‹ Histoire de la littérature latine au temps d'Auguste (volume 2)Chapitre 36 sur 46 · Livre XLI (Ann. 178-174)*. -- Une expédition dirigée · texte numérisé non relu

Livre XLI (Ann. 178-174)*. -- Une expédition dirigée

(1) Le texte présente ici une lacune de plusieurs chapitres : la soamisâoo déûnitive de la Celtibérie par T. Sempronius et la réduction des Vaccéeos e( des Lusitaniens par Postumius Albinus.

contre les Istrieos débute ci malheureusement qu'on croit â Rome, un instant, toute l'armée détruite ; mais le camp, occupé par l'ennemi, est repris presque aussitôt, et les Is» triens, à l'annonce de l'arrivée du second consul, se dispersent momentanément dans leurs cités (1-5). En même temps, la Sardaigne est ravagée par leslliens et lesBalares. Aussi le sénat, après avoir réglé diverses questions intéressant les villes alUées, assigne-t-il aux deux nouveaux consuls laSardaigne etristrie(6-8). GlaudiusPulcher,enIstrie, par la prise des trois places principales et la mort du roi, soumet tout le pays et passe chez les Ligures qu'il châtie d'un mouvement nouveau; mais, pendant qu'il triomphe à Rome doublement, les Ligures s'emparent, par surprise, de la colonie de Mutine ; il revient les combattre et en massacre un grand nombre. De son côté, Sempronius soumet les Sardes révoltés (9-17). D'autres tentatives encore des Ligures échouent (17-18). Rome s'inquiète de Persée qui a mis aux prises les Dardaniens et les Bastames et voit avec plaisir Antiochus, fils d'Antiochus le Grand, qu'elle a eu longtemps en otage, monter sur le trône do Syrie (19-20)^ Au milieu d'une épidémie qui la ravage, elle apprend que des ambassadeurs de Persée ont été reçus secrètement à Garthage et qu'il recherche l'alliance des Achéens et de toutes les villes grecques dont plusieurs sont travaillées par la discorde (21-25). Elle s'occupe de travaux publics, de triomphes, de fêtes religieuses et envoie le consul M. ^milius rétablir l'ordre à Padoue qui souffre de querelles intestines' (26-28).

Livre XLII (Ann. 173-171). ^Le sénat ordonne des sacrifices expiatoires pour la profanation d'un temple du Bruttium par le censeur Q. Fulvius Flaccus. On règle des

(1) A la fin de chacun des chapitres 18, 19, 20, il y a des lacunes impor» tantes.

(2) Autre lacune à ta fin du livre. Il y était question delà loi Voconia, appuyée par Caton et défendant à toute femme un héritage de plus de cent mille sesterces.

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débats intérieurs chez les Étoliens et les Thessaliens. On renouvelle ralliance avec Ptolémée en vue d'une guerre xx)ntre Persée (1-6). Le consul M. Popillius traite les Ligures avec une rigueur que blâme le sénat (7-10). Eumène vient se plaindre des menées en Asie comme en Orèce de Persée devenu très puissant. Persée tente de le faire assassiner lors de son passage à Delphes . Eumène, de retpur chez lui, lève son armée. Rome aussi décrète la guerre et s'assure de la fidélité de ses alliés. En même tempsi le sénat rappelle de Ligurie Popillius indocile à ses avis, reçoit, au sujet d*un différend à régler, des députes de Carthage et de Masinissa, puis ceux du roi d^IUyrie et des Rhodiens dont les dispositions deviennent douteuses <ll-26). Le consul P. Licinius est chargé de la Macédoine; une première armée déjà se trouve à AppUonie; des commissaires, escortés de soldats, parcourent l'Ëpire, l'Étolie, la Thessalic; un d'eux, Q. Marcius, accepte une entrevue avec Persée et signe une trêve pour permettre à Rome de parfaire ses préparatifs ; ils passent ensuite en Béotie et dans le Péloponèse, pendant que d'autres voient les villes d'Asie et les, îles environnantes (27-45). Rome renvoie alors les députés du roi, et Licinius, avec ses troupes, gagne ApoUonie (45-49). Persée, après avoir tenu conseil à Pella, réunit ses forces, s'avance jusqu'au Pénée où il remporte plusieurs succès sur l'armée du consul, voit néanmoins rejeter avec dédain ses propositions de paix et, tandis que le préteur Lucrétius s'empare en Béotie d'Haliarte déclarée pour lui, subit lui-même un léger échec qui lui fait regagner ses quartiers d'hiver. Le consul prend les siens en Thessalie et en Béotie, non sans prendre, sur son passage, plusieurs villes telles que Pelée et Larisse (50-67).

Livre XLIII (Ann. 171-169). — Le Sénat blâme l'autre consul C. Cassi us d'avoir voulu sortir de sa province de Oaule pour conduire ses légions en Macédoine parriUyrie, examine les plaintes des Espagnols cruellement rançonnés, se rend compte d'un nouveau différend entre Garthage et

MasinissaS déclare injuste la guerre faite aux Abdéritains par le consul Hostilius, reçoit les députés de plusieurs cités do la Grèce et de l'Asie/ et laisse condamner par le peuple, pour ses actes d'avarice et de cruauté, le préteur G. Lucrétius (1-7). Un lieutenant du consul Hostilius, Ap. Glaudius, envoyé en lUyrie, a son armée mise en déroute devant Uscana.En même temps, on apprend que plusieurs succès de Persée remplissent de crainte les alliés. Q. Mar^ cius est nommé consul ; les levées se font avec rigueur ; les censeurs exercent sévèrement leur magistrature ; les commissaires donnent aux Grecs de bonnes paroles (8-17). Persée, vainqueur des Dardaniens^ faitla conquête d'une partie de Tllly rie, s'efforce de gagner l'alliance du roi Gentius, se porte ensuite vers Stratus^ où l'appellent les Éto* liens, mais qui se trouve secourue à temps par les Romains, et il retourne, non sans gloire, en Macédoine (18-23).

Livre XLIV (Ann. 169-168). — Le consul Q.Marcius Philippus s'engage dans les monts Cambaniens, et, grâce au manque de décision de Persée, s'avance en Macédoine jus« qu'à Dium, se replie ensuite sur Phila, puis s'empare d'Hé-^ raclée, située entre ces deux places (1-9). Mais la flotte romaine est repoussée de Thessalonique, de Cassandrée et de Démétriade; Eumène l'abandonne pour retourner à Per^* game (10-13). Le sénat reçoit alors des députés de Prosias et des Rhodiens : l'un demande la paix pour Persée sur le ' ton de la prière, les autres la réclament avec menace de s'allier à lui et excitent une profonde indignation, ^milius Paulus, nommé consul, est chargé de la Macédoine; le préteur Anicius,de l'Illyrie (14-18). Presque en même temps, les ambassadeurs de Ptolémée et de Gléopâtre viennent '

implorer un secours contre Antiochusqni assiège Alexan^ drie (19); Tandis que Paul Emile fait ses préparatifs, Persée traite avec Gentius et engage des pourparlers avec

(i) A la flo du cb. 3,il y a une lacune. Il s'agissait d'avantages obtenus par Persée en Thracc et en Épire et d'an léger mouvement des Celtibériens presque aussitôt arrêté.

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Eumène, mais perd par son avarice le meilleur fraitdeses négociations. Il envoie sa flotte surveiller les parages des Gyclades. Les Rhodiens se montrent bien disposés à son égard (27-29). Les hostilités recommencent. Anicinss'em* pare rapidement du royaume de Oentius et l'envoie captif à Rome avec toute sa famille (30-32). Paul Emile rétablitla discipline de son armée et vient camper, en Piérie, deîant Persée qui occupe une forte position derrière YEmpée;û la fait tourner par Scipion Nasica et force le roi, par cette manœuvre, à accepter la bataille dans la plaine de I^dna. L'infanterie ennemie y est massacrée ou prise ; la caTilerie se sauve avec le roi (3342). Celui-ci s'enfuit à Amphipolis et descend le Strymon pour gagner l'île de Samothrace. Le vainqueur reçoit la soumission de presqaetoate la Macédoine et le poursuit (43-46).

Livre XLV (Ann. 168-167). — Rome témoigne une joie immense à l'avis de cette grande victoire (1-3) qui est bien* tôt complétée par la prise de Persée et de ses fils. Airm finit le royaume de Macédoine naguère si puissant (4-9). G. Popillius» Jusque-là posté à Délos, part aussitôt Ten Antiochus qui, malgré la réconciliation des deux Ptolémée, n'en veut pas moins occuper l'Egypte ; arrivé devant lai et le voyant qui hésite» il trace autour de lui un cercle avec sa baguette et lui ordonne de répondre avant d'en sortir; impressionné par une telle attitude» Antiochus abandonne la guerre et les Ptolémée doivent à Rome la conservation du trône de leur père (10-13). Le sénat envoie des commissaires dans les pays conquis ; il donne audience aux ambassades dos peuples et des rois qui apportent lean félicitations ; mais il rejette celles des députés Rhodiens, et^ après leurs humbles supplications, grâce à l'éioqaente protection que leur accorde M. Porcins Gaton, il les renvoie sans déclaration de guerre» mais en exigeant de Rhodes l'abandon de la Lycie et de la Carie (14-25). Les commissaires, avec Anicius d'une part, et P. Emile de l'autre, organisent rillyrie et la Macédoine. P. Emile, qui a par couru toute la Grèce, fait ensuite célébrer des jeux magni-

flques à Amphipolis et revient à Rome en passant par l'Épire, qu'il châtie de son alliance avec Persée, et dont il livre les villes au sac de ses troupes (26-34). Celles-ci pourtant» non satisfaites» veulent s'opposer à son triomphe ; mais il le célèbre magnifiquement^; seulement sa Joie est troublée par la perte subite de ses deux fils (35-41). Les honneurs du triomphe sont aussi accordés au chef de la flotte Gn. Octavius et à Anicius ; le sénat règle le sort des rois prisonniers ; puis il se fait un allié du roi de Thrace Gotys» ancien ami de Persée et donne audience à Prusias, roi de Bithynie» venu avec son fils Nicomède pour le recommander à la protection du peuple romain (42-44).

Des quatre-vingt dix-sept livres qui complétaient l'œuvre et qui embrassaient l'histoire romaine depuis le triomphe de Paul Emile jusqu'aux funérailles de Drusus» c'est-à-dire depuis l'an 167 jusqu'à l'an 9 av. J.-C.*» nous n'avons que des fragments en très petit nombre et dont deux seulement ont quelque importance. L'an, d'une centaine de lignes» trouvé dans un manuscrit du Vatican» appartient au livre XGI ; il a été publié pour la première fois par Bruns et Giovenazzi en 1773» puis par Niebuhr en 1820, et a rapport à la prise de Gontrébie et à la guerre menée par Sertorius en Espagne. L'autre, moins étendu» nous a été conservé en partie par Sénèque le rhéteur' ; attribué au livre GXX» il présente le récit de la mort de Gicéron.

(1) Lacune à la fin du ch. 39.

(2) Le savant aUemand J. Freinsheim avait entrepris de faire pour toute cette partie un travail senoblable à celui qu'il a accompli pour la deuxième décade ; mais il ne l'a pas mené Jusqu'au bout : il a écrit en tout, y compris la 2* décade, quatre-vingt-dix livres et, à partir du LXII*, la pénurie des sources originales l'a forcé de ne plus suivre, comme il l'avait fait jusquelà, la manière de Tite-Live.

(3) Suas., Vi, 22.

Ce qui nous frappe tout d'abord à la lecture de Tite-Iive, c^est rordonnance de son traTail, qui est celle des annalistes. Comme eux, passant rapidement sur les temps anciens, à mesure qu'il avance et qu'il se sent sur dû terrain sûr, il donne plus volontiers de l'extension au récit d'une histoire qui lui devient mieux connue. La première décade embrasse une période de quatre siècles et demi ; la seconde, trois quarts de siècle ; la troisième et la quatrième, environ une vingtaine d'années chacune. Comme eui aussi, il va d'année en année, et dès qu'il est sorti d^ incertitudes de l'antiquité, ison plan ne varie guère. Chaque fois, il commence par nous faire connaître les noms des consuls élus, ceux des préteurs et des commandants de la flotte chargés avec les consuls de la direction des armées; il nous indique le nombre des légions, des trou pesauxiliaires et des navires mis à leur disposition, ainsi que les provinces qui leur sont attribuées ; il a bien soin de nous énumérer les prodiges qui viennent d avoir lieu, les sacrifices qu'on a ordonnés et les fêtes religieuses qu'on a célébrées pour se rendre les dieux favorables ; puis il nous transporte tour à tour sur chacun des pays où la guerre se trouve engagée; il nous montre la marche des armées, leurs succès ou leurs revers ; et, à chaque péripétie, il nous ramène à Rome, nous fait voir l'effet qu'y produisent les nouvelles venues des camps ; il nous montre en même temps les délibérations du sénat, les tumultes du forum, les disputes civiles arec les antagonismes des classes et des personnages, les décisions prises sur les affaires du dehors et du dedans.

Cette méthode, d'une simplicité primitive, offre, je le vois bien, de sérieux avantages : elle permet d'accumuler avec ordre une grande quantité de détails, de juxtaposer

tout ce qui s'est produit simultanément et de mettre en saillie néanmoins les événements les plus importants. Mais elle n'est pas sans inconvénients. En dispersant ainsi notr& attention sur un grand nombre d'objets à la fois, elle exige de nous un véritable effort de mémoire; nous regrettons parfois de n'avoir pas entendu dire de suite tout ce qui a rapport à telle ou telle guerre, à telle ou telle discussion intérieure; et nous sommes tentés aussi de nous demander si, avec une autre ordonnance que celle des annalistes, Tite-Live n'eût pas été conduit à produire plus fréquemment des idées générales pour enchaîner chacune de ces séries de faits aboutissant à un résultat mémorable.

Toujours est-il qu'il ne se détourne pas un seul instant de son sujet qui est Thistoire de Rome. Il lui arrive bien parfois, en parlant des événements romains d'une année, de porter les yeux sur un fait qui se passé au même moment dans l'histoire d'un autre peuple; mais il a pour cela ses motifs. Dans le livre IV, par exemple, au chapitre 29, alors que Rome est loin de songer encore à aucune lutte avec Carthage, il mentionne l'arrivée pour la première fois d'une armée carthaginoise en Sicile ; c'est que le fait, indif-^ férent pour l'instant, ne l'est nullement pour l'avenir. « Aux grandes choses, dit-il, qui signalèrent cette année, il faut ajouter un événement qui semblait alors n'avoir aucun intérêt pour la république ; les Carthaginois, en qui nous devions trouver un jour de si terribles ennemis, appelés en Sicile par un des partis dont les dissensions troublaient ce pays, y firent pour la première fois passer une armée. :»

Insigni magnis rébus anno additur, niiiil tum ad rem romanam pertinere visum, quod Garthaginienses, tant! hostes futuri, tum primum per sedîtiones Siculorum ad partis alterius auxilium in Siciliam exercitum trajecere.

De même, un peu plus loin^ dans le même livre, au chapitre 37, lorsqu'il n'est encore question d'aucune guerre avec le Samnium, il signale la prise par les Samnites de la

ville de Valturne appartenant aux Etrusques ; c*est que Jes Samnites sont appelés à jouer bientôt un grand rôle dans l'histoire de Rome, et que Yultume n'est autre que la ville qui va prendre le nom de Gapoue. c A cette année, dit-il, on rapporte un événement qui ne concerne pas la république, mais qui néanmoins doit être noté ; c'est la prise par les Samnites sur les Etrusques de la ville de Yultume, aujourd'hui Capoue. »

Peregrina res, sed memoria digna traditur eo aimo facta, Vultornum Etruscorum urbem, quae nunc Capua est, ab Samnitilms •captam.

Il ne croit pas non plus, au livre YII (ch. 24), devoir passer sous silence l'expédition d'Alexandre d'Epire en Italie où l'appellent les Tarentins ; Rome, à la vérité, n'a pas alors à s'en occuper ; mais cette expédition n'est-elle pas comme le prélude de celle qu'elle aura à combattre elle-même un peu plus tard (Liv. XII-XIY), lorsque Pyrrhus, autre roi d'Epire, sera, lui aussi, appelé en Italie par les Tarentins? Il n'indique d'ailleurs que très brièvement l'entreprise et la mort tragique de ce prédécesseur de Pyrrhus, et il ne le fait que par nécessité : c Bien que le Destin Ht, a-t-il bien soin de remarquer, que ce roi n'eut pas à se mesurer avec les Romains, il me fallait parler -de sa guerre en Italie ; mais ces quelques mots suffisent. >

Haec de Alexandri Epirensis tristi eventu, quanquam romano bello fortuna eum abstinuit, tamen, quia in Italia bella gessit, pauds «dixisse salis sit.

Au livre IX (ch. 17), lorsque la fameuse défaite desFou^ Kîhes Caudines vient d'être vengée par Papirius Gursor, il rappelle que de tous les grands généraux que Rome produisit en ces siècles si féconds en héros pas un ne fut un plus ferme soutien pour sa fortune que ce vainqueur des terribles Samnites; et, sa pensée se portant sur Alexandre le Grand •qui, dans le même moment, conquérait l'Asie, il se demande ce qui serait arrivé si, Alexandre s'étant détourné de

l'Orient vers Tltalie, la légion romaine dirigée par un tel

consul avait eu à lutter contre la phalange macédonienne

commandée par up tel roi. La question est d'autant plus

naturelle que Macédoniens et Romains se rencontreront,

que ce duel de la légion et de la phalange se produira sous

les successeurs d*Alexandre. Tite-Live cependant ne se

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