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vent les feuilles du peuplier, comme au souffle du zéphyr frémit le faible roseau, comme parle Notus est secouée la surface de Tonde ; puis ses larmes longtemps contenues coulèrent le long de son visage comme on voit, à la fonte des neiges, Teau qui ruisselle. »
Ëxanimes artus, et membra Irementia vidi ;
Ut quum populeas ventilât aura comas ; Utieni Zephyro gracilis vibralur arundo;
Summave quum tepido stringitur unda Noto. Suspeasaeque diu lucrymse fluxere per ora,
Qualiter abjecta de nive manat aqua.
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Ëxplique-t-il qu'il est honteux à une femme d'augmenter son bien des revenus de son lit et de vendre ses charmes au plus offrant, il assimile cette honte à celle des faux témoins qui se parjurent pour de rargent,-ou de l'arbitre qui tend sa bourse, ou de l'avocat qui fait acheter aux pauvres les ressources de son éloquence, ou du tribunal qui prévarique par amour de l'or !
Noo bene conducti vendunt perjuria testes ;
Non bene selecli judicis arca palet ; Turpe reo8 empta miseros defendere lingua ;
Quod facial magnas turpe tribunal opes ; Turpe tori reditu census aug»ire pnternos,
Et faciem lucro prostituisse suam.
Afflrme-t-il que pour les cœurs rebelles l'Amour est plus tyrannique et beaucoup plus intraitable que pour ceux qui reconnaissent son empire, il allègue l'exemple de la flamme, qui s'active lorsqu'on la remue, mais qui s'éteint quand on cesse del'agiter; puis de l'aiguillon, qu'on fait bien plus sentir aux jeunes bœufs qui refusent le joug qu'à ceux qui se plaisent à la charrue; puis du mors, dont soufl*re durement le cheval fougueux, tandis qu'on le rend à peine sensible au coursier qui de lui-même vole aux combats :
84 UVRE QUATRIEME. Cil. V, 5.
Vidi e^o jactaUs mots face crescere flammas,
El TJdi. nullo coacutienle, mon ; Verbera plu» fenint, quam quos juval usus aratri,
Delrectanl preisi duoi juga prima bovea ; Atper equuB duris conluoditur ora lopalis :
Freoa miaus aenlil, quisquis ad arma facit ; Acrius invitos multoque ferocius urget,
Quam qui servltium Teire Tatcntur, Amor. I, 2v. Il-i8,
La mythologie iDtcmeotsouventdaDssesampliflcations; car Ovide est érudit ; futur poète des Métamorphoses et des Fasses, il la coonait dans tous ses détails et s'en est formé comme ua vaste maf^asin de comparaisoDs, d'analogies et dû toutes sortes de figures de style, dans leijuel il puise à tout propos. S'il loue les magoiSques cheveux de Coriane, ilp^<'^s CD avoir assimilé la finesse à la soie la plus rare des Séri's, il les compare & ceux de Bacchus, à ceux de Phœbii^, a. ceux de la belle Dionée sortant des eaux '. S'il la voit rougir, il voit dans la couleur de ses joues celle que prend le ciel au lever de l'épouse de Tithon : Ouale coloralum Tilhoui coDJuge uelum Su bru bel.
S'il la chante, il lui promet la célébrité qu'a douoée la poésie ^ la nymphe lo, à U belle Léda, à la vierge Europe, toutes les trois aimées de Jupiter".
Il est vrai que, maintes fois, dans ces développements. il ni' sait pas s'arrêter ; qu'il s'agisse de pensées originales ou ilr réminiscences mythologiques, une fois lancé dans la coiii|iaraison, il va jusqu'au bout et donne tout ce qu'il peu! suQS s'apercevoir de la satiété que peut produire soa proctid^. Rappelez-vous l'élégie 1,9, qui repose tout entière sur une métaphore et d'un bout à l'autre établit le parai-
lèle entre le métier d'amoureux et celui de soldat. La pensée première est juste; Malherbe, qui la reprendra dans son ode à Louis XIII partant en expédition, l'exprimera brièvement :
Mars est comme TÂmour ; ses Iravaux et ses peines Veulent des jeunes gens.
Ovide commence aussi par l'exposer d'une manière très heureuse et réussit même à donner à son premier vers^
Militât omnis amans et habet sua castra Gupido,
cette forme proverbialo,sî difficile à trouver, qui se grave pour toujours dans la mémoire du lecteur ; s'il en serrait l'explication en dix ou douze vers, sans nul doute nous y prendrions un vif plaisir; mais l'étendre en quarante-six vers pour prolonger la même comparaison jusque dans ses moindres détails, n'est-ce pas s'exposer à en compromettre singulièrement l'intérêt ? Rappelez-vous, d'autre part, les élégies III, 6 et III, 12. Pour faire de la première une composition exquise, il suffirait, dans l'objurgation adressée au ruisseau débordé, de lui prouver le pouvoir exercé de temps immémorial par l'amour sur les fleuves en lui contant l'épisode charmant de l'Anio et dllia; mais cette sobriété ne faisait pas le compte de l'érudit et il tenait à nous étaler sa science par la fastidieuse énumération des amours, pour la plupart à peine connues, d'une dizaine de fleuves. Dans l'autre, un fatras semblable de souvenirs mythologiques gâte un sujet qui ne laissait pas que d'être heureux ; au lieu d'afflrmer simplement, à propos de la beauté de sa maîtresse, rendue merveilleuse par ses vers, le privilège qu'a le talent poétique de créer des fables, voilà qu'il s'avise d'appuyer son affirmation d'une vingtaine d'exemples parfaitement inutiles et dont le choix même semble on ne peut plus arbitraire ! L'abus est manifeste.
On en dirait presque autant de l'esprit dont il fait montre. Certes, il est des cas, et de très nombreux, où l'on
ne saurait qu'y applaudir. Parfois, en le répandaot d'une manière égale sur des pièces entières, il en fait des peintures do mœurs ou des études de caractères on ne peut plus piquantes et agréables & lire. Quoi de plus amusant, par âxemple, que ce récit des Jeux du cirque où nous le voyons assis près de la dame dont il veut faire la conquête, papillonnant à côté d'elle, causeur infatigable, lui souriant de la bouche et des yeux, s'întéresaant à ses moindres jjcstes et finissant par obtenir d'elle un regard qui est pour plus tard toute une promesse' 1 Quelle floe ironie et quelle counaissance du cœur dans la spirituelle leçon* que nous lui eutendoDs adresser à un mari débonnaire, dont il aime ]a Temme, mais dontia tranquille nature enlève tout charme à un plaisir qui n'est point disputé ! Et avec quelle habileté se retourne sa logique à l'égard d'un autre mari, d'un caractère tout dlfiérent, auquel il prouve, au contraire, comne le fera Ariste à Sganarclle dans l'École des Maris', que pas n'est besoin de surveiller une femme, la contraiote oc pouvant faire lavertul D'autres fois, sans se verser sur lios compositions entières, son esprit de finesse psychologique éclate en mots justes et expressifs, comme celui-ci, qui marque la confusion qu'il éprouve au souvenir d'affronts qu'il n'a pas eu honte de souffrir,
El que Doo puduit ferre, lulisse pudel ; m, i V. 4.
ot comme cet autre, dont la gradation descendante raille dL'licatoment la complaisante modestie de ses vœnx d'amour :
Aut amel, aul facial cur t%o semper ameni, Ah I nimium volui : taoluin patialur amari.
(l)&I.in, 2.
'i) El. Il, 19.
(J) Od retrouve m «ITet dans Uscê plus «J'OD trail de cette élégie lU, 4.
'. î do l'acte 1 de l'École des n
Qu'elle m'aime, ou qu'elle mérite de se faire toujours aimer, ou, si c'est trop demander, que du moins elle se laisse aimer !
Il n'est pas nécessaire d'ailleurs qu'il y ait lieu à cette sorte d'analyse philosophique d'un caractère ou d'un sentiment pour que s'exerce sa charmante faculté de saisir avec promptitude les nuances et de les rendre avec bonheur. La preuve en est dans les mille traits, les mille tournures qui viennent comme d'eux-mêmes s'offrir à lui pour relever maintes et maintes idées, voire des plus communes. L'antithèse surtout est le moyen auquel se plaît son esprit; il la façonne avec soin et la prolonge fréquemment. Mais, comme vous avez pu le remarquer, tout cela ne va pas sans défaut. Le soin même qu'il prend d'enjoliver les détails et défaire un sort à chaque vers nuit souvent au mouvement du morceau, et la spirituelle variété qu'il donne aux -formes multiples d'une même idée, n'arrête que trop, par une sorte detrépidation stationnaire, la succession des pensées. Ajoutez qu'il résiste rarement au désirde s'égayer et que son penchant à s'amuser lui fait porter plus que de raison la finesse de son analyse sur des détails obscènes qui, je le veux bien, blessaient moins les oreilles romaines que les nôtres, mais sur lesquelles cependant les autres élégiaques avaient beaucoup moins appuyé que lui. C'est aussi sans doute la même disposition joviale qui parfois lui montre les choses sous un aspect grotesque et lui fait émettre des traits d'une invention burlesque, comme cette Aurore dont l'âme est si noire que son fils Memnon a la peau d'un nègre,
quod erat tibi filius ater,
Materni fuerat pectoris ille color ;
comme cet Amour qui, étant tout nu, ne saurait avoir de bourse pour y déposer de l'argent,
Quo prciium condat, non habet ille sinum ;
88 UVHE QUATRIEHE. Cil. V, 5.
comme cette Elégie, daos laquelle il veut symboliser le chant d'amour et qu'il représeute s'avançant vers lui, les cheveux parfumés et coquettement noués, l'air décent, vêtue légèrement, avec la parure d'une amante, mais un pied plus long que l'autre, la claudication joutant encore à ses charmes. Pourquoi la dépeint-il boiteuse ? parce que co genre de poème a doux vcn< d'inégale mesure. Et n'estelle pas bizarre la manière de concrétiser ainsi une métaphore ?
Veolt odoratos Elegeia uexa capilloa.
Et. pulo, pes illl longior aller erat ; Forma decens, vestis tenuisaima. vuUus smaotis ; Et pedibUB vjtium cnus» decoris erat.
III, t V. 7-10.
De l'esprit et de la facilité de développement, non sans abus, de la grâce avec raffinement, et parfois, mais par^ fois seulement, quelque émotion et Ue la vérité dans le sentiment, telles sont les qualités d'Ovide, avec ses défauts, dans ces trois livres des /Imoun qui établirent dès le début sa réputation et qui, tout en présentant de nombreuses réminiscences d8 ses prédécesseurs, marquaient bien, par la manière de sentir, de penser et de dire, son originalité. De sa langue et de sa versification je parlerai tout à l'heure dans une note sur l'ensemble de ses oeuvres; mais lise présente ici, au sujet de l'art apporté à la forme de sa composition, une question particulière aux .Imouri et dont les érudits allemands, avec leur imagination curieuse de ces sortes d'études, so sont trop occupés pour qu'il n'en soit pas fait mention. Plusieurs ' se sont ingéniés à trouver dans ces élégies une science rythmique très compliquée. Vous vous rappelez la pièce I, 6 dans laquelle un refrain se répète cinq fois de huit en huit vers : on en conclutquo
(1) Voir aurtuut E. Hautenberg, De Arte compoeiClonia qua est in Coidii Amoribaa, Brcïtiu, 18(i8. — (f. L. Jlûller, De Ooid. Amorum libris, Philologm, XI pp. GO-'Jl ; l'JS.
la pièce tout entière doit se composer de huitains ou de doubles quatrains, d'autant plus que le refrain paraît pour la première fois au vers 24'' et que les vingt-quatre pre* miersversse prétentà cette division. La fin, àla vérité, pré* sente bien un obstacle, la pièce comptant en tout soixantequatorze vers, nombre qui n'est divisible ni par huit ni par quatre ; mais, comme il suffit, pour atteindre le résultat cherché, de supprimer le distique 65-66, qui seul empêche la combinaison, on ne manque pas de découvrir des raisons pour le prétendre interpolé. Remarquez d'ailleurs que, même si, l'interpolation étant démontrée, la pièce I, 6 se trouvait entièrement rythmée comme on le dit, cela ne prouverait absolument rien à l'égard des autres, puisqu'elle a un caractère spécial et appartient seule à la catégorie des chants riapsxXxjstOjpsv. Tel est pourtant le point de départ et Ion s'applique à découvrir dans le reste les artifices variés d'un système de strophes on ne peut plus savant. Arrive-t-on, par exemple, à reconnaître, dans l'élégie II, 10 le groupement :
on supprime comme interpolés les vers 27-28 et l'on obtient :
c'est à dire une série de quatre quatrains séparés par un simple distique d'un préambule et d'une conclusion formés l'un et l'autre de deux quatrains. La suppression d'un distique n'est-elle pas suffisante, on n'hésite pas à exécuter deux fois la même opération : Télégie II, 16 s*en trouve très bien, voyez plutôt : enlevez-lui d*une part les vers 13-14 et d'autre part les vers 31-32, vous constatez cette jolie combinaison ;
c'est à dire une série de six quatrains séparés, comme dans le cas précédent, par un simple distique d'un préam*
90 LITHE QUATRIÈME. Cti. V, 6.
bule et d'une codcIusïod qui se font pendant, le préambnle étant formé d'un distique et de deux quatrains, la conclusion inversement de deux quatrains et d'un distique. Certes ces hypothèses sont fort ingénieuses : seulement toutes les élégies, même avec le recours aux prétendues interpolations, ne s'y prêtent pas. Et puis, de quel droit, en vérité, exerce-lHjn ce recours contre des compositions poétiques en les condamnant en quelque sorte, chaque fois qu'elles ne s'adaptent pas exactement au système de synaétrie rythmique que l'on imagine, ausuppliced'unlitdeProcuste à la longueur duquel on les conforme par des coupures ? Laissons au brigand légendaire de l'Attique ces sortes de procédés arbitraires, cnutentons-nous de remarquer qu'Ovide, par le plaisir qu'il prend à redoubler ses comparaisons, à répéter la même idée sous deux formes, ù opposer aussi deux idées entre elles, se trouve naturellement entraîné à grouper ses distiques deux à deox; mais, si ses quatrains, qui aussi se succèdent parfois par séries, se trouvent interrompus tantôt par un distique isolé et tantôt par un sixain, ne nous obstinons pas à vouloir trouver toujours dans les divers groupements de sen vers des intentions do symétrie délibérépieat conçues et suivies et qui feraient de la poésie élégiaque de ses Amours une véritable poésie lyrique.
Dans le temps oii il composait et revisait l'ouvrage qui racontait plus oq moins véridiquement ses amours personnelles, il travaillait à une œuvre oit la fiction était bien autrement de mise, puisqu'il y disait, sous forme de correspondance entre amants, des amours dont il découvrait le roman dans les légendes antiques. La preuve qu'il n'aborda
pas ce travail seulement après avoir achevé le premier, c'est que, dans une des élégies du deuxième livre des Amours, il énumère un grand nombre des Hérotdes qu'il écrivait^ et montre même que plusieurs de ces lettres étaient déjà connues de ses intimes, puisque dès lors son ami Sabinus avait établi avec lui une sorte de concours épistolaire en imaginant des réponses à quelques-unes d'entre elles ".
Nulle part nous ne voyons qu'il les ait intitulées tout d'abord Hérotdes. Lorsque, dans Y Art (Taimer, il indique à ses lecteurs ceux des ouvrages dont ils auraient intérêt à donner lecture pour se procurer à eux-mêmes un moyen d'inspirer Tamour, il joint son nom à ceux des principaux poètes grecs et latins qui ont décrit la passion, et, après avoir recommandé de lire d'une voix douce et souple des passages choisis dans les trois livres intitulés, dit-il, les Amours, il conseille aussi de déclamer avec le même art quelqu'une des compositions qu'il appelle ses Lellres.
Deve tribus libris, tilulus quos signal Amorum,
Elige, quod docili molliler ore legas.
Vel tibi composila cantetur Epistola voce. Art. am.y III, v. 343-345.
De même, au cours de l'ouvrage ^, il se sert constamment de ce mot Epistola pour en désigner les divers morceaux. Peut-être donc le titre d' Hérotdes ne leur a-t-il été attribué qu'un peu plus tard, lorsqu'il eut écrit les lettres d'exil ; comme alors, il devint nécessaire de distinguer celles-ci des lettres d'amour, on aura dénommé les unes Kpistulx ex Ponto et les autres Epistulse Heroidum ou Epistulse hérotdes. Toujours est-il que ce titre est très ancien, qu'il âgure sur les manuscrits et les premières éditions, et que nous ne faisons même aujourd'hui que suivre l'exemple de gram-
(1) Amor, II, \% V. 21-26.
(2) Amor. Il, 18 v. 27-3i. — Il sera question de Sabinus dans un chapitre suivant.
(3) Her'otd., IV v. 3 ; XVII v. 1 ; etc.
92 UVRE Ol'ATRIEHE. CU. V, 6.
mairieDS latins, tels que Friscien*, lorsque Dousen retranchons le mot Episiulœ pour le réduire à la forme plus simple et plus Dette d'Héroides.
Ovide nous dit que c'était un genre d'ouvrage inconnu avant lui et dont il fut l'inventeur :
Ignolam hoc alili ille novavil opus.
Art. nm., 111 ï. 346.
Quelques commentateurs ont pensé qu'en s'exprimant ainsi, il s'était décerné une gloire qui ne lui appartenait pas, et que Properce, par sa lettre d'Aréthuse à Lycotas', était entré le premier dans cette voie. D'abord, il y aurait à débattre la question de savoir si la publication de l'élégie d'Aréthuse a précédé la composition de la première Héroïde d'Ovide, C. Kirchner l'affirme' et d'autres le nient* ; mais je partage l'avis de Kirchner. Je n'en pense pas moins que Properce n'a pas inventé le genre des Héroida. Sa lettre est la plainte d'une femme à son mari, d'^lia Galla à Postumus, deux personnes de son intimité, bien vivantes et qu'il dissimule seulement sous des pseudonymes; elle reste pour lui une véritable élégie qu'il confond absolument avec toutes celles du même livre ; jamais il n'a eu la pensée d'en faire un poème spécial sur la forme épistolairo duquel il aurait pu en régler d'autres. Les lettres d'Ovide, au contraire, par l'antiquité et la similitude des sujets comme par le caractère des personnages enjeu, sont d'un ordre tout particulier et écrites avec la conviction qu'elles formeront un ouvrage à part. Il n'y a donc aucune ressemblance ni dans la matière, ni dans les intentions, ni dans les procédés, et tout au plus a-t-on le droit de supposer qu'Ovide, avec la promptitude et la fëcoa-
(t) ITlM., X, 54.
lî) Prop,, El, IV, 11.
(3) De Prop. libro qainCo capita xeai. WUrnaris, I88j, p. 58. (♦j lurent» Piogi: Vlodol. a, 1881 : Beitriqe tur Kritik dea Onid. Heruiden, p. 7.
UVnB Ol-iTBIÉllB. Cil V 7
dite de son imaginalion, a pu, en li.a„', ,, Propercc, y paher »n preLor J imposition do
çonccptiondcfinicdontir„rnrî ir"",."™™* "= " L-iMpJr.tion lui en es? ven„e ,T ''°''°°'™''='-thémespoéliqnesqn-ilavatonî ' "'' -i" ""P-"™», des
-"Jets ,„e des professeur ™ f ^^ëS^'' f"" «' »'"» giquosdola Grèce proposaient il "^ ?^ '^'"''"'' ='"•»■ présenté ,uel,„-nn'd? Xe ÉrTo ■°'' "^ '""•" des s,tn.tio„sr„„„i„, pareesv?eilfe, J""' ° "■'" '"'"' "
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94 LIVHE QUATRIÈME. CU. V, 7.
est, mais elle a pris l'habitude d'interroger sur soo compte tous les étrangers qui passent par Ithaque et de leur confier à tout hasard des lettres qu'ils doivent lui remettre, s'il leur arrive de le rencontrer.
Quisquis ad hiec vert il peregrinam liUora puppim,
nie mihi de te inulla rogalus abil; Quamque tibi reddal, si le modo vident usquam,
Traditur huic digitis charta novata meis.
Dans celle-ci, elle lui dépeint les craintes, qui n'oni cessé de l'assaillir durant la longue guerre de Troie (v. 1-20), et maintenant que les guerriers grecs vaioqueurs racontent au milieu des leurs les exploits accomplis par eux et par lui, elle se plaint d'être la seule qui ne puisse se féliciter d'une telle victoire, puisqu'elle ne sait, ni les motifs de ses retards, ni en quel lieu du monde il se cache (v. 21-58). C'est en vain qu'elle s'enquiert de lui partout, et peut-être, pendant que la pensée de mille dangers la harcèle, est-il épris d'un amour étranger (v. 59-78). Mais non, elle repousse ce soupçon; elle a résisté aux instances d'Icare, son père, qui aurait voulu lui donner un second mari; elle restera sa femme toujours. Cependant elle est entourée d'amants qui s'attachent à ses pas et dilapident ses richesses (v. 79-96). Seule avec un vieillard et un enfant, elle est sans défense ; il est temps qu'il arrive, s'il veut fermer les yeux à son vieux père Laërte, fortifier de sa science son fils Télémaque et retrouver celle qui, jeune à son départ, ne sera plus qu'une vieille femme quand il la reverra (V. 97-116).
2. PiiYLLis A DÉMonioN. — Au retour de la guerre de Troie, le fils de Thésée et de Phèdre, jeté par une tempête sur les côtes de Thrace où règoe Phyllis, a reçu d'elle une large hospitalité, s'est fait aimer et allait l'épouser quand la mort de Mnesthée, usurpateur du trône d'Athènes, lui rendant la succession de son père, a précipité son départ pour cette ville d'où il a promis de revenir au bout de
quatre mois pour célébrer l'union conveuue.Mais letemp» lîxé s'est écoulé sans qu'il revint. Phyllis lui écrit.
Eului rappelant sa promesse (v. 1-6), elle lui dit combien la crainte et Tespérance ont longtemps partagé son âme, comment elle s'ingéniait à trouver des prétextes à son retard (v. 7-22). Doit-elle croire que, saus crainte di> châtiment réservé aux parjures, il viole tous ses serments? {v. 23-44). Doit-elle croire qu'une telle trahison sera la récompense et des bienfaits de son hospitalité et du don de son cœur ? Ses bienfaits, elle ne les regrette pas^ mais son déshonneur l'accable, (v. 45-62). Ti'omper une- Jeune fille crédulo n'est pas un acto digne du Sis de Thésée r de quelle gloire sera pour lui le monument futur oil, près do celui qui rappellera les grands exploits de son père, on lira seulement : « Ici est l'homme qui, par mensonge^ séduisit l'amante dont il fut l'hôte I » De toutes les actions paternelles il n'en imite qu'une, la seule dont Thésée sesoit repenti ; encore Ariane reçut-elle de fiacchus une divine consolation ; mais elle, que peut-elle attendre, devenue un objet de dédain pour ses sujets? [v, 63-90), Au souvenir des dernières paroles qu'il lui a adressées, elledevrait reprendre espoir (v. 91-102) ; mais peut-être a-t-il oublié déjà dans les bras d'une autre celle qui'Iui a tout donné, tout sacrifié (v. 103-12J) ; l'espérance qu'elle conçoit à la vue de chaque navire s'avançant dans le lointain est constamment déçue(v. 121-130) ; il ne lui reste plus, pour expier son déshonneur, qu'à se donner la mort, et ellcle fera en prescrivant d'inscrire sur son tombeau le nom de celui qui l'aura odieusement réduite à cette résolution, (v. 131-148).
3. BnisÉis A AciiiLLi;. — Agamemnon, craignant pour la cause des Grecs les suites du ressentiment d'Achille, vient de luiofirir, avec de magnifiques présentset la main d'une de ses trois filles, la restitution de Briséis ; mais le héros - irrité n'a rien accepté et le bruit court qu'il se dispose à partir pour sa patrie.
Briséis, dans la lettre qu'elle lui envoie, gémit sur 1&
LIVHE QUATHIEME. CU. V, 7.
peu il'ainoar qu'il lui témoigoe; car non seulement il l'a laissé enlever sans résistaoce, mais il ne l'a pas réclamée <v. 1-24), et, maîDtODaDt qu'on la lui rend avec d e riches présents, il la refuse (7. 25-45). Après tous les malheurs qa'elle avait subis, il lui avait pourtaot promis dans la captivité auprès do lui la plus douce compenaatioD ; était-ce donc pour la repousser ainsi et partir au loin sans elle ' ? Ab! s'il part, qu'il l'emmène avec lui ; elle est prête à le servir en esc!:ive près de la fière épouse à laquelle il s'unira. (V. 46-H^). Maisqu'il reprenne plutôt les armes, qu'il écoute sa prii r<' et qu'après avoir été le sujet de son ressentiment, elle ait le bonheur d'y mettre ftn ! (r. 83-102). EUo peut lui afllrmer par serment qu'elle n'a partagé la couchf d'aucun Mycénien; sans doute, il ne pourrait jurer de même qu'il n'a pris sans elle aucun plaisir d'amour, et, tandis que les Grecs le croient tout entier à sa douleur, il se livre ù la volupté, oubliant les combats comme s'il avait enseveli toute sa gloire dans les ruines de cette malbeoreuse ville de Lyrnesse où il s'empara d'elle (v . 103-J26). Elle voudrait qu'on l'envoyât près de lui comme ambassadrice, i-llo est certaine que, par ses caresses et ses larmes, | elle triompherait de son courroux, qu'il porterait sa colère sur Pergaine plutôt que sur elle-même et qu'il n'aurait pas la cruauté, par son abandon, de la condamner à mourir, elle qui ne consent à vivre que pour le servir (v.l27-ir>4).
■1. l'MKHHE A HippoLïTE. — Phèdre s'est éprise d'amour pour sou beau-tlls Hippolyte, qui, insensible, s'occupe toujours de chasse dans les forêts. Elle profite d'une loQgue alisi'Qce de Thésée pour déclarer sa passion.
Ce que ses lèvres se sont refusées à lui dire, elle ose le lui
fi ■■ 1 ï ici uac cxprcBsluii imagée
Quam eloe me Phlbiis ctDcseaDt œqwora remi», le Rm-idH a transparléc dans son IphigcnU au milieu du discouM ulr»* ■<• a \g*niemaoD :
Voyei luut l'HïilcepoDl blaoehisMnl sout dos ramct. lphig.,aet. I, m. V.
écrire ; car, après une vie sans reproche, Tamour est d'autant plus vif qu'il est plus tardif^ et le sien, connu d'elle seule, lui désordonné l'âme et lui brftle le cœur (v. 1-52). Peut-être faut-il l'attribuer au destin d'une famille sur laquelle Vénus a si souvent levé son tribut (v. 53-66). Toqjours est-il que, du jour où elle l'a vu, la beauté flère et mâle dont il est doué l'a émue jusque dans la moelle des os, et tout ce qu'il fait la charme (v. 67-84). Qu'il sache seulement» en se livrant aux exercices de Diane, suivre l'exemple de chasseurs fameux et ne point mépriser les droits de la déesse des amours; sans l'amour, les bois ne sont que des lieux sauvages ; ils cesseront de Tètre, si ellemême l'yaccompagne relie peut habiter aveclui le royaume dePitthée * qu'elle préférera à sa propre patrie (v. 85-108). Ont-ils tous les deux à respecter Thésée, quand, mauvais père, il a tué. la mère même d'Hippoly te et lui a. associé des frères d'un autre litquand^mauvaisépouxjlne reste si longtemps loin de la couche conjugale que parce qu'il se trouve
mieuxchezsoncherPirithoiis?(v.l09-128).Etqu'Hippolyte ne s'épouvante pas à la pensée de l'amour qu'elle lui offre ; un simple préjugé, dont se moquent les dieux, ne doit pas les arrêter; leurs liens de famille eux-mêmes assureront le mystère de leurs relations. Que sans retard il se rende donc à ses prières ! (v. 129-148). Car ce sont bien des prières qu'elle, fille de Minos, petite-flUe du Soleil et de Jupiter, lui adresse on ce moment, mettant à ses pieds toute la noblesse de sa race (v. 149-164); puisse*t-il ne pas se montrer plus inflexible que le taureau qu'a vu fléchir Pasiphaé', lorsqu'il aura lu jusqu'au bout ces supplications arrosées de tant de larmes qu'il ne voit pas ! (v. 165-176).
5. Œnone a Paris. — Priam, qu'un songe avait effrayé, avait ordonné de tuer Paris dès sa naissance. Sauvé par Hécube, sa mère, et élevé sur le mont Ida, il grandit au milieu des bergers, y fut aimé de la nymphe Œnone qu'il
(1) Trézéne où avait régné cet aïeul d*llippolytc.
(2) Mère de Phèdre.
épousa ou jura d'épouser. Un jour cependant il fut pris pour juge dans le grand procès entre déesses, où il se prononça en faveur de Vénus, qui lui promit la plus belle femme du monde, et, peu après, reconnu par son père, envoyé par lui en ambassade à Sparte, il en revint avec Hélène enlevée à Ménélas. C'est alors q.u'Œnone est censée lui écrire.
' Elle l'a préféré à tous, lui dit-elle, alors qu'il n'était que simple berger et que, flUe d'un grand fleuve, elle avait le droit d'aspirer à une haute alliance; elle se souvient de la douceur de leurs amours et des serments qu'il lui a faits (y. 1-32). Mais il les a oubliés. Du jour où il rendit son fameux jugement, elle se mit à craindre quelque malheur; cependant, lorsqu'il partit en ambassade, les larmes qu'il répandit et les mille prétextes inventés par lui pour retarder son voyage disaient assez son amour, leurs adieux mutuels furent touchants, et, après s.on départ, elle ne fit plus de vœux que pour son retour. Elle ne se doutait pas hélas! qu'elle priait alors en faveur d'une rivale! (v. 33-60). Quel ne fut pas son désespoir, à l'heure de l'arrivée, lorsqu'elle l'aperçut avec Hélène I (v. 61-76.) Et maintenant que va-t-il faire?La jeune fille, jadis fiancée du pauvre berger, n'est-elle pas digne par sa naissance d'entrer dans la famille de Priam ? Ne vaut-elle pas mieux que la femme [' adultère qui n'apporte pour dot que la guerre, qui lui
demande le sacrifice de sa patrie, et qui, après avoir trahi son mari, est capable de trahir son amant ?(v. 77-101.) Un n^ariage légitime comme celui d'Hector avec Andromaque, voilà ce que lui prescrit le devoir, et si, par sa légèreté, il a déjà causé les maux que prédisait Cassandre, qu'il réfléchisse, qu'il compare à la criminelle Hélène, plusieurs fois déjà coupable, Œnone qui lui a conservé la pureté de $oii aptiour, qui a résisté à Faune, aux Satyres de l'Ida, à Apollon lui-même, dont elle tient la science des médicaments, et qui. malgré cette science, ne pourra se guérir jamais du mal dont elle souffre, s'il ne reconnaît pas le droit qu'elle réclame dètre à lui le reste de ses jours (V. 102-168).
6. Hypsipyle a Jason. — Jason, partant à la conquête de la Toison d'Or, avait abordé à Lemnos où régnait Hypsipyle ; il répousa, resta deux ans avec elle,; puis, pressé par
..^es compagnons, reprit sa route, la laissant enceinte et lui
^promettant un prompt retour.
Après l'avoir félicité ironiquement de son arrivée victo-
, rieuse en Thessalie, elle lui dit par suite de quelle scène
^mouvante * elle vient d*étre renseignée sur ses hauts faits
.et aussi sur sa trahison (v. 1-40). Se laissant aller alors à sa douleur indignée : « Voilà donc,s*écrie-t-elle, ton respect des. liens sacrés d'un mariage légitime, la conclusion de
.toutes tes larmes du départ et de tous mes vœux ! (v. 41 -7&). Ce n'est même pas pour une fomme grecque imposée par ton père que tu me délaisses, c'est pour une magicienne éhontée dans les bras de qui tu ne saurais t'endormir sans crainte et qui te dérobera jusqu'à l'honneur de tes exploit^ puisque déjà le public les attribue à sa magie (v. 79-108).
Je suis de race divine pourtant, je suis reine^ et, de plus, mère do deux enfants, les tiens, en qui tu te reconnaîtrais, et que je t'aurais envoyés pour te rappeler à moi, si je n'avais craint de faire d'eux les victimes de cette empoisonneuse de Colchos ; enfin elle est criminelle, je suis pure ; et c'est elle que tu préfères ; la scélératesse triomphe de la vertu! (v. 109-140). Dis-moi, si un naufrage vous avait poussés tous les deux dans mon port, quelle mort n'auriezvous pas méritée pour prix de votre perfidie? Je t'aurais épargné, mais rendu témoin de ma vengeance sur ma rivale. Ahl que Médée subisse à son tour tous les maux quej'endureet que maudite soit votre couche ! »(v. 141-164). .. 7. DiDON a Ênée. — Le poète prend Didon dans la situation où l'a dépeinte Virgile au moment où Énée s'apprête à; leyer l'ancre.
Tu vas, lui dit-elle, chercher un royaume qui t'est inconnu et tu as ici un sceptre à toi ; mais quand tu réussirais, où trouveras-tu une femme qui t'aime autant qne
(1) Voir Appendice cccxvi.
moi? (V. 1-22). Mon amour est tel qu'il m'enlève la raison ; je m'adresse à ton cœur comme s'il ressemblait à celai de ta mère Vénus ; ne dois-je pas plutôt implorer la tempête, qui te rejetterait sur mes rivages? (v. 23-44). Mais la tempête, si furieuse en cette saison, pourrait aussi causer ta perte; car les abîmes ne pardonnent pas aux parjures. Y penses-tu? Songe aux remords qui seraient les tiens à l'heure fatale; et, si ce n'est pour moi, retarde ton départ en considération de ton fils Iule et de tes dieux pénates eaxmêmes (v. 45-78). Il est vrai que ton récit au sujet de tes dieux et de ta piété n'est que mensonge ; tes divinités se vengeaient de toi, pour avoir délaissé ta femme Créijse, lorsqu'elles t'ont fait errer par les mors durant sept ans avant d'aborder chez moi. Et plût au ciel que je ne t'eusse alors ofiertque mon hospitalité et mon royaume sans oublier dans tes bras le respect dû à la mémoire de Sichée! Tes paroles seules ont fait ma faute (v. 79-110). La fatalité s'acharne sur moi. Après tant de malheurs passés, voici que tu me laisses au milieu de prétendants africains qui me déclarent la guerre parce que je t'ai préféré à eux. Peut-être aussi me laisses-tu mère? C'est le ciel, dis-tu, qui t'ordonne ce départ. Si le ciel était pour toi ce que tu dis, il t'aurait rendu Troie sans te parler d*un pays que tu chercheras jusqu'à ta vieillesse. Laisse ces détours; transporte Ilioa dans la ville des Tyriens, et si tu veux pour Iule et pour toi des combats, nous t'en fournirons (v. 115-156). Au nom de ta mèro Vénus, au nom de ton frère Cupidon, épargne du moins la maison qui s'est livrée à toi. Je no t'ai fait que du bien et je veux t'en faire encore ; je connais ces parages et te dirai moi-même l'époque la plus favorable à ton pro* jet; laisse à la mer et à mon amour un délai qui les calmera. Sinon, ma sœur Anne le sait, je suis prête à mourir et c'est toi qui m'auras donné la mort (v. 157-196).
8. Hehmione a Oreste *. — Tyndare, grand-père d'Heiv mione, l'avait donnée en mariage à Oreste pendant que
(1) Voir Appendice ccczvii.
Ménélas, son père, devant les murs de Troie, l'avait promise à Pyrrhus, fils d'Achille. Fort de cette promesse, Pyrrhus l'a enlevée ; mais elle aime son mari et elle Finvite à venir en Êpire pour la délivrer.
Elle dit l'indigne traitement qu'elle subit auprès de Pyrrhus (v. 1-14), rappelle à Oreste que Ménélas lui a donné l'exemple en sachant réclamer sa femme, que ses droits à lui aussi sont incontestables, qu'il est d'ailleurs l'égal de Pyrrhus par la naissance et aussi par le courage, si regrettable qu'aient été jusqu'ici les circonstances où sa valeur a pu se montrer et de quelque blâme indigne que Pyrrhus ose le couvrir àcesujet devant elle. (v. 15-64,) Par une énumération des malheurs dont la fatalité semble avoir poursuivi sa famille et par le tableau de sa triste enfance, tout entière écoulée sans baisers maternels et loin de son père, elle l'apitoie sur sa destinée; (v. 65-98) un seul bien lui était échu, c'était lui, et s'il ne combat pour lui-même, il lui sera ravi ; aussi ses nuits sont-elles horribles; et, elle le jure, si elle ne redevient sa femme, elle en mourra (v. 99-122).
9. Dëjanihe a Hercule. — Hercule, vainqueur du roi d'Œchalic, Eurytus, s'est épris d'amour pour sa fille lole, qu'il a emmenée pour l'épouser. Déjanire, qui vient d'envoyer au héros, son mari, la tunique de Nessus avec la conviction de le ramener ainsi à la fidélité conjugale, lui adresse une lettre de reproche.
Elle commence par le féliciter de son nouveau triomphe, mais elle le plaint de l'inutilité de tous ses exploits, dont l'éclat ne doit servir qu'à mettre plus en lumière l'infamie de sa conduite, (v. 1-26.) Elle gémit d'être la femme d'un héros qui, toujours absent pour des expéditions valeureuses, ne cesse de lui inspirer mille craintes pour sa vie, et qui, en même temps, lui cause mille tourments par le nombre et la honte de ses amours. Dans une longue énumération, elle oppose la gloire de ses hauts faits et le déshonneur de sasoumission à des femmes qui 9e devraient être que ses esclaves (v. 27-118). Jusqu'à présent du moins, elle n'avait
pas été témoin de ses fautes, mais voilà qu'Iole s'avance devant elle, toute parée, publiquement triomphante ! La femme légitime va-t-elle donc être expulsée pour lui faire place? A cette pensée son sang se glace (v. 119*136). Elle se rappelle pourtant le temps où il l'aimait, où ilcom* battait pour elle et contre Achéloiis et contre Nessus — V. (136-142)... [Ici la lettre est tout à coup suspendue ; Déjanire vient d'apprendre l'effet terrible de la tunique.]... Elle exhale alors son désespoir, explique l'erreur fatale qui l'a séduite, et, prenant la résolution de se donner la mort, dit adieu à son époux et à leur jeune fils Hyllas (T. 143-168).
10. Ariadnb A Thésée. — Thésée, vainqueur du Minotaure grâce à Ariadne, a quitté la Crète avec elle, puis l'a abandonnée, pendant son sommeil, dans l'île de Naxos.
Elle lui dit l'épouvante de son réveil, sa course au rivage, son ascension sur la montagne d'où elle découvrit le navire en fuite, ses appels, ses signaux désespérés, son retour lamentable vers sa couche solitaire (v. l-5r).) Que peutelle faire ou espérer dans cette île déserte ? Que ferait-elle, même avec un moyen de transport, exilée désormais de sa patrie qu'elle a trahie ? Et voilà la récompense de tant d'amour ! De la même massue qui a abattu le Minotaure, ileûtdû la tuer plutôt quede la laisser ainsi exposée à la dent de bétes féroces, au honteux esclavage de ravisseurs. Plût au ciel qu'elle ne l'eût pas connu I (v. 56-110 ) Le sommeil, les vents, la trahison, tout s'est ligué pour sa perte. C'est ici maintenant qu'elle va mourir sans sépulture. Et lui, quand il célébrera dans sa patrie sa victoire du labyrinthe, s'il est sans pitié, à tous ses titres de gloire joindra-t-il aussi ce perfide délaissement I Ah ! que plutôt il songe à ses lamentations, à ses maux ; que, ne voulant pas être la cause de la mort de celle qui l'a sauvé, il revienne !' Peut-être déjà ne trouvera-t-ii que des ossements, il les* recueillera du moins! (v. 111-150)
11. Canacé A Macarée. — Fille et fils d'Éole, roi des vents, ils se sont aimés et de leur inceste est né un enfant'
dont la naissance n'a pu être cachée à leur père. Macarée s'est réfugié dans le temple de Delphes ; l'enfant doit être livré aux bêtes dans la forêt; Ganacé vient de recevoir d'Eole une épée avec Tordre de se tuer.
Elle se représente écrivant d'une main et portant danB l'autre le glaive qu'elle a reçu d'un père plus féroce que les vents furieux auxquels il commande (v. 1-20). Ellô répète à son criminel amant les premiers symptômes du; fruit de leur amour^ les craintes qui l'ont torturée pen-* dant sa grossesse, les efforts tentés pour y mettre obstacle (v. 31-44), le supplice qu'elle a enduré en étouffant ses eris, pendant l'accouchement (v. 45-6^), la ruse de la nourrice qui, en simulant un sacrifice, a cherché à enlever secrètement l'enfant du palais, les vagissements du nouveau-né qui s'est trahi lui-même et qu'Êole en fureur ordonne d'exposer aux bêtes (v. 63-92) ; elle dit enfin la condamnation qu'elle vient de recevoir, et, s'apitoyant sur elle-même comme sur le pauvre innocent qui paye de sa vie la faute de ses parents, elle supplie Macarée de réunir et d'ensevelir ensemble ses restes et ceux de leur fils (V. 93-128).
12. MÉDÉE A Jason. — Jason vient de répudier Médée pour épouser Créiise, fille du roi de Corinthe. ' Après une première plainte sur le changement que pro* dnisit sur sa destinée l'arrivée des Argonautes à Colchos (v. 1-20), Médée, pour faire rougir Jason de son ingratitude, se plaît à lui rappeler les bienfaits qu'il a reçus d'elle : hœc de le gaudia soia feram. Comment elle l'aima dès l'heure où elle le vit ; quels serments d'amour elle reçut bientôt de lui ; de quel secours elle lui fut pour vaincre et les taureaux enflammés, et les guerriers nés de la semence envenimée, et le dragon gardien de la toison d'or; comment, après avoir trahi son père et tué son frère, elle délaissa sa mère et le suivit à travers mille dangers jusqu'à lolcos où, pour le servir encore, die abusa les filles de Pélias en leur faisant commettre pieuseipent un horrible forfait : voilà ce dont elle le fait souvenir (v. 21-132).
104 LlVnE QUATKIÈME. CH. V, 7.
cQue d'autres me blâment, lui dit-elle ; mais non toi, qui m'as rendue si souvent coupable. Et c'est toi maintenant qui me dis de sortir de ton palais ; tu épouses la fille de Créon ; tandis que mon art magique est impuissant à calmer ma douleur, tu la feras se moquer de moi, toute fière sur sa pourpre de Tyr I (v. 133-182). Écoute mes paroles ; je te les adresse à genoux au nom de nos enfants ; je ne te ré* clame rien que toi-même, toi que j'ai bien gagné et qui t'es donné à moi. Ne demande pas où est ma dot : je te l'ai fournie, c'est la toison d'or, plus précieuse que la dot de Creuse, c'est ta vie, tout ce que tu es. Mais prenez garde, je.... :^ (V. 183-207). Et elle s'arrête, n'osant, dans le trouble do son cœur, formuler déjà une vengeance dont peulr être elle se repentirait (v. 208-211) '.
13. Laodamie a PfiOTÉsiLAîjs. — Laodamic a appris que son mari, parti pour Troie, est arrêté en Aulide par des vents contraires avec les autres Grecs.
Elle regrette que les vents n'aient pas empêché tout d'abord un départ qui l'a jetée dans la plus profonde affliction (v. 1-42). Toutes les fois qu'elle pense à la guerre entreprise par les Grecs, à la puissance dllion, à la valeur connue d'Hector et des autres Troyens, elle s'effraye des dangers que va courir celui qu'elle aime* Elle l'avertit de s'épai^ner et de laisser à Ménélas surtout le soin de se venger. Certains présages sont mauvais ; un, entre autres, menace de mort le premier des Grecs qui touchera le sol troyen ; qu'il y prenne garde (v. 43-102). Elle ne cesse de rêver à lui, de prier les dieux en sa faveur, d'aspirer à
(1) La même pensée qu*Ovide fiait exprimer ici à Médée,
Quo ferct ira, sequar. FacU fortasse pigebit;.... Ncscio qaid certo mena mea majus agit, sera rendue par Racine qui fera dire à Mithridato en parlant de Monime :
Qu'elle ne pousse point cette même tendresse, Que sais-Je ? à des fureurs dont mon cœur outragé Ne se repentirait qu'après s'être vengé.
Mithrid., act. Il, S4:. V.
( Il
rr^;.'
l'heure de son retour. Mais ses craintes ne sont pas causées seulement par Ilion, elle redoute aussi les flots, et puisque des vents contraires ne sauraient plus décider les Grecs à revenir, elle leur souhaite une mer facile (v. 103- 136). Dans sa douleur, elle envie le sort des Troyennesqui, tout en craignant pour leurs chers combattants, seront du moins toujours près d'eux, tandis qu'elle n'a auprès d'elle qu'une image en cire de Protésilaiis et ne peut que par lettre lui témoigner son amour en lui recommandant, s'il songe à elle, de songer à son propre salut (v. 137-166).
14. Htpermnestre a Ltncée. — Seule des cinquante filles de Danaijs qui eût désobéi à son père en ne tuant pas, le jour des noces, celui des cinquante fils d'^gyptus dont elle devenait la femme, Hypermnestre a été jetée en prison.
Elle avertit Lyncée, ce mari qu'elle a sauvé, du cruel traitement qu'elle subit en punition d'une désobéissance dont elle ne se repentira jamais (v. 1-16). En racontant dans ses détails cette nuit sanglante, qui a fait le déshonneur de son père et de ses sœars, elle lui dit comment, le fer en main, elle a failli, elle aussi, se couvrir de honte par une aveugle soumission, lorsque, l'amour, qu'elle conçut pour lui, arrêtant son bras, la décida à le réveiller et à lui procurer le moyen de fuir. Une prison est maintenant le prix de son dévouement (v. 17-84). « Apparemment, ditelle, le courroux de Junon persiste depuis le jour où elle l'exerça sur lo l'infortunée, qui, génisse, courut par toute la terre avant que le Nil lui rendit ses traits de femme; ma vie entière fut lamentable ; aujourd'hui je pleure tous mes frères, toutes mes sœurs, et, parce que seul tu survis, on me réserve au supplice. Mais es-tu digne de ce que j'ai fait pour toi ? viens, ou tu me sauveras, ou tu me rendras les honneurs funèbres, s'il est dit que je doive endurer la mort dont je t'ai préservé (v. 85-132). :^
15. Sapho a Phaon. — Dédaignée par Phaon, dont la beauté a touché son cœur, Sapho a résolu de s'exposer à répreuve du saut deLeucade; mais auparavant elle fait
106 LIVRK QUATRIÈME. CH. V, 7.
une dernière tentative auprès de lui pour le ramener à elle.
Qn*il ne s*étonne pas de recevoir une élégie, c'est le seal chant conforme à la douleur de celle qui, objet des vœux de tant de femmes, n'appartient qu*à lui (v. 4-20). Elle le trouve aussi beau qu'Apollon, aussi beau que Bacchus, et si, de son côté, elle n*égale en beauté ni Daphné, ni Ariadne; qu'ils aimèrent, celles-ci ne savaient point chanter comme elle, et lui la trouvait belle lorsqu'elle lui disait ses vers et qu'ils se livraient ensemble au plaisir. Maintenant il la; dédaigne et c'est aux filles de Sicile que vont les doux mensonges de sa bouche (v. 21-56). Puisse la déesse Ëryx protéger la pauvre Sapho, qui fut malheureuse toute sa vie,, et dont le cœur sensible s'est laissé ravir par un adolescent digne d'être aimé de l'Aurore, de Phœbé et de Vénus t (v. 57-96). Sans doute, il ignore l'état dans lequel son brus* que départ Ta jetée ; mais, sans aucune honte, elle montre sa douleur à tous, et ce n'est passeulement, la nuit, dans ses songes, qu'elle le voit et lui parle au milieu de vaines caresses ; le jour, éperdue, les cheveux épars, elle erre dans les bois, elle va revoir les lieux jadis témoins de leur tendresse, elle y chante son amour méconnu ^ (v. 37-166). Ré* cemment une naïade s'y est présentée à elle, lui a rappelé la vertu du saut de Leucade; et sa résolution est prise, elle ira, malgré le péril, s'y précipiter, s'il ne revient fv. 157- 184). Maissera-t-il assez barbare pour se rendre responsable d'un tel acte? Et pourquoi la douleur, qui la prive de son génie, ne lui laisse-t-elle pas la force de le persuader? Hélas! le poète des femmes de Lesbos ne se retrouvera qu'au retour de Phaon. Que Vénus et Cupidon amènent donc au plus vite son navire vers elle, ou bien que par une lettre cruelle il lui dise qu'elle doit recourir aux eaux de Leucade I (v. 185-220.)
16. PARIS A HÉLÈNE. — - C'est la plus longue des lettres da recueil. Paris est supposé l'écrire, étant à Sparte, pour séduire Hélène en l'absence de Ménélas.
(1) Voir Appendice ccczviii.
II lui déclare son amour et, aân qu'elle n'ignore rien^ il lui dit comment il a été conduit vers elle par un avertissement divin ; car ce n'est ni en naufragé, ni en négociant» ni en voyageur curieux qu'il est venu à Sparte; le désir d'admirer les charmes d'une femme qu'il souhaitait déjàavant de la connaître et l'arrêt du destin l'y ont poussé (v« 1-40). Il lui conte alors sa naissance; son jugement en faveur de Vénus, qui lui a promis comme objet d'amour la fille de la belle Léda; Tambition qui, dès ce jour, envahit son cœur; le bonheur qu'il eut presque aussitôt d'être reconnu par son père; son départ d'Ilion malgré les objur^ gâtions de Cassandre; puis l'hospitalité de Ménélas qui la lui fit voir, et la passion ardente qui le dévore depuis qu'il a contemplé sa beauté célébrée dans le monde entier, mais plus grande encore que sa célébrité (v. 41-141). Il ne com-* prend pas que Thésée, après l'avoir ravie, aft pu se séparer d'elle, et ce n'est pas lui assurément qui, l'ayant préférée à tout ce que lui promettait Junon, consentira jamais, si elle exauce sa prière, à renoncer à elle (v. 142-160). Il n'est d'ailleurs pas à dédaigner : son père tient le sceptre de l'Asie et elle trouvera chez lui une opulence que la noble, mais pauvre Lacédémone ne saurait offrir; s'il est Phrygien, Tithon, qu'épousa l'Aurore, Anchise, qu'aima Vénus; sont Phrygiens aussi; Ménélas, sauf peut-être ses aïeux, n'a rien qui le rende préférable à lui (v. 161-212). Il dépeint lé supplice qu'il subissait à table en présence de ce mari qui la caressait sous ses yeux et les tourments qui l'agitent lorsqu'il est loin d'elle. De deux choses l'une : ou il s'en retournera avec elle comme épouse, ou il sera enseveli dans l'exil à Ténare (v. 213-281). II a beaucoup de choses encore à lui dire; qu'elle le reçoive, une nuit, pendant qu'est absent Ménélas. Un mari si peu soucieux d'elle qu'il choisit le moment de la présence d'un hôte pour partir en Crète, ne mérite-t-il pas son sort? Ils peuvent s'unir secrètement, s'entendre,et,si elle craint de paraître coupable en le suivant, il l'enlèvera. Que craint-elle ? Les vaisseauit sont prêts; là elle où ira avec lui, elle sera reçue comme une
divinité, comblée de dons ; et si, par hasard, Méoélas ose déchaîner la guerre, les Troyens, Hector et lui combatr tront valeureusement pour elle ; cette lutte du monde entier pour sa conquête la rendra immortelle (v. 282- 376).