‹ Histoire de la littérature latine au temps d'Auguste (volume 2)Chapitre 27 sur 46 · V. 10-ii · texte numérisé non relu

V. 10-ii

et puis, dans la septième, au début de la joute poétique entre Gorydon et Thyrsis : Corydon demande aux nymphes de Libéthrus, objet de son amour, <:de lui inspirer des chants pareils à ceux de son cher Godrus dont les vers égalent presque ceux de Phébus», et Thyrsis lui réplique en priant € les bergers de TArcadie de couronner de lierre un poète naissant pour que Godrus en crève de dépit ».

Nymphae. nosteramor, Libeth rides, aut mihi carmeD,

Quale meo Godro, concediU (proxima Pbœbi

Versibus ille facit), aut

Pastores, bedera nascentem ornate poelam, Arcades, invidia rumpantur ut ilia Codri.

(1) Controo., 1, 1, 22 : • Illa vis.. ,, jam et desidia obruta et carmiaibus enervata. » — Cf. id. Controo., 111, 7, 2. ('i)Epi8t., I,19v. 15.

(3) Cf. Wcichert, PoeU latin, reliq., p. 402.

290 UVRB QUATRIÈME. Cil. VIII, 1.

Un des rares fragments que les anciens commentateurs nous ont conservés des églogues de Valgius parle aussi de €k)drus et en termes on ne peut plus flatteurs. Valgius compare c ses accents à ceux de Catulle, sa poésie à celle de Cinna, son doux parler à celui qui coulait des lèvres du Pylien Nestor ou de la bouche savante de Taède Démodocus :

111e canit quali tu voce, Catulle, canebas

Alque soles numéros dicere, Ginna, tuos ;

Dulcior ut numquam Pylio proQuxerat ore Nestoris aut docto peclore Demodoci.

Anser avait, comme Codrus, célébré l'amour. Ovide le fait figurer dans Ténumération des poètes erotiques anté* rieurs à lui-même -.'après avoir rappelé Ticidas et Memmius € qui, dit-il, bannirent toute réserve dans les choses et dans les termes et auprès de qui marchait Cinna»,il produit le nom d'Anser comme celui d'un poète c plus hardi que Ginna. »

Cinna quoque his cornes est, Ginnaque procacior Anser. ^

Cet Anser s'était montré très chaud partisan d'Antoine et avait reçu de lui le don d'une terre de Falerne ayant appartenu à Pompée. Aussi dans une de ses dernières Philippiques', Cicéron, réclamant le retour au flls de Pompée des biens enlevés à son père, ne ménageait-il en aucune façon le poète qui alors faisait partie de l'armée d'investissement de Modène ; il jouait durement sur son nom qui dans la langue ordinaire signifiait oie et s'écriait : c Les Anser qui maintenant investissent Modène et assiègent Brutus seiront chassés de la terre de Falerne». Un jeu de mots semblable, si Ton en croyait Servius et plusieurs commentateurs, aurait été employé par Virgile dans ces vers de VÉglogue IX :

(1) Trist, 11, V. 4a5.

{^) Philip., XIU, 5.

Nam neque adhuc Vario videor, nec dicere Cinna Digna, sed argutos inler strepere anser olores. ^

Car il me semble qu*aucun de mes chants n*est encore digne de Varius ou de Cinna, et que je suis comme un oison (comme un Anser] qui cric au milieu des cygnes mélodieux.

Par suite on serait entraîné à supposer que Virgile n'aurait ainsi parlé que pour se venger du poète qui se serait montré, de même que Bavius et Msevius, un de ses détracteurs. Mais c'était une comparaison courante que celle qui opposait le cri rauque de 1 oie au prétendu chant du cygne, et, bien que la différence de leurs opinions politiques empêchât Anser et Virgile d'entretenir des relations amicales, il ne faut certainement pas chercher dans les deux vers de Téglogue une allusion à un confrère ennemi ; nous ne devons y voir que l'expression de la modestie d'un auteur encore à ses débuts, qui s'efface avec admiration et respect devant deux de ses illustres prédécesseurs. Quoi qu'il en soit, Anser ne semble pas avoir mérité par ses vers de bien grands éloges.

JuLiLs Florls, qui était encore jeune lorsque Horace lui adressa deux de ses épîtres, la troisième du livre I et la deuxième du livre II, avait plus de valeur ; les termes dont Horace se sert à son égard montrent que, tout en acquérant le talent d'un bon avocat et la science d'un jurisconsulte, il faisait facilement les vers et réussissait dans la poésie légère.

Seu linguam causis acuis, seu civica jura Respondere paras, seu condis amabile carmen, Prima feres hederae viclricis prsemia. ... *

Le scoliaste Porphyrion prétend même qu'il se fit connaître comme écrivain de satires et qu'il publia un choix de

(1) EgL, IX, V. 35-36.

(2) EpisL, 1, 3, Y. 23-25.

morceaux d'Eani US, de Lucilias et de Vairon ^ Est-il vrai qu'il fut le plus jeune flis d'Aquilius Florus et qu'après la mort tragique ' de son père et de son frère aîné, tous les deux victimes de la cruauté d'Octave, celui-ci l'ait fait élever et Tait ensuite comblé de faveurs comme il se plut à en combler lésais de Gicéron et d'Antoine? Les témoignages sur ce point ne sont pas assez précis pour qu'on puisse Taffirmer. Ce qu'il y a de certain, c'est que Julius Florus, dans le moment où lui écrivait Horace, jouissait d'un grand crédit et faisait partie du cortège déjeunes gens lettrés dont aimait à s'entourer, dans ses expéditions militaires, le futur héritier d'Auguste.

Bassus, qu'Ovide désigne quelque part comme un de ses plus chers amis et comme un poète rendu célèbre par ses ïambes, clams iambo^, ne doit être confondu ni avec Thistorien Aufidius Bassus, ni avec les poètes Caesius et Saleius Bassus, que nous rencontrerons plus tard, ni à l'homonyme contemporain dont Horace, dans une de ses odes S parle à Plotius Numida comme d'un buveur sur lequel la bachique Damalis ne saurait remporter ^ Il est probable que, dans ses ïambes, il se montrait mordant à la manière d'Archiloque, et leseul des Bassus du temps en qui on pourrait le reconnaître serait le rhéteur Julius Bassus, € homme éloquent, dit Sénèque le Père, mais auquel on aurait voulu enlever l'aigreur qu'il affectait*». Il est permis aussi de croire que l'ami d'Ovide était lié avec ProperceJ et que l'élégie de celui-ci, qui commence par ces mots:

(1) « Hic Florus fuit satiraruin scripior, cujus sunt Eleetie ex Eddîo^ Lacllio, Varrone. » — Cf. Weichcrl, Poet. latin, reliq.y p. 366 sq. ; Blewes, Éd. des saU et des ép. d'Horace, p. 330.

(i) Cf. DioQ Cassiue, U, 3; Suéi., Oct. Aug., 13.

(3) Trist. IV, 10, v. i7.

(4) Carni. I, 36 v., 13- U.

(5) Cf. Weicherk, De Bttssis quihusdam Romanis ingenio scriptisque illustribua, daos L. Varii et Cas. Parm. oit. et carm., p. 139.

(6) Controo.y Pruef., 12.

Quid mihi tam muUas laudando, Basse, puellas... > loi était adressée.

MoNTANus est également an de ceux qui se trouvent cités dans les œuvres d'Ovide. Il nous dit que ce poète « non moins habile dans les distiques inégaux que dans les vers héroïques, avait acquis une égale célébrité dans les deux genres » :

Quisque vel imparibus numeris, Montane, vel œquis Sufficis, et gemino carminé nomen liabes. >

C'est vraisemblablement de lui quMl s'agit dans les Contraverses de Sénèque le Père, lorsque Glycon y rappelle une opinion littéraire sur Virgile d'un Julius Montanus, compagnon de Tibère et qui était un poète de talent «egregi us poeta^». Et c'est de lui aussi sans doute que parle Sénèque le Philosophe^ comme d'un poète passable « tolerabilis », connu par la courte amitié que lui témoigna Tibère, et qui, dans de longues déclamations de vers, introduisait trop souvent des descriptions du lever et du coucher du soleil, comme celles qui débutaient ainsi :

Incipit ardentes Phœbus producere flammas, Spargere se rubicunda dies, jam trislis hirundo Argutis redilura cibos immittere nidis Incipit, et molli partilos ore minislrat. . . .

Phébus commence à ramener ses feux ardents et le jour à répandre sa clarté vermeille ; déjà la triste hirondelle se met à porter sans cesse la nourriture à sa bruyante couvée et du bec tendrement la distribue à ses petits.

Jam sua pastores stabulis armenta locarunt, Jam dare sopitis nox nigra silentia terris Incipit ; . . . .

WlEleg., I, 4.

it)Pont,iy, 16, V. il-12.

(3) Controo., VII. 16, 27.

(4) Bpistol.y czxii, 11.

294 LIVRE QUATRIÈME. CD. Mil, i.

Déjà les pasteurs ont abrité leurs troupeaux dans les élables; déjà la sombre nuit commence à répnndre le silence sur la terre assoupie.-

L*auteur des Lettres à Ludlius revient même ailleurs sur cette manie de Julius Montanns et, dans la satire intitulée Apokolokyntose*, le raille de ce que, non content de raconter à tout moment le matin et le soir, «il éprouve encore le besoin de dépeindre le milieu de la journée et n*est pas homme à laisser passer sans description une si belle heure ». On voit que Sénèque, le fils, ne produit pas sur le poète un jugement aussi flatteur que son père et surtout qu'Ovide.

, AuLus Sabinus ' avait promené sa muse en divers genres : il résulte d'un passage de3 Pontiques qu'il avait laissé un poème intitulé Trxzena et un ouvrage sur les jours (ppus dierum) qu'une mort prématurée l'avait empêché d'achever'; mais son œuvre principale semble avoir été toute une série d'héroïdes qu'il avait écrites en réponse à celles d'Ovide, son ami. Celui-ci, dans la dix- huitième pièce du deuxième livre des Amours, en cite jusqu'à six, qui étaient les réponses d'Ulysse à la chaste Pénélope, dHippolyte à Phèdre^ du pieux Énée à la malheureuse Élise, de Démophoon à Phyllis, de Jason à Hypsipyle et de Phaon à Sapho :

Quam celer e toto rediit meus orbe Sabinus,

Scriplaque diversis rettulit ille tocis I Candida Pénélope sigoum cognovit Ulixis :

Legit ab Hippolyto scripta noverca suo.

Jam pius ^neas miser» rescripsit Elissae :

Quodque légat Phyllis, si modo vivit, habet. Tristis ad Flypsipylen ab lasone littera venit :

Det votam Phœbo Lesbis amata lyram. ^

(1) Apokol.y ch. II.

{t) Voir Glâs«r, Rhein. Mus,, I, p. 437 sqq. ; Hewes, Éd. des sat, et des ép. d^Hor., 1892, p. 347.

(3) Pont.y IV, 16, Y. 15-16.

(4) Am., Il, 18, V. 27-34.

Pendant quelque temps on crut posséder trois compositions de Sabinus : la lettre d'Ulysse à Pénélope, celle de Démophoon à Phyllis, et la troisième qui se trouvait n'être pas un des poèmes énumérés par Ovide, la réponse de Paris à Œnone; plusieurs éditeurs les produisirent même avec cette conviction, à la suite des héroïdes d'Ovide. Mais les énergiques protestations de plusieurs savants philologues, entre autres de VossiusS qui n'y trouvaient ni l'élégance, ni la versification du siècle d'Auguste et qui les jugèrent indignes des éloges décernés par Ovide à son émule, firent reconnaître l'erreur. Il est admis ai:yourd'hui que ces trois pièces * sont l'œuvre d'un humaniste du XV* siècle, l'Italien Angélus Quirinus Sabinus. Il ne nous reste donc rien d'Aulus. Et de plus nous ne connaissons aucune des particularités de sa vie ; à moins qu'il ne soit le même que le Sabinus dont Horace, dans la cinquième Épilre du livre I, parle à Torquatus, lorsqu'il l'invite à venir célébrer avec lui et quelques amis l'anniversaire de la naissance d'Auguste; dans ce cas, Aulus n'aurait pas ressemblé seulement à Ovide par son goût pour l'héroïde, mais encore par son penchant pour les femmes; car Horace ne le promet comme convive à Torquatus que conditionnellement et s'il n'a pas reçu déjà de quelque jeune beauté une invitation plus agréable que la sienne,

Et nisi cena prior poliorque puella Sabioum Detinet, assumam. ^

Il ne faut pas le confondre d'ailleurs avec le Sabinus Tiro, auteur d'un traité d'horticulture dédié à Mécène, et que cite, à propos des maladies des plantes potagères, Pline le Naturaliste^.

(1) Depoet. lat.<f ch. 2.

(2) On trouvera ces trois pièces, dans TOvide de Lemaire, aa volume des Héroïdes, la première p. 17, la seconde p. 42, la troisième p. 115.

(3) Epist., 1, 5,v. 27-28.

(4) Hist. nat, XIX, 10, 57 ad flo.

396 UVME OC'ATRIÊXE. CH. TUf, S.

1)00 trois poètes plas célèbres que j'ai réservés pour la fln do cotte catégorie S Gassius de Parme est le premier en date ; Jo l'ai mémo mentionné déjà dans la première partie do cotte histoire au milieu des contemporains de Cicéron, mais il vécut Jusqu'après la bataille d'Actium etuoc simple mention no fait pas son compte.

I)*abord gardez-vous de Terreur qu'a commise' le savant oommontatour J. di\ Crusque. en le confondant avec Gassius TKtrusque. Do ce dernier Horace raillait les compositions trop rapides et la verve intarissable en rappelant l'auecdote d'apn^slaqu6llososouvragesetlescoffresquiles renfermaient auraient servi en nombre suffisant à son bûcher funéraire:

• • . . Etrasoi

Quale fuit Cassi rapidu fervenlius amni Ingenium, capsis quem fama est esse librisque Ambuslum propriis. '

tandis que, dans son épitre à TibuUe, il établissait entre ton éléglaque ami et Cassius de Parme un rapprochement

{\\ IHm la liait 4m eooiposlUoDS et ctiU catégorie II csl imp •ssiUe 4a paaMsrWttI khi% »oua tllence cellea qu*OD appelle PHapea. JVu ai parlé quelque pftt à pr\>poa de \1rgile« de TUralle el d'Ovide à qni on eii a la <>HHala at^mbr^s Le recueil dVaviroa quatre-viagls poésies ou 1- 4« a^>^«e» eu l*lKUiaeur de Priaiie, que aous poeaédoas^ est cooipasr ie d^l la n^luparl apparUeaaeat au teaips dWaguaUs. Gtaératoaeat <x-rîtas kmW»> ea di^Uquea et en keaae<<as>llabeas elles ae porteal pa^ :«s de leur» auleunC Y«>us ea trvuverct le texte daas le ^rtra■e de r. \1l«rl.»*l^^;vv>àr *» \i»i.ii.ur USn PrMip<^v-«at, Uwîa. k '«^ XTU, p|k ;!USt4t^ . daa« le CaluUe de L. Xûller ^Ups. tS:iV ppc xri-. . : un- ULwn «t rr ^"^ 1 1^^ «t dRa$ l«« P.vf. ittL «M, de C B^lmw I «^ li3. W4a t H^ ^t<$T^ -- Cf J> L. WerrKàe.l« -TWrsk ttSiS. ttsam et %Up. ^^

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manifeste, lorsque, l'interrogeant sur l'emploi de son temps, il lui demandait si son occupation, n'était point quelque composition légère capable de surpasser celles du poète parmesan :

Quid Dunc te dicam facere io regione Podana ? Scribere quod Casai Parmensis opuscula vincal, An tacilum ? *

La confusion n'est plus permise. Car Bayle, dans son Dietioniiaire historique el crtitçue', F. Se. Maffei, dans sa Verana illuslraia^, Aug. Weichert, dans les deux dissertations si connues qu'il a intitulées de Lucii Varii et Cassii Parmensis vita et carminibus*. Al. Nicolas, dans sa thèse latine pour le doctorat^, ont étudié avec beaucoup de soin les questions qui se rapportent à Gassius de Parme.

Nous ignorons la date de sa naissance et nous manquons de renseignements sur sa famille, son éducation et sa jeunesse ; mais nous savons qu'il fut au nombre des meurtriers de J. César ; par son âge, par son caractère et par la situation qu'il occupait, il se trouvait donc déjà, lors de cet événement, capable d'inspirer la plus entière confiance, sans quoi les conjurés ne l'eussent pas admis dans leur complot. Il remplit bientôt les fonctions de tribun militaire dans l'armée deC. Cassiusetde M. Brutus en Asie, où il fut laissé par eux à la tête d'un certain contingent de troupes et de vaisseaux avec la charge d'y lever des impôts qu'il devait leur envoyer en Macédoine. Après leur défaite et leur mort à Philippes, il ne désespéra pas de la cause de la liberté, accrut ses forces et, avec sa flotte, se rendit auprès de Sextus Pompée, témoignant à Octave son hostilité, non seulement par ses actes, mais par ses écrits et ses mordantes épi-

(1) Bpist., 1, 4, V. i-i.

(2) Rotterdam, 1720, t. I, p. 787 sqq.

(3) Éd. 1781, Part. Il, p. 29 sqq.

(4) Griinae, 1896, in-8« de XU-4(U p.

(5) De Cassio Par menai poeta ac prxsertim de quibusdam apud Suetonium Tranquillum epigrammatis, 1851, gr. in-8 de 63 p.

grammes. Comme il comprenait qu'il n'aurait jamais aucun pardon à espérer de lui« il usait pour le combattre de toutes les armes en son pouvoir. Aussi, après que S. Pompée, vaincu dans la grande bataille de Myles, se fut enfui en Asie, n'hésita-t-il nuUementÀse porter vers Antoine qui lui fit un excellent accueil et le garda parmi ses familiers jusqu'à la bataille d'Actium. A la suite de ce désastre toutefois Cassius ne raccompagna pas dans sa fuite en Egypte; soit qu'il jugeât le triomphe d'Octave désormais incontestable^ soit que, l'âge venant, il ae songeât plus qu'à passer le reste de sa vie dans l'étude à^es lettres, en se tenant autant que possible à Tabri de la vengeance redoutée, il resta pendant quelque temps caché dans un endroit obscur jusqu'à ce que le sort de la Grèce eût été réglé par le vainqueur, puis gagna Athènes où il tâcha de vivre dans une retraite absolue. Mais la crainte hantait son esprit. «Une nuit, raconte Valère Maxime S il lui s^mbla voir, pendant son sommeil, un homme d'une taille gigantesque, le teintnoir, la barbe négligée, les cheveux épars, qui, interrogé par lui sur ce qu'il était, lui répondit « ton mauvais génie xx<oSa{[Jisvjc » ; et le curieux conteur d anecdotes, qui cite ce songe comme un de ceux dont l'effet fut le plus immédiat, affirme qu'entre cette nuit et la mort de Cassius il n'y eut qu'un faible intervalle. Le fait est qu'Octave, ayant appris où il s'était retiré, donna à un de ses officiers l'ordre de venir d'Asie à Athènes pour le tuer, ce qui fut aussitôt exécuté, huit mois environ^ croit Weichert*, après la bataille d'Actium, en mai de l'an 30 av. J.-C.

Certains lui ont attribué dix-neuf vers hexamètres en notre possession qui devaient faire partie, selon les uns, d'un poème épique et, selon d'autres, d'un poème pastoral. Voici ces vers, qu'il faut citer parce qu'ils ont donné lieu à de vives discussions ;

(1) 1, 1, De somniiSj$ 7.

(2) Ouvr. cité, p. !â66.

ArgutsB primum quum plectra parenlis, et auro Dislinctam sumpsit cilharam Rhodopeius héros, Ridebant segnes puisus, digitosque micantes . Serius, et chordis indoctse dissona vocis. Mox pudor exardens, et gloria dulcis honesti Lusibus avertit puerilibus : omnis et illuc Perditus încumbeDS, Musse pallebat amore. • Et uuDC materais inhiat, nunc ille paterois Cantibus : hinc illiac discens dependet utrimque. Nulla Venus faciem cepit inentila dolosis Compedibus : somni fuerat parcusqae Lyœi. Donec. ridiculus dudum, modularaine silvas, Evulsosque suis scopulos radlcibus eeit.

Ausus et ire viam viventibus iaconcessam, Pœuarum oblitos deinulsit carminé Mânes.

Non levis adscensus, si quis petit ardua : sudor Plurimus hune tollit; noclurno ezsomnis olivo Immoritur ; delet ' quod mox laudaverat in se, Qui cupit stems donari frondis honore.

Lorsque,, pour la première fois^ le héros du Rhodope prit Parchet de sa mère savante en harmonie' et sa lyre brillante d'or, on riait de la faiblesse de ses accords, de Faction trop lente de ses doigts, et du désaccord de sa voix inhabile avec les sons de Tinstrument. Bientôt son orgueil s'enflamme, le noble sentiment de Thonneur le fait renoncer aux jeux de Tenfance, tout entier et éperdumenl il se livre à cette étude, Tamour de la Muse pâlit son front. Avidement il écoute tantôt les chants de sa mère, tantôt ceux de son père ^ : disciple de Tun et de l'autre, il s*attache en suspens à tous les deux. Jamais Vénus, au sourire menteur, ne le prit dans ses pièges ; il fut sobre de dommeil et des dons de Bacchns. Si bien qu'enfin, lui, dont naguère on se moquait, par ses chants mélodieux il déracina les forêts et détacha de leurs bases les rochers qu*it entraînait à sa suite. Il osa môme s'engager dans une route interdite aux mortels et la douceur de ses accents charma les Mânes oublieux de leurs peines. La montée n'est pas facile à l'homme qui veut gagner les dmes ; c'est au prix des sueurs les plus pénibles qu'il s'y élève ; il s'épuise à veiller sous la lampe nocturne, il détruit tout ce qu'il aimait en lui-même, celui qui aspire à l'honneur du feuillage îmmorteL

(1) Var. : jactaty damnai.

(2) La mase CaUiopc.

(3) Orphée passait pour le flls d'Apollon.

Vous pouvez voir que ces vers n'ont rien d'épique ou de pastoral et que, si Cassius devait en être considéré comme l'auteur, ils seraient plutôt de nature à le classer au nombre des poètes gnomiques, puisque le sujet en est, non pas la descente d'Orphée aux enfers, non pas non plus l'éloge bucolique de la nature, mais bien la nécessité d'un travail opiniâtre pour quiconque veut être honoré d'une couronne immortelle. La fln du morceau en résume parfaitement le caractère. Seulement une grave objection se présente. Le latin n'en est pas celui du siècle d'Auguste. Aussi d'autres commentateurs ont-ils voulu en donner la paternité à Lucain. L'auteur de la Pharsale, en effet, avait composé un poème sur Orphée ; nous en avons la preuve dans la pièce écrite en son honneur par Stace, qui lui fait dire par la Muse Calliope :

Tu sedes reserabis inferoruoi ; . . .

Et noster tibi proferetur Orpheus ^

mais ces vers mêmes de Stace montrent que Lucain avait traité le même sujet que Virgile et qu'on ne saurait faire rentrer dans ce thème nos dix-neuf hexamètres à matière sentencieuse alors même que les expressions latines qu'ils renferment le permettnùent. Weichert * et Al. Nicolas * pensent tous les deux qu'il est nécessaire d'en reporter l'origine à un temps beaucoup plus récent. L'auteur véritable n'est autre sans doute qu'un savant italien du nom de Telesio qui vécut au commencement du XVP siècle *.

Cassius de Parme dut une grande partie de sa renommée de poète aux petites compositions auxquelles Horace a fait allusion dans Tépître citée plus haut. Toutes n'étaient pas des élégies; il y avait aussi des épigrammes. Legram-

(1) Silo,, II, 7 V. 57-59.

(2) Ouvr. ciié, p p. 295-300.

(3) Thèse citée, p. 12-20.

'(l) Cf. Is. AfTu, Mem, degli scrittori e litterati Parmigiani, t. I, Parro. 1789; Bartii. Mercier, notice de qq. poésies lat. d*Aiit. Telesio, io Magaa. Bncyclop., Ill« son., tom. 6, pp. 354-355.

mairien Acronqui nous a conservé les remarques des plus anciens commentateurs d'Horace ne nous laisse aucun doute à ce sujet : « Gassius, nous dit-il, exerça sa plume en plus d'un genre : il écrivit entre autres poésies des élégies et des épigrammes fort appréciées » ^

De ses élégies il ne nous reste absolument rien, et l'éloge qu'en fait évidemment le poète de Venouso en le désignant particulièrement dans sa lettre à TibuUe * doit nous inspi* rer le plus vif regret d'une telle perte s.

Quant aux epigrammala, quoique sous ce nom les Latins ne comprissent pas seulement les compositions satiriques que nous appelons proprement épigrammes, mais toute pièce brève et légère exprimant un sentiment de tristesse ou de joie» de haine ou d'amour, nous somipes autorisés à croire que Cassius, ennemi acharné d'Octave et forcément absent de Rome durant treize ans, puisqu'il était sous le coup de la condamnation capitale qui Tavait frappé, s'est trouvé tout spécialement porté à lancer de loin contre l'audacieux héritier de César les traits acérés d'une poésie mordante. On a donc été tenté de mettre sous son nom les trois épigrammes anonymes que Suétone, au soixantedixième chapitre de sa vie d'Octave Auguste, mentionne comme ayant été dirigées contre celui-ci. J'ai déjà fait connaître la première, c'est-à-dire les six vers qui se répandirent à Rome après la fameuse orgie qu'on appela le banquet des douze dieux *. La deuxième fut placée sous la

(1) « Hic aliquot generibus stylum exercuit ; inter quœ opcra elegiaca et epigrammata ejus laudantur. » Ad Horat. Epist. \, ^, 3.

(S) JaliD ctSpobn ont voulu voir dans le vers d'Horace et le moi opU8cula une ironie à l'égard de Cassius ; mais cette ironie, comme I*ont démontré Weichert (p. 239 sqq.) et Nicolas (pp. 39-40) retomberait sur Tibulle luimême ; il n'est donc pas permis de la supposer.

(3) L*érudit allemand (Ebeke (G^mna^. ^çacâ^ra/i. Progr., 1832), ne pouvant supporter la pensée que toutes les élégies de Cassius fussent perdues, lui attribuait les élégies du livre 111 de Tibulle ; mais Lud. Dissen {In Tibul. 1. 1, p. 29-32) a rejeté bien loin son opinion.

(A) Voir plus haut^ t. 1, p. 52.

statue du triumvir dans le moment des proscriptions alors qu'on Faccusait d'avoir fait porter plusieurs citoyens sur la liste des condamnés pour s'approprier les précieux vases de Gorinthe en leur possession :

Pater argenlarius, ego Coiinlhiarius ;

Mon père faisait le commerce d'argent, moi je fais celui des vases de Gorinthe.

La troisième, qui fut écrite pendant la guerre de Sicile^ avait trait aux défaites qu'il avait subies sur mer et à son penchant pour le jeu de dés :

Postquam bis classe victus naves perdidit, Aliquando ut vincat, ludit assidue aleam.

Deux fois vaincu sur mer, il a perdu ses vaisseaux : pour remporter une victoire h son tour, il joue constamment aux dés.

AVeichert rejette la seconde et considère les deux autres «comme authentiques ; mais le motif qu'il donne pour repousser l'une des trois, la non présence deCassius àRome, pourrait, comme le remarque Nicolas, s'appliquer à toutes les trois; car Cassius, dans le moment du banquet des douze dieux, comme pendant la guerre de Sicile, était loin de Rome. Il se trouve même, dans un autre passage de Suétone S en faveur de l'authenticité de cette deuxième épigramme, une sorte de preuve qui n'existe pas pour les deux autres : le biographe, en effets parle de certaines lettres ' de Cassius de Parme dans l'une desquelles Octave était traité non seulement de petit-flls de boulanger, mais aussi de petit-âls de courtier de monnaie :

(1) Suét., Oct. Aug.f ch. 4.

(t) Des diverses lettres de Cassius de Parme nous ne possédons que ce fragment ; elles étaient cependant connues, car Pline (Hist. nat.j xxxi, 2), À propos de Peflet salutaire des eaux du Cydnus pour les goutteux, invoque le témoignage d'une lettre écrite par lui à Antoine. Mais e'est à tort qu*on lui a quelquefois attribué celle qui figure dans la correspondance de Gicéron {ad Famil., xiii, 13) — Cf. Weichert, pp. 291-295.

UYItE QUATRIÈME. GH. VIII, 2. 303

((Malerna tibi farina est ex crudissimo Âriciae pislrino : hanc pinsit manibus collybo decoloratis Nerulonensis mensarius. »

« Ta farine maternelle a été prise au plus grossier moulin d'Aricie ; elle a été pétrie par les mains du changeur de Nérutum que le maniement de Fargen t avait noircies.»

Entre l'expression du vers < paler argenlarius » et la partie du fragment épistolaire qui a rapport à Torigine paternelle d'Auguste» il y a évidemment une similitude qui nous autorise à considérer le vers et la lettre comme étant du même auteur. La preuve toutefois n*est pas absolue» et s'il est permis d'attribuer. les trois épigrammes à Cassius, on ne saurait certifier qu'elles sont de lui.

Il en est à peu près de même du mot plaisant cité par Quintilien dans cette phrase : < Gomme il y a plusieurs manières de présenter les Similitudes, je crois bon de vous avertir qu'il faut rarement user de celle que les Grecs appellent e!xo)v, qui consiste à donner l'image naturelle des personnes et des choses comme dans ce vers de Cassius: « Quel est cet homme qui fait les contorsions d'un vieillard podagre ? » *

Quis istam faciem lanipedis senis torquens ?

Vraisemblablement ce trait satirique est tiré d'une épigramme de Cassius de Parme ; Weichert et Sparding, un des bons commentateurs de Vlnsiiiution oratoire, le pensent tous les deux; mais enfin Quintilien ne précise pas, et peut-être cite-t-il ici un exemple extrait des œuvres de Cassius Sévérus qui lui aussi se montra hostile à Auguste et paya chèrement la causticité de sa plume.

Il semble d'ailleurs que le sort se soit attaché à nous laisser aussi peu que possible de fragments ou de renseignements certains sur le poète parmesan. Outre ses élégies et ses épigrammes, il avait composé des tragédies; Acron et Porphyrion disent même tous les deux qu'il en avait écrit

(1) Qalnl., Inst. orat., V, 2, 24.

304 LIVRE QUATRIÈME. CH. TIll, 3.

hcitucoup: < scripserat multas tragaedias >', et c'est à |ii:ine s'il dods ea reste deaz titres et un vers : les deux titrm sont Thyetle et Brutus ; le vers appartenait à la tragèrlio de Bruivê et entrait dans le récit fait par Lucrèce de l'atlûDtat de Sextus Tarquin, il nous a été conservé par Vurron, dans son De lingwa latina *, à propos de l'expticatiou des mots nox inlmifieila :

Nocte Inlcmpoala noglram devenit domuiii. AH milieu de la nuit il est arrivé dans notre maison.

Nous ne sommes pas beaucoup plus heureux avec C. Valuius Rl'fi's. Les renseignements sur sa vie n'aboD* di>nt pas. On sait que, bien qu'il appartînt à une famille ]i<'u illustre, il reçut les honneurs du consulat en l'an 12 av . J.-C. ot qu'il fut lié avec Horace qui, dans la neuvième tJitt' du second livre, l'engage & ne point pleurer iadéâniiiiriit sur la mort do son jeune et cher esclave Mystès. Une luiiotation de Porphyrion nous confirme ces quelques détail*. Jo n'ose pas afHrracr, comme on l'a fait, qu'Horace lui nit également adressé l'ode IH, 20 ad Pyrrkum; il est penuis cependant de le supposer, puisque Pyrrhus Uj^Ph est le nom grecqui correspond au nom latia Rufus. Toujours est-il qu"Horact\ qui, d'après le ton de ses conseils et (li> !ii?s consolatious, devait être plus ùgé que lui, tenait en ^rauilo estime son goiU littéraire; il le mettait au nombre di' leux au jugement de qui il attachait le plus d'impor> UtiK'O, ainsi que lo montre l'énumératioa des juges que sa .taiire 1, 10 désigne comme les plus compétents :

Potius et Varius, Maecenas^ Virgiliusque Valgiuset.... ^

Ce n'était pas seulement par ses productions poétiques que Valgius avait acquis de la réputation, ses ouvrages en prose étaient estimés. Il traduisit des œuvres de rhétorique d*Apollodore de Pergame dont il avait été le disciple et les citations que Quintilien a faites, à plusieurs reprises', de cette traduction nous prouvent qu'elle méritait qu*on 4s'en servît. Il publia aussi un recueil, en plusieurs livres, sous la forme épistolaire, de questions grammaticales et relatives à l'étymologie des mots : Aulu-Gelle en parle à propos du mot /ic/or*, et l'on en trouve plus d'une mention chez les grammairiens Gharisius et Diomëde.

Quant au travail sur les plantes médicinales^ De herbarum viribus, qu'il n'acheva pas, mais dont la partie faite fut publiée, peut-être étaitrce» non pas un traité en prose» mais un poème didactique. Ce qui nous le ferait croire^ «'est qu'il passe pour avoir été imité d'un poème de Nicandre et que Pline le Naturaliste le rapproche, dans la liste des sources de son livre XXI, des œuvres du poète Macer *^ autre imitateur de Nicandre et qui avait écrit également «ur la botanique. Dans tous les cas, Pline, qui possédait ce •qui en avait paru, en vante ailleurs la science et nous apprend qu'il avait été dédié à Auguste dans une préface où l'auteur considérait comme un des privilèges de ce prince, «t l'un des plus dignes de sa majesté, le soin de remédier

(t) Sat. 1, 10 V. 89-90.

(2) Inst. orat., lU, 1, 18 ; 5, 17 ; V, 10, 4.

(3) Noct, Att, XII, 3, 1 : - Valgius Rafus, in secundo librorum quos inscripsit de rcbus per cpistulani quœsitis, lictorem dicit a ligando appellatum esse. »

(A) C'est vraisemblablement par suite d'une confusion, qui, d'ailleurs, s'est très souvent produite, que IMine donne au poète *Macer le prénom de Licijiius, lequel était celui d'un autre Macer dont nous avons parlé et qui n'avait pas traité de pareilles matières. — Cf. Unger, p. XV et pp. 198-215 ; "W, S. Teuflcl, Hist. de la litt. rom. p. 223, 7.

sans relâche aux maux de rhumanité ^ Un tel développement comme introduction, remarquez -le, convenait parfaitement à une œuvre poétique.

Mais c'est surtout comme auteur de poésies légères que Yalgius resta connu : épigrammes, élégies, églogues, voilà 00 qu1l avait composé le plus volontiers.il nous est cependant impossible aujourd'hui de savoir exactement les sujets qu'il y avait traités. Horace semble bien nous désigner dans Mystès Tobjet d'un grand nombre de ses morceaux élégiaques : < Toi, lui dit-il, dans tes vers plaintifs, tu ne cesses de t'adresser à Mystès qui t'a été ravi, et pour tes amours point de repos, que Vesper se lève ou fuie devant le char rapide du soleil »,

Tu semiier urges flebilibus modis Mysten adempium, nec Ubt Vespero Surgeote decedunl «mores

Nec raptdum fugienle solem. *

D*autre part, d'anciens commentateurs deVirgile etd'Horace, d'anciens grammairiens et érudits,comme Servias,niilargyrius« Charisîus et Isidore ont fait six ou sept citations très brèves dans lesquelles se trouvent conservés quelques vers ou parties de vers de ses divers poèmes. Mais le renseignement que nous fournit Horace est vague, et les susdites citations, faites uniquement au point de vue spécial de cer> laines questions d'étymologie,de grammaire et d'érudition, ne nous disent rien sur la valeur des poèmes eux-mêmes *. ijuintillou le passe même sous silence dans Tappréciatioa qull douue»au X* livre de ses /i»ii<u(iV>M^onilotres,de la plupart dos productions de la poésie latine. On ne peut mettre en doute cependant la renommée de poète que s'était (aite

»l Fifj . H'\<t. ^</«r .XXV,i

^ R l ij ^^T 4 tr>>u> e uEio> ea «l'écrire sur on auteur, dont bo«s a'kvoas près- *|a* neu e< Mir lequel '«a «fst à otal r«ii:»«L:a«, ua a^i» voiiuneéc XVHK3K>

Valgius. On allait, de son temps, jusqu'à lui prêter les plus hautes qualités et un génie capable de relever dans les sphères de l'ode et de l'épopée. Horace l'invitait « à chanter avec lui les nouveaux trophées d'Auguste, l'âpre Niphate soumis, le fleuve du Mède ajouté aux conquêtes ro-

maines.

.... et potius nova Catitemus Augusti tropsea

Caesaris, et rigidum Niphaten, Medumque flunien^ gentibus additum Victis *

et Tauteur du panégyrique de Messala, lorsqu'il exprimait à ce haut pei-sonnage la crainte de ne pas avoir assez de talent pour célébrer ses hauts faits en vers épiques, lui disait : « Valgius, qui t*est dévoué, peut seul chanter tes grands exploits, Valgius, de tous les poètes celui qui approche le plus de l'immortel Homère »,

Est tibi qui posait inagnis se accingere rébus Valgius, aelerno propior non alter Homero. *

DoMiTius Marsus ', ami de Virgile et de Tibulle auxquels il survécut, mais qui mourut à une date antérieure à l'exil d'Ovide, comme le prouve un passage des Pontiques*, avait

(1) Carm., Il, 9 v. 18-22.

(2) Tibal., IV, 1 v. 179180. — L'Èuéidc n'existait pas encore, mais l'hyperbole est évidente et nous rappelle ce que Boileau écrivait de Racan :

Sur un ton si hardi, sans être téméraire, Racan pourrait chanter à défaut d*uo Homère.

(3) Voir Weichcrt, De Domitio Marso poeta, dans PoeL lat. reliq.y pp. 241-269.

(4) Pont., IV, 16 V. 5.

308 UVRE QUATRIÈME. CU. VIII, i.

été un des poètes protégés et enrichis par Mécène d'après ce que nous dit Martial :

Quid Yaros, Marsosque loquar, ditataquevatum Noiuina...?^

Élève, croit-on, d^ApoUodore de Pergame, de même que Yalgius, il s'était acquis divers titres à la renommée. Comme lui, ri avait laissé quelques écrits en prose, entre autres un travail que Pline cite comme une de ses sources pour le livre XXXIV {^Eris melalla) et un traité sur l'urbanité (De urbanilalè), dont Quintilien fait l'éloge ' et rappelle plusieursdéfinitions, touten les discutant'. Nous ne con* naissons pas autrement ces sortes d'écrits; mais nous avons sur ses œuvres poétiques plus de renseignements que sur celles de Yalgius.

Il avait osé aborder le genre épique en composant sur la guerre d'Hercule contre les Amazones un poème intitulé Amazonis. Cet essai toutefois ne semble pas lui avoir rapporté grande gloire. II s'y était montré trop long, si bien que Martial, qui se plaisait d'ordinaire à proclamer son mérite, n'a pu s'empêcher de le critiquer là-dessus assez durement : « Il y a, disait-il, plus de choses à retenir dans le seul livre de Perse que dans toute VAmazonis du léger Marsus >,

Saepius \n libro memoralur Persios uno Quam levis in tota Marsus Amazonide. *

On suppose même ^ qu'Horace, qui, à l'esprit caustique de Marsus préférait la nature simple et douce de poètes tels

(1) Epigr., VIII, 56 v. 21-22.

(2) Inst. oraL, VI, 3, 102 : • Domitius Marsus, qui de urbaniUte dUigentissiine scripsit. ■

(3) Id. VI, 3, lOiet 105.

(4) Epig., IV, 29 v. 7-8. — Weichcrt, {Op. cit, p. 255 sq.) se reftiM à voir une critique dans ces deux vers.

(5j Cf. Ilaupt, Opusc. III, p. 332; G. Hirschfclder, édit. des odesd*Hor., p.

que Virgile et TibuUe, et qui, de plus, trouvait peut-être en lui des opinions différentes des siennes en littérature, ne se contentant pas de garder à son égard un silence dont on s'est parfois étonné, aurait fait une allusion railleuse à YAmazonide dans son Ode IV, 4. Il est de fait que le début de ce morceau adressé à Drusus, vainqueur des Yindéliciens^ contient, au si\jet de la hache des Amazones dont ce peuple était armé, une parenthèse qui arrête un moment l'élan lyrique du développement et qui pourrait bien n'y avoir été introduite que pour critiquer les explications oiseuses et les longueurs qu'on relevait dans l'épopée de Marsns.

Celui de ses ouvrages qui était intitulé FabeUœ ne nous est connu que par son titre et un fragment d'hexamètre que nous a conservé Gharisius. Le grammairien nous dit, à propos du mot callwn ordinairement neutre, que Marsus «l'avait employé au masculin en écrivant au IX* livre de ses Fabellœ :

caltum sibi pectore quemdam n.

Cette brève citation nous prouve que le recueil était très volumineux, puisqu'il contenait au moins neuf livres, et bien que G.-J. Yossius' ait voulu le mettre au nombre des écrits historiques en le considérant comme un ensemble de récits légendaires, Weichert* est disposé, vu le caractère de l'auteur, à croire que c'était plutôt un de ces poèmes erotiques dont Martial parle dans une épigramme à Instantius Rufus' et dont la piquante obscénité le disputait à celle des livres sybaritiques. Le fragment d'hexamètre serait alors celui d'un distique.

Marsus, en effet, avait écrit des poèmes erotiques et élé-

(1) Voir Appendice cclxt.

(2) Charis. 1. I.

(3) De hûttoric. lat., 1, ch. 16.

(4) Op. cit., p. 263.

(5) Epigr., XII, 96.

310 UTit£ (pi AmÊau. ca. nn, 4.

ipaqces. Noos farons qoll j oélébcaît soos le uom de jiébfoîs ane brune ec jeune beanté qoH aimait. Loi aTait* il consacre à elle seole on livre loat entier, et Toarrafe portaitrii le nom de la belle? oo bien ny occapait^eUe qo'one place importante? nons ngnorons; lonjoois est-0 que les vers avaient en beancoop de socoès. Nous ne poo- TOns en douter qnand nons entendons Martial rapprodier la célébrité qa*en avait tirée Mélaenis de celle qa*avaient value à Alexis les vers de Virgile :

Et Iteceoali Haro qaoni caotaret Aleiin, Nota lameo Marsi fosca Mefaeaîs erat. ^

Cependant le titre principal de Marsns à la renommée n'était pas celui*Ià. Il se fit surtout connaître comme auteur d'épigrammes; et de là les nombreuses mentions élogieuses que lui décerne Martial qui le cite à tout moment comme son prédécesseur. Dès sa préface, Martial, expliquant que la crudité des expressions est le langage même de Tépigramme, dit qu'il prend exemple sur ceux qui ont réussi le mieux à se faire lire et il n'hésite pas à mettre le nom de Marsus immédiatement après celui de Catulle : < Sic scribit CaluUus, sic Marsus, sic Pedo. . . sic qui^ cumque perUgiiur >. Il le range encore de la même manière, d'abord dans l'épigramme Y, 5, où il s'adresse à Sextus, Téloquent dépositaire des ouvrages de la bibliothèque Palatine, le confident de l'empereur Domitien, et le prie de réserver à ses propres livres, une place auprès de Pédo*, de Marsus et de Catulle :

Sexte, Palatin» cultor faconde Minervae,

Ingenio frueris qui prppiore Dei,

Sit locus et nostris aliqua tibi parte libellis

Qua Pedo, qua Marsus, quaque Calullus erit; '

(1) Epigr. VII, 29

(3; rëdo composait dos épigrammes ; mais il écrivit d'autres poèmes ot je parlerai de lui plus loin.

(3) Epigr,, V, 5 v. 1-2 et 5-6.

puis, dans l'épigrammeVII, 97, lorsqu'il demande en grâce à Crispinus de se montrer lecteur bienveillant et d'oser dire de lui à l'empereur : < celui-là contribue à la gloire de votre règne : il n'est trop inférieur ni à Marsus ni au docte Catulle > :

Dicere de Dobis, ut lector candidus, aude :

« Temporibus pi*sstat non nibîl iste tuis; Nec Marso nimium minor est, doctoque Gatullo ». ^

Ailleurs, il déclare qu'il aspire non pas à la gloire d'être un Virgile, mais du moins à celle d^être un Marsus :

Virgilius non ero, Marsus ero. '

Enfin, nous l'entendons quelque part invoquer d'une manière aussi flatteuse que spirituelle le témoignage de son prédécesseur aimé pour se défendre du reproche de longueur que Cosconius adressait à certaines de ses propres compositions : « Apprends, lui dit-il, ce que tu ignores : souvent une seule épigramme de Marsus et du docte Pédo remplit deux pages; elles ne sont jamais longues les pièces auxquelles on ne saurait rien retrancher; mais toi, Cosconius, tu fais de longs distiques. »

Disce quod ignoras : Marsi docliqué Pedonis

Sœpe duplex unum pagina tractât opus.

Non sunt longa, quibus nihil est, quod demere possis.

Sed tu, Cosconi, disticha longa facls. '

..Le recueil des épigrammes de Marsus portait sans doute le titre de Cicula. C'est sous ce titre du moins que Philargyrius nous en a conservé une et l'on peut supposer avec le savant Boissonnade que telle était la désignation de l'ouvrage entier. Il nous en reste plusieurs fragments. Diomède et Priscien, à propos de questions grammaticales.

(1) Epigr,, VII, 97 v. 5-7.

(2) Epigr., VIII, 56, v. 24.

(3) Epigr., II, 77 v. 5-8.

U1RE Ot'AT«IÈ>E. CB. nil, t.

es Oit cité qoelqnes mots ■ ; mais aoos en troDTons deox hexamètres entiers «Uns le Urre de Soétone mr la Grmmmairismt kUwlru : l'an parie de ceax « qa'oai Grappes la fênils et le foaet d'Orbiliiia • »,

Si fuos Orbtliai Imib Bcatkaqae cecidil;

l'autre coacerne Épirota, le premier maître de grammaire. parait il, qui arait fait à ses élèves la lecture de Virgile et d'autres poètes cootemporains. et qae, pour ce motif, Maniis appelait : < la Doanice des plus jeoaes poètes a. EpiroU iMwlloram oalricula «itam.

Gn'tClîà Philargyrins, aous possédons intégralement une êpigramme dirigée contre Bavins et son Trère : Omnia cnm Baiio commnaU frater babebal,

L'DUimi fratras lîcut babere iol«nl :

Rota, domnm, nommos atqae omnU : denique, nt aioBl,

Corporibus feninis spirit» usas wiL Scd pottquam atteriui mulicr comminiis airiqoe ?ia|Mil, depOMiit aller amicitiaBi.

Bavios «t WD frère iTawiit tout en commuD, aiosi qa'nl l'osai >-niFe frères tout k fait d'accord : biens raranx, maisoa, ar^ot et œ- «Td : enfin, comme on dir, à eux deai Ils ne faisaient ipi'oD ; maïs, lorsque l'on d'eux eat étendu la commananlé jusque la femme de rautr«, celniH:! rompit l'unioD.

Ce Bavius, dont il est ici question, n'est autre que celui dont le nom est resté accollé dans toutes les mémoires & celui de Maevias par ce vers de la troisième églogue de Virgile :

Qui Bavium non odit, amet tua earmina, Uevi ! *

II) Diom., 1 ; PriK., V, 41.

(^1 Le mailrc pIogoNu» d'Horace.

::) U vcrsHigoiOc que loua In deuisonl [Diuviit, mais que Mtcitos Bat [itii- iiiauvkis tDCors que Bavius. Scrilus l'explique «inii: .Pro pcEDadcMii:i;;it ut (leligat Mrvium pcjarem poelam, oam Mievlua et Bavios paBainl fiirrunl poebe, inimicî tam Horatio quant Vergilio.t

Tous les deux étaient de très mauvais poètes qui poursuivaient de leurs jalouses critiques YirgileS Horace et leurs amis. Vous vous rappelez, non moins que le vers de Téglogue, la virulente épode' iidressée par Horace à MaBvius s embarquant pour l'Orient. Nous ne savons au juste ni ce qu'ils furent, ni ce que l'un et Tautre écrivirent. La chronique d'Eusèbo^ nous apprend seulement que Bavius mourut en Gappadoce dans la troisième année do la 186* olympiade (34 av. J.-C.) et nous tenons de Philargyrins qu'il avait le titre de curatar. D'autre part, les anciens scoliastes^ nous disent que Msevius avait composé, entre autres mauvais vers, un poème sur le fils de Facteur ^sopus, héritier des grands biens de son père. Toujours est-il qu'ils vivaient très unis, partageant les mêmes idées, la même animosité contre les poètes du plus grand mérite. La pensée est donc venue à plus d'un critique qu'ils peuvent bien avoir été frères. Et dans ce cas, ce serait Msevius comme Bavius^ que toucherait Tépigramme deDomitius Marsus. Enfin il est vraisemblable qu'il faut rattacher au même recueil les quatre vers qu'on intitule épitaphe de Tibulle et qui déplorent à la fois la mort prématurée de ce poète et celle de Virgile. Certains, comme Scaliger, tout en reconnaissant qu'ils sont de Marsus, en font sans nécessité un fragment de ses élégies, et d'autres, bien à tort, les attribuent à Ovide. Les voici :

Te quoque Virgilio comitem non sequa, Tibulle, Mors juvenem caropos misit in Elysios :

(1) Servius, en annotant le v. 210 du Uvre 1 des GéorgiqueSy nous a

conservé un de leurs vers, qui reprochait à Virgile l'emploi du pluriel

hordea :

Hordea qui dixit, superest ut tritica dicat.

(2) Hor., Bpod, X.

(3) Saint Jérôme : « 11. Bavius, quem Vergilius in Bucolicis notât, in Cappadocia moritur. *

(4) Porphyr., ad Horat. Sat, Il , 3 v. 239.

(5) Voir sur ces deux poètes le S 6 de la dissertation de Weichert De Q. Horatii Flcusci obtrectatoribus dans Poet. latin, reliq. pp. 308-325. — Cf. Waickenaer, Hist, de la oie et des poés. d'Hor., 2* éd., tom. I, p. 152 sq.

314 LIVRE QUATRIÈME. CH. VlII, 5.

Ne foret, aut elegis molles qui fleret amores, Aut caoerel fortt regia bella pede^

Toi aussi avec Virgile, dans son injustice, 6 TibuIIe, la mort Ta envoyé jeune encore dans les champs de TElysée, pour qu'il n*y eût plus personne qui pût ou pleurer en vers élégiaques les tendres amours, ou chanter en vers nobles et vigoureux les guerres des héros.

La poésie dramatique réclame un travail plus continu» dçs efforts plus grands que la poésie légère et aussi une aptitude plus rare. Si ceux qui la pratiquèrent se montrèrent relativement peu nombreux, il faut d'autant moins s'en étonner que les circonstances étaient devenues tout à fait défavorables à ceux qui entendaient produire des compositions scéniques à la manière d'autrefois.

Déjà au temps de Térencc, vous le savez, il suffisait à ses ennemis de préparer une joute d'athlètes, qu'on annonçait au peuple dans le moment même de la représentation .d'une de ses pièces, pour la faire abandonner immédiatement des spectateurs qui couraient à cette lutte plus attrayante pour eux. Le goût de plaisirs du même genre s'était depuis lors considérablement accru et les gouvernants, loin de le modérer, n'avaient fait que l'exciter en le satisfaisant. Les jeux du cirque, ludi circenses, avaient pris des proportions considérables. Les courses de chevaux et de chars, avec leurs quatre troupes ou factions d'écuyers et de cochers, que distinguait la couleur de leurs vète-

(1) Voir sur les fragments du recueil Cicutaz Weiclrert. Op. cit. pp. 26i- 269; R. Loger, Epistola de D. Marai Cicuta, Friedl., 1861, 8 p. in-i. — Cf. H. Sauppe. Berichte der Saecks, 1852, pp. 135-40, ei divers articles daDs Philolog. XIII, XIV et XIX; Rhein. Mus., XV et XVIIl ; Flcckeisens Jaltrb., 99.

XIYHE QUATRIÈME. Cil. Vlll, 5. 315

mentsS soulevaient des passions qui, détournant les esprits des brigues du forum, ne pouvaient qu*ètre entretenues par la politique impériale. Les combats de gladiateurs, dont le personnel se recrutait paroii les prisonniers de guerre, lès condamnés à mort, les mauvais esclaves vendus par leurs maîtres, et parmi lesquels se trouvaient volontairement' des citoyens' que poussait, soit l'amour du lucre, soit un instinct de férocité, plaisaient tellement que certains plébéiens enrichis eurent la vanité d'en offrir à leur compte et qu'il fallut un sénatus-consulte. rendu à l'instigation d'Auguste, pour leur enlever ce moyen de chercher la faveur populaire. Auguste prodiguait bien cette fête, mais en la payant lui-même au peuple ou en la lui faisant donner par les magistrats de son choix. Ce n'était plus seulement decombats singuliers qu'il s'agissait: on voyait combattre l'un contre Tautre deux groupes nombreux, et les habitants de Rome purent un jour à leur aise se récréer du spectacle de la guerre en regardant une bataille meurtrière que se livrèrent sous leurs yeux des Daces et des Suèves^ J. César leur avait procuré, dans un lac creusé à cette intention près du Tibre, la vue d'un combat naval entre vaisseaux tyriens et égyptiens à deux, trois et quatre rangs de rames^. Auguste leur présenta de même une naumachie où parut la flotte des Athéniens aux prises avec celle des Perses*. Les jeux troyens, jeux mili-

(1) 11 y avait, au temps d'Auguste, la blanche, la rouge, la bleue et la verte ; Dumilicn en ajouta deux, la pourpre et la dorée, qui ne subsistèrent pas longtemps. Cf. Tertul., De spect., 9 ; Suet , Domit., 7.

(2) Les gladiateurs volontaires s'appelaient autrefois auctorati (Cic., Tu8C. quœst. Il, 17/, et quand ils s'étaient fait connaître par leur force et leur adresse au point d'être réclamés souvent par le peuple (postulatitii)^ ils étaient payés très cher. (Suét. Tib,, 7).

(3) On vît même parmi eux des chevaliers et des sénateurs, mais qui ne te furent pas tous volontairciueut : ce fut par ordre de J. César et d'Octave que plusieurs durent descendre dans l*aréno. Cf. Suct., Cœs. 39 ; Dion,LI,2l2.

{D Dion, xLiii, 2:s.

(5) Suét., Cœa., 39.

(6) Suét., Oct. Aug., 43 ; Ov. Ara Amat. I v. 171.

316 LIVRE QUATRIEME. CH. VllI, 5.

taires auxquels prenaient part les jeunes gens et les enfants des premières familles, se renouvelèrent souventjusqu'au jour où, par suite de vives remontrances d'Asinins Pollion. ils furent pour un temps supprimés ^ Et puis il y avait les exhibitions d'animaux, leurs combats entre eax« et les venationes, opérées par les bestiaires qui n'étaient qu'une variété de gladiateurs. César avait élevé à la hâte dans le cirque, à l'usage de ces chasses, un édifice particulier et, après avoir montré le premier, entre autres bêtes inconnues, la girafe ', il avait donné une tuerie de quatre cents lions ', puis un de ces combats de taureaux à la manière Thessalienne où le bestiaire à cheval s'élançait au galop sur l'animal et l'abattait en le saisissant vivement par une corne ^. Auguste, à qui les victoires lointaines des légions permettaient de s'approvisionner plus facilement encore en animaux rares, exposa aux regards du peuple un hippopotame, un rhinocéros, un serpent long de cinquante coudées ', fit venir d'Afrique pour les jeux de l'arène quatre cent vingt panthères mouchetées ^ et transforma pour une fête une partie du cirque Flaminien en un lac rempli d'eau où il fit tuer par les bestiaires trente-six crocodiles '.

De telles mœurs et de tels goûts devaient nécessairement exercer sur le théâtre une influence déplorable. Personne, je crois, ne l'a mieux dit qu'Horace, lorsque, dans son épître à Auguste*, il lui expliquait pourquoi lui-même n'avait jamais travaillé pour la scène, un poète dramatique devant s'attendre à toutes sortes de tribulations

(1) Soét., Csps, Aug,, 43.

(2) Plin.. Hist, Nat., VIII, 20.

(3) Id., VIII, 47, (A) Id., VIII, 70.

(5) Suét., Oct. Aug.y 43.

(6) Plio., Hist, nat., VIII, 24.

(7) Dion, LV, 20.

(8) Epist., II, 1 V. 182 sqq. Voir le vol. précédent p. 363 et Appendice

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