CHAPITRE PREMIER
L'ÉLOQUENCE. LES OUATBDBS
I. Conditions nouvelles faites à l'éloquence ; explications données à 'ce 'sujet par le Dialogue sur les Orateurs. Distinction à faire entre les Orateurs de Tancienoe manière et ceux de la nouvelle ; attention à porter sur le mouvement qui se produit dans les écoles de déclamation — II. Asinius Pollion, Ce qui nous reste de ses nombreux discours et plaidoyers. Jugements produits sur lui par Quintilien^ par les deux principaux interlocuteurs des dialogues de Tacite et par Sénéque le Philosophe. Excellence de son éloquence. Ses écrits contre L. Nunatius Plancus. Sa correspondance. Son' grand ouvrage historique. Sa délicatesse de gont et «a sévérité dansl'appré-. ciation des écrits de ses contemporains.^ Création par lui d*une bibliothèque publique. Son invention des lectures publiques. Part discrète qu'il prend aux exercices de déclamation et son opinion sur les déclamateurs. Persévérance de son travail ; probité et dignité de son earactére. — 111. M, Valérius Messala Coroinus. Manque presque absolu de fragments de ses œuvres oratoires. Appréciation de son éloquence par Sénéque le Père, Tacite, Quintilien et Horace. Elégance et pureté de sa diction. Son sens critique. Cercle de lettrés créé dans sa maison. En même temps qu'orateur, il est poète, grammairien, archéologue et historien. — IV. T. Labiénus. Obstacles nombreux qu'il surmonte pour arriver à la réputation de grand orateur. Son genre d'éloquence est une sorte de transition entre l'ancienne et la nouvelle école. Nous n'avons de lui que quelques fragments des déclamations qu'il ne prononçait qu'en petit comité. Violence de ses sentiments pompéiens qui lui attirent la haine des adulateurs d'Auguste. Son travail historique, traitant des guerres civiles, est condamné au feu. Sa mort tragique. — V. Cassius SéoéruSf considère comme le chef de la nouvelle école d'éloquence. Grand éloge que fait de lui Sénéque le Père. Jugement de Quintilien. Caractère de cet orateur qui, tant par le mordant do ses plaisanteries que par son anlmosité à poursuivri! tout le monde «*t particulièrement les puissants du Jour, se crée des ennemis nombreux. Ses libelles outrageants portent Auguste à étendre Jusque sur les éiTits les ofTets de la loi de majesté. 11 est exilé cl meurt dans un complet dénuement. Fragments de ses déclamations, qui étaient moins bonnes que ses discours. — VI. Autres orateurs qui méritent d'être cités : Furnius le Père et Furnius le Fils ; Sempronius Atratinus; Torquatus ; Lucrétius Vespillo, auteur présume d'un élugc funèbre qui nous a été conservé presque entièrement; P. Fabius Mouoimus;
Passiénua t Ancien; les deux fils de Messala ; Arruntiua ; et sartoat Q. Hatériu8, qui Joait dorant une très longue carrière d*une grande réputation.
Si je devais nécessairement commencer Tétude des prosateurs du temps d'Auguste par celle du genre de littérature, dont le représentant a le plus de renommée, il me faudrait traiter tout de suite de l'histoire et de Tite-Live; mais j'aime mieux rester fidèle au plan que j'ai suivi dans Texamen de la période précédente et passer en revue les écrivains de celle-ci dans le même ordre : éloquence, histoire, érudition.
Les circonstances, il est vrai, ne sont plus à beaucoup près aussi favorables à la parole, qui désormais se trouve singulièrement entravée. Tous les pouvoirs de l'État se trouvant réunis dans une seule main, il n'y a plus à proprement parler de vie politique, les assemblées du peuple deviennent insignifiantes, et les tribunaux, sans perdre toute indépendance, n'ont plus à traiter que des questions sans ampleur. Les orateurs ont bien encore le droit de se faire entendre dans les délibérations du sénat et devant les «entumvirs ; mais, quelque liberté que le prince ait intérêt à laisser au sénat, sa présence fréquente, son intervention dans toutes les affaires importantes, soit de vive voix, soit par messages, et la servilité que témoigne, pour complaire à ses moindres désirs, la grande majorité des sénateurs, ne laissent, de ce c6té, que très peu d'action à qui veut parler; «t, de l'autre, non seulement il y a tant de restrictions apportées à la compétence du tribunal des centumvirs que la nature des causes qui s*y plaident ne se prête pas à la ^n^nde éloquence; mais les conditions mêmes dans lesquelles s*exerce le talent de Tavocat devant ces juges, dont le temps est compté et qui le ramènent au fait dès qu'il s'en
écarte *, lui interdisent la liberté d'allure dont on jouissait naguère.
C'est ce que constate l'auteur du Dialogue sur les Orateurs. « La grande éloquence, dit-il, est comme la flamme, elle a besoin d'aliments, le mouvement lexcite et c'est en brûlant qu'elle jette de l'éclat. Les luttes politiques d'autrefois semblaient ouvrir les plus vastes espérances, alors que, tout étant confondu et l'Etat manquant d'un modérateur unique, chaque orateur était estimé d'après l'ascendant qu*il exerçait sur un peuple abandonné à lui-même... Plus un citoyen l'emportait en éloquence, plus aussi la voie des honneurs lui était ouverte... Considérez en outre combien la grandeur des événements et l'importance des causes devenaient des sources fécondes d'inspiration. La différence est grande, en effet, de parler sur un vol, une formule^ un interdit ou sur les brigues des comices, le pillage des alliés, le massacre des citoyens. 11 vaut mieux, sans doute, que rien de pareil n'arrive; mais la force de Tesprit grandit avec les sujets; sans cause importante à soutenir, point de discours éclatant et supérieur. Qui ne sait qu'il est plus utile et plus doux de jouir de la paix que de souffrir de la guerre? Cependant la guerre enfante plus de grands généraux que la paix. Il en est de même de l'éloquence : plus elle se sera montrée sur le champ de bataille, plus elle aura porté et reçu de coups, plus aura été puissant et vigoureux l'adversaire durement combattu par elle, et plus elle-même, ennoblie par ces dangers, s'élèvera et grandira aux yeux des hommes, ennemis par nature des choses paisibles ' ». Après avoir établi ainsi l'effet produit sur l'éloquence par la pacification de l'empire, l'interlocuteur du dialogue que fait parler Tacite passe aux considérations que lui suggèrent laconstitution et les usages des tribunaux. Il ne cache pas que la procédure actuelle lui semble plus favorable à la vérité; mais il regrette, au point de vue
(1) Tac, DiaL de orat.y cli. 9.
(2) Tac., Dial de orat., ch. 36 37.
412 LIVBE CINQUIÈME. Gtl. I, I.
de l'éloquence, les usages de TancieD barreau. « Alors, explique-t-il, nul n*ctait forcé de restreindre sa plaidoirie à quelques heures; les remises étaient libres; chacun prenait le temps qui lui convenait; et ni le nombre des jours ni celui des avocats n'étaient limités. II. est vrai que, le premier. Pompée, dans son troisième consulat, avait posé des règles et mis, pour ainsi dire, quelquefrein à la parole; mais les afiaires n avaient point cessé d'être toutes traitées au forum, toutes selon les lois, toutes devant les préteurs ; et ce qui prouve le mieux combien les causes plaidées alors devant ces magistrats étaient plus grandes, c*est que les questions centumvirales, qui maintenant occupent le pre* mier rang, étaient tellement éclipsées par l'éclat des autres, qu'on ne trouve pas un seul discours de Cicéron, de César, de Brutus, de Gœlius,.de Calvus ou de quelque orateur célèbre du même temps, qui ait été prononcé devant les centumvirs * ». Il pense aussi que l'étroitesse des salles d'audience et des bureaux dans lesquels se traitent la plupart des causes ne laisse pas que de nuire à la force de l'éloquence. « De même, ajoute-t-ii, qu'il faut aux coursiers, pour montrer leur vigueur, une lice et de l'espace, à l'orateur est nécessaire une carrière où son génie, puisse se déployer complètement et sans- contrainte. . . Il lui faut des acclamations, des applaudissements, un théâtre; et voilà ce que trouvaient, chaque jour, les orateurs anciens lorsque, sur le forum, venaient en foule les personnages illustres, lorsque les clients, les tribus, les députationsdes municipes, une partie de l'Italie y accouraient pour soutenir les accusés en danger, lorsque, dans le plus grand nombre des affaires, le peuple romain se croyait intéressé lui-même au jugement '. »
Malgré tout, il y eut plusieurs orateurs qui s'illustrèrent. Quelques-uns de ceux qui s'étaient fait un nom déjà avant la toute-puissance d'Auguste ne se condamnèrent pas au
(t) Tac, Dial. de orat., ch, 38.
(2) /a., ch. 39.
silence: Asinius Pollion etMessala Corvinus, pour ne pas renoncera leurs travaux oratoires, surent plier leur talent aux nécessités du temps. Et puis d'autres parurent qui, jugeant qu'il devenait nécessaire d'apporter à la tradition cicéronienne, à Tart tel que l'avait enseigné et pratiqué Cicéron, des modifications capables de l'adapter aux conditions désormais faites à l'éloquence, travaillèrent à former une nouvelle école d'orateurs. T. Labiénus prépara la transition entre les deux manières. Gassius Sévérus passa pour avoir accompli cette révolution. Quatre noms célèbres se présentent ainsi à notre étude. Mais ce n'est pas tout. Bon nombre de ceux qui ne trouvaient plus à exercer leur parole dans les luttes du barreau se tournèrent du côté des écoles de déclamation : celles-ci prirent en peu de temps un développement, une importance extraordinaire, et Teflet qui en résulta fut tel que l'examen des méthodes qu'on y suivait et de ceux qui s'y firent remarquer tout d'abord s'impose à quiconque désire se rendre compte de l'histoire littéraire de l'Empire. Orateurs et déclamateurs, voilà doncle double objet qui doit nous occuper; commençons par les premiers.
D'AsiNius Pollion je n'ai plus à rappeler toute la vie. Vous savez, par ce qui en a été dit dans la première partie de cet ouvrage S quelle fut sa carrière politique et comment, après la défaite définitive d'Antoine^ sans se laisser gagner par Auguste, mais aussi sans faire acte d opposition ouverte à son gouvernement, il conserva jusqu'à la fin une attitude réservée. Néen75av. J.-C, il mourut,
(1) lr< partie, toin. 111, p. 407-408.
d'après saint Jérôme S àl âge de quatre-vingts ans^enTan 6 de notre ère *.
Il laissa en mourant des œuvres littéraires de genres très différents : des poésies légères et des tragédies, sarlesquelles je n'ai plus à revenir '; un grand ouvrage historique ; des lettres dont quelques-unes traitaient de critique littéraire ; sans doute plusieurs écrits philosophiques; et un grand nombre de discours, pour la plupart des plaidoyers. Ses œuvres oratoires surtout maintinrent sa réputation ; car il est à remarquer que les écrivains anciens qui eurent dans la suite à parler de lui, se plurent à le qualifier non pas x>ar ses titres de poète et d'historien mais par celui d*oratear : ils l'appellent couramment Asinius Pollio oralor *.
Ses débuts avaient été brillants. Dès l'âge de vingt-deax ans. il avait osé porter une accusation contre G. Caton jquî, prétendait-il, avait violé les deux lois Fufia et Junia Ucinia, d'abord en soumettant une afiaireau peuple en dehors des jours permis, et puis en faisant passer une loi qui n'avait pas été exposée on public pendant trois nundines de suite. Caton, défendu par C. Licinius Calvus et M. Sévérus, avait été absous. Mais ce discours n'avait pas moins dévoilé chez son auteur un talent hors de ligne et resta si bien classé parmi les meilleurs de cette grande époque que
(1) AdEu'ieb. chron. a. Abr. 2020 ; assertion conflrniée par un passage de Sénêque le Père (Co/U. IV, Prwf. 5.) qui montre que Pollion vivait encore, plein de santé, dans le moment où mourut en ?yrie C. Caesar, pelillils d'Auguste.
{i) Sur la vie et les œuvres d'Asinius Pollion, voir : i. R. Thorbecke^ Disputatio hiMorico-critivn de Asin. P., Leyde, tS-'O;!!. Mcyer (cd. Fr. Dûbner-, Orat roman, frnrj., Paris, 1837; F. Jacob, Asia. P., Lûbcck, \^it ; 0. Ilendccourt, [Has. de cita, gestis et scriptis As. P.j Lôwen, I8:)8 ; B. Lu/^ato, Ricerche Storiche t<u C. Asin. P., Padua, 1867 ; F. A. Aulard, De C. Asin. P. cita et srriptis, Paris, 1877, th. pour le docl., in 8* de 9:2 p. ; V, Cuchcval, HiM. de Véloq. lat, dep, Cic, Paris, 1893» toin. 1, pp. Ii5 158
(3) Cf. ci-dessus pp. 287 et 'Mi sq.
[i) Suét., Deperdit. libr. rel. p. :289, éd. Kolh. ; Florus, IV, 14; PUn., Hist. nat.y Vil, 31, 7.
Tacite, dans le Dialogue sur tes OrcUeurs, le cite au nombre de ceux que ses contemporains lisaient avec admiration : « iis oraiiofiiihus quas hodieque cum admiralione legimus » ^ Il ne no us en reste rien .
Un autre qu'il prononça, dans le moment des proscrip^ tions du triumvirat, en faveur du proscrit Lamia, et qu'il publia plus tard, lui fit grand honneur à cause du courage qu'une telle défense exigeait en des circonstances si périlleuses. Ce L.^Iius Lamia était un ancien protégé et ami de Cicéron*; mais ce n'est pas à ce titre que PoUion le* défendait; car il portait envie à Cicéron dont la gloire était considérée par lui comme un obstacle à la sienne propre. Il semble même avoir laissé échapper, au cours de son plai'^ doyer, un mot regrettable sur le compte de celui qui venait de payer de la vie les nobles efforts de son éloquence. Sénèque le Père du moins, à propos de la Suasoire intitulée « Cicéron délibère s'il brûlera ses discours, sur la promesse d* Antoine de lui laisser la vie à cette condition », après avoir montré ce que Thypothèse a d'absurde, ajoute que c'était Pollion qui avait fourni aux écoles ce sujet de déclamatioi^ parce que, dans son discours pour Lamia, il avait dit :
Itaque numquam per Ciceronem mora fuit, quin ejuraret suas^ quas cupidissime cfTuderat, orationes in Antonium; mullipUcesque numéro et accuratius scriptas illis contrarias cdere ac vel ipse palam^ pro contione recitare pollicebatur.
Aussi jamais Cicéron n*hésita-t-il à désavouer ses discours, tout remplis de passion, contre Antoine; il promettait non seulement d*ea publier, en sens contraire, d'autres très nombreux et plus soigneusement écrits, mais encore de les lire lui-même en pleine assemblée du peuple.
Sénèque croit qu'aucun témoin de cette plaidoirie n'avait entendu cette phrase et que l'orateur avait dû l'ajouter
(1) Dial. deorat., U.
(2) Cf. Cic, Adfamil, XI, 16 et Xll, 29.
(3) Sén., Suas., VI, 15.
416 LIVRE cixguiËME. eu. I, 12.
après coup au moment de la publication ; ; mais combien plus blâmable alors elle paraîtrait, si^ au lieu d'avoir été produite dans l'improvisation et pour les besoins de la cause, elle n'avait été inspirée que postérieurement, dans Jesilcnce du cabinet, par un sentiment mauvais!
Plus tard PoUion parla aussi pour M. Scaurus, petit-fils de l'ancien prince du sénat et fils de celui dont Cicéron s'était fait le défenseur. A quelle occasion fut prononcé ce discours? Fut-ce après la bataille d'Actium et dans le mo^ ment où Auguste voulait la perte de cet ancien ami d'Antoine ? C'est possible et alors on pourrait voir une allusion à Auguste lui-même dans cette phrase que nous a conservée Quintilien^ et par laquelle l'orateur cherchait à prémunir les j uges contre le crédit de ceux qui en voulaient à l'accusé ;
Numquam fore credidi, judices, ut reo Scauro, ne quid in ejus judicio gratia valeret, precarer.
Jamais, juges, je n'aurais cru que Scaurus serait traduit en justice et que, dans son procès, j'aurais à vous demander de ne laisser aucun •crédit vous influencer contre lui.
Ailleurs encore Quintilien fait mention du même discours^ lorsqu'il montre à ceux qui se chargent de la défense de grands personnages le parti qu'on peut tirer de leur mérite personnel, de l'éclat de leur naissance et des services de leurs ancêtres : « Cicéron et Asinius, dit-il, se sont attachés à l'envi à ces considérations, en défendant l'un Scaurus le père, et l'autre Scaurus le fils* >.
Devant le Sénat, il prit la défense de Nonius Asprénas, accusé par Cassius Sévérus d'avoir empoisonné dans un festin cent trente personnes'. Asprénas, à rencontre de Scaurus, était un ami d'Auguste ; mais celui-ci^ qui assistait a la séance du sénat, par égard pour l'assemblée*, garda,
(1) Inst. orat., IX, 2, 2i.
(2) Inst. orat., VI, 1,21.
(3) Plin., Hist. nat., XXXV, 12, 46.
(4) Voir ci-dessus, l. I, p. 148.
tout le temps, un silence absolu. Cette déférence ne nuisit pas, vous le pensez bien, à l'accusé, et d'autre part, Cassius, par ses paroles acrimonieuses, montra trop qu'il le prenait à partie moins dans Tintérét de la justice que pour satisfaire son inimitié* ; le défenseur eut donc beau jeu et, son éloquence aidant, son client fut absous. L'affaire avait fait beaucoup de bruit ; le discours resta parmi les plus célèbres ; aussi voyons-nous Quintilien, lorsqu'il conseille aux apprentis orateurs la lecture attentive des discours composés contradictoirement*, appeler leur étude d'abord sur les harangues, puis sur d'autres plaidoyers et, tout particulièrement, sur celui de PoUion en réponse à Cassius Sévérus dans l'affaire d'Asprénas.
Une autre affaire d'empoisonnement réclama son office. 11 défendit le rhéteur Moschus, disciple d'ApoUodore ; mais la cause était mauvaise ; il ne la soutint pas seul ; Torquatus la plaidait do concert avec lui, comme le prouvent ces vers de répître dédiée par Horace à cet ami :
Mille levés spes et cerlamina divitiarum Et Moschi causam ; ^
et leurs efforts communs n'aboutirent qu'à une condamnation qui mit Moschus dans l'obligation de se retirer à Marseille où il ouvrit une école de rhétorique^.
Nous connaissons aussi deux des procès d'héritage dans lesquels il plaida devant le tribunal des centumvirs. L'un est mentionné dans le Dialogue sur les Orateurs comme ayant eu lieu vers le milieu de l'empire d'Auguste quand les guerres civiles étaient finies depuis longtemps déjà^. Il parla pour les héritiers d'Urbinia contre un certain Clusinius Figulus dont l'historien Labiénus, apparenté à la
(1) Quinlil., In8t. orat.y XI, 1, 37.
(2) Id., /rf., X, 1,23.
(3) Ad Torq,, I, 5 v. 8-9.
(A) Sén., Contr., Il, 5, 13.
(5) Dial. de orat., 38: « ... inediis divi .\ugu6ti temporibus, postquam loDga temporum quies... »
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famille de Pompée, soutenait la réclamation tardive. D'après Labiénus, ce Figulus, fils d'Urbinia, avait pris la fuite lors de la déroute de l'armée dont il faisait partie, puis, après bien dus vicissitudes et après avoir même été retenu prisonnier chez un roi, était parvenu à gagner ritalieetà revenir dans son pays où les siens l'avaient reconnu. Mais, de son côté, Pollion, niait l'identité de l'individu et prétendait qu'on se trouvait en présence d'un imposteur, du nom de Sosipater, qui, après avoir servi à Pisaure, sous deux maîtres, exercé la médecine et obtenu son affranchissement, s'était mêlé à une troupe d'esclaves et s'était fait acheter pour servir : « servisse eum Pisauri dominis duobus, medicinam faclilasse,manumissum alienœ se familiso venait immiscuisse, cic roganlem, uieis servirel, emplum^ ». Ces deux romans, opposés l'un à l'autre, avaient vivement intéressé la curiosité publique,et PoUion n'avait pas manqué de mettre les rieurs de son côté par ses moqueries à l'adresse de la partie adverse, tantôt en donnant comme preuve de la mauvaise cause qu'elle soutenait le mauvais choix qu'elle avait fait du Pompéien Labiénus pour avocats tantôt en transformant le nom de Figulus en celui deFigulatus' (le façonné) par allusion à l'imposture dont il l'accusait.
L'autre procès d'héritage roulait sur le testament d'un fils ayant déshérité sa mère. Pollion fît valoir les droits de la mère et nous savons par Quintilien comment il commença par jeter le ridicule sur la pièce qui venait d'être lue. Le testament était ainsi conçu .-«Reconnaissant toutes les obligations que j'ai à P. Novanius Gallio, vu la profonde amitié qu'il me témoignait, etc., je l'institue mon héritier.» Pollion lut alors cette pièce de son invention : « Vu la tendresse que ma mère m'a toujours montrée et l'aflfection que j'avais pour elle, reconnaissant qu'elle a toujours vécu pour moi à qui elle a donné la vie deux fois en un même jour, etc. Je la déshérite. »
(1) Quint., Inst. orat., VIII, 2, 26.
(2) 1(1, Id.y IV, I, n.
(3) Id., /rf., VIII, 3, 32.
LlVHIi: Cl.NQLIÈME. CU. I, 2. 419
Maler mea, quae mihi tum carissima tum dulcissima fuit, quasque mihi vixil, bisque eodem die vitam dédit, et reliqua deinde^ exheres esto. ^
Quintilien voit dans ce trait une double figure et le loue tout à la fois et comme fiction et comme parodie. C'est sans doute d'ailleurs au même plaidoyer qu'il emprunte cette autre phrase de PoUion comme un exemple d'interrogation serrant vivement l'adversaire :
Audisne? furiosum, inquam, non inofficiosuin tesiamentum reprehendimus. 2
Entendez-vou3 ? ce n'est pas, dod, ce n'est pas le testament d'un boinme qui a manqué à son devoir que j'attaque, c*est celui d'un fou furieux.
Enfin, l'auteur de Vliislitution oratoire cite encore, mais sans indiquer la cause dont il s'agissait, l'exorde, qu'il juge parfaitement écrit et cadencé, d'un plaidoyer prononcé par PoUion devant Auguste :
Si, Caesar, ex omnibus mortalibus qui sunt, aut fuerunt, posset huic cnusae disceptator legi, non quisquam te potius oplandus nobis fuit. 3
Si, ô César, entre tous les mortels qui sont, ou qui ont été, nous avions eu le droit de choisir le juge de cette cause, nul de préférence h toi n'aurait pu être recherché par nous.
Ajoutez à ces courts débris quelques fragments de phrases conservés parles grammairiens à propos d'expressions employées contrairement à l'usage. Macrobe* relève chez Pollion le génitif vectigaliorum pour vectigalium, et Charisius* en donne un exemple par cette citation : « veciigaliorum reipublicœ curamesse /ia6enrfaw».Priscien remarque
(I) Inst, orat., IX, i, 3i.
.2) /ci., IX, 2, 9.