui s'oppose vainement à son passage, de douleur se transforme en eau. Cependant Cérès sMnquiète et cherche sa fille par toute la terre. Au cours de ses pérégrinations, elle change en lézard un méchant enfant qui s'est moqué d'elle en la voyant se désaltérer avec avidité. Elle revient enfin vers la Sicile où Cyane, sans plus pouvoir parler, lui montre la ceinture perdue de sa fllle. La croyant morte, elle est sur le point de condamner tout le pays à la stérilité, quand la nymphe Aréthuse qui, par des souterrains, pénètre jusque près du Styx, lui apprend la vérité. Elle va se plaindre à Jupiter; il la console, lui montre la puissance du gendre qu'elle aurait et lui dit d'ailleurs que, d'après l'ordre du destin, Proserpine peut encore lui être rendue, si elle n'a rien mangé dans les Enfers. Mais Proserpine a pris sept graines de grenade et Ascalaphe, qui l'a vue, la dénonce ; Cérès le change en hibou, traitement aussi juste que celui des Sirènes, compagnes fidèles de Proserpine, qui avaient désiré des ailes pour la rechercher et qui, dans leur métamorphose ont obtenu le don de garder avec leur visage humain leur voix mélodieuse. Jupiter cependant sert d'arbitre entre Pluton et Cérès; il décide que Proserpine restera alternativement six mois sur terre et six mois aux Enfers. Cérès, dès lors, est satisfaite. Son premier soin est de revoir Aréthuse : la Naïade lui raconte l'ancienne passion d'Alphée pour elle, la cause qui fit d'elle une source sacrée. Puis la déesse se rend à Athènes où elle apprend àTriptolème l'art de l'agriculture qu'elle lui. ordonne d'enseigner partout. Après avoir manqué d'être assassiné par le barbare Lyncus, roi de Scythie, qui voulait lui dérober son invention, mais que
Gérés chaoge en lynx, Triptolétno accomplit sa mission. > Le chant do Galliope ainsi répété, la muse dit à Minerve comment les Piérides, déclarées vaincues par le tribunal des Nymphes, osèrent recourir aux injures et en furent punies par leur métamorphose en pies (r. 250-6'}%). Livre VI. — Le châtiment des Piérides rappelle à Minerve qu'elle aussi est en butte aux provocations d'une mortelle, Arachné. Après l'avoir vainement avertie, elle accepte son déll . Chacune produit une œuvre de fin tissu : celle de Minerve représente le débat qui eutlieu entre Ifeptune et Pallas au si^et du nom de la ville de Cécrops et puis, aux quatre coins, des scènes d'orgueil puni : Hémus et Rhodopo changés en montagnes, la mère des iE^gmées en grue, Antigoue en cigogne, Clayre pleurant ses lllles. Arachné reproduit les faiblesses des dieux ; son travail est si parfait, que, de dépit. Minerve la frappe de sa navette. Désespérée de cet affront, elle se pend. Toutefois la déesse, prise de pitié, la change en araignée travaillant constam. ment à sa toile (v. 1-145). La nouvelle de cet événement se répand au loin. Niobé, qui le connaît, ne craint pas cependant de montrer, dans l'orgueil de sa puissance, de sa richesse et des nombreux enfants qu'elle a d'Amphion, son mépris pour Latone, dont elle conseille aux Thébaines de remplacer le culte par le sien. Latooe charge ses deux enfants, Apollon et Diane, de la venger, et.deleurs llâchee, l'nn tue les sept flls, l'autre les sept filles de l'infortunée qui, privée aussi de son mari, reste pétrifiée do douleur et est emportée sur le sommet d'une montagne de son pays sous forme de marbre (v. 146^12). Le peuple, à la vue d'une tulle catastrophe, se remémore d'anciennes vengeances de Latone et de ses enfants ; par exemple, des paysans Lyciens changés par elle en grenouilles dans l'étang dont ils troublaient l'eau pour l'empêcher d'y boire (V. 313-381) ' ; le satyre Marsyas transformé en rivière par Apollon pour avoir voulu lutter avec lui sur la flûte
(1) Voir Appendice cecij
(v. 382-400). Eq mémo temps on plaint Amphion ; mais on s*indigne contre l'orgueil de Niobé. Pélops seul la pleure jusqu'à en déchirer ses vêtements au point de montrer l'épaule d'ivoire qu'il tient d'un bienfait de Jupiter (y. 401-411). Tous les princes accourent le consoler, sauf Pandion, roi d'Athènes, qu'une guerre retient et sur qui vont peser de grands malheurs. Car à Térée, roi de Thrace, qui lui porte secours et triomphe de ses ennemis, il donne en mariage sa fille Procné. Or, en Thrace, celle-ci, devenue mère d'Itys, désire revoir sa sœur Philomèle ; Térée revient à Athènes pour supplier Pandion de la lui confier, et ses prières deviennent d'autant plus instantes qu'une passion violente s'est emparée de lui pour cette jeune princesse ; il remmène, la cache et l'enferme dans ane retraite où il lui coupe la langue pour arrêter ses plaintes et la souille de ses embrassements ; il raconte d'autre part à Procné que sa sœur est morte. Cependant Philomèle arrive à retracer ses malheurs sur une toile qu'elle réussit à faire tenir secrètement à Procné. Celle-ci profite d'une fête de Bacchus pour la délivrer et se venge horriblement du coupable. Elle lui fait servir comme mets dans un festin son propre fils qu'elle vient de tuer et dont la tête aussitôt lui est présentée par Philomèle. Térée les poursuit l'une et l'autre l'épée à la main ; mais tous les trois sont changés en oiseaux, lui en huppe, Philomèle en rossignol, Procné en hirondelle. La douleur que ressent Pandion de cette catastrophe avance sa mort (v. 412-676). Son sceptre passe aux mains d'Erechthée qui donne une de ses quatre filles. Procris, à Céphale, fils d'Êole, mais qui, en souvenir de la cruauté de Térée, refuse Orithyie à Borée, vent de Thrace. Borée enlève celle qu'il aime et la transporte en Sithonie. Elle y donne le Jour à deux fils. Calais et Zétès. Ils ne ressemblent à leur père que par les ailes qui leur pousseront en même temps que leur première barbe ; ils prendront part à l'expédition des Argonautes (v. 677-721).
LivreYII. — Jason, à la tête des Argonautes, après s'être
170 LIVHE QUATRIÈME. Cil. YI, i.
arrêté en Thrace où les deux fils de Borée délivrcDt Phinée des Harpies.arrive en Colchide chez^étès qui lui apprend au prix de quels travaux il doit coûquérir la toison d'or. Médée, lille du roi, s'éprend pour lui d'un amour irrésistible; elle écoute les serments solennels qu'il lui fait et lui livre des lierbes enchantées dont elle lui apprend la vertu. Grâce à ce secours, il soumet les taureaux au souffle enflammé, voit s'entretuer les guerriers nés des dents du dragon df Mars, endort le monstre gardien de la toison et emporte, îivec cette riche conquête, celle à qui il la doit (V. 1-158). Tout le peuple fête son retour; mais comme yEson, son père, est trop vieux pour participer aux fêtes, il supplie Médée d'user de son art pour le rajeunir. Sur ua char aérien, elle visite, durant neuf jours, les pays qui produii^ent les plantes nécessaires, puis, au milieu do pratiques magiques dont elle écarte tout témoin, elle rajeunit .Eson de quarante ans (v. 159-293). Bacchus deuiiiDde la même faveur pour ses nourrices (v. 294- 296). Mais la magicienne tourne son art contre Pélias qui s'est emparé naguère du trône d'iolcos au détriment d'.KsoQ ; elle fait croire à ses flUes qu'elle leur est dévouée, et, lorsqu'elle a captéleur conflance en transformant devant elles un vieux bélier en agneau, elle leur fait égor^ ger leur pi're qu'elles pensent rajeunir de la même manière {v. 297-349). Elle échappe par la fuite au chiUiment, visite maints pays célèbres par des prodiges, puis, abandonnée parJaïiOD. brûle sa nouvelle épouse, incendie son palais et, mère horrible, tue les enfants qu'elle a eus de lui (v. 350-397). Elle se rend à Athènes où elle épouse Egée; elle tentiMle lui faire empoisonner son flls Thésée à peine de retour ut iju'il n'a pas encore reconnu, maisqu'il reconnaît ;ï toiiips jioiir détourner de sa bouche le breuvage d'aconit; cllt.' se ili'-robe daus un nuage. On célèbre l'arrivée du héros •■n chantant ses exploits (v. 398-452). Toutefois le l)DLilioiif J'Égée est bientôt troublé. Il apprend que Miaos, roi de (.'ivte, pour venger le trépas de son fils Androgée, s'apprête ['i lui déclarer la guerre ainsiqu'aux Mégariens et
a même essayé de gagner à sa cause Êaque, roi d'Égine» lié aux Athénieas par un traité. Il envoie à Éaque une ambassade conduite par son flls Céphalo. Elle est bien reçue, et Céphale, s'étonnant de ne plus revoir la plupart des anciens guerriers d'Ëgine, Éaque lui dit comment son île a été ravagée par une peste, dont il lui fait un épouvantable tableau, comment aussi Jupiter lui a rendu de nouveaux sujets en métamorphosant d'innombrables fourmis en hommes qui, de ce fait, ont pris le nom de Myrmidons (v. 453- 660). Pendant quedeuxdesfilsd'Éaqueenrôlentlesguerricrs, le troisième, Phocus, conduit les Athéniens devant le palais. Il remarque que Céphale porto un javelot d'une nature particulière et l'interroge à ce sujet. Céphale lui repond. « Il aimait profondément, dit-il, sa femme Procris ; aussi lorsque, dans une chasse, Aurore, amoureuse de lui, l'eut enlevé, refusa-t-il de demeurer avec elle; il encourut ainsi sa colère, devint tout à coup jaloux, voulut, en dissimulant ses traits, éprouver la fidélité de Procris et fit si bien qu'elle alla cacher sa pudeur dans les bois pour y vivre en chasseresse ; mais, plus épris d'elle que jamais, il l'y chercha, obtint l'oubli du passé et, comme gage de pardon, le don de ce javelot et d'un chien venant de Diane. Le chien, dans une lutte contre un monstre, a été changé en statue de marbre. Quant au javelot, hélas 1 un jour que sa chère Procris, jalouse de lui, l'épiait dans un bois, il crut, en entendant remuer des broussailles, à la présence d'une bête fauve, le lança et tua par une fatale erreur celle qu'il aimait. » La fin de ce récit douloureux est suivie de l'arrivée des deux frères de Phocus qui viennent d'accomplir l'enrôlement (V. 661-865).
Livre VIII. — Tandis que Céphale retourne à Athènes avec le contingent d'Égine, Minos assiège Mégaro, dont le sort dépend d'un cheveu d'or qu'a sur le sommet dé la tête Nisus, roi de cette ville. Scylla, fille du roi, s'éprend du héros, arrache le cheveu et le lui porte ; la ville, ainsi livrée, succombe ; mais Minos, après avoir imposé de justes conditions aux vaincus, repousse la criminelle qui, le
172 UTRE OUATEUÈHE. CH. VI, 3.
voyant partir sans elle, veut le suivre A la nage et s'attache à son vaisseau. Nisus, changé eu aigle de mer, fond sur elle, quand elle-mêmelui échappe sous la forme d'un oiseau (v. 1-151). De retour en Crète, Minos. grâce à Dédale, cache dans le labyrinthe le Minotaure. Thésée triomphe de ce monstre, emmène Ariadne, qu'il abandonne et qui, coosoléo par Bacchus, a sa couronne placée parmi les astres (T. 152-182). Cependant Dédale, afin de fuir la Crète, invente des ailes pour lui et son flis Icare; mais celui-ci veut s'élever trop haut et tombe dans la mer qui portera son nom . Dédale lui rend les derniers devoirs, non sans être raillé par Perdix, ce neveu, inventeur de la scie, qu'il a jadis, par jalousie, précipité d'une tour et qui, changé en perdrix par Minerve, voltige maintenant à travers les herbes (v. 183-259). De son côté, Thésée célèbre à Athènes sa victoire sur le Minotaure, quand il est appelé au secours des Étoliens. dont la campagne est ravagée par un sanglier monstrueux, lancé contre eux par Latone qu'ils ont méprisée. Il se rend à Calydon ainsi que les plus valeureux des Grecs et la belle chasseresse Atalante. Le monstre se défend longtemps contre eux. Enfin Méléagre, Aïs du roi de Calydon, le tue et en offre la hure à. Atalante dont la beauté a touché son cœitr. Ses deux oncles, jaloux de lui, s'opposent à ce don, il les tue. Mais Althée, sa mère, s'indigne du crime qui la prive de ses deux frères ; elle a con" serve intact le tison auquel est attachée la vie de ce fils, elle le brûle, et, pour s'en punir, se plonge un fer dans le seio. Méléagre aussitôt périt consumé par un feu intérieur ; son trépas est déploré partoute l'Étolie etsurtout par ses sœurs, que Latone, enfin émue de tant de malheurs, métamorphose en poules (v. 260-545). Thésée, quittant l'Étolie, se dirige vers Érechtée. Arrêté par un débordement du fleuve Achéloiis, il reçoit de lui l'hospitalité ainsi que ses compagnons. Au milieu du festin, il l'interroge sur des Iles qu'il voit au loin, les Échinades et l'île Périmèle ; Achélous lui explique que ce sont d'anciennes Naïades et lafllle d'Hippodamas que lui-même a aimée (v. 546-610). Pirithous se
moque de ces métamorphoses que des dieux, dit-ili ne sau* raient accomplir. Mais Lélex confirme ce que dit Achéloiis de la puissance des immortels par l'histoire de Philémon et de Baucis, ces deux vieillards si tendres, si unis et qui,, pour avoir offert, seuls de la contrée, Thospitalité aux dieux déguisés en mortels, reçurent la récompense de leur bonté : tandis que toutes les autres cabanes s'effondraient dans les eaux, ils virent la leur se transformer en un templemagnifique, en restèrent les prêtres jusqu'à une extrême vieillesse et furent métamorphosés, au moment de leur mort simultanée, en deux arbres dont les feuilles s'unissent encore* (v. 611-724). Thésée, émerveillé de ce récit, semontre avide d'apprendre d'autres prodiges. Achéloiis, après avoir mentionné le pouvoir qu'a Protée de prendre toutes les formes possibles, raconte longuement comment Métra, la fille de l'impie Erysichthon, condamné par Cérè» à toutes les horreurs de la faim', obtint de Neptune, qui l'avait aimée, la même faculté, afin de se soustraire à la domination de ceux auxquels son père la vendait pour satisfaire aux besoins de son insatiable appétit. « Moimême, continue-t-il, je puis prendre diverses formes déterminées, celle d'un serpent, celle d'un taureau armé d& cornes... », mais, à ce mot, il s'arrête en faisant remarquer qu'il n'en a plus qu'une, et il gémit.
Livre IX. — Interrogé sur la cause de ce gémissement, il raconte que jadis, prétendant comme Hercule à la maiD de Déjanire, il a dû lutter contre ce rival; vainement, après avoir pris la forme du serpent, recourut-il à celle du taureau. Hercule le renversa et lui brisa une de ses cornes, devenue maintenant entre les mains des Naïades la Ck)m& d'Abondance. En effet, une Naïade s'avance avec cette corne et en répand sur la table les dons de Pomone. Après quoi, le festin fini, Thésée reprend son voyage (v. 1-100). Mais Nessus est bien plus malheureux qu'Achéloiîs dans son
(1) Voir Appendice cccxxx.
(i) Appendice cccxzxi.
174 UVRE QUATRIÈME. CU. Tl, 3.
^^^^H amour pour la même Déjanire. Quacd ce ceotaure veut la
^^^^^m ravir, il est tué par Hercule d'uDO des flèches trempées
^^^^^ dans le sang de l'hydre de Leroe. Du moias ne meurt-il
^^^^V pas saus vengeance ; car il laisse à I^janire sa tunique,
^^^^B teinte de son sang empoisonnii, comme un don propre à
^^^^H lui ramener son époux, s'il devenait intldèla (v. 101-133).
^^^^V Et plus tard, quand Déjaaire se voit préTérer lole, elle
^^^^^P envoie à l'inlidèle, par les mains do Lichas, cette tunique
^^^^H conservée avec soin. Brûlé aussitôt par le poison secret,
^^^^^r Hercule précipite dans l'Ëubée Lichas, qui est changé en
^^^^K rocher, et élève sur le mont Œta son propre bûcher (v. 134>
^^^H^ 238). Il y meurt avec le calme que doit montrer le vengeur
^^^V du monde ; Jupiter, au risque de déplaire à Juqod, recueille
^^^b^ la partie impérissable que le héros tient de lui, et qu'il
^^^^B place au ciel parmi les astres (v. 239-272]. C'est Hyllus, fils
^^^^H d'Hercule, qui, à sa place, épouse alors lole, et c'est à lole
^^^^K qu'AIcmèao, la vieille mère du mort, confie ses chagrins
^^^^H et ses souvenirs. Elle lui raconte les longues douleurs de
^^^H son enfantement, auquel s'opposait Lucioe d'accord avec
^^^r Junon, et la ruse qu'employa, pour déjouer leur mauvais
Tnir vouloir, son esclave Galanthis, qui.s'étant moquée d'elles
I I ensuite, fut métamorphosée en belette (v. 273-323), lole lui
I ' fait à son tour l'histoire de sa sœur Dryope, changée
naguère en arbre pour avoir cueilli des feuilles de lotos
alors qu'elle ne savait pas que lo lotos n'était autre que la
nymphe Lotis échappée sous cette forme aux désirs de
Priape (v. 324-393). Pendant leur entretien survient lolas,
neveu d'Hercule, que vient de rajeunir Hébé par un effet
itout opposé à celui qui plus tard rendra hommes eu un jour les jeunes enfants de la fille d'Achéloiis, quand celle-ci aura besoin d'un vengeur (v. 394-417). Tous les dieux réclament alors un rajeunissement semblable à celui d'Iolas pour leurs favoris ; mais Jupiter leur dit que les destins s'y opposent et que, sanscela, lui-même rajeunirait Minos, qui, devant l'audace du jeune Milet, tremble pour son trône. Les dieux, sur cette parole, se calment. Minos, ■d'ailleurs, no craint plus rien de Milet qui va fonder une
ville en Asie, où de Cyane, flUe de Néandre, il a deux enfants Byblis et Caanus. Byblis, hélas I devient amoureuse de son frère, ose le lui déclarer et le harcôle tellement qu'il s'expatrie et va fonder une ville plus loin. Dans son fol égarement, elle suit ses traces et va tomber épuisée, tout en larmes, dans le réduit d'une vallée où les Naïades la métamorphosent en une fontaine intarissable (v. 418-665). Le bruit de ce prodige eût retenti dans toute la Crète si elle-même n'en avait vu un autre aussi merveilleux. Un pauvre homme du nom de Ligdus avait prescrit à sa femme, enceinte, de tuer l'enfant qui allait naître, si c'était une fille; mais, sur un avis donné on songe par Isis, la mère l'avait fait élever à la campagne, sous le nom dlphis, en la faisant passer pour un garçon; l'âge venu, Ligdus voulut marier ce prétendu garçon, et, qui pis est, Iphis se mit à aimer celle que son père lui destinait; elle-même' était aimée; après maints délais, le jour du mariage était venu ; la mère et la fille vont implorer Isis dans son temple; et Iphis sort homme du temple où elle est entrée vierge ; ce changement de sexe permet à l'hymen de couronner sa flamme (v. 666-797).
Livre X. — De la Crète le dieu Hymen vole vers la Thrace où il procède à l'union d'Orphée avec Eurydice ; mais son flambeau brille d'un éclat sinistre. Eurydice, à peine mariée, meurt de la blessure d'un serpent. Orphée ose descendre aux enfers pour la réclamer; il l'obtient à une condition que son impatience de la voir l'empêche d'observer jusqu'au bout, et il la perd de nouveau. Désespéré, il se retire sur le Rhodope et l'Hémus où il passe ses jours à la pleurer sans plusvouloirTamourd aucune femme (v. 1-86). Les sons de sa lyre attirent autour de lui tous les arbres, y compris celui qui représente Attis et aussi le cyprès en qui vit maintenant le jeune et beau chasseur Cyparisse ainsi changé, sur sa demande, par Apollon, pour pleurer à jamais le cerf apprivoisé qu'il a tué par erreur (v .87-142). Au milieu de ces arbres il chante, un jour, les enfants qu'ont aimés les dieux. C'est Ganymède, petit-fils d'Ilus,
176 UTRE QUATRitME. CH. TI, t.
ealevé par Jupiter dont il devint l'âchanson (143-161).C'e3t Hyacinthe, cberà Apollon, tué parlai dans un Jeu de disque et transformé eo une (leur qui porte les lettres A I, -expression des regrets dn diea (y. 162-219). Orphée rappelle aussi la vengeance exercée par Vénus sur les Cérastes et les Propétides, changés les uns en taureaux, les autres en rochers (v. 220-242). Puis il dit l'aventure de Pygmalion qui, résolu de vivre seul, devint amoureux d'une statue d'ivoire, ouvrage de ses mains, que Vénus anima, à sa prière, et dont il eut Paphos qui donna son nom A l'île (v. 243-297). Il ^Dute le récit du criminel amour de Myrrha pour Cyniras, cet autre fils de Pygmalion. Myrrha, ne pouvant résister à la passion qu'une Furie lui inspirait pour son père, allait se pendre.quand sa nourrice l'en empêcha, lui fournit le moyen de tromper Cinyras et d'accomplir l'inceste. Mais une fois reconnue, obligée de fuir la vengeance paternelle, elle se repentit et les dieux la changèrent, dans les plaines de Saba, en l'arbre qui pleure encore en distillant la myrrhe parfumée (v. 298-502). Cependant elle portait dans son sein un enfant qui n'en fat tiré qu'après sa métamorphose. Ce fut Adonis, joli déjà comme un amour étant enfant et qui acquit ensuite une telle beauté que Vénus l'aima. Craignant pour ses Jours, elle cherchait mille moyens de lui enlever l'envie de chasser les animaux féroces. Elle lui racontait, par exemple, l'histoire d'Hippomèae et d'Atalante. la ruse qu'elle avait inspirée à Hippomène pour vaincre à la course l'agile et flèrejeune fille, l'ingratitude de cet amant victorieux, le sacrilège qu'elle leur avait fait alors commettre à tous les deux, pour attirer sur eux un chàtimentterrible, et lear métamorphose par Cybèle en lions, animaux redoutables aux chasseurs ainsi que les sangliers. Mais, Adonis, indocile aux avis timides, les rejetait. Un sanglier le frappe d'un coup mortel. Vénus, en le pleurant, ne put que le transformer en fleur et établir des fêtes solennelles qui renouvellent chaque année l'image de son deuil (v. 503- 739).
Livre XI. — Aiasi chantait Orphée. LesMénades, faneuses de ses dédains, fondent sur lui et le mettent en pièces. Sa tète est portée par THèbre à la mer et par les flots jusqu'à Lemnos où un serpent, qui veut le mordre, est changé en rocher par Apollon. Son ombre retrouve au séjour des morts celle d'Eurydice (v. 1-66). Les Ménades sont alors métamorphosées en chênes par Bacchus (v. 67-84), qui, dans sa colère, quitte la Thrace et se rend en Lydie. C'est là que Midas vient lui rendre Silène fait prisonnier par des pâtres Phrygiens ; en récompense, Bacchus promet à Midas ce qu'il demandera ; mais l'imprudent demande que tout sous sa main devienne or, et, comme son souhait l'expose à mourir de faim et qu'il s'en repent» le dieu lui permet de s'en dégager en allant se baigner dans le Pactole, qui depuis roule des sables d'or (v. 85-145). Toutefois Midas n'en devient pas plus avisé. Un jour que Pan, fier de ses chalu* meaux, ose défier Apollon et que le Tmolus, choisi pour arbitre, se prononce pour le dieu de la lyre^ Midas blâme ce jugement ; Apollon l'en punit en lui donnant dos oreilles d'âne ; en vain veut-il les cacher, son barbier confie ce secret àla terre dans un trou bien recouvert, maîssur lequel naissent des roseaux, qui, balancés par les vents, répètent sa honte (v. 146-193). Apollon, vengé, va de là bâtir avec Neptune pour Laomédon la ville de Troie ; comme celui-ci leur refuse la récompense promise, son pays est ravagé par la peste et Tinondation, sa fille Hésione est même exposée à un monstre marin ; Alcide la délivre ; mais, trompé aussi par Laomédon, il le tue. Il donne ensuite Hésione en mariage à son compagnon Télamon, frère de Pelée (v. 194-220). Pelée est ce prince qui, grâce aux conseils de Prêtée, a épousé Thétis et est devenu le père d'Achille (V. 221-265). Gomme père et comme époux il est heureux ; mais, ayant tué par erreur son frère Phocus, il erre, exilé par son père. Il arrive avec de nombreux troupeaux chez Géyx, roi de Trachine^ qui pleure en ce moment et sa nièce la belle Chioné, tuée par Diane pour avoir osé se comparer à elle, et son frère le valeureux Dédalion,
UVRE QUATRIÈME. Cfl. TI, 2.
changé par Apolloii en éperrier lorsque, désespéré de la mort de Chioné, il s'est précipité du haut d^un rocher. A peine Céyx a-t-ll eu le temps de raconter la cause de son deuil, on vient annoncer à Pelée que ses troupeaux sont la proie d*un énorme loup, monstre lancé par la Néréide Psamathe» mère de Phocus dont elle veut venger la iEM>rt. Thétis apaise la Nymphe et le loup est changé en marbre. Mais Pelée ne recerra qu'en Hémonie dea mains d'AcasIe les moyens d'expier le meurtre do son frère (v. 966-40^). Cependant Céyx, troublé par ces prodiges, reut aller consulter le sort dansle temple de Claros. Malgré les prières de son épouse Alcyone, qu'il aime tendrement, il la quitte en lui promettant un prompt retour. Mais un naufrage engloutit son vaisseau. Junon charge Isis d'en àret' tir Alcyone en rêve ; la messagère se rend donc à la demeure du Sommeil qui détache vers Alcyone celui de ses songes qui dit la vérité, Morphée. A cet avis, Alcyone se réveille dans le désespoir, court vers la mer à Fendroît d'où est parti Céyx, aperçoit au loin son cadavre que ramènent les flots, et se transforme tout à coup en alcyon pour vol^ vers ce corps qui lui-même devient alcyon ; tous les deux, dans ce nouveau destin, continuent leur mutuel amour (v. 410-750). En les voyant, un vieillard raconte à un autre l'aventure d^^^Esacus, fils de Priam et dtine nymphe de l'Ida ; amoureux d^Hespérie qu'il vit périr sous ses yeux, il fut métamorphosé par Téthysen Toiseau nommé plongeon (V. 751-795).
Livre XII . — Priam pleure son fils ^sacus avec Hector et tous ses frères, sauf Fàris qui est allé en Grèce d'où il enlève l'épouse de Ménélas. Les chefs des Grecs se réunissent pour venger cet afifront. A la vue d'un serpent qui dévore huit oiseaux avec leur mère et qui se change en pierre, Calehas prédit l'exacte durée et le succès de la guerre, et comme les vents sont contraires, il indique le moyen de calmer les dieux par le sacriâce dlphigénie à laquelle Diane substitue une biche (v. 1-38). Enfin les Grecs partent; la Renommée,qui de son palais domine le mondera répandu en
UTRE OUATHIÈHB. CU. VI, 3. 179
toat lieu le bruit de leur eotreprise*; les Troyens sont prêts à les recevoir; un premier combat s'engage, dans lequel succombent maints guerriers ; Cycnns, fils de Neptune et dont le corps est invulnérable, y tombe aussi, après une redoutable défense, renversé, étranglé par Achille ; il est, comme jadis Tami de Phaéton, métamorphosé en cygne (v. 39-145). Au milieu du festin qui célèbre son tri* omphe, Achille s'étonne de Tinvulnérabilité dont jouissait Gycnus ; le vieux Nestor raconte alors comment autrefois Caenée, belle nymphe de Thossalîe, violentée par Neptune, obtint de lui, pour ne plus éprouver pareil outrage, d'être changée en homme et reçut en outre le don d'être invulnérable au fer. Nestor ajoute, comme preuve de l'exactitude du souvenir qu'il a gardé des faits de la même époque, le récit détaillé du terrible combat qui se livra entre les Lapithes et les Centaures lors de la célébration des noces de Pirithous et d'Hippodamie (v. 146-536). Toutefois il passe sous silence la part glorieuse prise par Hercule à ce combat; Tlépolème, fils du héros, lui en demande raison ; Nestor lui rappelle qu'Hercule a ruiné Pylos, sa patrie, et tué ses onze frères, y compris même Périclymène qui,pouvaut se métamorphoser comme il le voulait, s'était envolé sous la forme d'un aigle; son silence est une vengeance, la seule dont il usera jamais, puisqu'il est et veut rester l'ami de Tlépolème. Ainsi finit le festin (v. 537-579).Cependant Neptune ne saurait oublier la mort de son fils Cycnns. Apollon s'associe volontiers à son dessein de châtier Achille et dirige contre celui-ci un trait lancé par Paris. Après cette mort du vainqueur d'Hector, Ulysse et Ajax se disputent ses armes; Agamemnon refuse de prononcer entre les deux rivaux et soumet leur débat à rassemblée des chefs de la Grèce (v. 580-628;.
Livre XIII. — Ajax et Ulysse, en deux discours, font valoir leurs droits ; le conseil des chefs donne gain de cause au plus éloquent; Ajax, désespéré, se plonge son épée dans le
(i) Voir Appendice cccxxxu.
180 UTRE OUATHIÉNE. CU. VI, 1.
corps, et son sang, qui baigno la terre, y fait éclore ane Heur semblable k celle qui provint jadis du sang d'Hyacinthe t^. 1-398). Ulysse réussit ensuite à ramener parmi les (.'-recs Philoctète avec les Qèches d'Hercule. Troie alors est prise, incendiée. Les Troyennes, Hécube comprise, sont eiuriK'nées captives. La flotte des Qrecs, en retournant, s'arr'Ho au pays des Thraces. Les Grecs y reçoivent de l'ombre d'Achille l'ordre d'immoler à ses mines la ûllo de Priaiii, Polyxâne, qui se soumetÀlamortavecuneadmirallie fermeté. Hécube se lamente >. Privée de cette âUe, elle n'a plus, dit-elle, de tous ses enfants que le seul Polydorc, commis naguère par Priam à lamitié du roi de Thrace Polymaestor.Or.en ce moment même, elle découvre le cadavre de Polydore qu'a tué ce roi cupide. Elle dévore ses lartrios pour se venger, demande au meurtrier un entretieD, l'attire, sous prétexte de lui remettre un nouveau trésor pour le Jeune prince, dans un lieu où. aidée de Troyenaes, elle lui crève les yeux. Elle est aussitôt accablée de traits et de pierres, et, parune destinée trop cruelle, mOtamorphoséeen chienne (T. 399-575). L'Aurore d'ailleurs Qc s'en inquiète guère. Elle est tout entière à la douleur d'avoir perdu son fils Memnon tué par Achille. Jupiter. pour la consoler, fait naître du bûcher toute une race d'oiseaux destinée à consacrer la mémoire de ce fils, mais elle uc cesse de verser des larmes qui tombent en rosée sur toute la terre (v. 576-622). Cependant Troie ne sera pas anéantie comme ses remparts. Ënée s'en va avec son père et ses dieux. H arrive à Délos où il est reçu par Anius, ami d'Anchise. Anius leur apprend le sort de ses allés qui, ayant reçu le don de changer enblé.envinet en olives tout ce tpi'elles touchaient, furent réclamées par Atride pour nourrir l'armée des Grecs et n'échappèrent à cette servitude'ijuo changées encolombes.Uleurdonne.à leur départ, un \ ase oii l'on voit représenté, avec la ville aux sept portes, le neble dévouement des filles d'Orion (v. 6ii3-704). Apre»
1 Vuir Appendici
de longues courses, les Troyeas entrent dans le port de Zancle. Non loin se trouve la monstrueuse Scylla quijadis fut une vierge. Elle avait pour compagne la néréïde Galatée qui avait brûlé d'amour pour Acis, mais que Polyphème avait poursuivie; un jour, surprise avec Acis par le cyclope dédaigné» Galatée s'enfuit terrifiée au sein des eaux, et comme son amant, en fuyant derrière eDe, venait d'être écrasé par un des rocs que lançait cet affreux rival, elle fit ce que le destin permettait, elle le changea en fleuve. Scylla ne fut pas plus heureuse. Aimée par de nombreux prétendants, elle n'en accueillait aucun. En revenant de visiter Galatée, elle rencontre Qlaucus, ancien pêcheur, qui, après avoir mangé d'une herbe merveilleuse, venait d'être changé en dieu marin; Glaucus lui explique sa métamorphose et lui déclare son amour; elle le fuit, et lui, dont ce refus irrite la passion, se dirige vers le palais de Gircé pour y demander un secours (v. 705-968).
LavRE XIV. — Gircé, loin de l'aider, ne cherche qu'à s'attacher son amour ; il résiste, et comme elle ne peut exercer sa vengeance sur lui qui est dieu, elle la tourne contre Scylla aux flancs de qui elle attache des chiens constamment furieux. Scylla, à son tour, veut la punir en s'efforçant de faire périr Ulysse (v. 1-74). Bnée l'évite heureusement; mais une tempête le pousse vers la Lybie pour le malheur de la reine Didon. Il revient ensuite en Sicile qu'il quitte de nouveau, passe auprès de l'île Pithécuse, habitée autrefois par les Gercopes que Jupiter, à cause de leur perfidie, métamorphosa en singes, et arrive àGumes où la Sibylle, après lui avoir fait visiter les enfers, lui dit comment, aimée par Apollon, elle demanda de vivre une série de siècles, mais oublia de demander en même temps la continuation de sa jeunesse (v. 75-153). Lorsque sa flotte s'arrête ensuite à Gaïète, Macarée, ancien compagnon d'Ulysse qui s'y est établi, reconnaît parmi les Troyens le grec Achéménide, il s'en étonne et celui-ci lui raconte qu'il a été sauvé par Énée de la fureur du Gyclope ; Macarée à son tour dit l'arrivée des compagnons
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d'Ulysse au séjour de Circé, lear Iraïufonnation en kiûwMux immondes, leur délirr&nce par le héros, les prodiges opérés par la magicienne. U répète entre autres celai qu'il tiant d'aaa des suivantes de Circé : Picus, fils de Satome, s'était uni à une fille de Janos & qui son talent pour le chant avait valu le nom deCaneos; Circé le Tit lâchasse, s'éprit d'amour pour lai ; mais il la dédai^a ; dans s» colère, elle le changea en pivert, métamorphosa en animaux divers ceux qui le réclamaient, etCaaens. après une maladie de langueur, s'étant évanouie dans les airs, le pays, en souvenir d'elle et de ses tristes chants, garda son nom (r. 154r440). Ënée aborde enân à l'embouchure dn 'nbre et obtient de Latinos la promesse de la main de Lavinie. Tamnslalui dispute. Uae gaoïre affreuse s'en suit. Tandis qa'il obtient le secours d'Èvandre, Vénulos, envoyé par TDraas,se voit refoser celui de Diomède qui n'a plus qne peu de ses anciens compagnons, la plupart ayant été changés par la colère de Vénus an oiseaux de mer (v. 441- 511). Véaulss, eu reveoAOt de cette ambassade, travnse le pays île Messape où an pÂtre grossier, qui y a insaltê los nj'inpbes, a été changé en olivier sauvage (\. 912-^26). Tumus, que n'arrête pas le refus de Diomède, incendie les vaisseaux d'Ènée. Cybèle les transforme en nymphes (T. 527-565). Malgré ce prodige, il persiste: mais il succombe et avec lui tombe la toute-puissante Ardée dont les ruines donnent naissance à un oiseau triste et maigre, embième d'une ville détruite <r. 566-580|. Vainqueur. Énée meurt bientût dans le Numicius; sur la prière de Venu, Jupiter le change en un dieu qui sera honoré sous le nom d'indigéte (v. 581-608). Après lui viennent Asca^e et tons les rois d'Albe jusqu'à Procas, sous le règne de qui vit. parmi lesHamadryades du Latium, Pomone, habile en l'art de cultiver les jardins et les vergers. Elle était indtfféroite à tous ses prétendants ; mais Vertumnus, qui savait prendre toutes les formes, s'introduitauprès d'elle sous l'aspect d'une vieille femme pour lui conseiller l'amour; il lui conte l'histoire d'Axanarète changée en statue de marbre pour
avoir causé» par ses mépris» la mort dlphis» puis il se montre à elle dans toute sa beauté et la charme (v. 609- 771). Â Procas succèdent Amùliuset Numitor. Alors a lieu la fondation de Rome» suivie de près de la guerre des Sabins» où la trahison de Tarpéia est en partie conjurée par les Naïades d'Ausonie qui, sur le conseil de Vénus, entourent de vapeurs d'eau toutes les voies menant au temple de Janus. Tatius et Romulus régnent ensemble. Tatius meurt, et Romulus^ après être resté seul maître du royaume, est enlevé au ciel semblable au dieu sabln Quirinus, revêtu de la trabée. Hersilie» son épouse, est J ugée digne de lui rester unie ; elle devint la déesse Hora (v. 7'n)-8Sl).
Livre XV. -- Numa, qui règne après Romulus, était allé) pour s'instruire, visiter Crotone» colonie grecque fondée par Myacèle sur un ordre d'Hercule ; Myscèle ne craignit pas pour cela d'encourir le jugement du peuple d'Argos et le dieu changea les boules noires qui le condamnaient en boules blanches (v. 1*49). A Crotone, Numa avait entendu Pythagore discuter sur Tabstinence des viandes, sur Terreur commise par les hommes de sacrifier aux dieux des êtres animés, sur la transmission de la vie et la métempsycose, sur les perpétuelles transformations de toutes choses, causes d'une grande quantité de prodiges* causes aussi de la ruine de glorieux empires et de la grandeur que des prédictions certaines annonçaient désormais à Rome naissante (v. 60*478). L'esprit rempli des préceptes de la sagesse, Numa, heureux époux de la nymphe Egérie et guidé par les Muses, gouverne en roi pacifique et religieux. A sa mort, Égérie se montre inconsolable ; en vain Yirbius, qui n'est autre qu'Hippolyte, âls de Thésée» transformé par. Diane en dieu du Latium, lui représente que bien d'autres ont subi comme elle de grands malheurs, elle persiste si bien à fondre en larmes que Diane, émue de sa douleur, la change en source d'une éternelle fraîcheur (V. 479-551). Cette métamorphose produit à Virbius la même impression qu'au laboureur tyrrhénien l'apparition de Tagès sorti d'une motte de terre (v. 552-581) ou à
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Ramulus la traiisforniatioD de sa pique en arbre paré de feuillages (560-&64) ou, plas tard, & Gippus la naissance de cornes surson noble (tant. Cippas est ce général romain qui revenait à Rome Tainquenr de ses ennemis lorsque, apprenant d'un aruspice étrusque que le signe glorieux de son Tront indiquait qu'il devait y être roi, se dénonça luimême au peuple et s'interdit ainsi le séjonr de Rome. La république l'honore et son image reste gravée sur des portes d'airain (7.565-625). Quel prodige aussi que celui de la venue d'Escolapeà Rome dans rtte du Tibre! Lel^tiura était désolé par une peste. Apollon, consulté, répond que son flls y mettra fin ; les Romains s'adressent alors aux habitants d'Èpidaure ; mais ceux-ci hésitent à livrer leur dieu, et c'est Esculape lui-même qui, prenant la forme d'un serpent, abandonne son peuple, suivi d'un nombreax cortège, gagne le vwsseau romain, y monte, et, arrivé dans Rome, se rend à l'Ile où il reprend ses traits célestes et fait cesser le deuil de la nation (v. 626-744). Mais Esculape n'est qu'un dieu étranger. César est un dieu national. De tous ses titres de gloire, nombreux et brillants, le plus beau est celui de père d'Auguste ; Auguste ne pouvait avoir pour père un mortel, et c'est Vénus, la mère d'Éaée, qai, lorsqu'elle vit se préparer la mort de César, an moment de tous les prodiges précurseurs de ce forfait, reçut de Jupiter, avec la prédiction de la merveilleuse élévation du âls, le droit de porter l'âme du père parmi les astres. C'est de U maintenant que le dieu Jules veillesurle Capitole; c'est de là qu'il voit la gloire de son Ris, qui l'emporte sur la sienne comme celle de Jupiter l'emporta sur celle de Saturne. Ah 1 puissent tous les dieux qui protègent Rome Caire qu'Auguste ne quitte, pour aller habiter au milieu d'eux, que dans l'Âge le plus avancé la terre, tout entière soumise à ses lois I Tel est le vœu du poète qui, arrivé au terme de son ouvrage, s'en promet une gloire qui traversera tous les siècles (v. 745-879).
Vous avez dû remarquer par cet exposé la variété des moyens employés pour relier les récits entre eux. Tantôt la ressemblance de la leçon qui se dégage de certains sujets entraine leur juxtaposition qui les corrobore l'un par l'autre : ainsi, après les Piérides changées en pies pour avoir osé défier les Muses, nous voyons immédiatement Arachné provoquer Minerve, Niobé réclamer pour elle le culte dû à Latone, des Lyciens disputer à cette même Latone là jouissance des eaux d'un étang, Marsyas engager une lutte musicale contre Apollon, et tous sont punis de leur impiété. Tantôt il se forme un groupement des légendes qui ont rapport à une même famille ou à un même person* nage: le livre III, par exemple, et la première partie du livre IV exposent la continuité des malheurs de Gadmus et des siens. Quelquefois une métamorphose sert d'épisode à une autre et les histoires s'entrelacent comme les récits merveilleux des MiUe et une Nuits; ici, c'est Orphée qui, après avoir perdu son Eurydice, fait entendre des chants plaintifs dont l'ensemble remplit, avec son aventure aux Enfers, le livre X tout entier; là (Liv. XII), c'est le vieux Nestor qui, à propos de la métamorphose de Cycnus, rappelle celle deCaenée et dit le combat des Lapithes et des Centaures ; ailleurs (Liv. III}, avant que Penthéesoit châtié par Bacchus, le compagnon du dieu Acœtès avertit Taudacieux du danger qu'il court par le souvenir de sesanciens matelots changés en dauphins ; une des M uses, en racontant à Minerve la punition des Piérides (Liv. Y), lui répète et les chants de celles-ci et le chant de Calliope su r Gérés et Proserpine ; dans l'histoire dlo (Liv. I), Mercure, chargé par Jupiter de la délivrer d'Argus, endort le vigilant gardien par le récit de la transformation de la nymphe Syrinx en flûte,etc.II y a même,
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parmi ces sortes d'eachevêtremeDts, des métamorphoses rapportées, qoq pas comme le sujet de narrations, mais comme celui de tableaux tracés par des mains indastrieusos : Arachné et Minerre, dans leur lutte artistiqae (lÎT. VI), trament des tissus sur lesquels l'une et l'autre dépeignent, avec des légendes primitives, des transformations de dieux et de mortels. Dans certains cas. à la vôrité, on ne peut s'empêcher de sourire de la ténuité do ùl qui sert à rattacher une fable à la précédente : lorsque le poète, désirant (Liv. X) passer d'un prodige opéré en Crète sur ua Jeune époux à t'aventure d'Orphée, se contente de dire que l'Hymen vole de Crète en Thrace afin de présider & ud autre mariage; lorsque (Liv. I), cherchant une transition entre les métamorphoses de Daphné et d'Io, il la trouve dans ce fait que, parmi les fleuves accourus auprès de Pénée. pour le consoler de la perte de Daphné, ne pouvait se trouver loachus, désolé lui-même de la perte d'Io: lorsque, de même (Liv. VI), pour unir la légende de Niobé à celle de Procris et de Philomèle, filles de Pandion. il montre Pélops, frère de Niobé, entouré d'une foule de rois au milieu desquels se fait remarquer l'absence de Pandion; les moyens sont d'un artifice trop sensible '. Mais, presque toi^ours, comme l'a remarqué Schcell, «les transitions sont si naturelles que la fable parait s'être présentée elle-même «ans que le poète l'eût cherchée. La forme dramatique que l'ouvrage a prise de cette manière lui donne dé la vie et de la variété. » Assurément, il eût mieux valu que l'animation du poème lui vint, comme dans l'Enéide, d'une pensée directrice qui, en même temps, l'eût bien uuiûée ; le mérite d'Ovide D'en est pas moins appréciable d'avoir su, sans
(1) Il nt ruricux de Toir commint Quintllien ucum cbei Ovide un moyon 4lu'll CDodamne absolument chez les aulrn : ■ Rien n'utt plu* frutd, plus puéril que cette aflectalion propre »ux écoln de chercher Batnuiiilioo dus quelque BuliUIitc pour s'en taire appltiudlr comme d'un tour d'adresse; «iDsi Ovide aime à se Jouer dans ses Métamorphoses, mais H « sod «icuscdans la nécessite où il est de former un seul tout de parties oa oe peut plus diverses. • /na(. Oral., IV, 1, 77.
UTRE OUATRIÈME. CH. YI, 3. 187
cette grande idée, y produire, sinon une unité parfaite, l'agréable apparence d'une étonnante cohésion. « Quel art prodigieux dans cette texture ! s'écrie La Harpe, qui voit dans les Métamorphoses un des plus beaux présents que nous ait faits l'antiquité. Gomment Ovide a-t-il pu de tant d'histoires différentes, le plus souvent étrangères les unes aux autres, former un tout si bien suivi, si bien lié ? Tenir toujours dans sa main le fil imperceptible qui, sans se rompre Jamais, vous guide dans ce dédale d'aventures merveilleuses? Arranger si bien cette foule d'événements, qu'ils naissent tous les uns des autres ? Introduire tant de persohnages, les uns pour agir, les autres pour raconter, de manière que tout marche et se développe sans interruption, sans embarras, sans désordre, depuis la séparation des éléments, qui remplace le chaos, jusqu'à l'apothéose d'Auguste?* >
Remarquez d'ailleurs que le système de transitions adopté par lui ne l'empêche pas de suivre, en général, l'ordre chronologique des faits et lui permet en même temps d*éviter les incohérences qu'amènerait une observation trop rigoureuse de ce genre de classement des récits. Une narration mise dans la bouche d'un personnage devient souvent un excellent moyen de rappeler fort à propos un événement antérieur à celui qui s'accomplit présentement. Au surplus. Tordre chronologique n'eût créé qu'une unité factice, et puis peut-on dire qu'il eût été possible d'en user d'une manière absolue lorsque, par leur caractère fictif, bien des légendes se trouvent placées en dehors du domaine de la science des dates ? Je sais bien qu'on ne saurait voir dans la nature nuageuse de ces fables une excuse complète des contradictions que nous rencontrons parfois entre deux passages différents de l'ouvrage; les critiques s'étonnent, par exemple, que, dans l'embrasement du monde par la course désordonnée de Phaéton, racontée au commencement du livre II, le mont Atlas, les sept Trions étoiles de
(!) Cours de LitUy 1« pari., L. !, ch. IV, sccl. 3.
188 UTRE QUATRIÈME. Cil. VI, 3.
la arande-Oarse, et la constellatioa du Boavier soient déjà mentionnés ainsi quo Prosorpiae épouse de Pluton, quand la nymphe Callisto et son fils Ârcas ne devienaentU t(rande-Ourse et le Bouvier que dans la seconde partie du même livre, quand Atlas, roi de Mauritanie, n'est change en montagne qu'an livre IV, et que Proserpine n'est enlevée aux Enfers par Pluton qu'au livre V. La coatrailiction est évidente. Mais il Taut, avouez-le, l'attention et \j. sévérité minutieuse d'un érudit pour la relever. Ovide l'eût très aisément corrigée, s'il l'eût voulu : il pensa vrai* scmblablement, lorsqu'il lui arriva de traiter des légendes particulières à la création mytholo^que de certaines parties déterminées du monde, n'avoir pas & revenir sur une description dans laquelle il avait englobé le monde entier tel qu'on l'envisageait d'ordinaire dans sa totalité réelle ; et il est de fait que l'esprit du lecteur ne s'arrête guère k cette légèro irrégularité.
Un anachronisme, beaucoup plus grave que les contradictions de ce genre, d'ailleurs en très peUt nombre, est celui qui porte sur le caractère même des personnages et sur leurs mœurs. Les dieux et les héros des Mélamorphostt, .sans manquer de vérité historique autant que ceux des Iléroîdet. montrent encore beaucoup trop de tendance à penser et à parler comme les contemporains d'Augasfe. La demeure du maître du tonnerre devient le Palatin du ciel,
Haud timeam magai dixiase Palatia cœh; I. 176.
f't la société des Immortels n'est pas autrement constituée qutïRome elle-même. Au-dessous de Jupiter est placée l'aristocratie des grandes divinités « Deorum nobilium », qui ont luurs palais c airia » à droite et à gauche de la voie Lactée conduisant à la résidence du chef suprême, et ces palais sont fréquentés < velebrantur » par les dieux inférieurs qui, formant la plèbe céleste, habitent les quartiers reculés.
tandis que les puissants et les praticiens c polenles darique y ont leurs demeures bien en vue :
dextra Isevaque deorum
Atria nobilium valvis celebrantur apertis. Piebs habitat divenia locis : a fronte potentes Cœllcolœ, darique suos posuere pénates.
Parmi tous ces dieux nous retrouvons les habitudes de politesse, d'élégance, de galanterie et de sensualité chères au monde que fréquentait le poète. Une Muse qui a déjà parlé quelque temps à Minerve a-t-elle à lui faire encore un long récit, elle exprime la crainte d'abuser de ses instants et ne continue qu'après y avoir été invitée de la manière la plus aimable :
« Sed forsitan otia non sunt,
Nec nostris praebere vacat tibi cantibus aurem. »
— « Ne dubita, vestrumque mihi refer ordine carmen,
Pallas ait, »
Neptune se laisse-t-il aller à une très vive colère contre Achille, il encourt aussitôt le reproche de s^emporter a plus qu'il ne convient à une personne bien élevée » :
ssevumque perosus Achillem
Exercet memores, plus quam civillter, iras.