‹ Histoire de la littérature latine au temps d'Auguste (volume 2)Chapitre 4 sur 46 · V.) Ovide était marié; nous pourrions, d'après · texte numérisé non relu

V.) Ovide était marié; nous pourrions, d'après

(1) Cf. 1^ partie, tom. II, p. 548.

(2) Voir Appendice ccczv.

(3) D'un sv^jet à peu prés semblable André Chénier tirera meilleur parti •dans son Élégie zviii-:

Vous me devez un peu cette beauté nouvelle.

tout ce qui précède, ne pas nous en souvenir. 11 nous le rappelle en nous présentant le récit d'une cérémonie religieuse, d'un caraetère tout hellénique» à laquelle il vient d'assister au cours d'un voyage fait en société de sa femme dansle pays des Falisques d'où elle était originaire Ml s'agit d'une fête annuelle qu'on célébrait à Paieries en l'honneur de Junon.

14. (50 V.) Comme il ne peut plus se faire illusion sur les écarts de sa trop belle maîtresse, il la coigure de bien vouloir au moins ne pas lui dévoiler elle-même les secrets de ses nuits. Il lui déclare qu'une femme n'est jamais coupable tant qu'elle peut nier ses fautes et que son déshonneur ne vient que de l'aveu qu'elle en fait;

Non peccat, quscumque potest peccasse negare ; Solaque deformem culpa professa faclt. *

Qu'elle le trompe donc aussi souvent qu'elle voudra, pourvu qu'il n'en sache rien ; et même ce qu'il aura vu, qu'elle le nie, il s'en rapportera à elle plus qu'à ses propres yeux. — Lorsqu'un amant en arrive à ce degré d'indulgence, son amour n'a plus d'histoire. Ainsi en est-il du sien et la pièce qui suit clôt le recueil .

15. (20 V.) Parvenu au terme de son œuvre, il dit adieu à la Muse qui la lui a inspirée, s'en promet une gloire qui

(1) Sasecoode femme ; car il n'avait gardé la première que pea de temps et la troisième était de Rome.

(2) C'est à peu prés ce que, dans une intention tout autre, professeront et la Macette de Régnier et le Tartufe de. Molière. L'une dira :

La faute seulement ne gist en la deflTence. Le scandale, l'opprobre est cause de l'ofTence. Pourvcu qu'on ne le sçacbc, il n'importe comment. Qui peut dire que non, n,e pèche nullement.

Sat. XIII, V. 1i5-148.

et l'autre

... Le mal n'est jamais que dans l'éclat qu|on fait. Le scandale du monde est ce qui fait l'offense, Et ce n'est pas pécher que pécher .en silence.

Tant., Act. IV, se. 5.

ïr

80 LIVRE QUATRIÈME. Cli. V, 5.

lui survivra et s'apprête à s'élancer dans une carrière pi os vaste,

Pulsanda est magnis area major eqais. ' -

La gloire qu'il se promettait par sa première œuvre suivie, il Ta obtenue; car cette œuvre a traversé les âges et encore aujourd'hui nous la lisons avec beaucoup d'intérêt. Mais il la surfaisait assurément lorsque, par elle seule, il se comparait à Virgile et à Catulle, en prophétisant à Salmone, sa patrie, une illustration semblable à celle qu'avaient assurée à Mantoue et à Vérone le poète des Bucoliques et le chantre do Liesbie. Il n'est ni leur égal, ni celui de TibuUe et de Properce, dont ses Amours rappellent les élégies. Son infériorité tient au peu de croyance qu'il nous inspire en la sincérité de sa passion ; nous n'arrivons pas, quelque attention que nous y apportions, à connaître Corinne aussi bien que Délie etCynthie, dont les traits caractéristiques nous ont été tracés avec beaucoup plus de netteté; et nous ne pouvons nous empêcher de le soupçonner d'avoir été plus poète qu'amoureux. Tandis que, chez les élégiaques ses prédécesseurs, nous sentons qu'une passion véritable a été la source de leur inspiration, nous nous demandons si lui n'a pas cherché de propos délibéré une liaison amoureuse pour y trouver l'occasion d'écrire

(1) Il fait allusion par là, non pas, comme on Ta cru quelquefois, aux Métamorphoses^ mais bien à la tragédie de Médée^ qui fut postérieure à la composition du livre 111 primitif dont cette pièce était déjà l'épUogue avant de devenir celui du recueil transformé ; notez qu'elle correspond au prologue de ce même livre où, placé entre l*c!légie et la Tragédie, le poète a promis à la Tragédie de la suivre après qu'elle lui aura accordé quelque délai.

des vers semblables aux leurs, s'il n'en a pas fait naître à souhait ou si son imagination n'en a pas modifié à son gré bon nombre d*incidonts de manière à présenter à ses lecteurs toute la série des situations diverses que comporte un poème de ce genre. Tout s'y retrouve en effet; les premières déclarations, les délices d'une nuit de triomphe, les exigences de l'avarice de la belle, ses cruautés et ses infidélités, son projet de voyage par mer, sa maladie avec péril de mort, le souci de l'amant, sa veillée devant la porte fermée avec le chant du IlapaxXxjjiOupsv, ses ruses devant le protecteur attitré ou devant le mari plus ou moins débonnaire, ses objurgations aux esclaves de la bonne volonté de qui dépend la réussite de ses vœux, son éloignement momentané et son invitation à venir le retrouver à la campagne, l'envoi d*un cadeau, ses condoléances sur la perte de Toiseau favori, la correspondance parles tablettes qui reviennent avec une réponse négative, les songes de mauvais présages, les menaces de séparation définitive, les humbles soumissions, la résignation finale, voilà les thèmes divers qui se présentent dans la trame complète d'un roman bien ordonné et dont il n'a garde d'oublier un seul. Mais ce qu'on y voudrait, c'est la tendresse pénétrante de TibuUe ou l'énergie continue de Pro perce.

Non pas que le sentiment y fasse tout à fait défaut, nous avons signalé ça et là des morceaux où battent vraiment les pulsations de son cœur : dans l'élégie sur la mort do TibuUe, par exemple, il ne.'prendpasl'accentd'une vaine rhétorique pour déplorerla fatalité qui ne respecte ni le talent ni la vertu et direla douleur causée par le trépas imprévu du jeune et brillant poète ' ; la pièce où il se plaint d'être seul dans le domaine paternel^ cette belle et fraîche campagne dont il ne saurait plus goûter le charme loin de sa maîtresse, est d'une touchante simplicité'; et celle où se mon-

(i) Appendice cccxiv.

(2) Appendice cccxii.

LIMtE QUATRIÈME. CO. V, 5.

tre le combat qui se livre en lai entre Tamour et la haine dénote aussi de l'émotion '.Malheureusement de telles pages sont des exceptions trop rares. En général, il s*émeut très peu, et souvent même si peu qu'il semble se faire un jeu de sa passion. Ainsi, ne se moque-t-il pas évidemment de sa maîtresse quand, après lui avoir juré qu'il ne l'a point trompée avec Tesclave qui la coiffe, il écrit immédiatement à celle-ci pour la rassurer et exiger d'elle uû nouveau rendez-vous en récompense des explications qu'il a fournies et qui la sauvent? Ne rit-il pas de lui-même lorsqu'il nous représente la maigreur de son corps, qu'auraient produite ses soucis, comme une excellente chose qui lui permet de se glisser commodément par rentrcbâillement des portes? Pouvons-nous le croire capable d'éprouver de grands tourments d'amour et le voir autre qu'un homme aimable qui court le monde galant pour y chercher son plaisir, sans rien prendre au tragique, après tant d'aveux spontanés sur ses nombreuses infidélités et sur son penchant à aimer toutes les femmes indistinctement? Et quelle conâauce, en fin de compte, devons-nous être disposés à accorder à la plupart de ses récits lorsque, dans une de ses dernières pièces, nous l'entendons témoigner son propre étonnement de la crédulité de ses rivaux qui n'ont pas su reconnaître dans les louanges données par lui k Corinne l'effet d'une poésie mensongère?

Ce qui domine dans les Amours, c'est l'abondance du développement et c'est l'esprit. Nul ne dispose de plus de ressources pour développer un sujet et l'on ne cesse jamais de retrouver en lui l'élève réputé de l'école des rhéteurs. A chaque instant, l'idée la plus simple s'enrichit sous sa plume de deux ou trois comparaisons consécutives. Veut-il raconter que sa maîtresse, dans la première surprise d'un mauvais traitement, s'est mise d'abord à trembler de tout son corps, puisa fini par pleurer :« Je l'ai vue toute saisie, dit-il, et ses membres tremblaient comme s'agitent sous le

(1) Appendice cccxv.

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