CHAPITRE VIII
Poètes divers dont il ne reste rien ou presque rien
I. PoÉsiB LiaiRB. Dans lo cadre des différents genres de cette pqésie rentrent, à côté de personnages comme AugusiCy Mécène, Asiniua Polr lion, Coroinua Messala et Seroius Sulpiciua, un grand nombre de poètes ; les uns à peine connus, Proculus ; Capella; Alflua Flaous; d'autres qui le sont un peu plus, Cordas ; Anser ; Juliua Florus ; Bossus; Montanua; Aulus Sabinus; et quelques auteurs dont il sera parlé à propos de leurs autres poèmes soit épiques, soit dramatiques. Trois noms surtout attirent l'attention. — 11. Cassius de Parme est le premier en date. Sa vie et sa mort. Ses élégies et ses épigrammes. Examen des trois épigrammes conservées par Suétone et mises sous son nom. Il composa aussi des tragédies. — III. C. Valgius Rufus avait acquis quelque réputation par ses ouvrages en prose ; mais son traité De herbarum oiribus était peut-être un poème didactique ; sa renommée cependant tient surtout à se^ épigrammes, ses élégies et ses églogues dont il ne reste que quelques ilragments très brefe. — IV. Domitius Marsas, auteur de traités en prose, d'une épopée, Amazonis, et de FabellsBf dut sa célébrité principalement à ses épigrammes. 11 nous reste de lui quelques fragments, une épigramme «outre Bavius, ami de Mœvius, et une épitaphe de Tibullc. Un mot incidemment des deux poètes Baoius et Maeoius. — V. Poisis dramatique. Influence déplorable exercée sur le théâtre par les mœurs et les goûts du public. Transformation qu'amène dans l'art dramatique l'amour excessif du plaisir des yeux. Introduction de la pantomime. Grande habileté des histrions qui l'inaugurèrent. Intérêts politiques qui lui valurent la protection d'Aaguste. La place faite à la tragédie et à la comédie véritables s'en trouve singulièrement réduite. Deux tragédies remarquables : la Thyeste de Yarius et la Médée d'Ovide. Asinius Pollion loué pour ses tragédies par Virgile et Horace. Autres noms mentionnés: Aristius Fuscus ; Titius ; Pupius; Antonius Ru/us ; Turranias ; Gracchus, La coméûïe se montra moins riche encore : deux poètes seulement émergent de la scène comique: C. FundaniuSy qui s'exerça dans la palliata, et C. Mélinus inven^ teur de la trabeata. — VI. Poésib épiqub. Deux sortes d'épopées. Dans l'épopée historique, un des premiers en date et des plus célèbres est L, Varias Ra/us, ami de Virgile et d'floracc. Son poème de Morte, souvent imité par Virgile. Sou poème en l'honneur d'Auguste, loué par Horace. Sa tragédie de Thyeste. Autres auteurs renommés : Rabirias ; Cornélius Séeérus ; Pédo Albinooanas. - K meniionner : Sextilia$ Éna i les
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deux Priacua ; Numa ; Marias ; VAlpinus d*Horace, qa*il faut vrai- MOiblablcroent coofoodre avec Bibcuiulua. — VII. Dans l'épopée mythologique, outre Domitiua Marsus, Sabinua, Monianua, déjà oomnoës pour leurs poésies légères, on voit : Largua ; Camerinua ; Trinor criua ; Tuacua ; Lupua ; M. Auréliua Cotta Maaoimua ; Arbroniua Silon ; Carua ; Tuticanua ; Ponticua ; Lynceua ; Pompeiua{7) Macer; Julua Anioniua.^MU, PoisiB didactiqub. A quelques noms déjà donnés il faut en ajouter trois : /Emiliua Macer, dont il ne reste que quelques fragments ; Gratina et Maniliua^ dont nous possédons des œuvres presque complètes et auxquels il convient de consacrer un chapitre spécial.
A côté de Virgile et d'Horace, de Properce, de TibuUe et d'Ovide, l'histoire de la littérature latine nous présente, outre Cornélius GaliuSj Lygdamus et Sulpicia dont nous avons parlé» un nombre considérable de poètes, dont la plupart nous ont laissé à peine quelques fragments insignifiants, mais dont les noms cependant ne doivent pas rester ignorés à cause de la notoriété qu'ils ont eue dans Jeur temps. La liste en est plus longue que celle des poètes contemporains de Lucrèce et de Catulle. Jamais le culte de la poésie n'avait compté autant d'adeptes : les personnages les plus puissants de l'empire, intéressés à ce que leur nom fût transmis à la postérité, ne négligeaient point d*encourager autour d'eux les talents naissants en se créant dans leur propre demeure une sorte de cour poétique, et eux-mêmes» que leurs études premières rendaient propres à tous les travaux de l'intelligence» ne dédaignaient nullement de se livrer à un art qui, dans leurs loisirs, leur fournissait un agréable délassement.
De tous les genres celui qui naturellement devait tenter le plus de lettrés, était cette poésie légère qui, sous le nom général d'épigrammes» comprenait une si grande quantité de petits poèmes de courte haleine se prêtant, avec les
formes l6s plas élégantes de l'alexandrinisme, à l'expre»^ sion des sentiments les plus variés comme aux sujets les plus divers, badins, satiriques, erotiques ou licencieux. Vous avez vu, par l'étude d' Auguste S que lui-même, dans les courts instants qu'il passait au bain, en avait composé tout un livre, et quelques fragments des poésies de Mécène vous ont prouvé qu'il n'y était pas resté étranger'. Asinius PoLLiON et GoRviNus Messala qui, tous les deux» comme Mé(;ène, entretenaient chez eux un cercle d'écrivains, étaient descendus, eux aussi,des hauteurs de leur éloquence- Jusqu'à ces vers légers, PoUion dans des morceaux erotiques, dont le grammairien Charisius' nous a conservétrois ou quatre mots, et Messala dans de courts poèmes, semblables, qui lui ont valu d'être cité par Pline le Jeune^ à côté de Pollion comme un des hommes illustres dont on peut invoquer l'autorité pour se faire pardonner des compositions du même genre.
Pline cite également, comme exemple pris dans la même époque, Sërvius Sulpiqus, le beau-frère de Messala et lepère de la Sulpicia de TibuUe. Nous n'avons absolument rien des poèmes erotiques qu'il avait composés, maisOvideen fait mention dans son élégie du livre II, lorsqu'il énumère à Auguste tous ceux de ses prédécesseurs qui ont pu écrire sur l'amour sans en être punis comme lui : c Ses. vers, dit-il, ne sont pas plus réservés ; et qui hésiterait à suivre de si grands exemples ? »
. . nec sunt minus improba Servi
Carmina : quis dubitet nomioa taota sequi?^
Nous savons d'ailleurs que c'était un homme de goût : Horace le range, dans une de ses satires ^, au nombre des-
(1) Liv. 1, ch. III. (i) Liv. I, ch. II.
(3) Char. I, p. 100, U k.
(4) Plin., Epiât, V, 3.
(5) Trist, II, V. 441-442.
(6) Sat.y I, 10 V. 94.
doctes amis à l'approbation desquels il tient le plus pour ses écrits.
Auprès de tous ces personnages il faut citer, dans le cadre des différents genres de la poéâe légère, Godrus, Anser, Sabinus, Montanus, Procnlus, Alfins Flarus» Capella, Julius Floms, plusieurs encore dont nous aurons occasion de parler à propos de leurs antres compositions épiques ou dramatiques, mais surtout Gassius de Parme, G. Yalgius Ruf os et Domitius Marsus ^
Gertains n'ont une réputation littéraire que par la simple mention qu'ont faite d'eux, soit les vers de YirgUe, d'Horace ou d'Ovide, soit quelque œuvre contemporaine. Nous ne connaîtrions, par exemple, ni Proculus, ni Gapella, si Ovide ne nous disait que cTun marchait sur les traces du tendre Gallimaque »,
(Cum) Callimachi Proculus molle teneret iter ; *
et que Tautre composait des distiques,
(Cum) Glauderet imparibus verba Gapella modis. '
Nous ne saurions pas non plus que le rhéteur Alhus Flavus s'était occupé de poèmes erotiques sans les Coniroverses de ^nèque le Père, où il lui est reproché d'avoir laissé son
(1) Je ne classe pas parmi eux le chevalier romaio Volamnius, homme fia -et spirituel, que son habileté dans la raillerie avait fait surnommer Eutrar pélus (du grec EÙTpiitsXo;, qui plaisante avec grâce). Horace le fait intervenir dans son Épttre I, 18 et 4ni prête la malice d'envoyer aux sots vaniteux de belles tuniques pour les ruiner en leur inspirant le goût de la dépense, et nous trouvons dans la correspondance de Cicéron deux lettres (ad Famil, IX, di et 33) qui lui sont adressées et qui montrent combien le graod orateur faisait cas de son esprit. Il eût été naturel qu'il composât des épigrammes ; et comme nous savons d'autre part (Cic, ad
/amil.y IX, 27) qu'il fut un des amants de la célèbre actrice Cythéris, je ne serais pas étonné qu'il eût écrit pour elle quelques poésies erotiques ; mais on ne trouve nulle part une trace quelconque de ses œuvres ; je crains •que Walckenaer (Hist. de la oie et aies poésies d^Horace, 2« éd., tom. Il, p. 162) ne se soit trop avancé en lui attribuant le titre de poète.
(2) Pont, IV, 16 V. 32.
(3) Pont., IV., 16 V. 36.
talent extraordinaire pour l'éloquence « s'engourdir dans l'inaction et s'énerver dans la mollesse de cette poésie '».
CoDias, ou mieux Gordub» nous est mieux connu. Sous son nom, à la vérité, il en est qui veulent voir Gornificius ou Ginua, et d'autres un poète grec vivant à Rome; certains même, s'en rapportant aux remarques de Porphyrion, croient qu'il est le même qu'un certain larbitas nommé dans une épître d'Horace*, d'origine africaine et qui, vou- |
lant uo jour, dans un banquet, imiter la déclamation de Timagéne, se rompit un vaisseau dans la poitrine et mourut subitement^. Virgile le cite plusieurs fois dans ses Églogues : d'abord, dans la cinquième, quand Ménalcas incite Mopsus à chanter, « s'il sait quelques vers sur les amours de Phyllis, ou sur l'éloge d'Alcon, ou sur les défis de Godrus » :
Incipe, Mopsi>., prior; si quos auL Pbyllidis ignés, Aut Alconis habes laudes, aut jurgia Godri ;