CHAPITRE III
l'Histoire; Tite-Live
1. Importance que prend l'histoire. Aatears de biographies et de mémoires. Des historiens du temps le plus illustre est Tite-Live. — 11. Sa naissance, son éducation, son arrivée à Rome, ses rapports avec Auguste. Son goût pour les lettres, qui se manifestait Jusque dans l'affection qu'il portait aux siens. Ses dialogues dont il ne reste rien. Date à laquelle il commença son histoire. But et immensité du travail. Mode de publication. Arréta-t-il volontairement son récit à la mort de Drusus? Date de sa mort. Admiration dont il était l'objet. — III. Des 142 livres dont se composait son ouvrage, 35 seulement nous restent. Un mot des sommaires, periochae, que nous avons de l'ensemble. — IV. Matière traitée dans chacun des livres de la i^ décade. Ce qu'embrassait la 2» décade, qui est perdue. — V. Matière de chacun des livres dô la 3« décade. — VI. Livres de la 4* et les cinq premiers .livres de ta 5*. — VII. Ordonnance du travail, qui est celle des annalistes. Soin qu'il prend de ne Jamais s'écarter de son sujet, dont il fixe rigoureusement les limites. — VU. Y a-t-il chez lui un excès de tendances superstitieuses capable de faire obstacle au goût du vrai? — IX. Preuves nombreuses de ses efforts vers la vérité. S11 n'aime pas à confronter personnellement les documents originaux, il connaît les auteurs qui ont procédé à des recherches archéologiques; il porte son étude sur ses devanciers et les compare entre eux. Les sources auxquelles il puise ne nous sont pas toutes connues ; nous ne pouvons examiner que celles qu'il a citées : Q. Fabius Pictor, L. Cincius Alimentus, G. Acilius Glabrioo, Caton,' L. Calp. Pison, L. Cœlius Antipater, Claudius Quadrigarius, Valérius Antias, Licinius Macer, Tubéron, l'historien grec Silénus et Polybe. Usage qu'il en a fait : sa critique, à notre point do vue moderne, est imparfaite ; elle n'en dénote pas moins un travail considérable, une grande honnêteté et beaucoup de bon sens. — X. Est-ce à dire qu'il n'y ait aucune erreur dans son œuvre? losufQsance chez lui de certaines sciences. Ses sentiments patriotiques, tout nobles qu'ils sont, ne lui laissent pas constamment la sagacité nécessaire pour choisir entre des versions différentes celle qui répond le mieux à la réalité des fails. Mais, s'il se trompe. 11 ne trompe pas. Rien ne prouve mieux sa sincérité que son application à ne rien dénaturer dans le récit des luttes intérieures malgré sa naissance et son éducation aristocratiques. — XI. Sa sincérité parfaite et la chaleur de son patriotisme concourent l'une et l'autre à donner une grande action morale à son histoire qui est une oeuvre d'éducation civique. — XU. Cette action acquiert aussi une telle puissance grâce à l'art de présen*
ter les faits et les situations, de faire agir et parler les personnages. Ses narratiooSy pour la plupart, sont de véritables chefsnl'œuvre. — XIII. Ses harangues, qu'on les considère comme œuvres historiques ou comme ceavres oratoires, ont une égale valeur. — XIV. Narrations et discours ne tiennent pas seulement leur beauté des idées et des sentiments, mais de la langue. Un mot de ce que Pollion appelait la pataoinité de Tite-Live. Remarques sur les particularités de son vocabulaire et de sa grammaire. Son style. Conclusion.
Au milieu de la révolution politique qui transformait et diminuait Téloquence, il était naturel que l'histoire héritât de l'influence que perdait la tribune.
Bien des hommes dont Tambition ne pouvait plus se donner carrière dans la vie publique se rattachèrent à celle-ci par leurs travaux historiques; car c^était encore prendre parti, comme par la parole» pour telle ou telle cause que de raconter la conduite des personnages qui Tenaient de disparaître, que de déposer dans des biographies et dans des mémoires les souvenirs pleins d'émotion des guerres civiles. Je ne parle pas de Tiron, le secrétaire et l'affranchi de Gicéron, qui consacra sa longue vieillesse à élever à son cher bienfaiteur un monument digne de Taffec* tion qu'il lui avait vouée* ; lui n'avait jamais eu aucune ambition personnelle. Mais tels furent P. Volumnius, qui, dès les premiers temps, avait combattu dans les rangs de l'armée républicaine, et L. Calpurnius Bibulus, fils de Porcia ctbeau-filsdeM.Brutus,qui,après avoir assisté à la bataille de Phiiippes et y avoir été fait prisonnier par Antoine, devint son légat en Syrie : l'un et l'autre écrivirent une vie deBrutusoùPlutarque ne dédaigna pas de puiser plus d'un renseignement ^ Tel fut aussi G.DEtLius,ce desultor bellorwn
(1) Voir 1« partie, tom. 111, p. 427.
(t) Plutarquc, dans sa Vie de Brutus^ cite Volumnius aux ebap. 48 et 51 et Bibulus aux chap. 13 et 23.
civilium^, toujours prompt à se rauger du côté du vainqueur et qui composa sur Marc-Antoine des mémoires dans lesquels il ne devait guère ménager Cléopâtre puisque nous savons par Phitarque comment il y disait qu'il avait dû s'éloigner d'Antoine par suite de l'hostilité qu'elle lui témoignait et des pièges qu'elle lui tendait'. Tel fut surtout AsiNits PoLLioN, auteur d'un ouvrage en dix-sept li. Très au moins, dont le sujet, s'étendant de la formation du premier triumvirat jusqu'à la bataille de Philippes, entraînait sous sa plume l'éloge de Cassius et de Brutus ^ et, « tout hérissé d'écueils, dit Horace, l'y faisait marcher sur des feux recouverts d'une cendre trompeuse * ». M. Valémvs Messala, ancien ofScier de l'armée républicaine, se livra à une étude du même genre en y montrant la loyauté de son caractère ; les emprunts faits par Plutarque à ses Mémoires sont une preuve de la confiance qu'avait le biographe grec en la sincérité de ses écrits^.
En même temps qu*eux, ceiix-là mêmes qui avaient créé le nouvel ordre de choses tenaient à laisser des faits une explication qui leur fût tout à fait favorable. Ceux des chapitres qui présentent l'étude particulière d'AuGUSTE,de Mécène et d*AGKiPPA vous les ont montrés soucieux tous les trois d'instruire personnellement la postérité des événements où ils avaient joué un si grand rôle. Une analyse aussi exacte que le permettent les rares indications des écrivains anciens* vous a fait connaître l'autobiographie du premier, ouvrage en treize livres, qui embrassait toute la partie «lésa vie s'étendant jusqu'au jour où il avait échangé son nom d'Octave contre celui d'Auguste, c'est-à-dire la longue période qu*il avait le plus d'intérêt à traiter pour
(1) Voir lom. Il, p. 66.
(2) Plut., Vie d'Antoine, 59.
(3) Tac, Annal., IV, 34.
(i) Voir ci-dessus, p. 425.
(5) Voir ci-dessus, p. 445.
(6) Tom. I, pp. 180-187.
atténuer par tous les moyens possibles les reproches aaiquels sa conduite avait si souvent alors donné prise. Les deux autres agissent dans le même sens. Mécène, en donnant ses soins à des mémoires historiques auxquels on attribua le titre de Res geslx Augusli^; Agrippa, en écrivant sa propre vie', ce qui lui permettait de raconter du même coup celle de l'homme d'État dont il avait si puissamment contribué à établir la puissance.
Par contre, il y en eut qui, en traitant les événements récents, obéirent à des sentiments tout opposés. Ainsi firent, vous l'avez vu, deux des plus grands orateurs du temps : d abord T. Labiénus qui, par la violence des opinions exprimées dans ses récits, s^attira des haines qui le conduisirent à une mort tragique'; puis Cassius Sévérus, dont la fougue, plus ardente encore, se laissa aller, en des libelles outrageants pour les puissants du jour, à des emportements qui furent cause qu'Auguste imagina de donner une extension nouvelle à la loi de majesté et en étendit l'effet jusque sur les écrits*.
Mais quelques-uns conçurent de plus vastes entreprises et, portant leurs regards sur les siècles passés, embrassèrent un horizon plus étendu. Laissons de côté Octav^ics dont le nom se trouve dans les Catalecia^ comme celui d'un écrivain dont le poète déplore la perte pour la gloire de l'histoire des Romains,le même sans doute que celui qu'Horace, dans sa satire I, 10, appelle OclavitLs oplimus, et que Servios cite en commentant la neuvième églogue de Virgile; faisons de même pour Cincics, qu*on a parfois confondu avec l'ancien annaliste du même nom*, et qui, d'après Pltiss',
(1) Cf. Tom. 1, p. \n.
(2) Cf. Tom. I, p. 110.
(3) Voir ci-dessus^ p. 451.
(4) Id., p. 459.
(5) Ps. Verg. CataL, 14 - « Quis deus, Octavi, te nobis abslalit?... >
(6) Cf. 1» partie, tom. 11, p. 281.
(7) J. Th. Plûss, De Cinciis rom» acriptoribus, Bonn, 1865, et N Schweiz 51u9. Yl (1866), p. 45 sqq.
aurait écrit l'histoire dans un sens dynastique en suivant le même système que Virgile par l'explication qu'il donnait des origines du peuple romain et de la généalogie de la famille Julia ; nous n'avons sur ces deux auteurs que des renseignements trop vagues pour parler d'eux sciemment» quelque peu que ce soit. Mieux vaut nous en tenir à ceuxlà seuls sur qui nous avons des données certaines et que nous connaissons, soit par ce qui nous reste de leurs ouvrages, soit par les jugements des anciens. Le plus important de tous, sans contredit, et qui en même temps, on peut l'afflrmer, représente le plus glorieusement la prose du temps d'Auguste, est Tite-Live.
Sa biographie se réduit à peu de chose ^ Car, à rencontre de tous ceux qui, jusque-là, depuis les Fabius Pictor jusqu'aux César et aux Salluste, avaient pris part comme hommes de guerre et comme hommes d'État aux événements qu'ils racontaient, il ne mena qu'une vie tranquille, celle d*un simple particulier; les détails en restèrent d'autant plus ignorés que son genre d'ouvrage ne se prêtait nullement aux confidences personnelles qu'admettent certaines œuvres poétiques telles que celles d'Horace et d'Ovide.
Il naquit sous le consulat de César et de Bibulus, Tan 695 de Rome, 59 av. J.-C., et, comme Tatteste, non moins que Martial, Stace, Plutarque et saint Jérôme', le reproche de paiavinilé qu'Asinius Pollion adressait à son style, son pays
(1) Mart., Epigr.y 1, 61 ; Slacc, Silo.y IV, 7, 55 ; Plut., Vie de César ^ 41 ; saint Jérôme, ad Euseb. chron. a. Abrah. 1958.
(2) Voir pour sa vie: L.T. Kôbler, de Titi Lioii ac moribaSy Berlin, 1851, 31 p. in-8 ; M. Wcingarteuer, De TiU Lio. oit. ac mor., 1852, 55 p. in-8; H. Taioe, Essai sur Tite-Lioe, t* éd., 1874, pp. MO ; et Pintrod. des principales éditions de T.-L. citées plus loin.
561 LIVRE CINQUIÈME. CH. IIl^ 2.
natal fut Padoue (Patavinum). Une des principales villes de la Vénétie, Padoue jouissait du droit de cité romaine; faisant remonter sa fondation aux Troyens, elle se vantait d'une ancienneté et d'une origine semblables à celles de Rome même, s'était identifiée facilement avec elle, et fit preuve, au milieu des discordes civiles, de patriotisme et d'attachement au gouvernement républicain : elle prit parti pour Pompée contre César. Enfant de l'une des premières familles de cette antique cité, Tite-Live y puisa naturellement, pendant ses premières années et celles de son adolescence, avec l'instruction que lui fît donner son père, le culte des traditions glorieuses, le respect des vieilles institutions et de toutes les vertus des ancêtres.
Nous ignorons la date précise de son arrivée à Rome. Nous ne savons pas non plus les circonstances qui le mirent en relation avec Auguste. Wolf, répétant une hypothèse de Sabellicus, érudit du xv« siècle, suppose que son nom y fut pour quelque chose et que durent y contribuer quelques rapports de clientèle de sa maison avec la grande famille des Livius à laquelle appartenait la femme de l'empereur. Toujours est-il qu'il fut admis dans Tintimité du prince; nous en avons des preuves nombreuses. Luimême nous rindique par hasard dans un récit où, à propos des dépouilles opimes remportées par le dictateur A. Cornélius Cossus, il a invoqué, à lappui de l'une de ses affirmations, le témoignage qu'il tenait, disait>il, de la bouche d'Auguste*. Tacite, dans le discours qu'il prête à Crémutius Cordus, résolu à quitter la vie, pour prouver combien la liberté des écrivains était moins grande sous Tibère que précédemment, rappelle qu'Auguste donnait en plaisantant le surnom de Pompéien à Tite-Live à cause des louanges dont celui-ci ne craignait pas de combler Pompée et ajoute que leur amitié n'en souffrit en rien^ neque id amiciiiœ eomm o/fecii*. Enfin nous lisons dans Suétone que Claude se mita écrire l'histoire sur le conseil qu'il en avait reçu de lui
(J) Tit. Liv., IV, 20.
(i) Tac, Ann., IV, U.
dans sa jeunesse^ ; d'où Topinion très accréditée qu'Augaste l*ayait choisi comme précepteur de ce petit-fils par adoption. Il possédait d'ailleurs une très belle fortune personnelle, que, selon les habitudes des relations entre écrivains et grands personnages, les bienfaits de son puissant ami durent encore augmenter, et, d'après une biographie trouvée sur un manuscrit d'Oxford, il fit partie de l'ordre des chevaliers.
Cependant il ne rechercha jamais ni les honneurs ni les emplois publics. Il tenait sans doute à conserver cette pleine indépendance qui lui permettait d'appeler grands hommes les illustres défenseurs de la cause républicaine, les L. Afranius,les Cassius,les Bru tus', et d'écrire de César «qu'on ne sait lequel aurait mieux valu qu*il eût ou n'eût pas existé; in incerto esse utrum iUum nasci magis reipublicx profuerii an nùn nasci^T^Al pouvait en outre donner ainsi plus de temps à ses lectures, à ses recherches et à ses travaux littéraires.
Son goût pour les lettres se manifestait jusque dans TafTection qu'il portait aux siens. D*esprit sain et de mœurs pures, il n'était point de ceux qui considérant la famille comme une charge, rendaient nécessaires des lois contre le célibat: il s'était marié et avait eu plusieurs enfants* : un fils qu'il prit à cœur d'instruire et pour qui il composa plusieurs écrits ; une fille qu'il fut heureux d'unir au déclamateur L. Magius, lequel professait la rhétorique et n'eut qu'à se féliciter, même au point de vue de son école, d'une pareille alliance ; carie nombre de ses auditeurs s'en accrut; on alla dès lors l'entendre, dit Sénèque le Père^ plus encore par déférence pour son beau-père que par admiration pour son propre mérite.
(1) Suét, Claud.,M.
(2) Tac, Ann.jIV, 34.
(3) Sén., QuaBst. nat, V, 18.
(4) D'après plusieurs érudits, entre autres Tomasinî (p. 21), répété par Taioe, il se serait marié deux fois et aurait eu deux flls et quatre Allés ; j'aime mieux m'en tenir, comme on le fait généralement, aux deux entants que mentionnent particulièrement les écrivains anciens.
(5) Controo., X, Prœf,,i.
Il n'est pas interdit de penser que le choix pour sa fille de ce mari, d'ailleurs très estimable, fut quelque peu déterminé par Tattrait qu'exerçait sur lui Part de la déclamation. Il s'était livré, dit-on, avec une certaine ardeur aux exercices des rhéteurs. Quelques commentateurs prétendent même qu'il avait dirigé, lui aussi, une école de rhétorique; mais cette affirmation ne repose sur aucone preuve; il me semble que, si c'eût été, Sénèque le Père n'eût pas manqué de nous en instruire. Je n'accepte pas davantage l'opinion qui lui attribue des traités en règle sur l'art oratoire. La vérité est qu'en s'occupant de l'instructioTi de son flls, il écrivit pour lui, sous forme de lettre, des conseils et des considérations littéraires dont plusieurs nous ont été conservés par des citations de Quintilieo et de Sénèque le Père. Il lui prescrivait, par exemple, € de lire d'abord Démosthène et Cicéron, puis les autres orateurs à proportion de leur ressemblance avec ces deux modèles; legendos Demoslhenem atque Ciceronem, tum ita ut quùfque essef Demoslheni et Ciceroni simillimus^ ». Il s'y moquait d'un maître de son temps qui, recommandant à ses élèves de jeter de l'obscurité sur tout ce qu'ils disaient, les encourageait constamment par le mot grec txstîssv, obscurcissez, et qui ne se montrait jamais plus satisfait que lorsqu'il pouvait décerner à quelqu'un d'eux cet éloge vraiment magnifique : A merveille! je n*y ai rieti compris lnot-«lêlne^£n parlant des orateurs qui recherchaient les mots anciens et triviaux et prenaient, dans le discours, l'obscurité pour la gravité, il leur appliquait ce mot habituel du rhéteur Miltiade : ts Ss^isv {xaivov-rai (raisonnablement ils déraisonnent). Et il s'exprimait avec quelque sévérité sur le genre de .style de Salluste*. Tous ces jugements ne nous étonnent pas de la part d'un écrivain qui se montra si ami de l'abondance et de la clarté.
(I) Irist. oral., X, 1, 39 ; Cf. Il, 5, 20.
(i) Id , VIII, 2, 18.
(3) Son., Controo., IX, 2, 26 et IX, 1, U.
Peut-être aussi fut-ce surtout en vue de son fils qu'il composa les quelques ouvrages dont fait mention Sénèque le Philosophe dans une de ses lettres àLucilius. Sénèque, en effet, à propos des écrits du philosophe Papirius Fabianus, dont il fait le plus grand cas, reconnaît la supériorité de style dont Tite-Live a fait preuve « dans des dialogues, qui n'appartiennent pas moins au genre philosophique qu'au genre historique, ainsi que dans des livres exclusivement consacrés à la philosophie* ». Mais de ces ouvrages-là nous ne possédons absolument rien.
Du reste sa grande œuvre historique fut toujours considérée comme son principal titre de gloire. Il la commença vers l'an 26, bien certainement après qu'Octave eut pris son nouveau nom et avant la seconde fermeture du temple de Janus; car, dans le passage de son premier livre où il rappelle l'édification de ce temple par Numa, il désigne l'empereur par le nom de César Auguste, adopté par lui en Tan 27, et ne mentionne que la fermeture du temple faite après la bataille d'Actium sans rien dire de celle qui eut lieu en Tan 25. Il avait alors trente-trois ans.
Il prit l'histoire de Rome à son origine, donnant pour titre général à son ouvrage celui que portent le palimpseste de Vérone et d'autres anciens manuscrits, Ab urbe condila libri, et projetant d'y embrasser toutes les annales du peuple romain, jusque et y compris le règne d'Auguste, dans lequel il voyait avec la plupart de ses concitoyens, même républicains, le couronnement des destinées de la grande ville enfin arrivée, après tant de dissensions intestines et de guerres extérieures, à la paix intérieure en même temps qu'à la domination du monde. Son caractère d'honnête homme, son patriotisme et sa nature généreuse lui permettaient, avec le plaisir d'examiner, dans le développement des siècles antérieurs, la source de toutes les belles actions des ancêtres, le moyen d'y puiser des leçons pour la génération présente, dont il ne se dissimulait en
(1) Epiât, ad LuciL, G, 9.
aucune maDière les mœurs dégénérées, mais en faveur de laquelle il espérait évidemment l'action réformatrice de l'homme d'État en qui il ne manquait pas de confiance. Auguste alors n'apparaissait-il pas comme le restaurateur des temples et de la vieille religion, ne professait-il pas publiquement un culte profond pour ceux dont les grandes actions avaient honoré la patrie et ne semblait-il pas, en revêtant son pouvoir des formes de l'ancien gouvernement et en se rattachant à toutes les gloires du passé, incarner en lui la patrie même ?
L'entreprise était noble ; mais le travailimmense. Une fois qu'il Teut commencé, il le continua sans aucune interruption. A mesure qu'il se trouvait avoir terminé le récit des faits formant un ensemble bien déterminé, il publiait la série des livres qui les groupaient ; les guerres samnites, par exemple, les guerres puniques, la guerre civile formèrent des séries qui furent certainement publiées avec des titres particuliers ; ce qui explique les préfaces de certains livres. Dès les premières publications, sa réputation, déjà répandue par les lectures qu'il avait pu faire de plusieurs morceaux, n'eut plus rien à envier à celle des plus illustres écrivains du temps. L'empereur, envers qui cependant il s'était montré très avare d'éloges, puisqu'il Ty avait à peine nommé, une fois pour marquer une date, une autre fois pour prouver un fait, lui manifestait son admiration. Et s'il eût eu besoin d'encouragement, le succès qu'il obtint immédiatement do tous côtés eût stimulé son ardeur ; mais •ce stimulant chez lui n'était point indispensable: luimême, dans la préface d'une des séries de livres qui suivirent, disait : « si je n'avais travaillé que pour la gloire, je pourrais m'arrèter ; mais mon âme, qui ne connaît pas le repos, trouve dans le travail son aliment ' ».
Il écrivit ainsi cent quarante-deux livres jusqu'au récit de la mort et des funérailles de Drusus, événements de l'an 9
(1) Liv. VI, .\XI et XXXI.
(2) Phrase citée par IMiiic le Naturaliste. Hist. nat., Praef.
avant J.-C. Avait-il la volonté d'aller plus loin en le menant jusqu'à la fin du règne d'Auguste et fut-ce la mort qui l'en empêcha? Beaucoup d'érudits Tout supposé en lui attribuant l'intention de porter le nombre de ses livres à cent cinquante. Mais il n'y a là en somme qu'une hypothèse et je suis do l'avis de ceux qui pensent, au contraire, que ce fut volontairement qu'il s'arrêta ^ Cette fin du règne d'Auguste, qu'il ne dit pas, montrait les lettres asservies, non seulement Timagèoe chassé du palais impérial, Hygin disgracié, privé de son emploi et réduit à la pauvreté, mais Ovide relégué à Tomes, les œuvres de l'intelligence encourant les efiets de la loi de majesté, les écrits de Labiénus etdeCassius Sévérus condamnés et brûlés, Labiénus se faisant mourir* de désespoir et Cassius exilé. Sa plume généreuse n'eût pu, pour plaire à Tibère, se plier, comme tant d'autres, à Tapprobation mensongère de la servitude des âmes. Il condamna par son silence ce qu'il ne pouvait consentir à louer et que Tibère n'eût pas laissé blâmer impunément.
Une chose certaine d'ailleurs, c'est qu'il quitta Rome et se retira dans son pays natal. Saiot Jérôme' constate qu'il y mourut en l'an 16 ap. J.-C.
Pendant cette longue vie de soixante-quinze ans, tout semble lui avoir souri. Un fait que mentionne Pline le Jeune montre à quel point il était devenu l'objet de l'estime et de l'admiration du monde entier. « Un habitant de Gadès, dit-il '\ fit le voyage de Rome uniquement pour le voir et s'en retourna dès qu'il l'eut vu.» Et saint JérômeS qui
(1) J*ai exprimé déjà celte opinion tom. I, p. 9-i. . (2) Ad Euseb. chron. a, Abr. 2033. — Les Padouans crurent, en U13 ^ avoir retrouvé son tombeau et ses restes; même, en 1451, sur la demande que leur en fit le savant Antoine de Palcrme au nom d'Alphonse V d'Aragon, qui déclarait qu'il devait ses plus grands plaisirs et la guérison d'une longue maladie à la lecture de l'historien latin, ils lui livrèrent son bras droit que le roi devait déposer dans un monument spécial.
(3) JS'pwt.,11, 3,8.
(4) Epist., 53
raconte que plusieurs personnages considérables de l'Espagne et des Gaules entreprirent le même voyage dans le même but, appuie sur ce qu'avait de merveilleux cet acte d'étrangers venant de loin dans une ville telle que Rome pour y chercher autre chose que Rome même.
Cet enthousiasme universel eût dû préserver cet immense ouvrage de toute destruction. Au contraire, Callgula, dans la folle haine qu'il voua à tout ce qu'il y avait de plus grand en littérature, s'acharna après Tite-Live comme après Homère et Virgile et fit bannir son histoire comme leurs poèmes des bibliothèques de Rome. L'empereur Domitien ne la poursuivit pas moins, puisqu'il considérait comme un crime capital l'estime qu'on en témoignait et ordonna pour ce motif la mort do Métius Pomposianus'. Elle fut comprise aussi sans doute, à cause des prodiges nombreux qu'elle rapportait et qui pouvaient paraître favorables au paganisme,dans les autodafés d'oeuvres païennes ordonnés plusieurs siècles plus tard par quelque fanatisme religieux ^ Est-ce à cause de ces dernières persécutions qu'elle n'est pas arrivée jusqu'à nous dans son înté^ gralité, ou doit-on reporter ce méfait sur les seuls outrages du temps qui nous ont dérobé, en tout ou en partie, tant d'autres ouvrages de l'antiquité? nous ne savons; toujours est-il que nous n'en possédons à peine que la quatrième parlie. Des cent quarante-deux livres, trente-cinq seulement
(1) Suét., Domit.y 10.
[t) Od eu a iDÔme accuse rillustre pape Grégoire I^ ; A ntODin, archevêque de Florence au XV« siècle, n*a pas craint d'écrire à ce sujet : « Omoes libros, quos poluit habere T. Livii, comburi fecitGregorias, qaare iM molta ttarraotur de superstilioue idolorum. »
sont entre nos mains : la première, la troisième et la quatrième décade* avec la première moitié de la cinquième. Quant aux autres, ils ne nous sont connus que par de très rares fragments et par certains sommaires, periochœ, qui ont été souvent attribués à Florus parce qu'ils se trouvent dans les manuscrits de cet écrivain, mais dont on ne connaît pas au juste ^auteur^ Celui qui les a rédigés toutefois, quel qu'il soit, est incontestablement ancien, il fait autorité, et les sommaires, dont deux, le 136* et le 137% se sont perdus, doivent représenter pour nous le fond de l'œuvre même de Tite-Live puisqu'ils nous donnent, livre par livre, un résumé sur lauthencité duquel il ne s'est jamais élevé aucun doute ^.
(1) Tite-Live après avoir, dit-oo, dans les commencements, divisé son œuvre en décades et même en demi-décades, aurait peu à peu abandonné cette division. Elle n'en devint pas moins, de très bonne heure, pour les copistes, la manière régulière de partager Tuuvrage : mention s*en trouve, dés la fin du v« siècle, dans une lettre du pape Gélase.
(2) Plusieurs critiques en ont présenté comme auteur Tite-Live luimême; mais outre que le style est différent du sien, on remarque dans le choix des faits, dans la manière de les produire, un autre goût, une autre personnalité; on y relève aussi quelque déplacement des événements et quelque inexactitude dans les détails. Ces derniers défauts ne sont point tels qu*ils puissent infirmer la valeur qu'on y attache ; mais ils suffisent pour repousser la susdite opinion.
(3) 0. Jahn en a donné une édition spéciale, Lips., 1853. Elles se trouvent dans les éditions complètes de Tite-Live. Cf. 0. Rossbach, collation nouvelle du plus ancien manuscrit dans le Rheinisches Museunif vol. 44, 1889, pp. 65-103.
Les principales éditions de Tite-Live sont :'rédition princeps de Jean André, évéque d'Alésia^ 1469, alors qu'on ne possédait pas encore tout ce que nous avons, complétée successivement, grâce à la découverte de manuscrits nouveaux, par celles de Venise (1498); de Mayenco (1519); do S. Gryna&us (Bàle, 1531); de Sigonius (Venise, 1555); de Grûter (Francfort, 1608), qui divisa les livres en chapitres; du P. Horrion (Paderborn, 1616), lequel publia ce qu'il venait de trouver à la bibliothèque de Bamberg ; — l'édition savante do J. Fr. Gronovius (Leyde, 1645), souvent réimprimée avec additions; l'édition Ad tiaum Delphini (Paris, 1679) avec notes de Doujat et les suppléments composés par le savant allemand Frcinsheim; celle de Crévier (Paris, 1735-1742); celle de Drakenborch (Amsterd., 1738-1746), très réputée, améliorée par A. G. Ernesti (Lips., 1763): A. E.
Avant toute appréciation d'une telle œuvre, jetons donc un coup d*œil sur les trente-cinq livres qui sont entre nos mains en liant par quelques mots seulement ceux de la première décade à ceux de la troisième. La matière qu'ils renferment à eux seuls est si considérable qu*elle en fait encore l'ouvrage de beaucoup le plus étendu de toute là littérature latine ; mais, quelque vaste qu*ilsoit et qaelqoe difficulté qu*il y ait à analyser en une page chacun de ces livres, nous ne devons pas nous dérober, par une exception inexcusable, à une règle que nous nous sommes constamment imposée depuis le début pour tous les écrivains indistinctement, poètes ou prosateurs.
Première décade. * — Le Livre I montre d'abord l'arrivée d'Énée en Italie ; la fondation de Lavinîum et celle d'Albe la Longue ; les rois d'Albe successeurs d'Ascagne ; Romalas
Strolh (Lips., 17801781); F. W. Dôrlng (Lips., 1796-1813); G. A. Roperti (Gôttiog., 1807-1809); Kreissig., Lips, 1823-16S7); L. Tafel (Siattg.. 18^ sq.); l'édition Lemaire (Paris, iSiH); G. Ghr. Crusius (Hanov., 184«l; G. Mûhlinano (Hanov., 1854 sqq ); J. Frey et E. Wolfflin (Lips., 1865 sqq.i; — et surtout: l'édition critique de G. F. S. Aischefeki (Berlio, 1841), qui ne put terminer son travail; celle de Weissenborn (Lips., 1850 et 1860), n- Jeunie par H. J. Mûller (1888); celle de M. Hertz (Lips., 1857-1864) et celle de Madvig et Ussing (Copenh., 1861, 1873, 1886).
(1) On ne connaît pas de manuscrit qui réunisse les trente-ciaq lirres qui nous restent. De ceux qui servent à établir le texte de la première décade le plus ancien est le palimrseste de Vérone (Bibl. captt. N« 40; écriture onciale du v» siècle), qui contient des fragments des livres lll-VI Les autres proviennent d'une recension faite pour la famille des Syromaqn^ par Victorianus et les deux Nicomaque : Victorianus avait revu Ira dix livres; car tous portent dans les copies TindicaUon suivante : Victorianus V. C. emendabam doninis Symmachis ; mais chacun des Nicomaque n'en avait revu probablement que quelques-uns; on ne trouve, en effet, que
et Rémus ; la fondatioade Rome. (chap. 1-8). Puis viennent les sept rois^ Romulus traite avec les Sabins et finit dans une apothéose (9-16). Le pieux Numa fonde le temple de Janus dont il ferme les portes (17-21). TuUus Hostilius détruit Albe (22-31). AncusMarcius assigneaux Latins le mont Aventin, ajoute à la ville le Janicule et fonde Ostie (32-34), L'Etrusque Tarquin» après avoir enlevé aux Sabins Collatie et aux vieux Latins leurs places fortes, entoure Rome de murailles et l'assainit par des égoûts (35-40). Servius Tullius établit le cens, partage le peuple par classes et centuries, réunit à la ville le Quirinal, le Viminal et TEsquilin, élève avec les Latins un temple à Diane sur TAventin et meurt sous les coups de L. Tarquin dont sa flllo TuUia se fait la complice (41-48). Ce Tarquin, surnommé le Superbe, s'empare du pouvoir, bat les Volsques, soumet Gabies grâce à l'adresse de son fils Sextus^ mais soulève par sa tyrannie une haine à laquelle met le comble lattentat de Sextus envers Lucrèce. Il est chassé et les premiers consuls créés (49-60).
Livre II (De 509 à 468).— Tarquin, à la tête des Tarquiniens et des Véiens, revendique le trône. Brutus, qui a réprimé une conspiration en sacrifiant ses fils, meurt en le combattant; mais son collègue Yalérius reste vainqueur.
pour les livres VI, Vll et Vlll cette suscriptioQ : Nicomachus Flaouxnua V. C. /// prœ/ect. urbiê emendaoi apud Hennam^ et seuls les livres III, IV et V portent celle-ci : Nicomachus Dewter V. C. emendaoi ad exempltim parentis mei Clemeniiani. Oa considère comme les meilleurs manuscrits de ce groupe, qui sont au nombre d'une trentaine : d'abord, le Mediceus (Bibl. Laurent, de Flor., LXllI, 19), dn x» siècle; puis, le Parisianus (Bibl. nat. Lat. 5725), de la fin du ix« s. et le Romantis (Bibl. du Vatic. Lat. 3329) de la fin du x: Vous trouverez dans la Paléographie des Close. Lat. de M. Ém. Châtelain (Planches GVi sqq.) des fac-similés non seulement de ces trois manuscrits et du palimpseste de Vérone, mais de deux autres man. de notre Bibliothèque Nationale (Lat. 5724 et 5726), du IX* s. ; d'un man. d'Einsiedeln (Bibl. du couv. des Bénédict., N» 348), du x« s. ; d'un man. de Londres (Mus. Brit., Harleianus, 2972), du x« s. ; et d'un man.de Florence (Cod. S. Marci, 326), du xi« siècle. (1) De l'an 753 à 509 av. J.-G.
574 LIVRE CINQUIÈME. CU. III» i.
Il se rend populaire par la loi qui consacre le droit d'appel au peuple (1-8). Porsenna» qui ensuite prend en main la cause du roi déchu, y renonce bientôt, ému des traits de courage des Coclès, des Scaevola et des Clélie (9-13) . Enfin une coalition des Latins, formée par Tarquin, est 1 écrasée par le dictateur A. Postumius au lac Rég'îUe, et il
se retire à Cumes, où il meurt. Entre temps, un des grands chefs des Sabins, Ap. Claudius, vient s'établir à Rome. Le nombre des tribus est porté à vingt et une (14-21). Mais la dureté des patriciens à Tégard des débiteurs produit des l dissensions; le peuple se retire sur le mont Sacré et, ra-
y mené par Ménénius, obtient la création de magistrats in-
i violables chargés de le défendre, les tribuns (22-32). Le
l fougueux patricien, C. Marcius, surnommé Coriolan parce
[ qu'il vient de s'emparer de Corioles sur les Voisques, se
montre si dur, au milieu d'une disette, que les tribuns l'accusent et le font exiler ; il va chez les Voisques dont il conduit l'armée jusque sous les murs de Rome ; seules, sa mère et sa femme en détournent sa vengeance. Les Voisques ensuite, sans lui, sont défaits (3341). Alors est prt> sentée par le consulaire Sp. Cassius la première loi agraire: le sénat le fait accuser d'aspirer à la royauté et il est mis à mort. La loi agraire) n'en devient pas moins Tarme des tribuns ; le peuple résiste aux levées; on voit même l'armée de Fabius refuser de combattre contre les Êques (42- 44). Les peuples voisins, enhardis par ces querelles, prennent les armes. Les Fabius se chargent d'arrêter à eux seuls les Véiens ; ils sont anéantis. Par contre, les Étrusques sont battus près du Janicule, ce qui permet au gros de l'armée de repousser les Véiens sous leurs murs (45-53). La paix extérieure ramène au dedans la discorde. Le tribun Génucius est assassiné. L'énergique Voléro et le tribun Létorius font obtenir au peuple que les tribuns soient nommés par les tribus au lieu de l'être par les centuries (51- 57). Les Voisques et les Èques reparaissent. L'armée d'Appius, irritée contre lui, fait par son insubordination qu'il éprouve devant les Voisques un échec dont il se
venge sur elle en la décimant ; l'autre consul, aimé de ses troupes, triomphe des Èques (58-60). Nouveaux débats sur la loi agraire ; nouvelle agression des peuples voisins, qui sont repoussés (61-65).
Livre III (De 467 à 446). — La même succession de faits se prolonge. Le jeune noble V. Caeson est exilé. Les esclaves en révolte occupent un moment le Capitole qui est repris avec le secours des Tusculans. Une attaque, tout d*abord victorieuse, des Êques fait tirer de son champ Quinctius Cincinnatus qu'on nomme dictateur et qui les bat ; mais les dissensions politiques, au milieu desquelles est porté à dix le nombre des tribuns, ne cessent guère (15* 31). Cet état de choses fait juger nécessaire la rédaction de nouvelles lois ; on en charge des décemvirs à qui l'on remet un pouvoir sans appel. Appius est le principal. La première année, ils rédigent dix tables de lois et se font aimer; mais Appius, pour compléter le code par deux autres tables, se fait réélire avec des collègues autres ; et dès lors il lève le masque, et les décemvirs, prolongeant arbitrairement leur pouvoir, deviennent dix tyrans. Les légions, qu'ils lèvent à grand peine, résistent mal aux ennemis, quand deux crimes commis par eux, le meurtre de Siccius dans le camp et, à Rome, l'attentat d'Appius envers la flUe de Virginius, amènent une révolte générale. Le peuple se retire sur le mont Sacré, puis sur TAventin ;. les décemvirs sont renversés et châtiés, la puissance tribunitienne et le consulat rétablis (3:^58). Les armées remportent alors des succès contre les Sabins, les Yolsques et les Êques. Grâce à la modération du tribun Duilius et à la sagesse des consuls, on vit presque en paix à l'intérieur ; mais l'éclat des victoires est terni par un jugement du peuple qui, pris pour arbitre entre Ardée et Aricie, adjuge à Rome le territoire qu'elles se disputaient (59-72).
Livre IV (De 445 à 404). — De longues discussions amè* nent une loi permettant le mariage entre patriciens et plébéiens, puis la création de tribuns militaires pouvant être élus au lieu de consuls et dans les deux ordres, celle^'
par contre, d'une magistrature patricienne, la censure. Le sénat, dans la fondation d'une colonie qui favorise les Ardéates, trouve moyen de revenir sur le jugement inique du peuple à leur égard. Il fait en sorte que le chevalier Sp. Maelius paie de sa vie la popularité qu'il s'est acquise par des distributions de blé (1-15). Les Fidénates s'allient aux Véiens ; C. Cossi us remporte les secondes dépouilles opimes en tuant le chef de ceux-ci, Tolumnius. Comme on discute chaque année si l'on élira des consuls ou des tribuns militaires, il est recouru plusieurs fois à la dictature. Fidènes est prise par le dictateur Mam. ^milius. Une longue trêve est signée avec les Véiens (16-36). Mais les Yolsques redeviennent agre^ifs et le consul Sempronius, envoyé contre eux, se montre malhabile. Aussi, au milieu des débats que soulève la nouvelle question de la création, puis du partage de la questure militaire, les tribuns le mettenten cause etle font condamner à une forte amende(37-44). Un complot d'esclaves, vivement étouffé, arrête à peine la série des guerres et des discussions. Lavicum est prise par le dictateur Q. Servilius, Boles par le tribun militaire Postumius ; mais celui-ci est si dur que, chose inouïe, son armée le massacre (45-50). Les tribuns Menius et Icili us, pour obtenir des concessions du sénat, s'efforcent de mettre obstacle aux enrôlements. Les Volsques et lesÈques prennent Carventum. On nomme alors dictateur P. Cornélius, qui les bat près d'Antium. Ce qui n'empêche pas que la garnison de Verrugo, peu après, est détruite parles Volsques. Et les Véiens, dont la trêve est finie, témoignent de l'insolence. On procède, malgré les plaintes, à do nouveaux enrôlements; les villes volsques d'Anxur etd'Arténa sont prises, et le sénat, décrétant pour la première fois que les troupes recevront une solde du trésor, fait passer la loi qui déclare la guerre aux Véiens (51-60).
Livre V (De 403 à 390). — Véies est assiégée. Ni les agressions que tentent les Volsques, les Èques, les Falisques et les Capénates, ni les protestations des tribuns contre la continuité de la guerre, Ténormité des impôts et le peu de
UVRE CINQUIEME. Cil. III, 4. 577
plébéiens nommés tribuns militaires» n'interrompent ce siège. Le prodige d'une crue subite du lac d'AIbe impressionne les esprits ; mais Toracle de Delphes consulté confirme l'avis donné par un devin véïen fait prisonnier, et les eaux du lac sont déversées dans la campagne. La dixième année, la ville est prise par le dictateur Furius Camillus. Peu après. Paieries, reconnaissante de ce qu'il a refusé de s'en emparer par trahison, lui ouvre ses portes. Mais les tribuns excitent contre lui le mécontentement du peuple au sujet du partage du butin de Véies, et il s'exile (1-32). Presque aussitôt, un fait sans pareil se produit. Les Gaulois Sénons, indignés de la conduite tenue envers eux à Clusium par des députés romains^ déclarent la guerre, gagnent une bataille décisive près de l'Allia, marchent sur Rome, la prennent, la détruisent ; ils sont repoussés du Capitole par Manlius ; mais ils l'assiègent et la famine force les Romains d'acheter leur départ à prix d'or; c'est seulement au moment où l'on pèse la rançon que Camille, nommé dictateur en son absence, accourt de Véies avec une armée, fond sur les Gaulois ; il les chasse, les poursuit et les anéantit près de Gabies (32-49). On discute ensuite si l'on émigrera à Véies ; un présage fait adopter l'avis de Camille qui est de reconstruire Rome et d'y rester (50-55).
Livre VI (De 389 à 367).— Tandis que Camille bat les Volsques, les Éques et les Étrusques, ainsi que les Latins et les Herniques qui ont fait défection, Rome se relève, le nombre des tribus est porté à vingt-cinq. Mais le patricien Manlius Capitolinus, jaloux de Camille, recherche la popularité, excite le peuple ; le sénat le fait accuser d'aspirer à la royauté ; il est condamné et précipité de la roche Tarpéienne (11-20). Des victoires sont remportées sur les Prénestins, alliés aux Volsques, et sur les Antiates qui attaquaient les Tusculans devenus depuis peu citoyens romains (21-33). On fait ensuite le siège de Vélitres et Ton repousse une agression des Gaulois dans la plaine d'Albe. Dans le même temps, la dureté des patriciens et la misère du peuple augmentant, les tribuns C. Licinius et L. Sextius élèvent la voix : ils
578 UVRE CINQUIÈHE. Cil. III, 4.
réclament la défense pour tout particulier de posséder plL> de cinq cents arpents de terre, le remplacement des duuaivirs patriciens chargés des rites sacrés par des décemvirs tirés par moitié de la noblesse et du peuple, le parta<re li consulat entre les deux ordres. A la résistance du sénai :L* répondent en empêchant toute nomination à des char^? curules; Rome est cinq ans sans magistrats. Enfin, apn5 dix ans de luttes, ils triomphent et Sextius lui-même est k premier consul plébéien. Le sénat toutefois détache (Il consulat la préture et fait créer Tédilité curule (34-42;.
LiVBE VII (De 366 à 342). — A l'intérieur, accès immédiat iti plébéiens à Tédilité curule; ravages d'une peste au sujet a^ laquelle, en expiation, on imagine les jeux scéniques eik renouvellement de la cérémonie du clou ; piété filiale Jt Titus Manlius, délivrant son père d'une poursuite intent^t^ par le tribun Pomponius ; dévouement de M. Curtius qui sprécipite, pour le salut de la patrie, dans un gouffre béant; une loi contre la brigue ; d'autres sur l'intérêt des prêts et sur la libération des dettes; création de deux tribus en plus: élévation d'un plébéien à la dictature et à la censure ; lune à propos du consulat que les patriciens tentent en vain de ravoir tout entier pour eux; au dehors, guerre contre hs Herniques,vainqueurs d'abord du consul plébéien Génucius, mais battus par le dictateur Ap. Claudius ; luttes successives contre les Tarquiniens, les Falisques, lesPrivemates, les Cérites, les Volsques ; agressions gauloises qui donnent lieu aux actes de courage de Titus Manlius Torquatus et de Valêrius Corvus, comme au premier triomphe d'un consul plébéien, Popilius ; premier traité avec les Carthaginois (1-28). Une guerre sérieuse s'engage contre les Samniies afin de défendre Capoue qui, pour être secourue par Rome, s'est livrée t\ elle. Un succès du consul Valêrius en Campanie serait compromis, dans le Samnium, par le consul Cornélius sans l'habileté et la valeur du tribun militaire Décius Mus, et une troisième affaire assure le succès de la campagne. Mais la garnison de Capoue, oubliant tout devoir, veut se rendre indépendante, se choisit même un dictateur
et marcho sur Rome ; elle n'est ramenée à de meilleurs sentiments que par Valérius Corvus qui obtient pour elle du sénat le pardon de cette sédition (29-42).
Livre VIII (De 341 à 322). — Rome traite avec les Samnites. Attaqués par les Latins, ils s'en plaignent ; et les Latins, fiers de fortes alliances, réclament des Romains, pour rester en paix, l'égalité politique et le partage du consulat. La guerre qu'on leur déclare est marquée par la sévérité du consul T. Manlius, qui sacrifie son fils à la discipline, et par le dévouement de P. Décius, qui se fait tuer pour assurera l'armée la protection des dieux. Ils sont vaincus, écrasés, mais sur le conseil du consul Camille, Rome traite la plupart d'entre eux avec bienveillance et fait à chaque ville, selon son mérite, des conditions particulières (1-15). Quelques guerres moins importantes amènent l'envoi de colonies à Calés et à Frégelles, la soumission des Fundains, la collation du droit de cité aux Privernates.Le siège de Paléopolis nécessite la prorogation du commandement de Publius qui, le premier, reçoit le titre de proconsul (15-23). Alexandre d'Épire fait en Italie une expédition étrangère à Rome et qui finit tragiquement (24). Les Samnites redeviennent arrogants, s'allient les Tarentins et les Vestins. Ceux-ci sont presque aussitôt vaincus. Eux-mêmes sont défaits par le jeune maître de cavalerie A. Fabius en l'absencedu dictateur Papirius qui lui avait défendu de combattre ; cette victoire produit un grand conflit ; Fabius, menacé du supplice, s'enfuit à Rome où il ne faut rien moins que l'intervention du peuple entier pour obtenir sa grâce. Papirius remporte d'ailleurs par lui-même d'autres succès que confirment ceux du dictateur Cornélius Arvina, si bien que les Samnites demandent la paix en rendant leurs prisonniers (25-40). — Entre temps, à ^intérieur, trois lois, contraires au patriciat, portent que les plébiscites obligeront tous les citoyens, que le sénat ratifiera d'avance les décisions prises en comices par centuries, qu'un des censeurs sera plébéien. Le nombre croissant des citoyens fait augmenter de deux celui des tribus.
580 LIVRE GINQUIÈMB. CU. 111. 4.
La vestale Minucia est enterrée vive et cent soixante-dix matrones sont condamnées comme empoisonneuses (15 et 19). Un plébéien, G. Publilius Philo, devient préteur. L'asservissement pour dettes est aboli (15 et 27).
Livre IX (Do 321 à 304). — L'armée romaine se laisse surprendre dans les Fourches Caudines par le général samnite C. Pontius, capitule, et, laissant 600 chevaliers en otage, revient après avoir passé sous le joug. Le sénat a beau, sar l'avis des consuls eux-mêmes etpour se soustraire aux engagements pris, vouloir livrer ceux qui ontainsi capitulé; les Samnites refusent. Mal leur en prend : ils sont battus par Papirius Gursor qui délivre les otages et fait passer sous le joug à son tour larmée de Pontius (1-16). Au récit de cette victoire, Tite-Live examine ce qui serait advenu si Alexandre le Grand, se détournant de FOrient, était venu attaquer Rome et conclut que ce conquérant n'eût po triompher d'elle comme de l'Asie (17-19). Cependant le» Samnites ne perdent pas courage. Ils tentent en vain de faire lever le siège de Saticula et de défendre Sera qui s'est livrée à eux en égorgeant ses colons romains, ils subissent de nouveaux échecs près de Bénévent, à Nola, à Bovianum (20-31); bien que Rome soit obligée de diviser ses forces, ayant affaire tour à tour aux Étrusques, aux Ombriens.aux Marses, aux Péligniens, aux Herniques et auxÉques; elle n'en continue pas moins ses succès dans le Samnium, et celui-ci, pour reprendre des forces, demande la paix (3245). Rome, dans le même temps, crée plusieurs colonies et augmente encore de deux ses tribus. Quelque trouble intérieur toutefois se produit : le censeur Appius Claudius, le créateur de la voie Appienne, prolonge indûment l'exercice de ses fonctions, introduit dans le sénat des fils d'affranchis, vicie les comices en répandant le bas peuple dans toutes les tribus, et le greffier, C. Flavius, qui publie les formules de jurisprudence restées jusque-là entre les mains des pontifes, obtient, grâce à la faction du forum, l'édilitê curule. De là une discorde à laquelle le censeur Q. Fabius, surnommé pour ce motif Maximus,
LIVKIS CINQUIÈME. GU. III, i. 581
réussit à mettre fin en renfermant dans les quatre tribus urbaines la lie du forum (33 et 46).
Livre X (De 303 à 293).— Pendant qu'on opère avec bonheur une expédition contre les Étrusques et les Ombriens, les débats politiques amènent le partage du sacerdoce entre les deux ordres ; le consul Valérius fait voter une troisième loi sur l'appel au peuple ; on ajoute deux tribus, on établit trois colonies (1-10). Puis les préoccupations se portent non seulement sur les Étrusques, mais sur les Samnites alliés aux Apuliens: le Samnium est ravagé en tout sens et la Gampanie délivrée des dévastations toscanes (11-21). Au-dedans. la patricienne Virginie, outragée par les matrones patriciennes parce qu'elle a épousé le consul plébéien Yolumnius, fonde pour les autres matrones Tautel de la Pudicité plébéienne. On confisque les biens de plusieurs usuriers (22-23). On nomme consuls Q. Fabius et P. Décius, l'un pour la cinquième et l'autre pour la quatrième fois ; leur longue concorde, que trouble un instant la question de la désignation de leurs provinces, est vite rétablie: tous deux combattent ensemble une vaste coalition des Gaulois, des Samnites, des Ombriens et des Étrusques. Au milieu d'une bataille longtemps indécise, Décius se dévoue comme l'a fait son père et son acte assure la victoire. Fabius triomphe (24-30). Mais les Samnites indomptables font encore payer cher aux Romains quelques succès partiels. Enfin toutes leurs forces réunies sont défaites par Papirius Cursor près d'Aquilonie, où ils perdent plus de trente mille hommes, pendant que l'autre consul s'empare aussi de Cominium. Les deux villes sont saccagées ainsi que plusieurs autres qu'on prend rapidement. Des triomphes et de grandes réjouissances sont célébrés à Rome. Le recensement, fait pour. la vingt-sixième fois, donne un total de 262,322 citoyens (31-47).
Ainsi se termine la première décade. La deuxième, dont nous n'avons rien \ comprenait la fin des guerres contre
(1) J. Frcinsheim, éraditdu xvii* siècle, dans ses Suppléments^ patiemment et savamment calqués sur la manière de Tilè-Livc,a essayé de combler cette longue lacune qui s^étend de Tan 293 à Tan 218.
les Samnites ; la sédition du peuple au sujet des dettes et sa retraite sur le mont Janicule, terminée grâce à la modération du dictateur Hortensius (Liv. XI); la guerre contre les Gaulois Sénonais ; l'attentat des Tarentins contre une flotte de Roipe et contre ses ambassadeurs ; la guerre soutenue contre Pyrrhus, roi d'Èpire, venu au secours de Tarente (Liv. XII-XIV) ; la répression d'une révolte mili^ taire en Campanie, ainsi que la soumission des Tarentins, des Picentins, des Ombriens et des Sollentins (Liv. XV) ; les motifs de la lutte entreprise contre Carthage; la première victoire sur mer; les succès de Régulus, puis sa défaite en Afrique, son emprisonnement, son dévouement et sa mort (Liv. XVI-XVIII); les avantages remportés par CkBcili as Métellus; la défaite navale du consul Claudius Pulcher ; les péripéties de cette première guerre punique, terminée, à des conditions onéreuses pour Carthage, par la victoire de C. Lutatius auprès des îles agates (Liv. XIX); enfin (Liv. XX) des expéditions heureuses contre les Liguriens, les Sardes, les Corses, les II ly riens, les Gaulois Transalpins» les Istriens et les Gaulois Insubres dont le chef Viridomare est tué par le consul M. Claudius Marcellus qui remporte les troisièmes dépouilles opimes; Faccroissement des tribus et des colonies ; l'embellissement de Rome, qui arrive à la domination de l'Italie.
La troisième décade est celle dont le texte nous a été le mieux conservée C'est celle aussi qui présente le plus
(I) Ce texte est établi par le Puteaneus, manuscrit de notre bibl. nal. (Lat. 5730) en écriture oncialc du V" siècle, conservé au moyen âge dans Tabbaye de Corbie, et aussi, pour les lacunes de ce manuscrit, par les copies qui en sont dérivées : Le Reginensis (bïhl. du Vatican, 76â),de la 1».
d'anité et le plus de beanté : elle nous expose le tableau grandiose de la lutte d'Annibal contre Rome, le récit de la deuxième guerre punique.
Livre XXI (L'an 218). — Annibal qui, tout enfant, a juré à son père d'être un jour son vengeur, dès qu'il est devenu général des Carthaginois en Espagne, viole le traité qui fixe l'Ébre comme limite des deux empires et qui assure la liberté de Sagonte, alliée des Romains. II assiège cette place, refuse d'entendre les ambassadeurs romains, et quand ceux-ci reviennent de Carthage où ils sont allés vainement porter leurs plaintes, Rome apprend la prise de la ville. Elle déclare aussitôt la guerre fI-20). Laissant son frère en Espagne, Annibal franchit les Pyrénées et, tandis que les Boïens avec les Insubriens se lèvent contre les colonies romaines, il s'avance jusqu'au Rhône, le traverse malgré quelques bandes gauloises, arrive aux Alpes, les franchit en quinze jours à travers mille périls et s'empare de la capitale des Tauriniens (21-39). Corn. Scipion, qui se hâte vers lui, le rencontre près du Tésin, y subit une défaite dans laquelle lui-même ne doit la vie qu'à la valeur de son fils et se replie précipitamment vers la Trébie. Annibal le suit de près et s'empare de Clastidium, où sont ses magasins de blé (39-48). Mais, pendant ce temps, une flotte carthaginoise est battue près de Lilybée, ce qui per* met au consul Sempronius, chargé de la Sicile, d'accourir
moitié da ix« s.; le Bambergenais^Au xi» 8.; le Mediceus (Bibl.Laur. LXIII, 20), du %• 8. ; et UD 8econd ms. de Paris (Bibl. Dat. lat. 5731), du xi» s. U y a en outre les feuillets du palimpseste de Turin, reorermant les livres 27 et 29, puis des mss. ayant une source moins pure et moins certaine que le Puteaneua et provenant du Spirensis. aujourd'hui perdu, dont les leçons sont connues par Rhcnanus et Gelenius. — L'importance de cette troisième décade a attiré sur elle l'attention des érudits qui en ont donné souvent des éditions spéciales, surtout dans ces derniers temps, entre autres : pour les livres XXI-XXU. A. FrigeU ; XXI-XXIil, Wôimin ; XXIV-XXV. H. J. Mûller ; XXVI-XXVlll, Friedersdoriï ; et pour la décade entière: A. Lucbs, 1877-1888 ; 0. Riemann et £. Benoit, puis T. IlomoUe, (Paris, Hachette, 1881 sqq.) ; Al. Ilarant, Liv. XXI-XXV, et R. Pichon, Liv. XXVl-XXX, (Parls-Belin, 1879-1895).
au secours de son collègue (46^1). Leur jonction ne rend que plus terrible la victoire remportée sur eux près de la Trébie (52-56). Le vainqueur prend alors ses quartiers d'hiver dans la Cisalpine. Au printemps, il agit contre rÉtrurie, est assailli par une tempête en tentant le passage de TApennin, et engage avec Sempronius un combat qui reste indécis (57-59). En Espagne, Cn. Scipion remporte des succès sur les chefs carthaginois; mais» à Rome, des prodiges effrayants se produisent et G. Flaminius, détesté du sénat, s'apprête à prendre la direction de la guerre.
Livre XXII (Ann. 217-216).— Malgré les fatigues de son armée et les siennes propres, qui lui ont fait perdre un œii, Annibal s'avance contre Flaminius et lui inflige la sanglante défaite du lac deTrasimène (1-9). A cette nouvelle, Rome fait le vœu d'un printemps sacré et nomme dictateur L. Fabius Maximus. Celui-ci cherche à fatiguer Tennemi par une lente résistance sans grands combats, lutte contre l'impétuosité du maître de cavalerie Minucius, et réussit même un moment à mettre Annibal en mauvaise situation (10-18). Pendant que cette sage lenteur permet à Rome de respirer, elle apprend que Cn. et P. Scipion obtiennent quelques succès en Espagne (19-22). Mais le peuple prend parti pour Minucius qui reçoit un pouvoir égal à celui de Fabius; aussitôt, enhardi par un léger succès, il engage une grande bataille : heureusement Fabius intervient à temps pour l'empêcher d'être accablé, et lui-même salue du nom de père le dictateur qui recouvre toute son autorité (23-30). Les consuls suivants ont le bon esprit de suivre sa méthode, et le sénat, inébranlable, sans se troubler d'un coup de main malheureux tenté sur la côte d'Afrique, porte son attention en Ligurie, en Macédoine, en Illyrie, pour qu'on ne doute nulle part de la puissance de Rome (31-37). Par malheur, l'impétueux Varron est bientôt adjoint dans le consulat au prudent Paul Emile; un premier succès excite sa fougue; il met son collègue dans Timpossibilité de lui refuser son concours et alors a lieu le désastre de Cannes dans lequel meurt bravement Paul
Emile (38-52). Un complot de jeunes nobles qui veulent fuir d'Italie est arrêté par P. Corn. Scipion. Le Sénat prend des mesures énergiques pour faire cesser la panique qu'ont encore accrue de mauvaises nouvelles venues de Sicile; il refuse de racheter les prisonniers; la défection d'un grand nombre d'alliés ne l'incite pas un instant à parler de paix» et lorsque Varron revient, on va à sa rencontre pour le remercier de n'avoir point désespéré de la république (53-61).
Livre XXIII (Ann. 216-215). — Capoue se livreà Annibal, et le sénat de Carthage, malgré l'opposition d'Hannon, partisan d'une paix immédiate, lui envoie un renfort de troupes (1-13). A Rome, on enrôle jusqu'à des prisonniers et des esclaves pour faire une armée de 25.000 hommes (14). Cependant Annibal renonce au siège de Nola vigoureusement défendue par Cl. Marcellus, et, laissant un camp devant Casilinum, va prendre ses quartiers d'hiver à Capoue au risque d'y énerver son armée. Il s'empare ensuite de Casilinum (15-20). Le sénat romain remplit ses vides. Il apprend successivement l'anéantissement de l'armée du consul Postumius en Gaule et, par contre, le succès de C. et P. Scipion en Espagne sur Asdrubal. Il double l'impôt, fait expier des prodiges, remplace par les débris de l'armée de Cannes les troupes qu'il fait revenir de Sicile, crée deux nouvelles armées (21-32). On surprend un traité d'alliance entre Philippe, roi de Macédoine, et Annibal (32-34). Mais des succès sensibles sont enfin remportés de divers côtés : en Campanie, par le consul Sompronius ; en Sardaigne par le préteur T. Manlius; l'armée d' Annibal est même défaite près de Nola par le préteur Cl. Marcellus; et les Scipions ont une nouvelle victoire en Espagne. De plus, des compagnies particulières avancent à l'État les fonds nécessaires à l'armée d'Espagne.
Livre XXIV (Ann. 215-213).— Annibal traite avec lesLocriens et avec le nouveau roi deSyracuse(l-7)'. De son côté, Rome, après avoir détourné par des prières l'effet de nombreux prodiges, fait des enrôlements de manière à disposer
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dedix-hiiit légions et d'une flotte de 150 vaisseaux longs (8-11). Pendant qu'Anntbal opère de vaines tentatives sur PoQZZoles et Nola, T. Sempr. Oracchus se rencontre, prés de Bénôvent, avec Hannoo qu'il bat complètement grâce aux esclaves qui font partie do son armée et à qai il donne earècompense la liberté (12-17). Tous rivalisent de bonne volonté ; les troupes renoncent à leur solde (18). Hannon, il est vrai, venge son échec sur quelques cohortes détachées de l'armée de Gracchus, inaisQ. Fabius s'empare de plusieurs villes dissidentes et Annibal échoue devant Tarente (19-20). Les villes de Sicile se déclarant pour Carthage, le consul Marcellus entreprend le siège de Léontium, puis celui de Syracuse, que dérend le génie d'Archlmède, protège Henna.dont la garnison a été sauvée par l'activité de L. Pinarius, et tient campagne avec bonheur contre HimilcoD (21-40). D'autre part, Philippe, roi de Macédoine, est vaincu près d'Apollonie et se retire. Les Scîpions continuent leurs succès en Espagne où ils reprennent Sagonte (-11^2). Q. Fabius fils, devenu, après son père, collègae de Sempr. Gracchus dans le consulat, s'empare d'Arpi en Apulie (4347). Sous ces consuls, les Romains font alliance avec Syphax, roi de Numidie ; celui-ci est battu par Mastnissa, roi d'un autre peuple numide, allié des Carthaginois, mais reforme une forte armée près du détroit qui sépare l'Afrique de lEspagne.En même temps, les ScipioDs gagnent l'amitié des Celtibériens en qui Rome trouve ses premiers mercenaires.
LivHEXXV(Ann.213-212).— Tandisquo.dansleBruttium et dans la Lucanie, les alternatives de succès et de revers rendent les esprits indécis, à l'Intérieur, le sénat réagit contre l'introduction de certaines pratiques religieuses, fait punir quelques publicains rapaces, répond durement aux plaintes des anciens légionnaires de Cannes, célèbre les jeux Apollinaires conformément aux livres du devin Marcius, et lève de nouvelles troupes. Entre temps, Annibal surprend ïarente dont la garnison romaine ne peut garder que la citadelle (1-12). Les consuls Q. Fabius et Ap. Clan-
dius profitent do son éloignement pour attaquer les Campaniens et défont Hannon qui s'est porté au secours de Capoue ; mais Gracchus, attiré dans une embuscade, y périt ; les deux consuls disparaissent devant Annibal qui lui-même écrase huit mille hommes, imprudemment confiés par le sénat au centurion Paenula, et ne retourne vers Tarente qu'après avoir vaincu le préteur Fulvius prèsd'Herdonée (13-21). Les consuls reviennent alors assiégerCapoue (22). En Sicile, Syracuse est enfin prise par Cl. Marcellus et, dans le sac de la ville, Archimède est tué (23-31). Par contre, l'Espagne devient le théâtre d'événements désastreux. Publius et Cnéus Scipion se séparent pour combattre, l'un Magon et Asdrubal Giscon, l'autre Asdrubal Barca ; le premier se trouve avoir affaire, en même temps qu'à ses deux ennemis, au Numide Masinissa et à l'Espagnol Indibilis ; il est défait et tué ; les vainqueurs courent aussitôt s'unir à Barca, et, avec lui, écrasent et tuent le second. L'Espagne serait perdue sans la vaillance du jeune chevalier L. Marcius, qui réunit les débris de9 légions, surprend les vainqueurs et en massacre beaucoup (32-39). En Sicile même, la réorganisation est un moment interrompue par quelques succès de Mutine ; seulement Cl . Marcellus complète bientôt sa victoire, et. tout en enrichissant sa patrie des œuvres d'art de Syracuse, règle le sort des ville» grecques, qui, après avoir abandonné Rome, reviennent à elle (40-41).
Livre XXVI (Ann. 211-210). — Le nombre des légions est porté à 23 ; le vaincu d'Herdonée est exilé (1-3). Les deux proconsuls continuent le siège de Capoue ; Annibal tente de le leur faire lever; n'y réussissant pas, il prend la résolution hardie, pour les y forcer, de marcher sur Rome ; mais un des deux seulement est appelé à la défense de Rome; et lui a beau s'avancer jusqu'à la porte Capène, après plusieurs manifestations sans résultat, croyant prudent de se retirer, il va s'enfoncer dans le Bruttium, sans même plus s'occuper de Capoue, dont les habitants, réduits à se rendre, sont durement châtiés (4-16). Cependant l'Espagne
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préoccupe le sénat. La situation y est restée la mèm^. h général CI. Néron ayant laissé échapper Asdra bal d'an d^u> où il eût pa l'écraser. On y envoie P. Comélias, fils à'i Publias qui y a été tué et âgé à peine de 24 ans 17-19 . Marcellus à son retour de Sicile, est honoré de Vo\^ tion. Du côté de la Macédoine, le consul Lsevias fait alliance avec la ligue Ëtolienne et le roi Attale contre Philippe et les Achéens qu'il réduit à l'inaction (20-25). A l'intérieur, les auteurs d'un grave incendie du foram. de nobles Campaniens, sont punis de mort ; pais le sénat entend tour à tour les plaintes des Siciliens et des Capuans dont il règle la situation ; il augmente la flotte, et, comis^ le peuple proteste contre l'impôt à payer, il donne l'exempie d'une contribution volontaire à laquelle aussitôt tousparrcipent (26-36). En Italie, Annibal perd la ville de Salarie et sa garnison de cavalerie numide. Les Tarentins. qui ont un avantage sur mer, sont battus sur terre ; et. '.n Sicile, Laevinus termine la conquête par la prise d'Agrigente et de vingt autres villes (37-40). En Espagne, Scipion s'empare dcCarthagène défendue par Magius et gagne par sa générosité l'amitié des populations (41-51).
Livre XXVII (Ann. 210-207).— Une grande victoire d'Annibal sur le proconsul Fulvius Gentimatus à Herdonèe se trouve compensée par plusieurs échecs que lui fait éprouver Marcellus dans le Samnium, puis à Numistro et à Venouse. Un complot des Capuans est vivement réprime (1-3). Intérieur. On discute sur lëlection des consuls, sur celle d'un plébéien aux fonctions de grand curion et sur le droit que réclame le flamine de Jupiter de siéger an sénat. On reçoit des envoyés de Syphax à qui on envoie une ambassade et des dons. On apprend qu'Asdrubal va passer en Italie. On rend grâce à celles des colonies qui ne refusent pas de payer l'impôt. On expie des prodiges. Le sénat est recomposé; Fabius Maximus en est le prince (4-11). Italie, Après un engagement indécis et un échec, Marcellus bat Annibal près de Canusium. Fabius prend Tarente par ruse ; Annibal, qui cherche aie mettre en défaut, n'y
réussit pas (12-16). Espagne. Scipion se fait de plus en plus d'amis, bat Asdrubal à Baecula; celui-ci, sur l'avis de ses collègues, qui se chargent d'inquiéter Scipion, passe les Pyrénées pour gagner l'Italie (17-20). Halie. Tandis qu'on se garde contre les mauvaises dispositions de l'Étrurie, le» consuls Marcellus et Quinctius Grispinus se font battre à Venouse, mais Annibal, leur vainqueur, échoue contre Salapie, et Valérius, après une incursion en Afrique, dis* perse une flotte carthaginoise en vue de Glupée (21-29). Grèce. Sulpicius, d'abord vaincu par Philippe, prend sa revanche à Élis et le repousse en Macédoine ; les Achéens^ par contre, sont battus par les Étoliens à Messène (âO-33). Italie. Asdrubal a passé les Alpes; les nouveaux consuls- Claudius Néro et Livius Salinator, qui, devant ce danger,, ont mis fin à une vieille inimitié, se dirigent, l'un contre* Annibal, l'autre contre son frère (30-40). Néro remportedeux victoires sur Annibal, le trompe par un départ clandestin, se dirige en toute hâte vers son collègue, le rejoint secrètement, écrase avec lui, près du Métaure, Far* mée d' Asdrubal qui se fait tuer dans son désastre, et revient, six jours après, devant Annibal aux regards de qui sont exposés la tête de son frère et les Carthaginois prisonniers. Si cruellement frappé, Annibal lève le camp et se retire dans le Bruttium pour y concentrer toutes ses forces. Rome est dans l'allégresse (41-51).
Livre XXVIII (Ann. 207-205). - Tandis qu'en Espagne les lieutenants de Scipion obtiennent divers succès, LsBvinus opère une diversion heureuse en Afrique; Sulpicius, avecAttale, rend impuissante en Grèce l'alliance de Philippe avec les Achéens ; et Rome, qui décerne le triomphe aux conâuls Néro et Livius, voit renaître l'agriculture dans sescampagnes rassurées par l'inaction forcée d'Annibal. (1- 12). Cependant Asdrubal, fils de Giscon, Magon et Masinissa ont encore de nombreuses troupes, Scipion lui-même marche contre eux, remporte deux victoires, les fait fuir jusqu'à Gadès. En vue de Tavenir, il passe hardiment en Afrique pour s'assurer l'alliance de Syphax. De retour, il
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punit les villes espagnoles qui ont montré le plus d*host:i.: et célèbre, à Carthagène, des^uxitinèbres en l'honneur i . son père et de son oncle(13-23). Seulement il tombe malaic. Mandonius et Indibilis lèvent la tète, une sédition de soldats se produit même au camp de Sucron. Mais il gutri'. punit les instigateurs de la révolte, fait rentrer les trouj 5 dans le devoir, et, bien qu'une tentative de ses lieutenant contre Gadès vienne d'échouer, il réduit les chefs e^^agnols à lui demander leur grâce. 11 traite avec Masinisisi Magon reçoit alors de Carthage Tordre d'aller rejoind: Annibal ; Cadix se rend ; et l'Espagne est aux Romali> < 24-37). Revenu à Rome, Scipion fait que le 5k.na* accorde aux Sagontinsle relèvement de leur ville, îs'omiL. consul, il ne cache pas son désir de porter la guerre ti Afriqueet,malgré l'opposition de Q. Fabius Maximus.obtieL: comme province la Sicile avec le droit de passer en Italie, s'il le juge utile à l'État. Magon, d'autre part, après s'èir^ emparé de Gènes par surprise, débarque en Italie où il lai: alliance avec les Ingaunes.
Livre XXIX (Ann. 205-204). — Scipion forme son ariii; • en Sicile, inquiète l'Afrique par une incursion de C. I^ilius, qui en revient, chargé de butin, avec un appel pressant de Masinissa, et pendant que, d'autre part, une révolte d'Indibilis en Espagne est vivement réprimée, court dans le Bruttium à l'aide de Pléminius pour assurer la prise de Locres, que veut en vain sauver Annibal. Mais Pléminius mouille cette victoire par des brigandages et une cruauk qui restent impunis (1-9). A Rome, sur la foi d'un oracle, OD fait revenir de Pessinonte la statue de la mère des dieux; on reçoit une demande de paix de Philippe ; on exige de fortes contributions de celles des colonies qui en ont précédemment refusé ; on rembourse les emprunts ; et, comme les Locrions se plaignent de Pléminius, Fabius en profite pour incriminer Scipion; seulement la commission d'euquête nommée pour examiner les actes de Tun et de l'autre, tout en condamnant Pléminius, admire les préparatifs de guerre de Scipion qui est invité à presser son expédition en
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Afrique (10-22). Il apprend, il est vrai, que Syphax délaisse •la cause romaine ; mais sa résolution est prise ; il part*, débarque heureusement au cap Beau, ravage les terres voisines, est rejoint aussitôt par Masinissa, que Syphax a réussi à détrôner, et s'avance vers Utique.Valeureusement aidé par Masinissa dans un combat où périt le chef des Carthaginois Hannon, il s^empare de Salica et de plusieurs autres villes; mais l'arrivée d'Asdrubal et de Syphax l'empêche de prendre TJ tique. Il établit ses quartiers d'hiver sur un promontoire (23-35). Pendant ce temps, le consul M. Cornélius maintient TÉtrurie dans le devoir et le consul P. Sempronius, dans le Bruttium, d'abord battu par Annibal, le force à ramener ses troupes à Crotone (â6). A Rome, un conflit regrettable, mais peu grave en somme, s'élève entre les deux censeurs M. Livius et C. Claudius.On y célèbre des jeux (37-88).
Livre XXX (Ann. 203-201). — L'hiver à peine fini, après quelques pourparlers pacifiques qui dissimulent ses projets, Scipion, avec Masinissa, force et incendie les deux camps d'Asdrubal et de Syphax, où périssent, en une nuit, par le fer et le feu quarante mille hommes (1-6). Une nouvelle victoire confirme peu après Tefiet de ce désastre (7-8). La terreur est grande à Carthage. On y décide le rappel d'Annibal et un coup de main sur la station navale d'Utique ; mais celle-ci est secourue à temps par Scipion (9-10). Lselius et Masinissa, envoyés contre la Numidie, battent . Syphax, s'emparent de Cirta, sa capitale, et le font prisonnier. Masinissa, épris subitement de la Carthaginoise Sophonisbe, femme de Syphax, l'épouse; blâmé par Scipion, il surmonte son amour et fait qu'elle s'empoisonne ; Scipion le comble d'honneurs. Les Carthaginois demandent la paix, obtiennent une trêve et envoient une ambassade à Rome (11-16). Cependant ils rappellent Magon et Annibal; Magon que viennent de battre Varus et Cornélius, meurt en route de ses blessures; Annibal, frémissant de rage, s'em-
(1) En 204.
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barque avec tout ce qui lui reste de troupes solides ; et c'est au momeut où le sénat, après avoir récompeasé Masînissa, apprend l'envoi d'un secours de Philippe à Carthage et entend les Sagontins se plaindre de recrutements carthaginois en Espagne, que les députés de Carthage arrivent. Leur bonne foi est suspecte ; la paix est rejetée. D'ailleurs, pendant la trêve, les Carthaginois se sont emparés devaisseaux romains dispersés par une tempête et ont maltraité des envoyés de Scipion. La guerre est inévitable (17-27). Annibal toutefois, mis à la tête des forces puniques, tente une démarche de conciliation ; Scipion le reçoit, mais lui pose des conditions qui le forcent à combattre, le défait à Zama, et bat ensuite le fils de Syphax. Annibal lui-même incite ses concitoyens à implorer la paix (28-37). Le sénat, qui éconduit durement les ambassadeurs de Philippe, écoute ceux de Carthage et charge Scipion de dicter aux vaincus les conditions du traité. Après quoi, Scipion revient à Rome avec les honneurs du triomphe et le surnom d'Africain (38-45).
La QUATRIÈME DÉCADE * et ceux dcs livres que nous possédons de la CINQUIÈME ne présentent ni la même grandeur,ni
(1) Le texte de la quatrième décade repose sur le Bambergensis (Bibl. de Kamberg, M. IV, 9, du xi« siècle), qui seul a donné connaissance des dixsept premiers chapitres du livre XXXIII, et sur le Moguntinus, aujourd'hui perdu, cr. W. Weissenborn, De codice Lioii Moguntino, Eisenach, 18iM. Quant au texte des cinq livres de la cinquième décade, il s'établit sur l'ancien Latirithamiensis, du couvent des bénédictins de Lorsch, aujourd'ltui Vindobonensis (Bibl. imp. de Vienne, M. n« 15), d'une écriture onciale du v« s. et dont vous trouverez un fac-similé dans la Paléogr. des Class. Lat. de M. Km. Châtelain, PI. cxx.
an intérêt aussi vif, aussi soutenu que la troisième. L'analyse n'en est que moins aisée.
Livre XXXI (Ann. 201-200).— Quelques mois à peine après la fin de la guerre punique, Rome, sûre d'Attale, roi de Pergame, des Rhodiens et de Ptolémée, déclaré la guerre à Philippe^ fier d'un traité qu'il a conclu avec Antiochus, roi de Syrie. Philippe vient de s'emparer d'Abydos, dont tous les habitants ont mieux aimé se détruire que de se livrer à lui^ quand il apprend que le consul P. Sulpicius a pris ses quartiers d'hiver à ApoUonie et à Gorcyre (1-19). Sur ces entrefaites, des Carthaginois restés avec Amilcar chez les Gaulois Insubriens^ les soulèvent, mais le préteur Furius les écrase tous dans une bataille rangée (20-21). Carthage,en signe de regret,envoie des cargaisons de blé à Rome et à l'armée de Sulpicius. De son côté, Masinissa, reconnaissant de l'accroissement de son royaume, fournit un contingent de Numides. Une partie de la flotte de Gorcyre, envoyée à Athènes, va détruire les greniers du roi à Chalcis, contribue à défendre Athènes contre ses entreprises répétées ; puis, jointe à celle d'Attale, chasse de la plupart des Oyclades les garnisons macédoniennes et ravage les côtes du pays ennemi. D'autre part, Sulpicius s'avance par la Dassarétie, remporte plusieurs succès importants que ne balancent pas ceux qu'obtient le roi sur les Etoliens, et revient à ApoUonie après une incursion heureuse jusqu'au cœur de la Macédoine (20-46). A Rome, Furius, le vainqueur des Insubriens, reçoit les honneurs du triomphe; des terres sont distribuées aux soldats qui ont servi sous Scipion en Espagne et en Afrique (47-50).
Livre XXXII (Ann. 199-197).— Pendant que Villi us, successeur de Sulpicius, passe son temps à rétablir la discipline, Philippe, prenant l'offensive, s'établit sur les deux rives de l'Aoiis (1-6). A Rome, on apprend que le préteur de Gaule a perdu son armée et l'on envoie contre les Insubriens Lentulus, puis Élius. On adresse une ambassade à Antiochus pour rengager à respecter le royaume d'Attale. On remplace Yillius par T. Quinctius Flamininus (7-8).