III, 9, V
Il objecte que, s'il redit les mêmes choses, ce n'est pas aux mômes personnes ; que ses demandes, qui tendent à un seul but, s'adressent à divers intercesseurs ; qu'il eût fallu,pour ne pas se répéter, n'écrire qu'à un seul ami; et que les savants doivent lui pardonner de n'avoir pas attaché à la réputation de ses derniers ouvrages assez d'importance pour leur sacrifier son salut.
Et tamen hsec eadem quum sint, Don scribimus isdem :
Cnaque per plures vox mea tentât opem.
An, ne bis sensum lector reperiret eumdem, Unus aroicorum. Brute, rogandus erat?
Non fuit hoc tanti ; confcsso ignoscite, docli: Vilior est operis fama salute mea.
Id. V. 4i-46.
Quant aux négligences qu'on y relève, ajoute-t-il, il ne les ignore nullement, et s'il les y laisse, il ne faut pas les attribuer à un manque de goût; seulement ce travail de correction qu'on réclame lui paraît trop pénible et il se refuse à supporter le poids d'une longue fatigue«/on^» f&rre laboris onus », qui, tout en nuisant au feu et au plaisir de la composition, n'a pour lui présentement aucune utilité, puisqu'il écrit non plus;- par amour de la gloire, mais pour défendre ses intérêts et pour remplir ses devoirs d'ami.
Da veniam scriptis, quorum non gloria nobis Causa, sed utilitas officiumque fuit.
id. V. 55-56.
286 UVRE OL'ATRIÈME. CD. TIt, 1.
Un dernier défaut toutefois dont il ne parle pas, parce qne, pour toutes sortes de niotib, ses amis ne ponvaientse permettre de le lui reprocher ouvertement, c'est l'humilité de ses fiatteries, portées dans les Poniiquet à an point pins bas encore que dans les TritUi. Lorsqu'il reconnaît dans Auguste < un prince aussi lent à punir que prompt i récompenser, qui gémit chaque fois qu'il est forcé de recourir à la rigueur, qui n'a jamais été vainqueur que pour pouvoir pardonner aux vaincus,. .. qui réprime les fautes par la crainte du châtiment pins que par le châtiment lui-même, et dont le bras ne lance la fondre que rarement et à regret' », nous sommes déjà suffisamment surpris d'entendre un tel éloge dansia bouche d'un homme qui, pour une faute qu'ilprétendinvolontaire.aété si durement frappé. Maisque pensons-nous de lui, hélas I lorsque, à la réception des portraits d'Auguste, de Tibère et de Livie, qui lui ont été envoyés par Mazimus Cotta, il témoigne une Joie débordante, se prosterne devant ces images et leur ndressG, comme à des divinités réellement présentes, les protestations les plus lyriques d'une adoration sans retenue : tMa tête, s'écrie-t-il. se détachera de mes épaules. je ferai moi-même que mes yeux mutilés soient privés de la lumière, avant que vous ne me soyez ravies, ôdivinités chères au monde entier. Vous serez le port et l'autel de mon exil. C'est vous que J'embrasserai, si les Gètea me rneuaceot de leurs armes. Voua serez mes aigles, vous serez les étendards que Je suivrai. »
>'nm caput e nosira citlus (Service rec«del, Et pnliDrfosiis lumen abiregenia,
Qunm caream raptja, o publics numin.1, vobis ; Vos erilis noatrs portua et ara fuge.
Vos ego compleclar, Gelicia Ei cingar ab irmia ; Vosque roeaa aqullaa, vos mea sigoa sequar. font., II, 8, V. 6&.70.
Et ne finirions-nous pas par approuver son châtiment lorsque nous l'entendons proclamer que l'empereuinlieu a
(1J Pont., 1,2 ï. 123 aqq.
été Juste» indulgent» et qu'il le supplie d^apaiser de plus en plus, en sa faveur» un courroux bien mérité?
Juslaque quamvis est, ait minor ira Dei I
Id., 76.
Nous avons beau nous dire qu'il était de son intérêt de flatter celui dont dépendait son sort, nous avons beau invoquer aussi pour son excuse la servilité générale qui divinisait le maître de l'empire» nous regrettons que le malheureux poète soit descendu à ce degré de flagornerie ; nous regrettons de même qu'il se soit précipité si constamment eu suppliant vers quiconque venait à s'approcher du palais impérial et à détenir une parcelle des pouvoirs publics; à certains moments» notre compassion et notre sympathie risquent de faire place à une sorte de pitié mêlée de dédain.
«Pour le relever dans notre estime» il ne suffit pas de nous rappeler le brusque changement de fortune qui» du bonheur le plus parfait, l'avait fait passer soudain aux maux de la vie la plus déplorable; car le malheur doit avoir sa migesté et les souffrances auxquelles on est exposé, si grandes qu'elles soient» n'excusent jamais un manque absolue de dignité. Mais il est juste de nous souvenir de sa bonté et de la douceur de son caractère. L'adversité» d'ordinaire» aigrit l'âme» tandis que la sienne ne s'altéra jamais. Il s'était toujours montré bienveillant et indulgent à tous» et les chants de sa muse» tant qu'avait duré sa longue prospérité» étaient restés si constamment inofiensifs que» dans l'immense quantité de vers écrits par lui.
268 LITBE OUATRIÊIIE. Cil. MI, S.
on n'aurait sa en trouver un Kul qui fAt cruel pour quelqu'un :
Omne fuit Husie cannen loenne me» ; Nullaque, que posait, scriplis lot millibus, extal Uttera Nasouis, sanguiaolenta legi.
Ibù, 2-t.
11 pouvait, à bon droit, dans son fameux plaidoyer des Tristes, se vanter auprès d'Auguste de n'avoir en aucun cas, usé de mordantes épigrammes, d'amères railleries, de traits empoisonnés, de n'avoir jamais, par sa plume, faitde mal à personne, si ce n'est à lui-même :
Non ego mordaci deslrinxi carminé quemquam.
Nec meus uUius crimina vertus habet.
Caudidus a salibus sufTusis felle refugi : NulU veneuato liltera mtila joco est, luler toi populi, toi scrtptis, millia nostri, Quem mea Calliope IxBerit, unus ego.
TriJt., II. 363-568.
Et quand survint sa condamnation et que la plupart de ceux qui l'avaient recherché, flatté, choyé, l'eurent délaissé, il n'éleva contre eux aucune de ces récriminations qu'il n'eût eu qu'à émettre pour flétrir àjamais leurs noms. A son cœur aimant leur abandon fut cruel ; mais il n'en témoigna que plus de tendresse aux intimes qui lui restèrent fldèles; quant aux inconstants et aux craintjfs, il leur montra combien il comprenait les faiblesses de la nature humaine et se trouvait prêta les leur pardonner: croyait-il pouvoir les ramener à de meilleurs sentiments, par de touchants appels il facilitait leur retour; apercevait-il cher eux plus de peur de se compromettre que d'inconstance, il les rassurait, cherchait à leur prouver qu'ils pouvaient sans crainte l'aimer ouvertement, et les priait, s'ils y voyaient du dauger, de ne pas cesser du moins de l'aimer en secret ;
Tu modo, quem poteras vel a perle tutus amare. Si res est anceps isla, latenter ama ;
Pont., III, 6 V. 59-60.
à ceux-là même enfin» qui» non seulement rayaient abandonné, mais disaient du mal delui^il se contentait d'adresser, sans les nommer, quelques remontrances sans fiel aucun, leur parlant de Finstabilité de la fortune et de la folie qu'il y avait pour eux à se priver d'avance des larmes qu'on aurait accordées à leur naufrage.
Quid facis, ah démens ? Cur, si fortuna recédât, Naufragio lacrymas eripis ipse tuo?
Pont, y IV, 3 y. 29-30. *
Une seule fois, il se départit de sa bonté naturelle. Un misérable, qui allait jusqu'à tourmenter sa femme, le calomniait et le poursuivait d'accusations odieuses, dansle but, sans doute, de faire changer sa peine de la relégatioa en celle de Texil et d amener une confiscation de ses biensdont il espérait le profit. Ovide, indigné, lança contre lur non pas une satire, il en était incapable, mais une imprécation; et le premier de tous les motifs de plainte qu'il émit contre ce lâche dénonciateur fut précisément de l'avoir fait sortir de son caractère, de lui avoir ravi en un jour le mérite de sa longue mansuétude en le mettant dans la nécessité de prendre en main une arme toute nouvelle :
Unus, et hoc ipsum est injuria magna, perenaem Gandoris titulum non sinit esse mei. • • »,. Gogit inadsuetas sumere tela manus.
Jbis, V. 7, 8, iO.
Il se sentait d'ailleurs si mal à l'aise dans ce nouveau rôlo que, ne pouvant être méchant par lui-même» il prit d'un modèle grec et le titre et le plan de sa pièce. Callimaque, dans une querelle très envenimée avec son disciple Apollo* nius de Rhodes, avait écrit un poème intitulé ^'lôt; où, déversant sur son adversaire toutes sortes d'injures, il Tavait comparé à cet oiseau d'Egypte, que l'imagination populaire accusait de pratiques répugnantes et qui, en
(1) Cf. Appendice ccczltii].
outre, était consacré à Hermès, le dieu des voleurs*. Ovide de même désigna son ennemi sous le nom dlbis, fit un ramas de tous les tourments qui se trouvent marqués dans l'histoire et dans la fable, au nombre, je crois, de deux-centtrente-neuf, 'et les lui souhaita en malédictions dans une diatribe de 642 vers'. On nesait, en lisant ce poème*, dont le mérite n*est assurément pas le bon goût, ce qu'on doit en souligner le plus, ou la vaste érudition qui réunit en si peu de lignes une si grande quantité de souvenirs historiques •et mythologiques, ou la souplesse avec laquelle sont exprimées en termes toujours différents les mêmes idées de supplices. Totgours est-il que, malgré la peine qu'il se donne d'accumuler le plus de mauvais souhaits possible, malgré la précaution qu'il prend de prier les dieux de vouloir bien y igouter encore tous les genres de tourments et de maux •que ses vers n'ont pas expressément formulés, on se doute bien que sa grande colère tombe vers la fin de son œuvre. Du reste, sa rancœur n'est pas telle qu'il dévoile aux âges futurs le nom de l'infâme ; il l'en menace seulement pour l'avenir ; « bientôt, lui dit-il, tu en liras davantage et sous ton nom véritable et dans le mètre qui convient aux combhts sanglants . »
Postmodo plura leges, et nomen habenlia verum Et pede quo debent acria bella geri.
Ibis, 64i-6tô.
i^ais ce jour, qui devait être si prochain, ne vint pas. Le bon Ovide, à qui les cruautés vengeresses de l'ïambe restèrent inconnues, n'avait nullement le goût de stigmatiser les coupables, si bien qu'à l'heure qu'il est, et grâce à son
(1) Cf. MM. Grolset, Hùt. de la Litt, gr., tom. V, p. 212.
(2) Voir Appendice ccczlviii.
(3) Les mss. de VIbia sont le Turon. Cantabriçy da Xll« s. et le Vindobonensis (Bibl. imp. de Vienne n» 885), da XII* siècle, cité dans la Paléographie de M. É. Châtelain, t. Il, pi. Cl. — Cf. R. Ellis, Ibis ex noois codicibus éd., scholia oetera, commentarium cum proleg. etc. •Oxonii, 1881 ; k, Maag, De Ibidie Oo. codd. Bcrn., 1887.
UVRE QUATRIÈME. CH. VU, i. 271
indulgence, nous ignorons le nom' de celui qui le pour^ suivit si méchamment.
A défaut d'élévation et d'énergie» la bonté et l'honnêteté de l'âme sont bien quelque chose, et puisque, sous le rapport du caractère, nous sommes obligés avec Ovide d'abaisser nos exigences, tenons-lui compte des qualités qu'il a pour n'avoir pas à lui reprocher avec trop de sévérité le manque des autres. Au surplus, le lot d'éloges qu'il mérite comme écrivain n'est pas ordinaire. Vous venez de voir, par l'étude détaillée de l'ensemble immense de ses œuvres, combien sont remarquables la grâce et l'éclat de son esprit, la fécondité de son imagination, son talent descriptif, l'aisance et la clarté avec lesquelles il rend sa pensée. Que de fois, en le lisant, n'ètes-vous pas restés sous le charme de sa parole limpide, abondante, pleine de finesse et d'élégance I
(1) Les uns prétendent que ce serait le grammairien Hygin, affranchi d'Auguste et devenu directeur de la bibliothèque Palatine. Suétone (De iltuat. gramm,f 23) dit qu'il avait été llntimo d'Ovide « fuit famiUaris8imu8 Oûidio poeUe » ; il faudrait donc supposer qull le trahit après sa disgrâce dans l'espoir d'obtenir d'Auguste une partie de ses biens. On invoque à l'appui de cette accusation et son état de pauvreté, et l'absence de lettre à son adresse, et aussi le fiait qu'on le croyait Égyptien, parce que J. César l'avait amené tout Jeune d'Alexandrie. Mais d'autres, comme Merkel, s'élèvent contre cette opinion, voient au contraire dans Hygin le correspondant anonyme de la quatorzième élégie du livre III des Tristes^ qu'Ovide appelle I culior et antistes doctorum sancte oirorum », et sont tentés de n^connaître sous le pseudonyme d'Ibis le poète Manilius, d'origine africaine et flatteur de Tibère. Les raisons qu'on produit de part et d'autre ne me semblent guère plus concluantes les unes que les autres, et mieux vaudrait, à mon avis, ne point échafauder do pareilles accusations sur de simples hypothèses.
272 UTRE QCATRIÈIIB. CH. TU, 4.
Sans doute» cet esprit même et cette abondance dont il était si excessivement doué sont devenus un danger poor sa poésie : Tesprit chez lui a mis souvent en souffrance le sentiment, a fait tort à l'émotion» et souvent aussi Tabon* dance» par l'abus des comparaisons, des développements mjrthologiques et autres, par une sorte de besoin d'entrer dans tous les détails et de donner à une même pensée plusieurs expressions différentes, s'est changée en prolixité, a transformé le brillant et la facilité en diffusion et en légè* reté.
Il n'est pas jusqu'à sa langue si claire et dont il a su sans effort augmenter notablement le vocabulaires qui.
(1) Au Dombre des mots innovés par lai ou introduits pour la première fois dans le vocabulaire poétique, nous citerons, en prenant la plupart de nos exemples dans les Métamorphoses : !• les subsantifs cxlamen, curoamerty curoatura, (déjà employé en prose par Vitruve), imUamenj irritamen, moderamem, narratus{gén. u«, signifiant récit), oblectametL, populator (employé en prose par Tite-Live), positon, prxmonitus (gén. us signifiant avertissement), proatimitas (employé par Vitruvft) remoroF^ men, renooamen, repostor, respiramen, etc. ; des noms empruntés au grec« comme canna, echidna, harpenyhyaeena, mentha, moly, monts (xiwx, {/i6va, dEpirT), Daiva, {x{v6a, {uâXu, {lopis) ; des noms abstraits avec le sens de leurs correspondants concrets, tels que custodia, tutela pour custos, tutor; — 2«, les adjectifs amnicola, anguigena, aquaticus (pluvieux), armi/er, aurigena, hinominis, circumjtuusj conJugiaUs • (pour conjugalis qui ne peut entrer dans un hexamètre), draconigenaj eoanidus, eoitabilis, exsequialis, /aunigena, Jlexipes^ Jluidus avec le sens actif (qui (ait couler), JlumineuSffrugilegus, gemebundus, granifer, indebilis, innabilis, innubus,jaculatrix, {fém. de jaculatorq^i était usité), lacer avec le sens actif (qui déchire), lentiscijer, monticola^ multifldus, necopinuSf nubifer, occiduus, pacalis et pacifer (de même Cicéron avait imaginé paci/lcoa pour donner un adjectif àpcuo), papgrifer, pcutorius, populabilis^prxsignis, rejluus, ruricola^ rurigena^ semicaper^ semilacer, septemjluus, serpentigena, sessilis, spumiger^ tricuspis; un grand nombre d'adjectifs tirés de noms propres, comme abanteus, ssariasy apoUineus, baccheus, hyantheus, polydoreusy thaumanteus ; — 3*. les verbes adsterni, deplangere^ deoastare dans le sens de oastare (employé par Tite-Live), exspatiari, incalfacere, incingere (employé par Tite-Live), odorare, perarare, praecutere, pnede^ îassare, prœ/odere . (dans le. sens de enfouir auparavant), prmstruere, prœsuere, recalfacere, reseminare ; et un grand nombre de participes
lorsqu'on l'étudié à fond, ne donne prise à quelques critiques : le retour périodique de certaines tournures affectées par lui^ y fait reconnaître des habitudes et des procédés peu sérieux dont on ne s'aperçoit pas tout d'abord, tant on est entraîné par l'aisance courante de sa phrase. Il no manque pas non plus d'incorrections : vous avez vu qu'il s'en rendait comptep soit en parlant des Métamor-
pMsés do verbes composés qui n'existaient pas, employés comme adjectifs avec un sens négatif, comme : defrenatua, demugitus, incommendatua incu8toditu8, indefletua^ indejectus, indeploraius, indestrictus, indigeatus, inobrutusj irrequietus. — Pour cette question du vocabulaire d'Ovide, Cf. Lud. Scheibe, De Sermonis Ooidianiproprietatibus,. prog.. Halber8tadt,i8S0 (n«i95) ; i. Favre, De Ooidio nôoatore oocabulorum.,.f thèse pour le doctorat, 1885, in-S». 135 p.; A. Draegcr, Qoid ala Sprachbildner, prog., Aurich, 1888 (n» 284); E. Linsi, De Ooidio oocabulorum inoeniorej Leipz., 1891, in 8>. 68 p.
(1) Il tire un assez grand nombre de beaux effets de la répétition ; mais il s'en sert trop souvent. A chaque instant, il répète un mot, soit pour lier les membres d'une phrase en évitant les pronoms et les particules, soit pour reprendre le fil de la narration, après une parenthèse, ou pour appuyer sur quelque détail, ou pour marquer une opposition ; et ce n'est pas toujours un seul mot qu'il répète, fréquemment il en reprend plusieurs : • fuloos oehit unda leones, unda oehit tigres > ; même des moitiés de vers : a site quoque pontué haberet,, me quoque pontus kaberet » ; et jusqu'à des vers entiers presque sans changement :
Et auperesse oirum de tôt modo milibus unum. Et auperesse oidet de tôt modo milibua unam,
Met., 1, 325-326. Naturellement la gradation est une des formes de la répétition dont il use, en rapprochant un verbe à mode personnel d'un participe du même verbe ou en opérant un rapprochement du même genre entre le verbe simple et son composé : congeriem aecuit sectamque in membra redegit ; resecat de tergore partem ewiguam, sectamque ; tinguit et intinctas ; etc. ~ Il n'évite pas cette construction qui consiste à mettre sous la dépendance d'un même terme deux mots dont un seul la supporte régulièrement : « animaque rotisque expulit » (l'abbatif ne convicntici qu'à rot w). — H pratique volontiers l'hendiadys, coordonne deux termes dont l'un ne devrait être que le complément de l'autre, « oerbis et carminé » pour oerbis carminiSf ou désigne un même objet par deux substantifs unis par une conjonction dont la valeur cet purement explicative « tecta regalemque domum f». — Il emploie souvent les pléonasmes qui ajoutent à certains verbes un substantif inutile au sens de la phrase : « ^concipias animo;
274 LIVHE QUATRIÈME. CU. Vil, 4.
phases auxquelles il avouait (Trist. 1, 7, ad fin.) n'avoir pas eu le temps de donner le fini d'une parfaite revision, soit en expliquant, à propos de ses lettres d'exil (Pont. III, 9J, qu'il ne pouvait s'astreindre à la fatigue d'un long travail de correction. La plus sincère des deux explications est la seconde ; car il n'a jamais aimé revenir sur ce qu'il avait une fois écrit. Un récit amusant de Sénèque le Père, qui
roncepit mente ; adspicit hune oculis ; ooce rogahat; etc. — U a une propension à réunir Padjeclif possessif au démonstratif ipse « ...e< ipéa suis deplanqitur ardea pennis » et généralement à employer, par une sorte de redondance, cet adjectif possessif là où Ton pourrait s'en passer: » fert sua cestigia; tendens sua bracchia; » etc. — Notei aussi qu'il a des prérércnces marquées pour la place de certains mots. Il met, par exemple, au commencement du vers toujours les expressions ei mihi, da ceniam, trois fois sur quatre /or^itan, presque constamment les formes est nliquid, pone metum, nescio quiou quis, crede mihi ; au contraire, il met à la fin de IMiexamétre les gérondifs, les adjectifs en bilis, les participes passés, les terminaisons en mina et mine de ces noms en men qu'il aime tant à créer : « haud infltianda parenti; do pignora certa timcndo: agitabilis aer; concita mater ; cœ lamina nooit ; curoamine Jixus y>. (Sur la question des tournures affectées par Ovide, Cf. V. Loers, éd. cit. ; Eschenburg, Wie hat Ooid einzelne Wôrter undWortkîassen in Verse verœandt 1 prog Lubeck, 188(5, n» 668).
C'est ici qu'il est à propos de présenter quelques-unes des remarques auxquelles donnent lieu sa grammaire et sa syntaxe, formes des déclinai* SONS ET DES CONJUGAISONS. Dcs uoms proprcs grecs, qui sont très nombreux, il décline les uns, tels que AchilleSy Ajaw, Cyclops, Phryx, à la latine, et les autres à la grecque ; pour ceux-ci cependant il fait en x le génitif de quelques noms de la U^ décl. dont le nominatif est en e, termine en Li et non on os la plupart des génitifs de la 3* décl., et, pour une raison métritiue, donne la désinence a au nominatif de quelques noms en as: Mar>ya^ /Eeta. Les noms communs ne présentent que très rarement une forme excoptionnelle: on peut citer le nominatif ter^/u/n ^OMVtergus^ l'accusatif cornum pour cornUf le ^énitifyWe, l'ablatif impete pour impetUt fnrnt' pour /a me , le génitif pluriel uni pour ium dans bacchantum, car ilentumy serpentum, etc. Parmi les adjectifs on trouve l'ablatif cteleste pour cKlesti. Dans les verbes, rnoKibat f^our molîiebat, l'archaïque stri^ di-re, de la 3« conjug., comme dans Virgile, au lieu de l'ordinaire stridère do la i% moriri pour rnori, nequiere syncope pour nequioere. — Genres. Ovide emploie indistinctement serpens au masculin et au féminin, met au masculin le nom de montagne Ossa, et emploie au neutre, sans substantif, les formes co, illo^ istis, nulKj nullo, omnibus. — Nombres, il use poéti-
•LIVRE QUATRIÈME. Cil. VII, 4. 275
se rapporte à une époque antérieure à l'exil, nous en donne la preuve. Un jour que ses amis lui faisaient la guerre à ce siyet, « ils lui demandèr^t, conte Tauteur des Controverses, de supprimer trois vers qu'ils lui désigneraient ; en retour, il demanda d'en excepter trois, sur lesquels ils n'auraient aucun droit. La clause leur parut équitable; ils écrivirent, chacun de leur côté, eux les vers dont ils récla-
quement du singulier collectif miles, crinem, etc., poar milites , crines etc., et par contre, bien souvent, au moyen d'une figure de rhétorique qui se Justifie, met le singulier au lieu du pluriel lorsqu'il veut considérer un tout dans l'ensemble de ses parties ou fortifier l'expression ; mais il a recours aussi à ce dernier procédé pour certains mots (Çapitolia, conoioia), dont le singulier est impossible ou difficile à employer dans le vers. Il aime à régler raccord de nombre entre le verbe et son sujet d'après le sens, •* pars célébrant ; prudensaceepere senatus ■. — Cas. ( Cf. P. Hau, De casuum u/ta Ooû/iano, Munster, 1884, Dis8.io-8, 42 p.). Notez l'emploi du génitif dans les expressions /eroâ? mentis, exsal mundi, luminis orbus (pour lumine) ; après le mot médius « est médium Cyanes et PisœœArethusw >;aprés un adjectif neutre pris substantivement « in gurgitis tma •. Hemarquei le datif après idem ; après oetitum est ; après certains verbes au Ueu de l'ablatif avec de • excussit Pelion Ossas » ; après un verbe passif au lieu de l'ablatif avec ab • buccina sumiiur illi »; après les verbes indiquant accord ou désaccord « frigida pugnabant calidis • ; et dans cette expression « restabant pugnse » (restaient pour le combat, c'est-à-dire' capables de combattre encore). L'accusatif est employé sans préposiUou après les verbes adducere, perce nire, ewire, jurare ; « adducor litora; aures non peroenientia nostras ; Aoernas exierit oalles; stygias juraeimus undas ». De même l'ablatif est construit sans préposiûon après les participes creatus et satus, « Telamone creatus ; satus Japeto « ; avec les compléments de lieu « gurgite nare, stetit toro » pour in gurgite, in toro ; après abesse taberant summo».— Adjectifs. Ovide use fréquemment d'un adjectif pour remplacer le nom correspondant au génitif • populari cœde, orphea ooce^ pygmœœ matrisn pour popularium suorum cœde, Orphei ooce, Pygmaeorum matris. Il donne à certains adjectifs la valeur de tout un membre de phrase : a hectoreis flammis (les flammes allumées par Hector), Pylios annos (des années aussi nombreuses que celles de Nestor, roi de Pylos) •. — Verbes. Voix, MODBS BT TEMPS. 11 cmploic la voix passive avec un sens do voix moyenne • àoeriitur, plangitur », donne un passif à des verbes non actifs n is de que dubitatur ; an dea sim, dubitor», prête très souvent le sens passif à des participes de verbes déponents « mentitus, pollicitus ». 11 lui arrive de ne pas observer la concordance des temps • neu régie foret.,, astra
maientla suppression, lui ceux qu'il tenait à conserver; et les deux papiers continrent les mêmes vers, dont le premier, au dire d'AIbinovanus Pedo, un des juges, était :
Semibovemque virum semivirumque bovem
Ars. am,t 11, 24.
et le second :
Et gelidum Borean egelidumque Notum.
Am., II, 11, 10.
On voit par là, conclut Sénèque, qu'à cet homme d'une rare intelligence, ce n'était point le goût qui manquait
tenent • ; et il remplace volontiers an temps présent par un temps passé pour marquer la rapidité ou l'achèvement de l'action, • oiderea.,. unguea posuisêe rigorem; oicisse petunt ». 11 emploie llmpératifau Ueu du subjonctif après ne « ne dubita » ; il donne la construction personnelle à des verbes suivis d'une proposition inOnitive « patrio pater esse meta probor • ; il n'exprime pas le sujet de la proposition inûnitive après les verbes qui signifient dire^ croire si le sujet est le même que celui de ces verbes: « rettulit Ajaœ esse Joois pronepos •; il construit llnfinitifavec des adjectifs autres que les participes des verbes admettant cette construction : « conscendere ocior; perire digna; natum tolerare*'; il met aussi llnflnitif après un grand nombre deverl>es qui ne Tadmettent pas en prose tels que les verbes addiscere; admonere^ comitare^ imperare, paoere, perpeti, remittere^ retemptare.,, Ex. ; • paoetqtAe Uedere ; perpetiar memorare •, etc. — Mots ivvaeiablbs. La préposition ah est mise souvent devant les noms de choses après les verbes passifs, « a sanguine junctus •.De remplace ew pour désigner la matière i de duro est uUima Jerro », s'ajoute à l'ablatif simple pour marquer l'instrument « percussam de cuspide s, tient lieu de génitif pour indiquer la partie « tantum spatiumde monte (montis) tenebas ». Une préposition est parfois séparée de son régime par plusieurs mots, « per tamen adoersi gradieris cornua tauri •, parfois aussi, par anastrophe, est placée après le régime et même après le régime et un déterminatif, « speciem in orbis, collem saper ^ ambras récentes inter ». — Il n'est pas rare que la conjonction ut construite avec Tindicatif signifie simplement au moment oà. La conjonction que au lieu de venir après le premier mot de la proposition, est souvent mise après le second : « turba oolucrumque » pour turbaque oo^ lucrum ; par contre, elle vient fk^quemment après le premier mot du discours direct alors qu'elle porte sur le mot ait ou inquit : « oitioque animif non oiribuSf inquit » pour inquitque : oitio animi, non oiribus, et de même pour la conjonction nec : a nec longias ibitis, inquit, * pour et
pour émonder l'exubérance de ses écrits, mais bien la volonté. Il disait qu'une petite tache sur un visage le rendait parfois plus joli ^ » Rien d'étonnant qu'avec une telle opinion sur les grains de beauté» il se soit montré peu opiniâtre à rendre sa langue et son style absolument purs et< corrects. Ce n'est pas que sa façon de parler soit fausse et que ses expressions manquent de justesse ; mais elles n'ont point cette précision et cette profondeur qu'a la langue de Virgile ; de l'insufâsance de travail résulte, avec un brillant trop facile et trop uniforme, une insuffisance aussi de couleur et de relief.
Il en est de même de sa versification, une des plus régu^ lières sans conteste de toute la poésie latine. Son hexamètre est plus léger, contient plus de dactyles', observo avec plus de précision les lois des césures^ et des élisions^ que celui de Virgile, présente en un mot beaucoup moins
inquit : non longius ibitis, — Au liea des adverbes répétés modo, modo, ou tum^ tum^ pour signifier tantôt, tantôt, Ovide préfère se servir d*adverbe8 différcots, modo, interdum ; modo nunc. 11 aime à donner le sens temporel à Tadverbe hitic qai n'avait en bonne prose que le sens local. 11 sépare souvent llnterjection o de son vocatif « Qui'd, o, tua/ulmina cessant summe deum >».
(1) Controo., Il, S, ad an.
(S) Des quinze poètes les plus importants qui se sont servis de rhcxamétre xxxà 9TÎ/0V, Ovide est celui qui a le moins employé le spondée dans l'ensemble des quatre premiers pieds, 45,2 pour cent contre 65,8 chez Catulle, 57yi chez Lucrèce et 56 chez Virgile. Gela tient surtout à la multiplicité du dactyle au premier pied, 83,2 pour cent contre 63,8 dans TÉnéide. Il use un peu plus du spondée dans l'hexamètre du distique; mais là même où la proportion est la plus forte, dans les Tristes, elle ne s'élève encore qu'à 46 pour cent, tandis qu'elle est de 50,6 chez Tibulle et de 56,5 chez Properce.
(3) La forme d'hexamètre qui, pour les césures, devenait la plus agréable aux oreilles latines, c'est-à-dire celle qui réunissait l'hephthémimère comme principale, la trihémimére et la troisième trochaîque comme secondaires, est portée à la proportion de 8 0/0 contre 6 0/0 chez Virgile et t 0/0 seulement chez Lucrèce.
(4) Dans l'hexamètre xaxà ttC^ov, Virgile avait eu 1 élisiou au moins par 8 vers, Lucrèce par 2 v. 1/2 ; Ovide n'en a qu'une par 3 v. 1/2 environ. Il la place le plus volontiers au 4« temps faible, tandis que Virgile et Lucrèce
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de licences*; et d'autre part son pentamètre, qui prête à des remarques importantes', évite, avec. un soin que n'y avaient pas mis les élégiaques précédents toutes lesclausuies comptant plus de deux syllabes. Mais cette grande régularité ne laisse pas que de paraître à la longue quelque peu monotone.
On peut dire que Virgile, en profitant des progrès peu à peu réalisés par ses prédécesseurs, avait amené le vers héroïque latin k un point de perfection impossibleàsurpasser; car,touten lesoumettantàdes règles certaines,ils'était rendu
préféraient sensiblement le 2* temps fort. — Dans l'hexamètre du distique» alors que Properce avait 1 élision au moins par i vers, Ovide n'en a qu'une par 6 vers dans les Tristes (comme Tibulle) et une seulement par 7 v. 1/2 dëns les Amours : c'est l'élision au temps faible du !•' pied qui y est préférée comme cliez Tibulle, tandis que Properce aimait mieux la pratiquer au temps fort du 2* pied.
(1) il a moins d'hiatus que Virgile. Il lui arrive aussi plus rarement d'allonger une finale brève sous la double influence du temps fort qui l'affecte et de la césure qui la suit :
Et bicolor royrtûs et bacis caerula tinus.
Met, X, 98.
Cependant il allonge asseï firéquemment l'enclitique que, en prenant soin d'ordinaire, comme Virgile, de la répéter dans le vers sans allongement : Sideraquë, ventiquë nocent ; avidœquë volucres.
Met,f V, 4M.
Oci ne compte chez lui que 3 hexamètres hypcrmétres (20 chez Virgile). Il présente plusieurs vers spondalques, dont quelques-uns servent à l'harmonie imitative,
Hic illic, ubi mors deprenderat, exhalantes,
Afet. VII, 581.
mais qui tous n'ont pas cette raison d'élre.
(2) En voici quelques-unes. La césure trihémimére sans tmèse, celle qu'on appelle la trihémimére parfaite, y est si couramment pratiquée qu^elle se, trouve portée dans les Tristes lusqu^k la proportion de 63 0/0 alors que Tibulle, qui cependant raffeclionnait beaucoup, n'atteignait que celle de 59: . mds, dans certains vers, très rares il est vrai, la présence simultanée de la In et de la 2* trochaîque n'est pas évitée, ce qui donne au premier bémisUçhe . une trop grande ressemblance avec lo second :
llla pudorc vacat. Liber Aniorque metu.
Am., U 6, 60.
L'élision est deux fuis moins fréquente que dans rhcxamétrc. Prisdausenr;
compte du parti qu'on pouvaittirer des exceptions, et son gènie»appuyésurungoûtimpeccabla,iuiayaitpermisuneindépendance capable d'obtenir de ces exceptions un maximum d'efiets puissants. Ovide, « pour qui, disait-il lui-même, les mots venaient spontanément remplir le cadre de la mesure et dont chaque pensée s'exprimait naturellement en vers t^,
Sponte sua carmen numéros veniebat ad aptos ; Et quod tentabam dicere, versus erat;
TrisL, IV, 10, 25-26.
ne crut pas devoir chercher une liberté qui, outre qu'elle exigeait plus de tact qu*il n'en avait, l'eût contraint à un travail trop sérieux, et, puisque la facilité de son esprit se pliait, sans peine aucune, aux prescriptions delà prosodie la
large du mot (avec l'apocope et Taphérése), elle se présente une fois sur 13 ou 14 vers (Properce une fois sur 6 ou 7 v. et Tibulle sur 8) ; et prise dans le sens précis, Télision proprement dite ne parait qu'une fois sur GO vers, tandis que Properce la montrait une fois par 8 v. 1/2 et Tibulle par 11 vers. Il faut toutefois relever comme anormale cette aphérèse, au temps fort du 6* pied :
Hic Stator hoc primum condita Roma loco (e)st.
TrUt.j III, 1, 32.
Quant à Tespéce de rime que reproduisent si souvent les deux hémistiches du vers, elle provient de ce qu'il tend à placer symétriquement à la Gn de ehaque hémistiche le substantif et son épithéte et de ce que les deux mots ont plus souvent une flexion identique qu'une flexion différente ; du reste, loin d'éviter cette consonnancc, il la recherche dans les deux espèces de vers également, et si elle est plus sensible dans le pentamètre, c'est à cause de la catalexe du premier hémistiche.
Veuit inornatas dilaniata comas. Am., 111, 9, U.
(Voir sur toutes les questions de versiflcation et de métrique : pour rhexamétre : Drobisch, Ein statistischer Versuch ûber die Formen des lat, Heatametera, 1866 ; Id. Ueber dos Unterscheide in der Grundan^ loge des lat u. gr, HexameteraASTi ; Th. Birt, Ad. hiatoriam hexametri latini symbola ; — pour le pentamètre : J. Hilberg, Die GeseUe der WorUtellung im Pentameter des Ooid. Leipz., 1894 ; — en général : Christ, Metrik der Griechen und Rômer, Lcipz.^ 1879; Zambaldi, Metrica greca e latina, Torino, 1882 ; L. Mûller, Metr, d. Gr, und Rôm.j Leipz., 1885; Gladitsch, Metr. d. Gr. und l?dm. dans le manuel d'iwan von Mûller, Mûnchen, 1890; Havet-Duvau, Metr. gr. et lat., 4« éd. 1890; Ver*
plus méticuleuse, il ne se fatigua pas à la poursuite d'effets produits par des coupes» des élisions, des fins de vers exceptionnelles; en général, celles qu'il présente sont dues à un caprice ou à une heureuse intuition plus qu'à la volonté bien arrêtée d'user savamment de ces sortes de ressources^ Quant au pentamètre en particulier, s'il est certain que . la versification latine avait une tendance logique à le terminer par un dissyllabe et qu'on se trouvait en droit par conséquent dV employer la clausule dissyllabique plus fréquemment que celles de trois, quatre et cinq syllabes, était-ce une raison pour supprimer l'usage même modéré de ces dernières? Un tel usage avait sa raison d'être : « non seulement, comme le dit fort bien F. Plessis, il était la condition d'une indispensable variété; mais ces longs mots placés à la fin du vers lui communiquaient une grâce que nous sentons encore aujourd'hui, qui nous charme l'oreille et qui n*est pas seulement dans notre imagination, puisque certains élégiaques se sont plu, suivant les passages, à multiplier ce genre de clausules avec une évidente intention littéraire ^ » L. Mûller, à la vérité, nous compare à des amphibies incapables de supporter longtemps le même milieu et prétend' que, si la versification d'Ovide finit par nous lasser, cela tient à l'ennui que produit sur notre esprit trop avide de variété sa perfection continue; ne serait-il pas plus juste cependant de ne pas attribuer le mérite d'absolue perfection à une versification qui, si régulière et si facile qu'elle soit, n'en a pas moins un défaut, celui de laisser, en définitive, une certaine impression de monotonie? ^
nier, Petit tr. de métr. gr. et Uzt., 1894; H. Bornecque, Précis de pros. et métr. gr. et lat., 1900 ; et surtout F. Plessis, Traité de métr, gr. et lat., 1889.)
(1) Traité de métrique, p. 122.
(2) De re metrica, p. 91.
(3) Ovide, vers la Oo, semble en avoir eu le sentiment, car il abandonna dans ses dernières œuvres un peu de la rigueur qu*il avait témoignée au sujet de la fin dissyllabique du pentamètre : on trouve quelquefois dans leSt
Mais les critiques légères qu'on doit mêler à l'éloge que méritent et sa langue et la facture de ses vers et la musique légère de ses rythmes, de même que les critiques plus graves qui portent sur le fond même de ses poèmes> n'ont jamais empêché le plus grand nombre de ses lecteurs de lui rendre pleine justice. De son vivant, malgré la persécution de l'empereur qui eût voulu proscrire ses livres comme sa personne, on chantait dans les festins certaines de ses compositions, on inscrivait de ses vers sur les murs; les maisons de Pompéï nous montrent encore quelquesunes de ces inscriptions. Immédiatement après sa mort, ses œuvres eurent la gloire d'entrer dans l'enseignement des écoles ; les grammairiens et les rhéteurs y virent tout de suite le modèle le plus approprié à l'intelligence de leurs élèves. En même temps, les écrivains se mirent à l'imiter, à le citer, à le célébrer. Yelléius Paterculus le plaçait au même rang que TibuUe ^ Sénèque le Philosophe, qui avait une grande affinité d'esprit avec lui, sans lui ménager parfois, au sujet du goût, des reproches qu'il eût pu s'adresser à lui-même, marquait à chaque instant' qu'il le tenait pour un de ses auteurs favoris. Quintilien, bien qu'il le trouvât c trop folâtre dans ses poésies héroïques et trop amoureux de son esprit » ', et quoique son goût plus sain le rendît hostile à ces défauts aimables, duUna vUia, si chers à récole de Sénèque, prouvait, par la fréquence des citations qu'il faisait de notre poète, tout le crédit qui s'attachait à son nom. Martial prenait exemple sur lui dans ses distiques^ comme il imitait Catulle dans ses hendécasyllabes.
Durant la longue période de la décadence, sauf quelques
Tristes et les Pontiques un polysyllabe en clausule tandis qu'il n*y en a pas un seul exemple dans les Amours.
(1) Liv. Il, eh. 36.
(2) Voir par ex. : De bene/,, IV, 14, 1 ; V, 15, 3 ; Nat. quœst.^ Il, U, i;lll, i,l;20, 3;26. 4.
(3) Inst. oraL, Liv. X.
(4) Zingerle, MartiaVs Ooid-Studien, Innsbr., 1877.
France les hommages les plus flattears : Voltaire, qui ne prodiguait pas son admiration, la lui exprima de diverses manières toutes les fois qull en trouva Toccasion ; André Chénier rivalisa de grâce avec lai ; et, pour ne pas nous en tenir aax nôtres, noas lisons dans les Mémoires da plus grand des poètes de l'Allemagne, qa'il avait fait de lui, dans sa Jeunesse, son autear de prédilection >.
La gloire d*Ovide est donc bien établie. Peut-être cependant a^t-on aujourd'hui une tendance à l'amoindrir. Nos critiques actuels, pour la plupart, jugent très sommaire*^ ment son œuvre si considérable, font ressortir beaucoup plus volontiers ^ea défauts que ses qualités, et, sans se rendre compte suffisamment des influences qui ont agi sur son talent, se montrent plutôt di.sposés à faire peser sur lui la responsabilité do la décadence qui commençait. Que la pensée de Festimo qu'ont eue pour lui tant d'illustres lettrés, aux époques surtout où le latin fut le plus étudié et le mieux su, nous garde contre une excessive sévérité. Sans rien dissimuler des reproches qu'il encourt, reconnaissons que, pour la puissance des idées et la force de l'émotion' comme pour la sobriété de l'expression, il est bien inférieur à Lucrèce, à Virgile, à Horace, plaçons-le même comme élégiaque, si nous tenons à établir une classification de l'élégie, au-dessous de Properce et de TibuUe, mais ne restons pas insensibles à la beauté de sa langue poétique, aux grâces légères, à la finesse, à la délicate élégance' de son esprit, au talent descriptif qu'il a déployé dans tant de récits imagés dont se sont inspirés, en maintes œuvresremarquables, et les écrivains et les artistes de tous les temps; si placé qu'il soit sur le seuil de la décadence,^ voyons encore en lui un des beaux génies du siècle d'Auguste.
(1) Mém. de Gœihe, \^ parlie, Uv. 1.