IV. 7<3-7l
L'oiseau de Jupiter aperçoil-il dans la plaine un serpent qui présente son dos aux rayons du soleil, il Fattaque par derrière, et, pour l'empêcher de tourner contre lui sa gueule cruelle, il lui enfonce dans les écailles du cou ses serres implacables ; ainsi Persée, d'un vol rapide traversant Tespace, fond sur le dos du monstre frémissant et lui plonge dans le flanc droit son glaive recourbé, qui pénètre jusqu'à la garde.
Dans les deux exemples la forme du début est à peu près la même, mais l'image diffère tout de suite, et autant, dans le premier, elle s'approprie à la poursuite passionnée d'une faible créature par un ravisseur, autant, dans l'autre, elle concorde avec la noble entreprise d'un héros vengeur.
Tout, en somme, nous prouve la faculté que possédait Ovide d'inventer, de multiplier à l'infini, et le plus souvent à propos et d'une manière convenable, les ornements de ses descriptions. Décrire, en effet, voilà le plaisir qu'il ne cessait de se procurer, le mérite principal qu'il recherchait. Il ne présente pas, à la vérité, dans ses tableaux le grandiose oniinaire du De natura rcrum, parce qu'il n'a ni la même croyance en ce qu'il dit, ni le même enthousiasme que Lucrèce; on n'y remarque pas non plus cette sensibilité constante, cette pitié pour les hommes et les choses qui nous plaît tiint chez Virgile ; on ne peut pas dire cependant qu'il manque soit de grandeur, soit de sentiment. Le déluge universel laissant dans une immense solitude Deucalion et Pyrrha, Tembrasemcnt du monde par le char du Soleil avec les plaintes adressées par la Terre au maître du monde, sont, malgré les détails géographiques un peu
longs du deuxième morceau, d'un effet imposant; puis il y a de rénergie et un souffle vraiment épique dans certaines scènes de combats, comme celle qui met aux mains les- Centaures et les Lapithes et celle surtout où Persée résiste avec un petit nombre des siens à la foule considérable des guerriers de Phinée, finit par combattre tout seul contre plusieurs centaines d'ennemis et ne se résout à se servir contre eux de la tête de la Gorgone qu'après avoir montré tout ce dont est capable la valeur d'un héros '. A côté de ces grandes peintures, il en est aussi qui témoignent que lo poète a un cœur. Par Thistoire lamentable de l'illustre Cadmus, que le malheur surprend au milieu des joies de la famille et frappe coup sur coup dans tous ses enfants et petits-enfants, histoire qui prouve que «jusqu'au dernier jour rien n'est certain, qu'aucun homme ne saurait être proclamé heureux avant Theure suprême de la mort et des funérailles » :
ullima sempcr
Exspecluiida dies homini, dicique beatus An le obitum nemo supremnque funera débet ;
par le récit touchant de l'amour conjugal de Céyx et d'Alcyone; par celui, que La Fontaine a si bien imité, des vertus et de la tendre union de Philémon et de Baucis, ces deux pauvres et bons vieillards qui, après avoir, seuls de la contrée, malgré leur indigence, offert une cordiale hospitalité à des étrangers, reconnaissant en eux des dieux, ont le choix de leur récompense et ne demandent que la faveur de passer leurs dernières années et de mourir ensemble'; par quelques autres narrations encore, nous voyons qu'il sait trouver des larmes pour les vicissitudes de l'humanité et comprendre les plus douces émotions de rame. Mais c'est surtout dans les descriptions qui deman-
(1) Voir Appendice cccxxyii etcccxxviii.
(i) Appendice cccxxx.
204 UTRE OIATRIÉME. CU. VI, 3.
dont de la grâce et de l'esprit que se répand le plus volontiers sa poésie; de ce côté, elle acquiert souvent uq charme tout particulier et l'on sent qu'elle s'y exerce sur son véritable terrain. Quoi de plus exquis, par exemple que le petit tableau de l'enlèvement d'Europe par Jupiter changé en taureau, où tous les détails sont simples, gracieux, d'une concordance admirable et d'une précision qui ne laisse à l'esprit rien à désirer? ' Quoi de plus attrayant même, dans son naturel afSoé, que la ligure coquette de la nymphe Salmacis rencontrant le bel adolescent dont elle s'éprend '. Et ce n'est pas seulement dans les narrations qu'Ovide déploie son talent de descripteur. Les discours et les monologues dont elles sont enrichies concourent au même but. On lui a reproché, je le sais bien, d'y faire acte de rhéteur. Il est très vrai qu'il sait concevoir et exécuter, selon tontes les règles, de grands morceaux oratoires; quandnous n'aurions sous les yeux que les deux plaidoyers d'Ajax et d'Ulysse prétendant aux armes d'Achille, nous ne saurions douter de sa science en l'art de parler; car après tout ce qu'avaient écrit sur ce sujet tant de poètes grecs et latins, sans compter les déclamations en prose telles que celles d'AQtistbènc^ilen a tiré deux compositions bien à lui, d'an goût parlait, pleines de mouvement et de chaleur et répondant à ce qu'aurait pu exiger le professeur le plus sévère des écoles'. Mais de ce que les préceptes de l'éloquence sont minutieusement observés dans beaucoup de ces morceaux, s'ensuit-il qu'ils manquent pour cela d'autres qualités? Que, dans quelques-uns, il se soit complu à faire montre de son savoir, je le reconnais; que. d'autre part, dans certains monologues comme ceux d'IphisetdeByblis, au livre IX, il ait trop appuyé sur des développements sur lesquels il eût mieux valu ne pas insister, je n'hésite pas
(i) Appendice i:i:cviv.
(î) Appendice cccxxw.
(3) Voir le tom* VIII iea Orateur» attique» ie Rciets.
(i) Cf. J. Passent, in Oeidii armorum judicium prrf.
à en convenir; il n'en est pas moins certain que la plupart présentent une excellente peinture des caractères et des passions. Ayant, en effet, à présenter dans son poème une grande quantité de personnages et ne pouvant consacrer à chacun d'eux une étude morale semblable à celle qu'un poète épique, par la combinaison de scènes et de remarques successives, a toujours la liberté de réserver à son héros principal, il résume volontiers cette étude dans un monologue; et presque toujours il y fait preuve d'une finesse pénétrante; dans ceux de Médée et de Myrrha, par exemple, il trace avec netteté les nuances par lesquelles une àme tumultueuse passe insensiblement de l'horreur du crime à la résolution de l'accomplir; tel de ces discours d'une profondeur psychologique, qui rappelle celle d'Euripide, serait digne de la scène tragique. Tous les tons d'ailleurs, dans les parties oratoires du poème, sont, comme dans les parties narratives, tour à tour employés : il n'y a pas que les âmes étranges et violentes qui y trouvent l'expression de leurs sentiments. Quand Polyxène, dont le sacriâce est réclamé par les mânes d'Achille, s'avance vers, l'autel et se voit en présence de Néoptolème qui va la. frapper, ses dernières paroles aux Grecs qui l'entourent dénotent, avec la pudeur virginale, la noblesse et la grandeur d'âme que doit montrer en mourant la dernière desfilles de Priam; le sentiment de l'amour conjugal respire dans la bouche de Deucalion^ comme dans celle d'AIcyone' ; et la tendresse naturelle que les parents portent à leurs enfants ne saurait avoir d'interprètes plus fidèles que la malheureuse Hécube, quand elle pleure sur le corps de Polyxène ^, et que le vieux roi Pandion, lorsque, se sentant obligé d'envoyer pour un temps sa seconde fille vers celle dont il est séparé, il la remet aux mains de Térée. « Voici Philomèle, ô mon cher gendre, dit cet excellent père>
(i) Appendice cccxxiw
(2) Liv. XI, V, AtUliS.
(3) Appendice ccczxxiii.
-tf06 LIVRE QIATHIÉME. CH. VI, 3.
puisqu'un pieux motif m'y oblif^e, que mes deux flltcs iLt i'ont demandé et que toi-même, Térée, m'en as prié, jet-, la coufle; au nom de la bonne foi, par les liens qui uaisseo; nos cœurs, par les dieux immortels, je t'en conjure, viili'. sur elle avec l'araour d'un père; et h;Ue-toi, car tout il^ia; me semblerait long, de me rendre ce doux appui de ma vieillesse. 'Foi aussi, (c'est assez que ta sœur vive ;iu loin i, si tu as quelque amour pour moi, Philomèlc, hâte tOL retour. »
ttaae. e^o, cnre geoer, quoniam pia causn roegil,
Bt voliiiire ambs, voluisti lu quoque, Tereu,
Do libi. Parque (idem cognataque pectora supplex,
l'er Buperos oro. palrio ut loearis amore,
El mibi sollicilie lenimen dulce Bt^Declœ,
Quai» primum. omnis eril uobis mora loDga, remittas.
Tu quoque qunm primum (satis est procul esse sororem).
Si pielas ulla ent, ad me, Philomcla, redilo. VI, 496-303.
Ainsi, qu'il s'agisse de grands bouleversements de la nature, de faits surnaturels ou d'évèoements ordinaires de la vie, des passions véhémentes et criminelles ou des sentiments les plus doux et les plus légitimes, Ovide dépeint tout avec une flexibilité d'imagination et de style qui lui permet de prendre successivement les tons les plus variés, suivant la nature des sujets, sans laisser jamais entrevoir le moindre effort. < C'est là surtout, dit La Harpe', le plus grand charme de cette lecture; c'est l'étonnante variéttdes couleurs toujours adaptées à des tableaux toujours divers, tunttit nobles et imposants jusqu'à la sublimiti-, tantôt simples jusqu'à la familiarité, les uns horribles, les autres tendres, ceux-ci effrayants, ceux-là gais, riants et doux. Toutes ces peintures sont riches et aucune ne parait lui coûter, » La Harpe convient bien qu'on reproche au poète,avcc raison, du luxedans son style, c'est-à-dire trop 4'aboQdance ; mais, ajoute-t-il, non sans rappeler combien
(1) Suite Ju passage ci t« prûmleinincnl.
Voltaire témoignait d'admiration pour les Métamorphoses^ «cette abondance n'est pas celle des mots qui cache le vide des idées; c'est le superflu d'une richesse réelle. »
De ce superflu nous avons, au cours de notre examen, relevé les défauts qui méritaient d'être notés. Ovide les avait-il reconnus lui-même ; c'est probable. En tout cas, je ne crois guère à la sincérité de celle de ses élégies dans laquelle il raconte à un ami qu'au moment de partir en exil, dans son désespoir, il avait livré son poème aux flammes. « Je l'avais brûlé, lui écrit-il, soit en haine des Muses, causes de ma disgrâce, soit parce que ce n'était encore qu'une ébauche imparfaite. Mais, puisqu'il n*a pas été anéanti et qu'il subsiste par suite de plusieurs copies, qui, je crois, en ont été faites, je souhaite maintenant qu'il vive, qu'il charme les loisirs studieux des lecteurs et me rappelle à leur souvenir. Personne, toutefois, n'en soutiendrait la lecture, si Ton n'était prévenu que je n'ai pu y mettre la dernière main ; le travail a été enlevé de l'enclume à peine forgé ; à l'écrit il manque le dernier coup de lime ; et c'est l'indulgence, non l'éloge que je réclame ; je serai assez loué, cher lecteur, si tu ne me dédaignes pas.» Il termine par l'envoi à son ami de ces six vers destinés à être mis en tête du livre et que plusieurs éditeurs y ont en effet placés :
Orba parente suo quicumque volumina tangis,
His sallera vestra dclur in urbe locus I Quoque magis faveas : non sunt haec édita ab ipso, •
Sed quasi de demi ni funere rapta sui. Quicquid in his igitur vitii rude carmen habebit,
Ëmendaturus, si licuisset, eram.
Toi aux mains de qui tombe cet ouvrage orphelin, donne-lui du moins un asile dans Rome ton séjour. Pour lui porter plus d-intérêt, sache qu'il n'a pas été publié par son auteur même, mais qu'il a été en quelque sorte ravi de ses funérailles. Tout ce qu'un travail imparfait y a laissé de défauts, si j'en avais eu la liberté, je Taurais corrigé.
UVHB OUATRIÈME, CB. Tl, 3.
Je suis tenté de ne voir dans cette lettre et ces six vers qu'une habile précaution d'auteur pour recommander son livre à la bienveillance des lettrés romains sur lesquels il ne pouvait plus a^ir par ses récitations personnelles; Il me semble que, s'il avait attaché aux corrections dont il parle
e importance capitale, malgré son peu de goût à revenir sur ce qu'il avait une fois écrit, il aurait bien trouvé le moyen de les faire : car pour ce qui est de la destroctioa par les Hammes, à laquelle il aurait voué cette grande œuvre eu même temps que quelques légères compositions de peu de prix, j'y crois d'autant moins qu'il en avait conçu, comme le prouvent les neuf vers qui la terminent, la ferme espérance d'une gloire immortelle.
Et il avait eu raison de la concevoir. Après dix-neuf siècles, son poème est resté jeune encore, brillant de grdce et de fraîcheur. A ce point que, dès les premières années d'études latines, c'est par lui qu'on initie les élèves de nos établissements scolaires aux beautés de l'imagination romaine ; c'est en lui aussi que revit toujours pour nous la mythologie des Grecs et des Latins. E. Nageottea très bien remarqué combien cette action persistante d'Ovide sur nos esprit» ressemble à celle de l'Arioste dont on a souvent comparé le Roland furieux aux Mélamorphoses. Comme l'a noté ce critique, le trait commun qui rapproche les deux poètes consiste en ce qu'ils ont recueilli les traditions d'un monde qui s'en allait, et que, sans cherchera les rcadro dans toute leur sérieuse et anUque grandeur, ils ont l'un et l'autre animé leur œuvre d'un esprit vif et moderne. « Le Jupiter d'Ovide, dit-il', ne ressemble pas au Jupiter d'Momère, et le Roland de l'Arioste est bien différent du neveu de Charlemagne. Cependant, tel est le talent dont ces poètes ont animé leurs conceptions qu'aujourd'hui même encore, quand ils'agit de l'Olympe, c'est celui d'Ovide qui se présente tout riant à notre esprit, comme si l'on vient il parler de la chevalerie, noussongeona aussitôt aux
[\i op. cit. p. 179.
paladins de rAriostc. S'emparer aussi fortement des imaginations n'est certes point d'un génie ordinaire. » Certes, sans comparer Fauteur des Métamorphoses à Lucrèce et à Virgile, on a le droit, quelques défauts qu'on relève dans cette œuvre, d'y reconnaître un des monuments les plus remarquables de la littérature latine.
Le poème des Fasles\ dont l'idée vint à Ovide peu après celle des Métamorphoses et dont il commença la composition tout en écrivant l'autre, fut entrepris dans une intention bien plus manifeste encore de plaire à Auguste. L'autre, en racontant les légendes relatives à Énée, aux rois d'Albe, à la fondation de Rome, en célébrant Tapothéosede J. César et les louanges du prince, n'avait fait, en somme,que toucher à la gloire nationale de Rome comme à celle de la race des Jules; celui-ci eut en ce sens un sujet beaucoup plus déterminé. C'était un poème sur le calendrier romain. Or, vous connaissez l'immense service que J. César avait rendu à ses concitoyens lorsque, en 46 av. J.-C. (708 de R.), avec l'aide du mathématicien Sosigène d'Alexandrie, il opéra dans la manière de compter les
(1) Les mss. les plas importants sont : le Reginensis (Bib.vatic, 1709), du X» s., appelé nuBsi Petaoianus du nom de celui qui le possédait, Petau, et provenant sans doute de Fleury-sur-Loire ; (M. Châtelain en donne un spécimen dans 6& Paléographie jX. Il, PI. xcix) ; le Vaticanus 3262 ou Ursinianus; le Monacensis 8122 ou Mallerstorftefiais, du xii-xiii« s. (Cf. V. Loers, [)e tribus Oo. Fast. codd. mss,. Trier, 1857, 7i p. ; R. Mcrkel, préf. de son éd., p. cclxxi sqq. ; il. Peter, Disp. crit. de Oo. Fast.^ 1877 ; F. Krûger, de Oo. Fastis recensendis, Hostock, 1887). — Éditions spéciales : R. Merkel, 18^1, avec une préface de 29<i p. ; H. Potcr, Leipzig, 1874 ; A. Sidgwick, Cambridge, 1878 ; G. H. ilallam, Londres, 1881 ; 0. Gûthling, Prag., 1883 ; T. M. iNeatly and F. G. Plaistowc, Londres, 1892.
SIO LITHS QUATRIÈMB. CB. TI, 4.
aoDées'.nne réforme qui porte son nom. Une légère errenr commiso depuis par la Dégligence des pontifes' venait d'être réparée par Auguste et le calendrier Julien semblait désomiais ' répondre anssi exactement que possible à la la vérité. Ovide devait donc snpposerqu'Augnste.qui s'occupait avec tant do vigilance des Fastes et qui, depuis la mort de Lépide, avait joint à tous ses titres celui de grandpoutife, apprécierait vivement un poème mi-religieux, mihistorique, dont le but était de rapporter la célébration des fêtes avec l'origine des rites, les faits les plus importants de rtiistoire de Rome, les phénomènes astronomiques, le tout cl&ssé, mois par mois, jour par jour* conformément
(1) Jusque-là l'anal roinaioe s« compasaiL d« 355 jours, el, poDr I^BCcordcr avec l'année sulalrc. on y IntnMJuUait, tous les deux ans, an mois dit inlercalaris ou mercedonius qui comptait altCTDalWement !3 et â! jours ; une période de i années compreout aiDSi 1K>5 Jours, ce qai Ikisait une moyenne de 36Gj. 1/4, soit un Jour CD trop. César régla le nombre des jonrs des douie mois de façon à hire un total de 365 J. et décida que, tons les quatre ans, quarto quoqae anno, oo «Jouterait ua Jour après le ii révricr CD le datant A, d. bis VI Katendaa martias (d'où le nom d'année bissextile).
(!i) Les ponllres avalent mal compris la régie d'interealation et avaient Interpréta quarto quoque anno par • tous les trois ans révolus ». Au boot de Jti ans, ils avaicnl déjà lolercaté trois jours de trop, quand Auguste redresi^B l'erreur cgmmiae en suspendant l'intercalât ion jusqu'en l'an 8 av. J. C.
{:i) Il restait encore une erreur, puisque l'aunêe solaire était supposée de 365 j. eh., tandis qu'elle est e.»ctement de 365J.5h. 18 m. 46 s. 83. Celte différence, qui [l'a l'air de rien,inais qui devait produire un écart d'un jour entier eu 138 aua environ, était de dix jours lorsqu'elle a été corrigée en Iô8i par la réforme grégorienne.
(J) Pour lire les Fastee, il est donc bon de se rappeler toutes les divisions de l'année romaine. César avait établi les quatre saisons de la manière suivante ; le printemps conimenirant le T février avec 9t Jours (93 tous les 4 ans) ; l'élé, le 0 mai, avec 91 j. ; l'automne, le 11 août avec 91 j. ; et l'hiver le II) novembre avec S'J j. — Chaque mois se divisait en trois portions inégales que déterminaient les calendes (i" Jourdu mois), les nonea (5'°< jour, saur en mars, mai, juillet el octobre où elles tombaient le 7), et les ides lis»" jour, sauf dans les mois ci-dessus où elles arrivaient le 15); on comptait les quantièmes à rebours en Taisant entrer dans la supputation et le Jour d'où partait le calcul el celui dont on fixait la date. — Au point de
au calendrier, et le tout aussi écrit pour sa plus grande gloire, puisque la gloire historique de Rome et celle de la religion aboutissaient à lui seul, chef tout-puissant de Tempire déânitivement unifié, chef en même temps de cette religion dont il s'efforçait de consolider les rîteset les temples.
Avec le désir de flatter Auguste d'autres motifs portaient encore le poète à traiter ce sujet. Il y ¥oyait, comme dans celui des Métamorphoses, une ample matière à descriptions variées. Il y trouvait aussi la lacilité de satisfaire ce goût pour les vieilles légendes et les vieilles fêtes religieuses qui s'était révélé chez lui dès sa jeunesse jusque dans une des pièces de ses Amours^. Et de plus, il était certain de ne pas manquer des matériaux nécessaires à son travail. Les livres des pontifes renfermaient des documents précieux bien classés, et beaucoup d'érudits latins, depuis M. Junius Gracchanus et M. Fulvius Nobilior, avaient porté leur étude sur le calendrier. Les vieux écrivains annalistes et ceux qui, comme Caton^ avaient écrit sur les origines de Rome, promettaient une riche moisson de renseignements. Il en était de même des grammairiens et des antiquaires tels que L. Cincius*, P. Nigidius Figulus', Varron dans ses nombreux ouvrages d'histoire ou de linguistique et surtout dans ses Livres des antiquités humaines et divines *,
vue religieux, les jours étaieut de trois sortes : 1«/<?dtiJonr8 de repos absolu et consacrés aux dieux ; â» pro/e3ti, jours de travail ; 3« intercisijoeox dont les cérémonies religieuses réclamaient seulement la moitié. Au point de vue civil, ils étaient également de trois sortes : 1<> les ne/asti proprement dits, jours de repos et de réjouissances publique-, répondant aux festi^ et les ne/asti religiosi, jours de deuil, anniversaires d'événements Tâcheux pour la république, avec abstention de tout sacrifice religieux ; S« les fcuti proprement dits, pendant lesquels le préteur rendait la justice et les ftÂSti comitialeSj jours où avaient lieu les assemblées du peuple et du sénat ; 3» XeBjlssiy jours mi-fastes et mi-néfastes.
(1) La pièce xiii du livre III sur une fête de Junon célébrée cbcz les Palisques.
(2) Préf. de Merkel, p. lxxvi.
(3) id. p. Lxxxvii.
(A) id. p. c, sqq. Cf. G. Hûlsen, Varronianae doctrinœ quœnam in Ooidii Fctstis oeatigia ewstant. Dissert, inaug., Berlin, 1880, 51 p.
UrRE QUATHtEHB. CH. VI, i.
Il pouvait recourir aux imitateurs de Varron, qui vivaient alors, Feuestella, SiDnius Capito, Cornélius Labeo', M. VerriusFlaccus* etc.,etaa grand historien Tite-Uve'. D'antre part, les notions d'astronomie dont il avait besoin loi étaieat fournies en grande partie par an autre de ses contemporains, Clodius Tuscus, dout DOus possédons nn calendrier astronomique dans la traduction grecque de Laureutius Lydusl. Euflo, pour l'origine des cérémonies du culte. les poètes eux-mêmes lui moutraieot la voie. Virgile n'avait-il pas expliqué certains rites en parlant d'Évandre ? Properce n'avait-il pas conçu et abordé le projet d'uD poème sur les fêtes religieuses, les jours consacrés et tes noms antiques des lienx vénérés ?
Sacra diesque nanaro et cognomina prisca locorum. Prop., E/., IV, ),T.6<).
Son ami Sabinus, comme il nous le dit, ne venait-il pas d'entrcpreadre, lui aussi, un poème des Fastes que la mort seule avait interrompu :
imperfectumque dienim
Descruil ceinri morte Sabinua opus.
Pont.. IV, i6v. 15-16.
L'ouvrage devait comprendre douze livres, autant que l'année a de mois. Mais il n'en avait terminé que six lorsqu'il fut relégué à Tomes et il ne se sentit pas le courage de coatiauer. Du moins telle est l'opinion générale et elle s'appuie sur l'affirmation même d'Ovide, qui, à la fin de l'épître adressée à Auguste, s'exprime en ces termes :
(I) Nerktl, p. Lïxïii
{il Serkel, p. iciv. Cf H. Winlhfr, de FastU Verrii Flacc adhibitis, Berlin, 1X115, 53 p.
(3jCr. WÎDlhcr, p. 50 cl Scticakel, Ztsclir. (. Osierr. GyinD. ~- On peut nDlaiiimi>nt rnpprucher des récUs de Tlle-LIvo les Fa»te« iiir la inurt de Scrvius Tutliu» (VI, r>NT-610), sur l'c tm% (II, 6S.'>-S5i) sur le dévoiicinenl des Fabius (II, Vïi-'Ui).
(-l)Mcrkel, pp. Liïi-Lixiii.
Ses ego Fastorum scripsi totidemque libellos, Cunique suo finem mense volamen habet ;
Idque tuo nuper scriplam sub nomine, Cœsar, Et tibî sacratum sors mea rupit opus.
Trist,, M V. 549-552.
J*ai écrit six mois de Fastes en autant de livres dont chacun se termine avec le mois qu'il décrit, et cette œuvre à laquelle je travaillais naguère sous tes auspices, qui t'était dédiée, mon malheur est venu Finterrompre.
Quelques critiques, il est vrai, Merkel entre autres*, prétendent que le premier de ces quatre vers signifie qu'Ovide avait écrit douze livres et, pour justifier leur interprétation, citent un passage des Fastes^ où, à propos d'une supputation de jours, l'expression sex tl totidem a en effet le sens de douze ; ils expliquent alors les mots sors mea rupit optu par rempéchement où Ta jeté sa disgrâce de mettre la dernière main à l'ensemble. Mais de ce qu'une expression a un certain sens quelque part, il n'en résulte pas nécessairement qu'elle ait la même signification ailleurs, et si, de douze livres écrits, six étaient perdus pour nous, ils ne l'auraient certes pas été pour les anciens ; alors comprendrait-on comment il se serait fait que ceux des auteurs de l'antiquité qui,comme Lactance. ont souvent cité les Fastes, n'auraient jamais tiré une seule citation des six derniers livres? L'hypothèse semble inadmissible et mieux vaut adopter, avec la traduction ordinaire des quatre vers, l'avis de la plupart des érudits.
Quant à la dédicace à Auguste dont il était question, elle fut changée. Après avoir laissé longtemps ses Fastes à peu près tels qu'ils étaient au moment de son départ de Rome, Ovide y revint plus tard, non pas pour y ajouter les six livres qui manquaient, mais, comme je l'ai dit dans le chapitre de la biographie, pour en faire hommage à Germanicus. Après la mort d'Auguste, recherchant l'amitié d'un
(1) Préf. p. ccLvi.
(2) Liv. VI, V. 725.
E QUATKIEKE. CH.
homme puîssaat qui pût iolercéder pour lui «après de Tibère, il avait porté ses espérances snr ce personnage qui. d'oD caractère doaz et bieDreillant, aimait les lettres ei 1<^ collJTait lui-même arec succès. Il entreprit donc alors une revision assez sérieuse de ce qu'il avait écrit en remplaçant les passages relatifs à Auguste par d'autres ayant trait à <>ermaiiicus. Mais il avait à peine achevé ce travail sor le premier livre lorsque la mort te surprit. AJnsi s'expliqui" l'état de supériorité manifeste de ce livre comparé aux autres. Dans ceux-ci on remarque bien deçà et delà un ou deox vers qu'il y a jetés, comme des gémissements, au milieu d'une lecture rapide'; mais le premier port« les marques d'une réfection soignée et on y relève non seulement un grand nombre d'allusions à son exil '. mais la mention de maints événements politiques postérieurs à la date de son arrivée à Tomes*. Il en résulte même certaines contradictioQs. puisqu'il y est question de paix et de triomphe, suite de guerres qu'on soutient encore au dire des livres suivants; les amis d'Ovide, qui publièrent son œuvre, respectèrent en eflet son manuscrit et, avec raison, crurent devoir laisser sa révision au point même oil sa mort l'avait arrêtée. Ainsi avaient fait les éditeurs de Virgile. Varius et Tucca, qui ne s'étaient point permis de compléter les vers inachevés de l'Enéide. Voyons maintenant le développement des six livres.
LrVKE PHEMIER.
pose et invoqué
— Après avoir annoncé ce qu'il se prola bienveillance de Oermanicus, Ovide
tn If. IV, 8|.8i; v
(il cr. I, 3Hy, 18a. :
(:4) ij. î«.), .^aa, iw
explique ce qu'est rannée romaine et les différentes sortes de jours qui la composent. Ces renseignements s'appliquent .à l'ouvrage entier et devaient naturellement précéder ce qui concerne particulièrement le mois de janvier, matière spéciale du livre premier (v. 1-62).
Ck)mme la fête de Janus ouvre Tannée, c'est par elle qu'il commence. Il dit les attributs du dieu qui est censé lui apparaître et tenir avec lui un dialogue.. Nous apprenons ainsi pourquoi l'année commence au milieu de l'hiver et non avec le printemps; pourquoi le travail est permis le premier jour de Tan ; quelle est l'origine des souhaits de bonne année et celle des étrennes ; pour quel motif les pièces de monnaie d'airain portent d'un côté l'empreinte d'un navire et de l'autre une tête humaine au double front. Janus est conduit par là à raconter son règne en Italie et l'histoire de son temple, que désormais il pourra tenir fermé grâce au nom redouté des Césars (v. 63-288).
A la même date des calendes de janvier, est rapportée, .d'après les fastes, la formation de deux temples élevés à Jupiter et à Ësculape (v. 289-294).
Puis, comme Ovide va parler du lever et du coucher des astres, il fait l'éloge des connaissances astronomiques (v. 295-310). Il indique alors la date à laquelle le Cancer se plonge dans les mers du couchant et celle du lever de la Lyre, qui annonce la fête des Agonales quatre jours après. A propos de ce mot Agonales, il nous donne en une dizaine de vers cinq étymologies différentes, et cette fête exigeant un sacrifice d'animaux, il rappelle comment ces sacrifices remplacèrent les ofirandes plus simples de sel et de froment; dans rénumération des différentes sortes de victimes, il introduit, à propos du taureau, l'histoire des abeilles du berger Aristée, et, au sujet de l'âne, le récit un peu libre de l'amour de Priape pour la nymphe Lotis, laquelle allait être surprise dans son sommeil quand elle fut réveillée par un cri de l'animal qui depuis paye de sa vie, sur l'autel du dieu de l'Hellespont, ce trop sonore avertissement (v.3r 456.)
LIVHE QL'ATHIÈME. Cil. TI, 5.
Le lever de la coQstellatioa du Dauphin a pour lendemain le milieu exact de l'hiver et pour surleodemaia la fête des Garmentales. Ladescriptiou de cette fête en l'honneur do la prophétesse mère d'Évandre amène le récit de l'arrivée d'Èvandre en Italie, une prophétie de la grandeur de la famille des Césars et l'histoire des bœufs du roi, volés par le brigand Cacus, repris par Hercule qui, en mémoire de ce triomphe, fonda l'ara maxima sur l'emplacement appelé depuis boarium^ (y. 457-586).
Aux ides de Janvier, on sacrifie un bélier à Jupiter. On célèbre le jour où fut décerné Â César lo nom d'Auguste, titre an-dessus de l'humanité et que l'empereur partage avec Jupiter (v. 587-616).
Le surlendemain des ides, nouvelle fête en l'honneur de Carmeota, fête fondée pour le salut des jeunes enfants en souvenir de la fln du complot que, pour se venger de la perte d'un privilège, les dames romaines avaient formé de tuer toute progéniture dans leur sein.
Un jour plus tard, anniversaire de la dédicace d'un temple de la Concorde, relevé par Tibère et enrichi par Uvie (V. 638-650).
Mais le soleil entre dans le signe du Verseau, la Lyre disparait ainsi que l'étoile qui brille au sein du Lion. Le moment vient de célébrer la fête des semences. Le poète joint tous ses vœux à ceux des laboureurs pour cette fécondité de la terre qui doit entretenir la paix assurée par la famille de Qurmanicus, et, après un mot consacré à l'anniversaire de la fondation du temple de Castor et PoUux, l'ordre des fastes l'autorise à terminer ce premier livre par la consécration de l'autel de la Paix, divinité dont la tète, ornée du feuillage d'Actium, fait iDcliner tout front devant les enfants d'Énée (v. 651-724).
Livre H. — Un court exorde, dans lequel il contemple avec complaisance la gravité de son sujet, est suivi du nom dn mois de (éwier (1-54), et aussitôt il énumère tout ce qui
(1) Voir Appendic
a rapport à cette partie du calendrier : d'abord, aux calendes, la fondation d'un ancien temple de Junon Protectrice, actuellement disparu ; la fête de l'asile ouvert par Romulus ; celle du sanctuaire de Numa ; un pronostic de pluie et de neige (55-72) ; puis, après la disparition de la Lyre et le mouvement du Lion qui se plongea moitié dans les eaux, le coucher du Dauphin, constellation qui rappelle l'histoire du chantre de Lesbos, Arion, sauvé miraculeusement des flots (73-118) ; aux nones, l'anniversaire de la collation à Auguste du nom de Père de la patrie, ce qui amène l'énumëration des titres de gloire d'Auguste comparés à ceux de Romulus (119-144) ; les jours suivants, la venue de Ganymède; le commencement du printemps et l'apparition des pieds du gardien de l'Ourse, d'où le récit de la fable de Callisto et d'Arcas (145-192) ; le Jour des ides, une fête de Faune et l'anniversaire du dévouement des 306 Fabius, dont le poète ne manque pas de célébrer la valeur^ (193- 242) ; la nuit d'après, le lever du Corbeau, du Serpent et de la Coupe dont il explique par une fable l'apparition simultanée (243-266).
Le surlendemain des ides, a lieu la grande fête de Faune et des Luperques qui courent nus. D*où vient cette nudité ? Rappelle-t-elle la simplicité des anciennes mœurs des Arcadiens qui auraient importé cet usage, ou l'aversion qu'a Faune pour les vêtements depuis le jour où, brûlant d'amour pour Omphale, il s'approcha d'Hercule revêtu de la robe de cette princesse, ou bien encore l'état dans lequel se trouvaient Romulus et Rémus au milieu des jeux do cette fête lorsqu'ils coururent reprendre leurs troupeaux à des brigands qui les enlevaient ? D'où vient aussi le nom de lupercales donné au lieu et au jour de la fête ? Ce lieu estil celui où Romulus et Rémus furent nourris par une louve ? ou bien le nom est-il celui d'une montagne d'Arca*die? Toutes questions qu'Ovide examine successivement en rapportant les fables qui y sont relatives (267-452). En
{i) Woir Appendice cccxxxy. '.'.': 1
même temps, lo Verseau déclioe et les PoiesoDS apparaissent, eux qui brillent maiutenant dans le ciel pour avoir sauvé Vénus et son Als poursuivis par l'horrible Typhon (453-474).
Puis vient la fête nationale de Quirinus, c'est-à-dire de Somulas devenu dieu et qui, enlevé au ciel au miltea d'un orage, vint se montrer ensuite à Proculus pour annoncer au peuple de Rome sa divinité'. Ce jour-là est appelé aussi fête des sots, parce que c'est alors que les Fornacales, instituées contre les incendies en l'honneur de la déesse Foroax et qui n'ont point de date Hxe, sont célébrées en retard par ceux qui ne se sont pas tenus au courant de l'avis annuel du grand curion (v. 475-Ô32).
Sont mentionnées ensuite la tet« des Mânes, importée par Éoce, modèle de piété filiale, et les pratiques en l'honneur de la déesse du Silence, dont l'origine tient à l'aventure de la nymphe Lara qui, en punition d'une indiscrétion, fut conduite chez les M&nes sur l'ordre de Jupiter par Mercure, et qui, du fait de celui-ci, devint mère des deux espèces de Lares protecteurs des places publiques et du foyer des maisons (v. 533-616),
Aux fêtes des morts succèdent celles des vivants, les Caristies. qui ont pour but d'entretenir la concorde des familles (v. 617-638), et, immédiatement après, celle du dieu Terme qui iospire le respect des propriétés (v, 639- 664).
Le sixième jour avant la fin du mois porte la mention regù fuga, fuite du roi. A ce propos, Ovide nous donne le récit de plusieurs épisodes : la prise par ruse de Oabies, la -manière dont Brutos accomplit l'oracle qui promettait la puissance à celui qui, le premier, embrasserait sa mère, eofln le siège d'Ardée, l'attontat de Sextus sur Lucrèce qui ^0 tue et la punition de ce crime par l'expulsion de Tarquin et de sa famille, par la an de la royauté (v. 685-852).
Le retour des hirondelles se produit alors, et la course
(I) Voir Appendice ci
de chevaux et de chars dite Ëquiria, qui se célèbre dans le Ghamp-de-Mars, nous annonce l'approche du mois consacré au dieu des batailles (v. 853^4).
Livre III. — Le poète invoque ce dieu Mars qui peut, comme Minerve, laisser la lance et le bouclier, puisqu'il s'introduisit ainsi dans les bras de la prêtresse Silvia pendant qu'elle dormait. De là naquirent Romulus et Rémus et par eux la ville de Rome. Il était d'ailleurs depuis longtemps honoré chez les peuples du Latium qui avaient donné son nom à un de leurs mois : Romulus le donna au premier des dix mois dont il composa Tannée romaine ; mais Numa corrigea ses calculs en élevant le nombre des mois à douze et César, au milieu de ses vastes travaux, trouva le temps d'apporter au calendrier une nouvelle rectification (v. 1-166).
Le mois commence par la fête de Mars et des Matronales. Pourquoi les femmes la célèbrent-elles? Est-ce en souvenir de l'heureuse intervention des Sabines entre les deux armées ennemies, ou en mémoire de la fécondité d'Ilia, ou à cause du retour du printemps qui ressemble à un enfantement de la nature, ou simplement parce que Mars est le fils de Junon et que, ce même jour, les femmes élevèrent un temple à Junon Lucine? Le dieu qui, après avoir été invoqué, apparaît et veut bien répondre aux interrogations du poète lui laisse le choix entre ces diverses explications (v. 167-258). Mais comment se fait*il que les Saliens portent des boucliers sacrés et chantent Mamurius? Pour cette nouvelle question, il faut qu'il recoure aux lumières d'Égério, la divine épouse de Numa. C'est elle qui, dans le temps où un orage extraordinaire avait épouvanté tout le peuple, enseigna à Numa le moyen d'arra* cher à Faune et à Picus le secret de l'expiation de la foudre. Les deux divinités mirent le roi en présence de Jupiter qui lui promit un gage infaillible du salut de l'empire, et, le lendemain, tomba du ciel le bouclier divin ; puis l'habile Mamurius en façonna d'autres semblables, à la condition que les Salions répéteraient son nom à la fin de leur chant
220 LIVRE gi'ATHlEHE. CU. TI, 5.
(V. 259-393). PendaDt ces fêtes de Mars, i! est bon que les amants diâèreiit leur hymen (394-398).
Entre les calendes et les nones ont lieu le coucher d'un des Poissons et du Bouvier ; le lever du Vendangeur, cet Ampelos que Bacchus mit au nombre des constellations ; et la fête de Yesta, dont Auguste est devenu grand prêtre (399-428).
Le jour des nones est l'anniversaire de la consécrstion du temple de Véjovis, c'est-à-direde Jupiter enfant (v. 429- 448).
Entre^ les nonea ut les ides se placent le lever du signe Pégase et celui de la couronne d'Ariadne, constellation qui rappelle l'histoire de la princesse abandonnée par Thésée, consolée parBacchus, enlevée au ciel sous le Dom de Libéra, tandis que les pierres de sa couronne se transformaient en neuf étoiles (v. 449-516); puis une nouvelle fête Equina(v. 517-523).
Aux ides, c'est la fèt« joyeuse d'Anna Pérenna. Les uns pensent, dit Ovide, qu'il s'agitd'Anna, sœur de Didon, qui, poursuivie par son frère Pygmallon, fut jetée par les vents sur le rivage de Laurentum, recueillie par Énéo. et se voyant en butte à la jalousie de Lavinie, trouva asile dans le palais humide du fleuve Numicius en qualité de nymphe. D'autres la confondent avec la Lune, avec Thémis, avec Ino. Mais une tradition peu connue et que le poète semble préférer est celle qui fait d'Anna une vieille femme du bourg de Boville, qui aurait fourni des vivres au peuple dans le temps de sa sécession sur le mont sacré et à qui le peuple aurait plus tard élevé une statue. Toiijonrs est-il que, selon uue légende, elle n'était déesse que depuis peu de temps lorsqu'elle joua à. Mars un tour très plaisant en se faisant passer auprès de lui pour Minerve qu'il rechet^ cbait ; et de là les plaisanteries et les chants obscènes qui ont cours pendant sa fête (524-696). Le même jour est l'anniversaire de la mort de César (6!J7-710)
Entre le jour des ides et la fln du mois sont rapportés : — le lever du Scorpion (711-712)— la fête de Bacchus, à qoi
Ton offre des gâteaux de miel parce qu'il découvrit la façon de récolter le doux produit des abeilles M la fête simultanée de la prise de la robe virile par les jeunes Romains ; la visite aux Argées (713-792) ; — la conversion vers rourse de l'étoile du Milan, oiseau admis dans le ciel à cause d'un service rendu aux dieux dans leur guerre contre les Titans (793-808) ; — les fêtes dites Quinquatries en rhonneur de Minerve, déesse de tous les arts comme de la poésie et déesse aussi des batailles, à qui fut dressé le petit temple de Minerve capta, nom sur Torigine duquel on n'est pas d'accord (809-850) ; la venue du soleil dans le Bélier, ce qui amène le récit de l'aventure de Phryxus et d'Hellé (851-876) ; et enfin l'équinoxe du printemps et la fête célébrée sur le mont Âventin en l'honneur de la Lune, déesse qui règle les mois (877-884).
Livre IV. — En abordant avril, consacré à Vénus, Ovide invoque cette divinité qui sourit à ses efforts parce qu'il lui est toujours resté fidèle (1-18) ; en même temps, il demande l'attention de l'empereur pour le mois qui rappelle Torigine des Césars: c'est avec raison que Romulus, descendant de la déesse par Ënée et les rois d'Albe, a joint Mars et Vénus dans la suite des mois de Tannée (19-60). Le mot avril d'ailleurs vient d'àçpoç (écume de la mer) en souvenir de la naissance de Vénus, et cotte étymologie grecque du nom latin n'a rien de surprenant, si l'on songe que l'Italie était la Grande-Grèce; on Ta contestée cependant ; on a voulu enlever l'honneur de ce mois de printemps à la déesse comme si, par sa puissance et sa fécondité, elle n'en était point digne, elle qu'aucune bouche romaine, en tout cas, n'aurait dû blasphémer (61-132).
Aux calendes, on lave donc la statue de Vénus, et les femmes également se lavent dans les eaux d'où elle a pris naissance. Elles offrent aussi de l'encens à la Fortune Virile qui leur apprend l'art de cacher aux hommes les défauts de leur corps et par qui Vénus devint épouse. Puis
(1) Voir Appendice cccxxxvn.
222 LITHE QUATHIÊHE. CB. Tl, &.
elles adorent celle-ci aoas le nom de Verticordia (qni change les cœurs), parce qu'elle ramena parmi elles la pudeur que, dansan temps, ellesavaientperdue (133-162).
Cependant le Scorpion disparait et fait place aux sept Fiéïades dont six seulement furent aimées par des dieux ; aussi la septième a-t-elle coutume de se cacher (163-172).
Presque aussitôt on célèbre la fête de ta déesse de l'Ida, les jeux MégaUsiens. Mais pourquoi le bruit de cymbales, de tambours et de flûtes? Pourquoi ces prêtres eunuques? La nymphe Ërato, qui tient son nom de l'Amour, répond aux questions du poète et nous découvre l'aatique histoire de Cybèle ; elle nous dit comment sa statue et son culte entrèrent à Rome cinq siècles après la fondation de la ville en faisant reconnaître l'innocence de la restale Claudia (119-372).
Entre les nones et les ides, se placent et l'anniversaire de la fondation du -temple do la Fortune publique, qui donne à Ovide l'occasion d'apprendre & ses lecteurs qu'il a ùté décemvir, et les jeux de Cérès, qui lui permettent de raconter tout au long l'épisode de l'enlèvement de Proserpine. (373-620.)
Aux ides se rapportent la fondation des temples de Jupiter vainqueur et celle desportiqucsdela Liberté (621-6^).
Après les ides viennent : — l'anniversaire de la défaite d'Antoine devant Modène avec un pronostic de grêle (625- 628); — les Fordicidia, ou le sacriflce d'une vache pleine à Oèrès, institué par Numa pour la fécondation de la terre (629-672); — l'anniversaire de la collation du titre d'empereur à Auguste (673-676); — le coucher de la coQStellatioB des Hyadea (673-678);— les jeux du cirque, pendant lesquels on lâche des reuards entourés de torches ardentes en souvenir d'un grand incendie cause par un animal de cotte espèce (679-712); — le lever du Taureau (713-720); — les Palitia ou fête de Paies, déesse des bois, à qui les bergers feront bien d'adresser la prière composée par le poète*
r Appendic
(721-806); — le même jour que les Palilia, la fondation de- Rome, dont il donne le récit légendaire avec celui de la mort de Réraus (807-862) ; — le surlendemain, les Vinalia^ fête de Vénus Érycine au temple qui tire son nom du mont Éryx, en Sicile, d'où Claudius, maître de Syracuse, rapporta la statue de la divinité; jour cependant consacré k Jupiter à qui Énée avait voué les vins du Latium pour obtenir la victoire sur Mézence, allié de Turnus (863-900);. — milieu du printemps ; pronostic de pluie; lever du Chien (901-904); — procession des Robigalia au bois sacré de l'antique déesse Robigo, à qui l'on immole une brebis etun chien pour détourner des blés la nielle qui les ronge. Pourquoi un chien? à cause du chien céleste Icarius qui deson astre brûlant dessèche la terre (905-942); — commencement de la fête de Flore, anniversaire de la translation de Vesta dans le palais du Palatin, que se partagent avec elle Phœbus et César (943-955).
Livre V. — L'étymologiedu nomdu mois de ma» est la pre-*^ mière question qui se pose. Ovide ne peut la résoudre par luimême; ce sont les Muses qui la discutent. Polymnie croit que ce nom a été donné par la déesse de l'ordre^ Majesté, qui s'assit dans l'Olympe avec les dieux dès que cessa le chaos ; selon Uranie, le mot maius vient de la vénération que Ton portait aux vieillards, majores, opposé au nom du mois suivant, yuntW, qui le tient des jeunes gens, juniores; maisCalliope est d'avis qu'il faut en faire honneur à Maïa, mère de Mercure, lequel, en inventant la lyre, lui donna sept cordes en souvenir de sa mère, une des sept Pléiades filles d'Atlas. Les Muses applaudissent à cett& explication; après quoi, le poète les prie de lui inspirer celle de tout ce qui se rapporte à mai (1-110).
Aux Calendes, se lève la constellation de la Chèvre; d'où la légende de la chèvre d^Amalthée et de la Corne d'abondance mises l'une et l'autre par Jupiter au rang des astres (111-128). C'est l'anniversaire de la fondation d'un ancien autel des Lares Prsestites, aux pieds de qui figurait un chien, symbole de la garde exercée par eux sur le foyer domes^
tique. Aaguate a rétabli et développé leur culte en leur adjoignant son propre Géoie ('129-146). Rétablissement par Liviû du temple de la Boane-Déesse (146-152>. Avec le vent frais de l'Argeste apparaît tout le cortège des Uyades dans lesquelles des légendes diverses font voir ou les nourrices de Bacchus ou les sœurs d'Hyas récompensées deleur amour fraternel (159-I82). ContianatioD de la fête de Flore commencée en avril. La déesse dit elle-même Tétymologie de son nom qui vient du grecChloris. Elle explique comment, devenue l'épouse de Zéphyre, elle eut l'empire des jardins et procura à Junon, par le don d'une fleur, la naissancis du dieu Mars; comment les jenx institués à Rome en son honneur devinrent annuels à la suite de l'irritation qu'elle avait manifestée en privant de fleurs tous les arbres des vergers ; pourquoi, dans les jeux Floraux, que les courtisaneN aiment à célébrer, on use d'une grande liberté, de costumes de diverses couleurs et d'illuminations ; pourquoi enlin, dans le cirque on ne lâche alors que des animaux timiiios an lieu de bêtes fauves (183-378).
Avant les nones se produit l'élévation du signe du Centauro, lequel n'est autre que Chiron, mort de la blessure qu'il s'est faite avec l'une des flèches d'Hercule(v. 379-414); il est suivi de près par la Lyre et la moitjé du Scorpion (v.41â418).
Eatre les nones et les ides, on célèbre les fètcs Lemuria dout Ovido indique les pratiques olse fait dire l'origine par Mercure : instituées par Romulns pour honorer les mânes 4o Ki:mus, elles s'appelaient primitivement Hemuria ; elles ne sont pas favorables à l'hymen ; trois jours leur sont consacrés, mais non consécutifs(v. 419-492). Alors se couche OrioD. Né d'une opération mystérieuse des dieux qui le donnèrent comme flls au pieux vieillard Hyriée, Urioo ou OrioQ était un chasseur robuste : il sauva Latone de la fureur du Scorpion et fut placé pour cela dans les cieux (v. ■l',i:i-544). Mars Vengeur, en l'honneur de qui ont lieu des ji;ux solennels dans le cirque, admire le temple que
icûl de lui bàlir Auguste et où s'étalentles dépouilles des
natioDs vaincues (v. 545-598). Le printemps fait place à Tété, et, dans la nuit qui précède les ides, se montre le Taureau, qui rappelle soit l'enlèvement d'Europe, soit l'aventure d'Io (v. 599-620).
Aux ides, la Vestale précipite dans le Tibre deux images de vieillards en osier, souvenir des sacrifices humains que réclamait jadis le culte de Saturne et qu*HercuIe transforma de cette manière. D'aucuns prétendent que ceci rappelle les vieillards infirmes que les jeunes gens jetaient dans le Tibre pour rester maîtres des comices. Mais le Tibre fournit au poète une autre explication : certains Grecs compagnons d'Hercule, conte-t-il, s'étaient établis dans le Latium et plusieurs, qui regrettaient Argos leur patrie, ayant ordonné à leurs héritiers de jeter,après leur mort,leurs corps au fleuve dans Tespoir que les eaux les porteraient jusqu'en Grèce, on éluda leur ordre en remplaçant les cadavres par des corps d'osier; d'où l'usage qui se perpétue (v. 621-662). Aux ides aussi, la fête de Mercure,qui entend en souriant les prières. des commerçants, lorsqu'ils implorent de lui, avec l'assurance d'un gain, le pardon de leurs paijures et passés et futurs. Le poète ne lui adresse pas une demande semblable. Il le prie seulement de le renseigner sur la constellation des Gémeaux. Le dieu lui dit alors à quelle date le soleil y entre et comment elle rappelle la piété fraternelle de Castor et PoUux (v. 663-720).
Après les ides sont mentionnés très brièvement : le retour des Agonales ; l'apparition du Chien d'Érigone ; la purification des trompettes dans le jour Tubilusiria consacré à Yulcain; quatre lettres marquées sur le calendrier au sujet des sacrifices ou bien au sujet de la cérémonie de la Fuite du roi ; l'anniversaire de la consécration du temple de la Fortune publique ; des phénomènes célestes ayant rapport à la Tête de l'Aigle, au Bouvier et à l'astre d'Hyas (v. 721- 734).
Livre VI. — Trois déesses se présentent pour réclamer l'honneur d'avoir nommé le mois de juin (junius) : d'abord Junon ; puis Hébé, déesse de la jeunesse {jwniores) ; et enfin
LIVHE OIIATRIÈME. CU. VI, 5.
la GoDcorde qui aurait consacré par ce nom l'union des Romains et des Sabins (Juniui ajvnctis). Mais le poète, plus prudent que Paris, passe aux éphémérides. sans se prononcer entre les trois concurrentes (v. 1-100).
Le jour des calendes est consacré à Carna, nymphe aimée de Janus qui la tlt déesse des gonds et lui donna une branche d'aubépine dont la vertu éloigne des portes les accidents fâcheux. Elle sauva ainsi des Striges, oiseaux qnî se repaissent du sang des jeunes enfants non surveillés, Procas au berceau. Divinité antique, elle n'aime pas le luxe; oo l'honore par un mélange de fèves et de blé dur(v. 101-183). Le même jour est ranoivorsaire de la consécration des temples élevés fl Junon Monéta, à Mars, à la Tempête. L'oiseau de Jupiter parait au ciel et les Hyades, groupées sur le front du Taureau, donnent le signal des pluies (V. 183-197).
Entre les calendes et les noues, anniversaire de la consécration par Appius Csecus du temple de Bellone à côté duquel se trouve la petite colonne d'où le fécial lance le javelot qui annonce la guerre (198-212).
Aux nones so rapporte l'élévation d'un temple de Sancus .sur leQuirinal(213-218)). Tout ce commencement de mois, jusqu'aux ides, est défavorable à l'hymen (219-234).
Eutro les nones et les ides sont mentionnés : le coucher du signe d'Arcas ; la fête du Tibre, chère aux pécheurs ; la consécration du temple de l'Intelligence (235-248); puis, la fête de Vesta, dont le temple est rond en conformité do la rotondité de la terre, et qui n'a que des vierges pour prêtresses, parce que, vierge elle-même, elle personnifiela llammedont ne nait aucun corps. Son nom vient de vistal, la terre se soutenant par sa propre force, et a produit le mot vestibule, première pièce où se trouvait jadis le foyer de toute maison. Le jour de cette fête, on voit le pain [lendro en couronne au cou des iioesses. Ovide prend occasion de cet usage pour rappeler, d'une part, la fable de i'riape, amoureux de Vesta endorinie, mais arrêté dans son entreprise par le cri de l'âne de Silène, et. d'autre part.
LIVHK QUATRIÈME. CU. YI, 5. 227
l'histoire de l'autel élevé sur le Capitole à Jupiter Boulanger. Il explique aussi comment il se fait qu'en revenant do la fête on rencontre des personnes qui marchent les pieds nus : c'est en souvenir de ce qu'était le quartier du Velabrum, un marécage impraticable aux chaussures. 11 n'oublie ni le Palladium mis sous la garde de Vesta, ni le dévouement de Métellus qui sauva le temple de l'incendie, ni la punition des vestales sacrilèges, dont on ne verra pas d'exemple sous le grand pontificat d'Auguste (249-468). Le lever de la constellation du Dauphin (469-472). Les Metrcdia ou fêtes des mères, en l'honneur de Matuta à qui Servius a élevé un temple. Cette déesse, la même que la Leucothoé des Grecs, la même qu'Ino, mère de Mélicerte, devenu chez les Grecs le dieu Palémon et chez les Latins le dieu Portumnus, présente au poète de nombreux souvenirs (453-5<)2). Anniversaire des défaites de Rutilius et de Divins (563-568); celui aussi de la consécration du temple de la Fortune par le roi Servius. Pourquoi l'image du roi estrelle voilée? Est-ce un aveu pudique de l'amour que la déesse eut pour lui ou un signe du deuil que manifesta le peuple à sa mort? Ou bien n'est-ce pas plutôt la marque de l'horreur dont fut saisie sa statue à la vue de sa fille parricide*, lorsqu'elle osa entrer dans le temple? Au milieu d'un incendie de l'édiflce, cette statue fut sauvée par Vulcain, qui était le père de Servius comme le prouve le prodige survenu à sa naissance (569-636). Consécration par Livie d'un temple à la Concorde (637-648).
Le jour des ides rappelle la consécration d^un temple à Jupiter Invincible (649-650) et ramène les minores quinquatrus, en l'honneur de Minerve, fête pendant laquelle les joueurs de flûte parcourent la ville, masqués et vêtus d'une longue robe. Ovide se fait expliquer cet usage par Minerve qui revendique en outre Thonneur de l'invention de la flûte, cause du supplice infligé par Apollon au satyre Marsyas (651-710).
(1) Voir Appendice cccxxxix.
228 LIVRE QL'ATRtEHE. CU. VI, 6.
Dans laderoière partiedu mois soataotés plusieurs pbènomênea célestes, comme le lever du Serpentaire, auquel se rattache la fable d'Hippolyte, flls de Thésée, rappelé à la vie par Esculape et devenu le Virbius du lac d'Aricie, et un assez grand nombre d'anniversaires : victoire de Postumius Tubertus sur les Volsquos et les Èques; consécration du cultede Pallas sur l'ÀTentin; désastre de Trasimène; mort d'Asdrubal ; fête de la Fortune Forte, honorée surtout par le bas peuple dans le temple fondé par le roi Ser- TÏus, dont la mère était esclave; fondation du temple de Jupiter Stator et de celui de Quirinus; relèvement du temple d'Hercule Musagètes par l'illustre Philippe, allié à la famille des Césars et de qui descend la belle et spirituelle Marcia, femme de Fabius Maximus (711-814).
Le premier reproche qu'on adresse aux Feules est d'avoir été écrits en distiques élégiaques. Du moment, en effet, que le poète entreprenait une œuvre grave, oil l'érudition religieuse et patriotique était appelée à tenir la première place, il ne devait pas abandonner l'hexamètre héroïque qu'il avait adopté et employé avec succès dans les Jfe/amorphoses. La pentamètre du distique est trop grêle pour les poèmes de large envergure et de but élevé. Lui-même d'ailleurs reconuait la faute que lui a fait commettre sa prédilection pour ce genre de vers, et, au moment d'aborder, dans le livre II, une des parties de son œuvre considérée par lui comme ayant le plus d'importance, il s'écrie : Nunc mihi mille sonos, quoque esl memoralus Achilles,
Vellem, Masonide, peclus ioesse luuni ; Duni cauimus sacras altcrno carminé DOnas,
Uaximus hinc Fasti^ accumulatur iionos.
Deflcit iogenium, majoraque viribus urgent : HsBC mihî prsecipuo est ore canenda diea.
Quid volui démens Ëlegis imponere tantum Ponderis? herol res erat ista pedis.
Il, 119-126.
Que n*ai-je point maintenant cent voix et ce feu sacré, 6 poète de Héonie, qui te fit chanter Achille I Tandis que mes vers inégaux célèbrent les nones sacrées, voici que se présente le sujet le plus glorieux des Fastes. Mon génie m'abandonne et mes forces ne suffisent plus à la grandeur de ma tâche : c*est ici qu'il me faudrait les plus sublimes accords. Comment ai-je commis l'imprudence de vouloir imposer à l'élégie une pareille entreprine ? le vers héroïque seul en était digne.
Mais ce sentiment même de la grandear de son sujet, — et c'est là un deuxième reproche bien plus grave que le premier, — il le conserve rarement. C'est à ce point que, dans le moment où il croit l'avoir, il ne peut, semble-t-il, s'empêcher de s'en étonner et de s'admirer. « Aujourd'hui, pour la première fois, dit*il, en s'adressant à ses distiques élégiaques,vous allez à pleines voiles; vous étiez autrefois, je m'en souviens, chose légère ; messagers dociles, vous serviez mes amours, lorsque vos faciles préludes charmaient mes jeunes années. Maintenant, Je chante la religion et l'ordre des temps consignés dans les Fastes. Qui eût cru que de ce point de départ je passerais à un sujet si grand ? »
Nunc primum velis, elegi, majoribus itis :
Exiguum, memini, nuper eralis opus.
Ipse ego vos habui faciles in amore ministres,
Gum lusit numeris prima juvenla suis.
Idem sacra cano signataque tempora fastis :
Ecquis ad hsc illinc crederet esse viam ?
Et de fait il n'y passe qu'en l'amoindrissant. A vrai dire, il n'y a pas ici la pensée directrice par laquelle tout grand génie donne à son œuvre, avec l'unité et l'harmonie. Télé-
yS 230 UVRE Ol'ATRIÈME. Cil. TI, 6.
f! ment vivifiant qui doit en assurer Timmortelle béante. Le
'l\ plan^sans doute^étaît on ne peut pins ingrat: rappeler Fane
|! après l'autre, dans l'ordre des jours, toutes les mentions
, ' que portait le calendrier, de quelque nature qu'elles fa&-
:\ sent, semble, au premier aspect, ne point répondre aax
exigences d'un travail digne des Muses; mais, si le poète, alors qu1l n*y était forcé par rien, choisissait cette matière, c'est apparemment qu'il comptait faire un tout vraiment poétique de ce qui pouvait ne présenter à d'autres que peu de connexion et d'attraits. Vraisemblablement il avait entrevu la majesté du tableau qu'il n'était pas impossible de produire avec la religion des Romains, si intimement liée à leur histoire, et dont les origines fabuleuses, d'autre part, se confondirent si souvent avec celles des astres. Seu* lemeut, son goût des détails, qui le portait, dans l'imitation des Alexandrins, à n'envisager que le petit côté^dcs choses, lui dérobait, en définitive, la vue majestueuse de ce vaste ensemble. 11 n'avait pas non plus le caractère, les mœurs, les croyances et l'enthousiasme nécessaires. Lui qui, en se félicitant d'être né dans le meilleur des siècles, s'était vanté de ne regretter rien du passé, et qui. en participant à tous les plaisirs frivoles d'un monde élégant et sceptique, n'avait guère témoigné jusque-là qu'indifiërence pour les questions sérieuses, pouvait-il au fond de l'âme être ému et se sentir réellement inspiré pour célébrer les vertus des citoyens de la vieille Rome, pour dire les pratiques de leur piété sincère envers les dieux ? Non. et on ne s'en aperçoit que trop en le lisant. Qu'il parle de l'antique solitude des lieux sur lesquels s'étale actuellement la magnificence de j la ville éternelle ou du drame domestique qui mit fin au
gouvernement des rois, il n'a ni le souffle de Virgile ou même de Properce *, ni cette vérité de couleur qui tenait chez Tite-Live à ce que, en écrivant sur l'antiquité, ce grand historien prenait lui-même une Ame antique ^ Qu'il
(1) Virg., ^n., VIII, 31i et Prop. El.y IV, i.
(^) M Mihi Yctustas res scribeoti, nescio quo pacto, antiquiis Ot aDÎmus.i TU. Liv., XLIII, 13.
traite des dieux au culte de qui le peuple de Rome est le plus attaché, il reste également froid, s'amuse à expliquer ingénieusemeat et leurs noms et les détails des cérémonies qui les concernent, sans avoir Tair de se rendre compte de Tesprit même de la nation religieuse qui les a adoptés. Il n'est pas jusqu'aux éloges décernés en si grand nombre à Auguste, qui, malgré le soin qu'il y apporte, ne soient une preuve de son manque d'élan : elles témoignent un vif désir de plaire, mais voilà tout; de reconnaissance vraie pour l'œuvre méritoire de relèvement religieux et national dont l'Empereur s'était imposé la tâche, vous n'en trouverez pas. Ainsi manque l'idée généreuse qui, répandue sur l'ensemble du poème, lui eût donné l'animation et la grandeur qu'il nous interdit de lui reconnaître.
L'œuvre toutefois, outre des qualités incontestables de style et de versification, a des mérites qu'on ne saurait dédaigner. Il faut songer à l'uniformité continue que présente un calendrier pour se faire une idée de la monotonie dans laquelle il y avait grand danger de tomber. Y échapper complètement eût été impossible^ d'autant plus que, pour la combattre, la ressource des diverses transitions employées dans les Métamorphoses n'existait en aucune façon. Ovide réussit cependant à s'en garder dans une grande mesure. D'abord, au lieu de parler toujours luimême et de donner dans un récit continu les explications qui doivent être fournies, il se plaît à rompre la forme de la narration par celle du dialogue ; maintes fois il invoque le secours des divinités dans les cas qui les intéressent, celles-ci se rendent à son appel, il les interroge, elles lui répondent, et le lecteur se trouve ainsi renseigné sur bien des points qui ne se seraient rattachés entre eux que péniblement sans cet artifice. Le procédé rappelle un peu celui de nos féeries. Il en use pour la première fois, dès le commencement du premier livre, à propos de questions qu'il vient de se poser sur le compte de Janus, en demandant à ce dieu, dans une exclamation, qui pourrait bien les lui expliquer. « Tandis que, mes tablettes à la main, dit-il^ je
232 LITHE QUATRIEME. CU. T], 6.
roulais ces questions dans mon esprit, ma demeure s'illumina, et le saint, le merTcillenx Jaous à la double figura parut soudain devant moi. Immobile de stupeur, je sentis mes cheveux se dresser d'épouvante : an froid subit avait glacé mon cœur. Lui, tenant dans la main droite un bâton et dans la gauche une clef, prend la parole et me dit : « Ne crains rien et apprends, chantra laborieux des jours, ce que tu désires... >
H»c ego cum'sumplis agiUrem meule Ubellii, Lucidior visa est, quim fuit ante, domui. Tum aacer aocipili miraudui imagiae Janus
Bina repens ocuIÎb obi u lit ora meU.
Obstupui, lensique metu riguisse capillos. Et geliditm mibilo trigore peclua erat.
Ille tenens baculum deitra clavemque eiaiitra
Edidll hos nobis ore priore sonos :
« Disce meta posito, vales operoae dienim,
Quod petis u
1, 93 sqq.
XiO dieu alors non seulement l'instruit sur les points visés tout d'abord, mais répond, sans se lasser, aux huit on neuf interrogations que le poète, enhardi par aa complaisance, lui adresse coup sur coup. Vous comprenez que l'artifice était trop heureux pour no pas être renouvelé. Peut-être même qu'un censeur rigide jugerait qu'Ovide s'en est servi trop fréquemment; car nous le voyons employé jusqu'à cinq fois rien que dans le livre V, avec les Muses (v. 7sqq.), Flore (V. 191 sqq.),Mercure(v .445 sqq.),le Tibre Cv.635sqq.) et Mercure de nouveau (v. 693 sqq. ). Mais, remarquez que, chaque fois, la divinité eut introduite dans des conditions nouvelles et que, si le moyen au fond reste le même, il varie très sensiblement dans la forme. Rien de plus ingénieux., par exemple, que la manière de faire expliquer les trois étymologies dificrentes du nom do cinquième mois devant le conseil des Muses par trois d'entre elles' : Polymnie, Uranie et Galliope soutiennent
(1) Llï. V., V. 9 sqq.
tour à tour un avis différent et elles le font, chacune selon son caractère propre, toutes, sans prolixité, avec esprit et avec grâce ; jamais la science de Torigine des mots ne s'exprima en un langage plus attrayant.
La diversité des tons est aussi un remède efficace contre la monotonie du sujet. L'énergie domine dans plusieurs morceaux, tels le combat d'Hercule et de Cacus, la mort des trois cent six Fabius, le meurtre du roi Servius ; la simplicité narrative dans d^autres, comme l'établissement du culte de Quirinus ; le ton licencieux dans quelquesuns^ témoin l'amour de Priape pour la nymphe Lotis; ailleurs, la franche gaité, exemple l'aventure de Silène lors de la découverte du miel par Bacchus;et,le plus souvent, la grâce, vous la verrez mêlée à l'esprit dans la discussion des Muses qui vient d'être citée, vous la trouverez toute pure et toute simple dans cette prière champêtre de Paies', que Delille a imitée dans son poème de V Imagination*,
L'esprit, il le répand, comme toujours, un peu partout, et sa malice est grande. Il lui arrive, à la vérité, de la diriger contre Romulus, aussi mauvais astronome que fameux guerrier ; il l'exerce à l'égard de Mercure qu'il fait sourire avec complaisance, en souvenir d'un ancien larcin, aux prières les plus impudentes des voleurs; il plaisante Janus sur les vieux noms de Clusius et de Patulcius qui lui sont donnés par le prêtre dans les cérémonies, et il lui fait dire que les divinités elles-mêmes se trouvent très bien des temples d'or tout en approuvant Tautique simplicité; il rit de bon cœur des aventures amusantes de Priape, de Faune, de Silène ; si bien qu'on pourrait, en somme, affirmer avec raison qu'il abaisse singulièrement tous ces dieux d'une religion dont il semblait avoir entrepris de célébrer les
(t) Pour ces divers morceaux, voir Appendice cccxxxiv - xxxix.
(2) Mais Oelille a écarté certains détails qui lui ont paru trop simples {Referai mihi caseus xra) ot sa prière n'a pas gardé les préoccupations religieuses {Seu nemus intraoi... seu mea falx...da reniant culpœ,..) qui sont une des beautés de celle d'Ovide.
234 LIVRE OL'ATRlÈkE. Cil. VI, 6.
rites pour en recommander le respect. Msis sa légèreté de caractère nous est connue i je vous ai dit combien la majesté do son sujet lai échappe; il a du moins toutes la qualités qu'autorise ce défaut de grandeur ; et celles-là lui servent puissamment à semer de l'agrément sur son œuvre.
Doué d'un remarquable talent de conteur, il en a« chaque fois que roccasiou s'en présente. Non pas cependant qu 11 recherche ces occasions au poiutde les faire naître luimême mal à propos, et n'allez pas croire, si vousrencontrczici quelques légendes déjà racontée, dans les Hilamarpk^. que ce soit sou désir de narrations qui l'entraîne à les ri, péter. Ces récits appartiennent de droit aux deux ouvrages
ImtT," r°" ''"''"■ ""^ 1°'"» "■«"«■» <ienier>4euses transformations, au second, parce qu'ils conc.rae.1 des pratiques religieuses i aussi ne les développe-t-il p«
histoire do la femme d'Athamas : au IV livre de, *L
ZZT.» "" '"f"'" °° ""= '• ""ythologie grecque en rapportait sans entrer dans le détail des légendes latines,
oàrle d',1 ?;"• "" * "^ '^"""'"^ «■'■" '■"ré" «' il " cothoé i,^ , T "' "*"'""■"'' ''"""" l« ■!«»=« I*»- Vlatuto et '! "T f •""'°''' 1" <""" «P'iî-er le culte de mél orLfn PO'tumnus, divinités du Latium qui outl. attnHfl* T '" """■ «livinités helléniques II est» îoSu-l ""»°'"™"" «■'ieenees de son sujet ^»e S le Zr' ""'«'* "= "conter uno légende déjà dite ".ent su, di°2^" »■" pouvoir appuyer prindpalelecteur /v^nP""™""' '' ''"•' «'"«se auprès du
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général, sont mieux proportionnées que celles des Mélomarphoses.
Mais ce n'est pas seulement de ses qualités littéraires que ce poème tire son intérêt» c'est aussi de l'érudition qui s'y montre. La science astronomique, je le sais bien, n'y est pas très exacte et l'on a pu aisément y relever des erreurs *; elles tiennent au temps où vivait Tauteur et non à lui-même qui connaissait de cette science à peu près tout ce qu'en savaient ses contemporains '. On peut aussi noter quelques inexactitudes historiques, comme celle de la défaite des Fabius qu'il fixe aux ides de février, tandis que nous savons par Tite-Live ' qu'elle eut lieu, ainsi que le désastre de TAllia, aux calendes de juillet; on suppose^ qu'il a confondu le jour de leur défaite avec celui de leur départ de Rome. Mais que sont ces erreurs, faciles à reconnaître et à corriger, à côté du grand nombre de renseignements exacts qu'il nous fournit sur les faits, les légendes, les cérémonies religieuses de l'antiquité romaine et qu'on ne retrouve nulle part ailleurs? Pour les Romains, ils étaient déjà d'un grand prix ; pour nous, ils ont une valeur archéologique à nulle autre comparable.'^
(1) Ideler, Annal, de VAcadémie de Berlin^ 1823. p. 137 sqq.
(2) Merkel, Introd. p. lxv sqq.
■ (3) Til.-Llv. VI. 1.
(4) Niebubr, Hist. rom., 2.
(5) Rieo ne le prouve mieux que Tardcur qu'on a mise au moyen âge à dresser des calendriers romains des six premiers mois d'après les Fastes d'Ovide. Il nous en reste un assez grand nombre datant des siècles ix, xi et suivants. Merkel en a réuni plusieurs dans son édition {Introd. p. lui sqq.). M. H. Omunt en a publié un d'après un ms. de Dijon (ms 288) dans le Cabinet hlstor. (nouv. série, t. 1^ 1882, pp. 371-373) et dans une brochure à part {Notes sur quelques mss. d'Autun, Besançon et Dijon^ Paris, 1883, pp. 45-47). M.G. Boissicr (Reoue de Philolog., 1884,VIII pp.55-74)ena donné un autre d'après un ms. do la Bibliothèque Nationale (nouv. acq. lat. n» 1523), que M. Lcopold Delisle estimait être du xii« siècle et avoir été écrit en Allemagne. Enfin la Revue de la Biblioth. de l'École des Chartes (18Q7; Lviii pp. 15-25) en contient encore un reproduit par H. Omontd'apré» un ms. de la Biblioth. Nationale (nouv. acq. lat. n« 632), dont la date peut être rapportée à la deuxième moitié du xv* siècle.
^^^^ rom
236 LIVRE QVATKIÊME. Cil. TI, «.
Ces diverses coosidératioDs dous font comprendre les grands éloges que plusieurs critiques D'oot pas hésité à ijoooer à un ouvrage qu'ils ont mémo considéré comme te chef-d'œuvre du poète. « Les Fastes d'Ovide, dit Vignole de Marville dans ses Mélanges historiques et littéraires *, reofei^ ment plus d'érudition qu'aucun autre ouvrage de l'antiquité. C'est le chef-d'œuvre de ce poète et une espèce de dévotion païenne >*. < Il n'y a que dans ses Fastes, aTOnne aiissïle célèbre littérateur italien Gianvincenzo Gravina*, qu'Ovide ne s'est point livré à cette plénitude de veine qaî l'ait tache dans le reste de ses œuvres et qu'il s'est montré parfait d'exactitude et do pureté». Le P. Rapin y voit le livre du meilleur goût et le plus judicieux d'entre tons ceux qui sont sortis des mains de l'auteur; il dit qu'Ovide n'a pu arriver à la perfection de prudence et de modération, qui consiste à dire seulement ce qui est nécessure et convenable, que sur ses vieux jours, en composant les Fasus; qu'il n'est modéré et discret qu'en cet endroit et qu'il est jeune partout ailleurs*. J. C. Scaliger également le trouve en beaucoup de parties des Fastes supérieur à lui-même'.
Il n'est donc pas étonnant que plusieurs de nos poètes français aient été tentés d'imiter une œuvre si réputée. L'évêqae Antoine Godeau, un des premiers membres de r.icadémie française, rival de Voiture à l'hôtel de Ram< boaillet et que M™* de Sévigné proclame « le plus bel esprit <lo son temps », écrivit les FasUs de l'Église, poème de quinze mille vers, de noblesse soutenue, mais dont la pro-
<l}Tan). Il, p. 306.
(3) De l'cxprcstioD « dëvolion païenne ■ on peut rkppriKher eeUe A» Martyrologe dont «'est (crvi pour drsigner In Faatea un terinin da xiiit siècle cilë par Montraucan dani son Diarium Italicum, ch. xk, p. 293.
(3) Délia Ragione poetica, Irad par Rcqaler, S vol. in-12, 1T51.
|(| Discours acad. sur la comparaison entre Virg. et Hom. ch. II.
;r>) « Faslorum itjlus racUiB, candiduB : crudiLiu prisca et mulla : ae imelsi materianoD ssniper admiiut cullum,lDgeDiun] anlem virinooacpc, iDnliia laiDCD in Iocib se Ipso limalior alque lerslor est. ■ Hyp. p. SSt.
lixité, la monotonie désespérante et le manque de couleur ne rappellent en rien l'œuvre du chantre de Sulmone. A. M. Lemierre, un siècle plus tard, Jugea « qu'on pouvait essayer sur Tannée française ce quele poète latin avait exécuté sur Tannée romaine » et publia, et 1779, un poème en seize chants intitulé Les Fastes ou les Usages de Vannée^, Le nombre des chants indique assez qu'il ne suit pas exactement les divisions du calendrier ; il se contente en effet d'attribuer quatre chants à chacune des quatre saisons sans tenir un compte absolu de Tordre des jours et même des mois. Il lui était ainsi plus facile de trouver des transitions pour passer d'un objet à un autre. Mais sa marche est bizarre ; le fil qui rattache les diverses parties se rompt souvent ; il ne proportionne pas ses morceaux d'après Timportance des matières : il n'y a, en somme» aucune coordination réelle; et de plus, les vers sont généralement négligés; sauf quelques passages tels que le Clair de Lune, le Printemps, les Jardins Anglais, Tété de la Saint-Martin , l'ensemble mérite l'appréciation défavorable qu'en a donnée la Harpe* et ne supporte pas plus que l'œuvre de Godeau une comparaison avec les Fastes d'Ovide.
(1) La matière était riche et vous pouvez juger de l'intérêt des sujets par ce commeocement de table : « Premier de l'An. — Palais marchand. — Fête de Sainte-Geneûiéoe. — Les Rois. — Les Noces. — L'Hioer, — Les Patins. — Les Traîneaux. — Hioer du Riche. — Hioer du Pauore. — Vol de V Alouette. — Fête de Saint-Charle magne. — Ouverture de la Foire Saint-Germain, -- Bal paré. — Bal d*en/ants. — Masques du faubourg Saint- Antoine. — Le Carême. — Réduction de Paris, — Plantation de Mars. — - La Pâque, — Le Printemps, etc. ».
(^ Cours de Uttér., S»» partie, liv. 1, ch. 11, sect. IV. — Voir aussi l'appréciation de Fr. Godefroy dans son HisL de la Litt. franc. ^ t* éd. xviii« siècle^ Poètes, pp. 473-474.