‹ Histoire de la littérature latine au temps d'Auguste (volume 2)Chapitre 41 sur 46 · L'ÉRUDITION · texte numérisé non relu

L'ÉRUDITION

I. GRAMMAIRIENS. — Trois surtout se font remarquer par l'étendue de leur savoir. Ouvrages divers de Sinnius Capito. — II. C. Juuu» Hygimus. Sjod activité littéraire : Commentaires sur les poésies de Cinna ; Commentaires sur Virgile ; Vie des hommes célèbres ; De Jamiliis trojanis ; De urbibus italicis ; traité sur les dieux pénates ; traité sur les attributs des dieux ; De agricultura ; De apibus. Autres ouvrages qui lui soDt attribués sans certitude : les Genealogiœ, dont nous avons une reproduction très modifiée sous le titre de Fabulse ; les Astronomica, — III. M. Vkrrius Klaccus. Sa vie. Ses Fastes; ses Res memoria dignx ; son livre sur Saturne ; ses Res Etruscm ; son De Orthographia ; son grand ouvrage De oerborum significatu. Idée que nous pouvons nous former de ce dernier par la partie que nous possédons de l'abrégé qu'on a fait S. Pompcius Festus et par rabrégo, que nous avons, du travail de Festus par Paul Diacre. — IV. Autres grammairiens moins importants : Scribonius APHRODisius; Q C^CILIU^« EfiKoTA ; L. Crassitius: Cloatius Vkrus; Asco.vius; PANifROU'S Antonius ; Porckllu8;Cix)oius Tuscus. Rappel de poètes, orateurs et historiens qui témoignèrent par écrit leur érudition sur les questions de langage, de critique littéraire, etc.— V SAVANTS SPÉCIALISTES qui ont traité de l'art qu'ils pratiquaient. Le latin s'introduisant dans la science médicale et le médecin AntoniusMusa. Ce que nous savonsdcsa vie et de ses écrits. L'architecte Virauvius Pollto. Renseignements sur sa vie, sur son caractère. Date de l'achèvement de son traité De architectura. Analyse des dix livres et des introductions dont se compose cet ouvrage. Appréciation. — VI. JURISCONSULTES. Autorité nouvelle que leur accorde Auguste dans l'intérêt de sa politique. M. antistius Labko ; sa vie, sou caractère, sa valeur scientifique. Ses nombreux ouvrages : Posteriores libri;Probabilia; Libri epistolarum ; Libri responsorum; Liores sur les édits des préteurs ; Commentaires sur la loi des XII tables ; Commentaire sur le droit pontifical, — C. Ateius Capito. Sa vie et son caractère. Ses œuvres : Conjectanea; De of/lcio senatorio ; De pontificio Jure ; De jure sacriftciorum ; Epistulx. L'opposition de ces deux jurisconsultes donne lieu à la formation de deux écoles rivales longtemps célèbres. Autres jurisconsultes: Fabius Mkla ; Bl^su»; Vitellius: Vbranius. Spécîjneu de la langue législative du temps.— Vil. PHILOSOPHES : Ploticxs; Crispinus et Stbrtinius ; les deux Sbxtius ; Papirius Fabianus.

700 UVRE CINOUIÈME. CH. T. 1.

Aux orateurs, aux déclamateurs et aux historieDS, pour compléter le tableau des écrivains en prose, il faut joindre les savants qui, dans les diverses branches des connaissances humaines, se sont fait un nom. Des grammairiens^ des professeurs de sciences et d'arts, des j urisconsultes, des philosophes, qui se produisirent alors, il ne nous reste, à la vérité, qu'une seule œuvre complète et des abrégés on des fragments de quelques autres ; encore faut-il connaître le peu que nous possédons et savoir l'importance de ce que nous avons perdu.

Comme dans la période précédente, les grammairiens les plus érudits ne s'attachèrent pas à un genre unique d^ôtude. Non moins qu'à la grammaire, ils se livraient aux recherches historiques, géographiques et mythologiques» à la critique littéraire, quelquefois même à la théologie, à l'astronomie, aux sciences naturelles. Sans être aussi universels que Varron le Polygraphe et Nigidius Figulus \ trois d'entre eux surtout se firent remarquer par Tétendae de leur savoir ; Sinnils Capito, G. Julius HveiNUset Verrics Flaccus.

Le premier des trois est celui que nous connaissons le moins *. Aulu-Gelle le cite à plusieurs reprises ; il rappelle, au V" livre des Nuits AUiques ', « que Sinniusetses contenu porains nommaient imparilitas (disconvenance) la faute de grammaire à laquelle les anciens Latins donnaient le nom de Siribiligo », et il répète la définitioii du solécisme teUe que Sinnius l'avait exprimée; « Le solécisme est une con»>

(1) 1^* partie, toro. III, p. 558 sq.

(2) Cf. A. G. Eggcr, Latini sermonis oetustioris reUquim^ p. 63 si|q.

(3) Noct. A«., V, 20.

uvnE CINQUIÈME, eu. V, 1. 701

traction incorrecte et défectuease des parties du discoars ; solœcismus ext impar et inconveniem compositura parlium orwttonis. I II ^oute que cetto déâDÎtion se trouve dans ane lettre adressée à Clodius Tuscus. Capiton, en effet, avait donné à ses préceptes de grammaire, non pas la forme d'an traité, mais la forme épistolaire. C'est ce qui ressort d'UD autre passage des iVui'fs AUiquea dans lequel Aulu- Qolle raconte la discussion engagée par un de ses amis contre un pédant ignorant sur l'emploi régulier du mot pluria. « Il y a, dit l'arai, de Sianius Capiton, homme très éradît, un volumineux recueil de lettres qui se trouve, je crois, dans le temple de la Paix. La première lettre est adressée à Pacuvius Labéon et porte eu titre ces mots : Pluria non plura dici debtre ; on doit dire plwia el nonplura. L'écrivain y démontre par des principos de grammaire que pluria est latin et plura t)arbare. Je vous renvoie donc à lui ; il vous apprendra en mAme temps, si toutefois vous t'entendez, que pluria ou plura est un positif et non pas un comparatif, comme vous le croyez •. »

D'autre part, Feslus le cite une vingtaine de fois : d'abord, à propos de l'étymologie on de la signitlcatton des mots allerum, monstrum, maniiu, natio, pax, reu5, supplicia et suppUcattKnla, sinistrx aves, topper, lensa, lertium et quarlum (en troisième et quatrième lieu) différents de («-(io et vuario {troisièmement et quatrièmement) ; puis, au sujet de certaines expressions courantes comme : nuces millere in Ceria' libus (jeter des noix dans les fêtes de Cérès), nucea, la partie pour le tout, disait-il, parce qu'il était d'usage, pendant les fêtes, de lancer dans le cirque toutes sortes de projectiles ; fjuol servi, lot hotles, (autant d'esclaves, autant d'ennemis), expression, à son avis, qui devait avoir été dénaturée et dans la forme et dans le sens, les termes primitifs ayant été quoi hosles, lot servi, qui signifiaient que l'on réduisaiten servitude presque autant de captifs qu'il y avait d'ennemis ; vapula Papiria, vieille manière de parler qui, selon

(I) Noct. A«., V. Si.

702 UTRE CINQUIÈIIE. CH. T, 1.

lui» marquait le dédain et disait quelque chose d'analo^ne •à notre va te promener, je me moque de toi.

Les citations de Festus nous montrent aussi que Capiton ne s attachait pas seulement aux mots isolés et aux expressions courantes, mais qu*il s'efforçait d'expliquer des rers entiers comme celui de Lucilius :

Nequam aurum est, auris quodvis vebementius ambit,

et que, dans Tétude des proverbes, il ne n^ligeait pas de recourir aux anecdotes et aux faits historiques pour en faire ressortir le sens qu'il jugeait le plus vrai. Ce proverbe, par exemple, Rideo, inquil Galba canterio, (Je ris, dit Galba à son cheval), s'appliquait, disait-il, à ceux qui perdent courage dès le premier moment d'une entreprise et prov&> nait de ce que Sulpicius Galba, partant pour sa province et voyant son cheval tomber à la porte de la ville, lui avait dit ; « Je ris, ô cheval, de te voir si fatigué dès les premiers pas d'un si long voyage ». Cet autre Salva res est, dum cantal senex (Les affaires sont sauves, du moment que le vieillard chante) avait son origine dans une fausse alerte produite pendant la célébration de jeux en l'honneur d'Apollon; après avoir couru aux armes, on était revenu avec la crainte d'une interruption qui eût été de mauvais augure ; mais on trouva le vieux comédien qui n'avait pas discontinué sa saltation aux accords de la flûte ; Capiton ajoutait des détails sur la date et les motifs de ces jeux. De plus, ce que nous voyons qu'il disait d'un troisième proverbe, Sanii vénales alius alto nequior (Des Sardes à vendre l'un est pire que l'autre), nous prouve qu'il ne craignait pas à l'occasion de s'éloigner de Tavis le plus répandu : on attribuait généralement la cause de cette expression à la vente à l'encan, faite durant les jeux capitolins, de Véiens revêtus d'ornements étrusques, les Étrusques ou Tyrrhéniens passant pour être originaires de Sardes en Lydie ; lui racontait simplement qu'au moment de la soumission de la Corse et de la Sardaigne par T. Gracchus, on avait eu pour butin une multitude de captifs, la plupart sans aucune valeur.

De même, au mot sexagefiarii, en jugeant la tradition des vieillards et da pont du Tibre, il l'expliquait par ce simple fait « que^ la première fois qu'on traversa le pont pour voter dans les comices, les plus jeunes, aân d'élire des* candidats de leur choix, voulurent en écarter, comme inutiles à l'État, les sexagenarii. »

Festus d'ailleurs reconnaît volontiers que Capiton apportait à ses recherches plus de soin que la plupart des autres grammairiens et le mot nec lui fournit l'occasion de le constater : « Les grammairiens, dit-il, enseignent que cetteconjonction est pour ainsi dire disjonctive, comme dans cette phrase nec legit, nec scribil; si l'on y regarde de plus. près,ainsi que l'a faitSinnius Capiton, on peut croire qu'elle a été employée par les anciens pour non, comme on le voit dans les XII Tables : Asl ei cuslos née escit, »

Au surplus, tous les passages de Capiton rappelés par Festus n'appartiennent sans doute pas au seul recueil de lettres dont parle Aulu-Gelle. Il est probable que plusieurs sont extraits de ses autres livres. Quels étaient ceux-ci? Le grand nombre relatif de proverbes cités donnerait à croire qu'il avait traité à part cette matière; mais nous ne pouvons que le supposer, les écrivains anciens ne nous fournissant aucun titre qui s*y rapporte spécialement. Il n'eu est pas tout à fait de même pour d'autres sujets. Outre un traité de Syllabis qui lui est attribués Lactance désigne formellement ses livres sur les spectacles*, et saint Jérôme renvoie, pour un renseignement, « aux livres de Yarron et de Capiton sur les antiquités, LegamusVarronisdeanliquiia' libus libros ei Sinnii CapiUmis^ ». Par suite de cette dernière mention, l'érudit allemand M. Hertz, qui a consacré à co grammairien toute une dissertation, a émis l'avis qu*il était sans doute l'auteur d'une composition étendue, traitant des temps anciens à un point de vue beaucoup plus large que celui de la grammaire et intitulé Des Anliquiiis^.

(i) Pompeius. Gr. lat. V.

(2) Inst. dio.f \ly 20: «Sinnius Capito in IU>ri8 spectaculorum docet.

(3) In Gcnt., 111.

(A) Cf. M. HerU, Sinnius Capito, Berlin, 1845.

704 UVR« GINOUIÈXE. eu. Y, 2.

Ir,

G. JcLius Hyginus nous est un peu mieux connu. D'abord Suétone nous fournit sur son compte quelques renseignements biographiques ^ II le dit d'origine espagnole, sans dissimulercependant que plusieurs auteurs le croyaient d'Alexandrie et prétendaient que, tout enfant, il avait été amené à Rome par César après la prise de cette ville. Il était Taffranchi d'Auguste. Après avoir reçu une solide instruction, il s'était attaché au grammairien grec Cornélius Alexandre, de Milet, affranchi de Lentulos, auteur de nombreux ouvrages sur l'antiquité et qui, jouissant d'une renommée certainement supérieure à son mérite', s'entendait appeler par les uns Pdyhistor, l'Érudit, et par d'autres Historia^ l'Histoire personnifiée. Le succès qu'obtint bientôt Hygin tant par son enseignement dans l'école qu'il avait ouverte que par les premiers livres qa*ii publia, fit qu'Auguste lui confia la direction de la bibliothèque palatine, charge on ne peut plus honorable et qai dut, en mettant le sceau à sa réputation, augmenter encore le nombre de ses élèves. Les amis lettrés ne lui manquaient pas : parmi eux il pouvait se flatter de compter Ovide et l'historien C. Licinus, dont il a été parlé prëcédemment^ L'assertion de Suétone au sujet de ses relations intimes avec le poète de l'Art d'aimer semble bien écarter l'étrange accusation que des commentateurs ont parfois dirigée contre lui en voulant voir en sa personne l'infâme Égyptien qui poursuivit avec rage le malheureux exilé et dont celuici se vengea par le poème d'/6w*. Si l'on remarque qu'au-

(1) De illust. gramm., 20.

(2) Cf. M. M. Croisel, Hist, de la litt.gr., t. V, p. 306.

(3) Ci-dessus, p. 675.

{i) Voir, dans le présent volume, la note de la p. 271.

cune des lettres d'Ovide ne lui a été nommément adressée, il faut se souvenir des précautions prises d'abord par le poète pour ne pas nuire à ses amis en les nommant dans sa correspondance des Tristes, puis du but intéressé qu'ont eu la plupart de ses dernières lettres, les PorKt^ue^, lorsque se mettant à désigner ceux à qui il écrivait, il ne s'adressait plus guère qu'à des personnes en situation de faire en sa faveur des démarches utiles auprès d'Auguste. Or, à la fin du règne de ce prince, Hygin avait été dépossédé des fonctions de bibliothécaire dont l'avait gratifié la faveur impériale ; il était tombé en disgrâce ; et pas n'est besoin d'expliquer par une cause déshonorante pour un des deux amis le manque d'une correspondance publique qui eût pu devenir contre tous les deux un grief nouveau. Quant aux motifs de la disgrâce du grammairien, nous les ignorons. Sans doute, en témoignant dans quelque circonstance une trop grande indépendance de pensée, il lui était arrivé de froisser les sentiments de l'empereur, qui, à cette époque, vous le savez, n*avait pas à l'égard des lettrés la même indulgence qu'autrefois. Toujours est-il qu'il se trouva réduit à une extrême pauvreté et qu'il n'eut, dans ses dernières années, pour soutenir sa misérable existence, que les dons de l'historien Licinus. Ce dernier détail biographique nous est affirmé par Suétone qui le tenait, nous dit-il, d'un écrit de Licinus lui-même.

Hygin, par l'activité littéraire de toute sa vie, n'avait pas mérité une telle fin. Car, même sans lui attribuer tous les ouvrages qu'on se plaît à placer sous son nom, il est certain qu'on peut le considérer comme un des écrivains du temps d'Auguste qui ont le plus produit. Non pas qu'il ait traité du vocabulaire latin et de la grammaire proprement dite, mais ses livres, semble-t-il, ont embrassé presque toutes les matières de l'enseignement encyclopédique de l'école.

La critique littéraire et Tétude des. poètes qui formaient une des parties principales de cet enseignement furent naturellement l'objet de plusieurs deses écrits. Une citation

de CLarlwus nous iLOLtre q:i'il aTjiît patlL-r sa co:i.!i.rala!r*r de* pœ§:es de Cinna^ Mais ce fut soriouî Vir^e q:^ attira w>d att/^nûon. Aulu-GeUe iDenîioiiiie une prem'.rre foi» d*^* le coiûmtrnorment de sers .Viuu J/.*i7i»«f * ceîv? triuit- «p^:>C'ia]e : c'est au iujet des deux rers des Gèjrpq^es,

At Mipc»r i&dkium UcW mÂiiifesUis, et on Th»ûa liNitdfilum <eo&a iorqoebil amarur.^

Comme on lisait ordioairement am/iro, Aulu-^jelle rappelle que Lucrirce, déjà avant Virgile, s'était servi du mot arnaror et s'appuie, pour préférer cette version, sur le témoignage d'Iiygin: «iJe grammairien d* on mérite incontestable, dit-il, aflirme et soutient, dans ses Commteniaircs gur ViryiU, qu'ar/uiro n*est pas le texte du manuscrit do poète et qu'il faut mettre arnaror comme lui-même l'a la dans un exemplaire ayant appartenu à la famille de Virgile. > Plus loin*, le même auteur, en discutant sur la signification de l'expression are^ prsppeies, mentionne, mais cette fois sans la partager, Topinion d'Hygin qui blâmait Virgile d'avoir employé, à propos de Dédale, dans le vers

Praepetibus peonis au sus se credere cselo,

le mot pru*pes métaphoriquement dans un sens détourné de celui que lui donnait, au propre, la science augurale. Ailleurs encore*, Aulu-Gelle énumère trois erreurs relevées par Hygin dans le sixième livre de TÉnéide et que le poète, au dire du critique, n'aurait pas manqué de corriger, s'il avait pu mettre la dernière main à son œuvre. Enfin, nous voyons, tant par un autre passage des Nuit$ a/a'^ue^quepar

(1) Char., I : • J. Ilyginiis in Cinnœ propempUeo •. Ciona, outre son fameux poème do Snxyrna avait publié un Propempticon PoUionia.

{i) Sont. AU., I, 21.

(:i) Geo/Y/., Il, V. 2i5-246.

(<i) Noct. AU,, VI, 6. Dans le chap. 8 de son livre V également, Aul.-Gel. défend contre une critique d'Ilygin Tcxprcssion de Virgile Quirinali liluo pnroaque scdebat succinctus trabca.

(r>) Noct, AU. y X, 10.

LiVUE CIMJLltMH, Cil. V, î. 707

une mention de Macrobe, non seulement que les Commentaires sur Virgile étaient voiumiuccx, mais que le grammairien y avait fait preuve d'une connuissaucc nsse/. grande du droit pontifie»!. La pugc d'Aulu-Gelle, qui a l'avantage de nous fournir un fragment authentique de l'ouvrage, porte, au sujet du vers du livre VII de l'Éuéide, Centum lanigeras maclabat lite bideniea.

sur lasigniflcatioQ du mot ^ii^enfcs: «Voici textuellement, dit^il', les termes dans lesquels Hygin, qui parait n'avoir pas ignoré l'art pontifical, déflnit, dans le quatrième livre de ses Commentaires sur Virgile tes victimes appelées bidejtles :

Quœ bidcns est liostia, oportet habeat dénies ocio, s«d ex ttis à\n, ccterJB altiores, per quos appareal, ex minore xtale in majorem Iransccndisse..

Pour #lrc bidens, la victime doit avoir huit dénis, dont deux proéminentes cl qui prouvent qu'elle a passa 1<^ premier âge. »

Macrobe* reproduit la mèroe explication et parle comme son prédécesseur de la science d'Hygin ; seulement il attribue au V livre de l'ouvrage ce que l'autre dit tirer du IV"; il y a là sans doute une légère erreur de sa part, de sorte que, si l'on eu tient compte, on peut se contenter d'affirmer que l'étude sur Virgile se composait au moins de quatre livres.

J. Hygio ne s'était pas moins occupé des questions d'histoire et particulièrement de la biographie des hommes célèbres. Il avait consacré à ceux-ci deux ouvrages, dont l'un, passablement abrégé, est cité par Asconius sous lo titre De viris elaris, et l'autre, beaucoup plus détaillé, était intitulé De vila rebusque illustrium virorutn. Le premier, d'après les termes dont se sert Asconius pour le désigner\

(1) Noct. A((.,XVi, 6.

(i) Saturn., VI. 9.

{3) \M«a,,adCic., Pis.; - J. Hygioas dicit fa libro priore it virla

ne se composait évidemment que de deux livres. Le second en avait un grand nombre: Aulu-Gelle rapporte comme étant tirée du sixième livre la réponse faite par CFabricios, non moins pauvre que célèbre par ses exploits, aux députés Samnites qui lui avaientoffcrt une somme d'or considérable pour le tirer de Tindigence \ 11 est probable que, dans ce travail étendu, chaque biographie à elle seule formait la matière d'un livre entier : cela semble ressortir d'un autre passage d'Aulu-Gelle % dans lequel, à propos de certains faits merveilleux concernant Scipion l'AfricaiD, le témoignage d'Hygin est invoqué et rapproché de celui de C. Oppius, historien qui, au tempsde César, avait traité en un ouvrage particulier de la vie et des actions du vainqueur d'An* nibal.

Un autre de ses ouvrages devait rentrer dans le même ordre d'idées. C'est encore par les Nuits AUiques que nous en connaissons quelque chose. 11 était intitulé Exempta. Sans doute, tout en racontant par ailleurs la vie des hommes les plus illustres, Hygin avait tenu à réunir, dans un recueil spécial, ce qui, dans l'histoire, lui paraissait le plus digne d'être rapporté à ses élèves. Nous devons croire qu'il y avait fait figurer la reine Arthémise comme un modèle d'amour conjugal ; du moins la citation d'Aulu-Gelle rentre dans un récit des sentiments de tendre fidélité témoignée par cette reine après la mort de son époux Mausole. Non contente de lui élever un sépulcre qui mérita d'être compté au nombre des sept merveilles du monde, elle avait convoqué les meilleurs orateurs, pour le jour de l'ioauguration de ce monument, à un concours d'éloges, avec promesse d'un prix magnifique ; et Théopompe remporta, bien que Théodecte eût présenté à la fois une tragédie portant le nom du prince défunt et un éloge oratoire et que ce savant, ajoute le narrateur, «eût été, au dire d'Hygin dans ses Exemples, plus goûté encore dans sa tragédie que dans sa

(I) Noct. AU.. 1, 1^.

(ij NocLAtt.^ VII, 1.

prose ; m qtm eum magis quam in prosa placuisse Hyginus in Exemplis referlK:i^

Hygin avait aussi traité des familles romaines qui prétendaient retrouver leur orjginedans quelqu'un des Troyens compagnons d'Énée et, comme Varron, il avait écrit un De familiis trojanis. Etait-ce pour rectifier ou pour compléter celui de son prédécesseur? Nous ne savons; Tintention de se rendre agréable à Auguste, en plaçant avant toutes la famille Julia, devait y être pour beaucoup. Ce livre en tout cas, obtint du succès ; car il fit en quelque sorte autorité, puisque nous voyous, par une annotation de Servius sur VEnéide *, que Virgile y recourut en plusieurs des endroits de son poème qui ont rapport aux Troyens dont ces familles se disaient issues. Servius nous apprend par cela même que l'ouvrage avait dû être un des premiers de Fauteur et précéder d'assez longtemps Tœuvre de critique littéraire écrite après la publication de VÉiiéiile.

A côté de l'histoire, il était naturel qu'il ne négligeât point la géographie. De même, en effet, qu'il parla des hommes célèbres et des grandes familles de Rome, il disserta sur les villes de l'Italie. Servius reconnaît s'être souvent servi de l'ouvrage écrit par lui sur ce sujet ; il ne le désigne pas toujours de la même façon ; tantôt (ad JEn., III, 55S) il dit s'en rapporter au De silu urbium itali" caruM, tantôt (ad jEn., VIII, 638) il parle du De otigine wrbium ilalicarum, et, le plus ordinairement (airf ^n., I, 277 et 530 ; VII, 412 ; VIII, 597 et 600), il l'appelle le livre Urbium italicarum ou De urbibtis italicis ; ce dernier titre, plus général, est sans doute le vrai, les autres manières de parler se rapportant plutôt à la partie de la matière traitée par Servius dans le moment où il écrit une de ses annotations. Lui-même d'ailleurs explique quelque part qu'Hygin avait embrassé le sujet dans toutes ses parties : « Beaucoup

(1) Noct. AtLy X, 18. — Cf. MM. Croisct, HisL de la lit. gr., t. III, 2e éd., p. 383.

(2) Serv., ad .fJ/i., V, v. 389.

d'auteurs, dit-il S ont écrit sur les villes du monde entier, Ptolémée et Pline cependant d'une manière complète, l'un en grec, l'autre en latin; pour les villes de Tltalie aussi Hygin, comme Caton dans ses Origines, l'a fait le plus complètement possible (plenissime). » Et puis il me semble que les Saturnales ne nous laissent aucun doute sur cette question en nous montrant que l'œuvre se composait do plusieurs livres et en la citant aussi par le titre général : c J. Hygin, dit Macrobe, établit fort au long dans son second livre des villes (»n secundo libro Urbium) qu'un Pclasge nommé Hernicus fut le chef des Herniques '. > Macrobe, dans un autre passage, nous fournit un renscfgnemcnt de plus : il nous signale comme une des sources de l'auteur récrivain grec Protarchus de Tralles:« Janus, rapporte Hygin qui suit Protarchus Trallianus, possédait Tltalie de moitié avec Camèse, indigène comme lui. ^ ». A cette source nous pouvons joindre, sans crainte de nous tromper, je crois, les Origines de Caton et aussi les 'haAixi izsjj!.vr^;jLsv£jy.aTa, une des monographies historico-géographiques qu'avait composées le grammairien Alexandre Polyhistor, dont j'ai parlé tout à l'heure, le maître préféré d'Hygin. Quant à la valeur même de Touvrage, il est difficile de se prononcer ; nous voyons bien que ceux qui l'ont cité le considéraient comme une autorité de premier ordre ; toutefois plusieurs des citations mêmes de Servius seraient de nature à nous faire supposer que, sous le rapport au moins de quelques explications de noms de villes et de peuples, la science n'en était pas bien profonde : telles étaient celles des noms de Cœré, d'Ardée * et du peuple Sabin, ainsi appelé, d'après lui, d'un certain Sabo venu, dans !es temps les plus anciens, de Lacédémone en Italie \

(1) Ad /En., VU, V. 687.

(2) Saturn.y\y 18.

(3) Satura , 1, 7.

(i) Snv.. ad .En , VIII v. 507 cl VII v. \Vt. (o) Ad .'En., VIII V. 638.

Macrobe mentionne encore deux livres d'Hygin qui, sans lui, nous seraient totalement Inconnus. Au cours du chapitre qui a pour but d'expliquer ce qu'on entend par les dieux pénates et de démontrer que Virgile, dans l'emploi de ce mot, est resté fidèle à son exactitude ordinaire, il nous apprend qu'Hygin, dans le traité qu*U avait écrit sur les dieux pénates^, leur attribuait, entre autres épithètes qui leur revenaient de droit, celle de patrii dont Virgile s'est servi plusieurs fois pour les désigner*. Et, un peu plus loin, lorsqu'il veut prouver que beaucoup de choses, qui paraissent jetées au hasard dans V Enéide, sont, au contraire, dites avec intention et parfaitement raisonnées, il cite une expression' qui témoigne de la science du poète en matière de religion parce qu'elle est conforme « à l'opinion exprimée par Hygin dans son traité Des Attributs spéciaux des dieux sur les sacrifices d'oiseaux dus aux astres et aux étoiles* ».

Enfin, nous rencontrons dans Columelle et dans Pline le Naturaliste l'indication répétée de deux ouvrages du même grammairien, qui n'ont pas l'air tout d'abord de se rapporter à renseignement de l'école, mais qui cependant s'y rattachaient, tant par les rapports qu'ils avaient avec certains poèmes didactiques comme les Géorgigues, que par la grande importance que les anciens Romains avaient donnée et qu'Auguste s'efforçait de rendreà la science qui en était l'objet. Varron, au milieu de tous ses travaux d'érudition, s'était bien gardé de dédaigner les préceptes de l'agriculture; Hygin, qui semblait vouloir rivaliser avec lui pour la variété des écrits, l'imita et écrivit un traité De agricultura, Pline non seulement classe celui-ci au nombre des sources de sept de ses livres, mais en mentionne souvent les avis

(1) « In libro quem de diis penatibus scripsit. » Saturn., 111, 4.

(2) y€n.. Il, V. 702 cl v. 717.

(i) 1 llyginus euiin de Proprietatibus deorurn, quum de astris et stcllis loqucrelur, ail oportcre his volucres immolari. » Satura. ^ lll, 8.

712 UTRE CINOl'lÈME . CH. T, i.

d'uDe façon toute particulière : par exemple, au livre XŒ, 47 (24), sur le cytise; au lirre XVI, 83 (43), sur les sortes de bois à rccomniander pour les manches des outils de paysans; au livre XVIII. 63 (26), sur le moment où il faut tirer les vins au clair et les transvaser; au livre XIX, 27 (5), sur l'époque où doit être semé ou replanté le panais'. De son cùté, Columelle le mentionne quatre fois : la premii^re, au début de son De re naliea', pour rendre hommageau mérite de l'écrivain; lesdeux suivantes', pour répéter des préceptes donnés parlui, et qu'il approuve, sur le choix de terrains tontà Tait Tavorables à la culture delà vigne comme sur la quantité et le genre de nourriture à accorder aux bœuTs pendant certains travaux ; la dernière*, pour rappeler, mais en la désapprouvant, la manière <^e semer les raves.

L'autre ouvrage avait pour matière l'apiculture et était intitulé De a;tt&tu. Comme la plupart des écrivains agronomes ont fait rentrer l'élève des abeilles dans l'agronomie même, on asouvent supposé que ce travail n'était qu'une des pa^ tiesdu premier. Mais Columelle en parle tout à fait comme d'une œuvre distincte et il s'appuie fréquemment sur l'autorité « de ce livre qu'Hygin avait écrit sur les abeilles, i» eo libra quem Hyginiu de apibiu strywil ». ' C'était, en effet, d'après ce qu'il nous en dit, un ouvrage étendu et très détaillé dans lequel « l'auteur avait recueilli avec le plus grand soin chez les écrivains anciens tous les préceptes épars dans les monuments les moins connus ». * Non con-

(1) cr. nift Xnt., XX, 45 (It); XXf, Î9 (9).

(i) De re ruH., I, 1, 13.

(3) Id.. lu, 11. IS «1X1,2, 13.

(1) Id.XI, 3, 6i.

<5) Colum., nere ru.'t., IX, 13, 8. — Cnqut me conarmc ilana UpcoH* que r« De apîbiif rormait un travail distincl, c'««l qu'Hygin «vait dû ittt tenté d'imiter Aristamaque ÎDdEqué par Columelle comm» uue dss worca principales dont l'auleur s'était serrij ce! .\riBtowaqae kvail pris poat Bnjeld'un ouvrage tout spécial Ici abeillns à l'étude desquelles, dit Pline Ittiat. nat., XI, 0). il avait consacre ciiiquaute-huit aas.

(6) Id,i\.i, 1.

tent même d'exposer toates les règles d'utilité pratique, Hygîn, sortant du domaine de réconomie domestique,avait cru devoir reproduire les récits fabuleux rapportés par les poètes sur l'origine des abeilles, s'était livré à des recherches sur le temps et le pays où elles avaient fait leur première apparition, s était efforcé de se rendre compte du procédé par lequel elles rendent la liqueur du miel, toutes investigations, comme le remarque Columelle, qui intéressent moins les gens de la campagne que les lettrés ou les savants curieux des secrets de la nature.

Telle est la liste des livres qui, à notre connaissance,ont été certainement composés par Hygin. D'autres encore lui sont attribués. Je parle, non pas des traités de castramétation et d'arpen^tage {De castramelatione, De limitib^us, etc.) qa'on a mis quelquefois sous son nom et dont le véritable aateur est, à n'en pas douter, un autre Hygin surnommé Gromaticus, qui vivait au temps de Trajan, mais de deux ouvrages qui nous sont parvenus considérablement modifiés et abrégés et qu'en somme on peut, sans que rien s'y oppose absolument, laisser à son actif. L'un était primitivement intitulé Genealogiœ et nous est arrivé, par suite des remaniements nombreux qu'on en a faits^ sous le titre de Fabulœ : l'autre, communément appelé Aslronomica poetica, porte pour suscription dans les manuscrits De asironomia, deralionesphœrse, etc. Tous les deux d'ailleurs, quelque discussion qu'on élève sur leur origine, sont d'un Hygin et doivent être considérés comme ayant été écrits dans le principe par le même écrivain, puisque l'auteur de VAstronomigue, en parlant des Gorgones filles de Phorcus, se reporte à ce qu'il a dit déjà de celles-ci dans le premier livre des Généalogies^.

Les Gen6a/o^»â? traitaient en détail de la cosmogonie et de la théogonie; mais, dès le deuxième siècle de notre ère, des ^bréviateurs ne se firent point faute d'en rédiger à

(1) a ...de quibus in primo Wbro Genealogiarum scrïpsimus. n A Atron.y II, 11

714 LIVRE CINQUIÈME. Cil. Y, 2.

l'usage des écoles un résumé succinct avec des interpolationsS et Tun d'eux, sans changer le titre, ajouta à son abrégé un exposé de la mythologie et des notions légendaires sans la connaissance desquelles on ne saurait comprendre la plupart des œuvres littéraires, surtout les poètes. L'utilité qu'on tira aussitôt de ce livre classique fit délaisser l'ouvrage original : puis ce manuel lui-même subit entre les mains des grammairiens des siècles suivants maints changements, tant dans la disposition des parties que dans les développements donnés à chacune d'elles', de sorte qu'il est assez difficile aujourd'hui de reconnaître avec quelque précision dans le texte que nous possédons ce qui vient de la plume d'Hygin'. La première partie, qui traite en général des généalogies, passe naturellement pour celle qui contient le plus sûrement desextraits de l'œuvre primitive; la deuxième est celle qui, par ses récits mythologiques, valut à l'ouvrage entier le titre de fabulœ que Micyllus, au xvi* siècle, lui a donné pour la première fois ; la troisième, qui commence au numéro CCXXl, ne présente guère qu'une série de listes de personnages classés, pour les besoins de l'école, par catégories de faits : « Les sept sages; mères qui ont tué leurs filles; épouses qui ont tué leurs maris; maris qui ont tué leurs femmes; enfants allaités par des bètes sauvages; jeunes gens qui furent les plus beaux; grands inventeurs; fondateurs de villes; etc ». Le nombre des fabuhe est de deux cent soixante-dix-sept.* On a remarqué

(1) Un passage du livre 111 des 'Ep{xt,v€Û{jlxt3 du pscudo-Desithêe prouve que, sous le consulat de Maximus et d*Aper, c'csl-à-dire en ^7 ap. J.-C, on se servait couramment d'exemplaires des Genealogiap Irés modifiées. (Cf. .Maur. Scbmidt, p. LUI sq. de son édition des Hygini/abulse, léna, 1872, et G. Lange, pp. 6-8 de son étude De nexa inter C. J. Hygini opéra myth, etfabularum librum^ Maycnce, 1865).

(2) Cf. K. Bursian, dans Fleckeisens Jahrh, 93, p. 773.

(3) Voir Bcrnh. Bunte, p. Wil sq de son édition des Hygini fabulx^ Lcips., 185(), et K. Bursian, Ex Hygini Genealogiis excerpta...restituta, Zurich, 1808.

(i) Le texte des Hygini fabulœ repose sur un seul ms.,lc FrisingensiSj aujourd'hui perdu, mais que possédait J. Micyllus et dont il s'est servi pour

que, si les unes concordent avec les Mélamorphases d'Ovide, d'autres s'en éloignent; mais cette divergence ne doit pas nous étonner, puisque, vu la variété des légendes que comportaient un grand nombre de sujets mythologiques, Ovide lui-même a traité plusieurs de ces sujets d'une manière différente dans les Métamorphoses et dans les Fastes^.

Quant aux yl^/ronomtca, nous en avons une reproduction*

sans contredit beaucoup moins infidèle que celle des Genea^

logiœ. Quoique les manuscrits ne marquent dans l'ouvrage

aucune division, les éditeurs ont l'habitude de le partager en

quatre livres subdivisés en chapitres et des érudits ont

donné à chacune des quatre parties un titre particulier. La

première, qui est la plus courte et compte huit chapitres

seulement, définit le monde, la sphère et leurs parties, De

mundi et sphœrae ac utriusque parlium declaratione. La

deuxième, en quarante-trois chapitres, De signorum cœles-

tium historiis, est à elle seule aussi étendue que les trois

autres réunies; c'est aussi, au point de vue littéraire, la

plus intéressante, chose dont l'auteur se rend bien compte,

car, en la commençant, il la fait précéder d'un petit exorde

où il dit qu'en procédant à l'énumération des signes

célestes, il croit devoir exposer l'histoire de tous ces signes

SCS deux éditions de Bàlc, 1535 et 1^9. (Quelques fragments, mais très courts, ont été découverts par Niebuhr sur un rcuillet palimpseste dans la bibliothèque du Vatican et publiés par lui, en 1820 ; quelques autres plus récemment. Cf. C. Halm, Mûnch., 1870). — Entre la dernière édition d© Micyllus et celles de Bunte et de Schmidt, mentionnées dans les note, précédentes, on peut citer celles de H. Commclinus, lleid.,1599; J. Scheffers Hamb., 1674; Th. .Muncker, Amst., 1681; A. van Slaveren, Leydc, iUt.

(1) C'est ce que j'ai explique ci-dessus, p. 192.

(2) Les mss. sont nombreux ; entre autres le Vaiicanw* (Keginensis^ no 1260), du IX» s. ; le Montepesullanus (no 33-i), du x« s. ; le SangallensiSj du x« s. ; le Dreadensis (n» 183), de la fin du ixc ou du commencement du x^s. ; le GuelferbytanuSyiJiu xii« s. — Après l'édition princeps, Ferrare, 1475, nommons celles de Erh. Hatdolt, Venise, 1485 ; L. Vives, Paris, 1514; Sotcr, Bàle, 1534 et 1549; G. ftlorel, Paris, 1559 ; J. Parant, Paris, 1578; H. Commclinus, J. Schcffer, T. 5luneker, Stavereu, en même temps que leurs éditions des /a&uZ^ ; Bernh. Bunte, Leips., 1875.

716 UVRE ONQUIÈME. CU. V, 2.

4e façon à la rendre non seulement instructive, mais agréable au lecteur :

Horum omnium non inutile videtur.historias proponere, quae certe aut utilitatem ad scîentiam, aut jucunditatem ad delectationem adferent lectori.

Il y mèle^ en effet, constamment le rappel des légendes poétiques, un peu à la manière d'Ovide dans les Fastes, mais sans grands développements. La troisième partie. De descriptionibus fonnarum cseleslium, malgré ses quarante chapitres, représente à peine en étendue un tiers de la seconde ; il y donne la description des corps célestes, indique la place des étoiles de chaque constellation, en prenant soin, chaque fois, d'en additionner le nombre. La quatrième, dont la fin offre des lacunes et qui n'a que dix-neuf chapitres, traite des cinq cercles célestes et des planètes, De quinque ctrculorum inler corpora cxleslia notaiione et planetis.

L'auteur évidemment se faisait une haute idée de sa tache et s*est efforcé d'être aussi complet que possible. Dans sa dédicace à M. Fabius, personnage sur lequel nous n'avons aucun renseignement, il n'hésite pas à promettre des explications plus claires que celles d'Aratus; il annonce qu'il use des sources les meilleures, pour que personne ne puisse exposer mieux et en moins de mots la vérité, et déclare qu'en traitant un sujet de cette importance, il ne s'adresse qu'aux hommes les plus instruits, sans rechercher la faveur de la foule toujours inquiète de frivolités. Puis, vers la fin de son ouvrage, avant d'entreprendre une de ses dernières explications, il afQrme qu'il ne saurait négliger aucun point de son sujet, non pas tant par crainte d'être taxé, de lassitude ou de découragement que pour rester fidèle à sa méthode : « il ne veut pas, dit-il, que le lecteur qui aura pris connaissance de son livre puisse réclamer celui d'un second auteur et qu'un ouvrage écrit après tant de réflexion laisse éprouver le besoin de recourir à d'autres; lorsqu'il a apporté à tout le reste le pins grand soin, il lui semblerait déraisonnable de ne pas agir de même jusqu'au bout... »

. ... et quod allerius quseri volumen hoc perleclo noluimus,nec tamdiu rem cogitatam scriptam aliorum ad desiderium adducere. Prseterea cum reliqua omnia diligentissime perseculi fuerimus, alienum videiur esse non eamdem persequi causam. . •

Ce ton doctoral et cotte confiance en lui-même reposaient-ils sur une science solide de l'astronomie? Il est permis d'en douter. Certes son écrit prouve de nombreuses lectures, et quand même parmi les quarante et quelques auteurs qu'il y mentionne, il y en aurait plusieurs qu'il neciterait que d'après ses devanciers, la quantité de ceux qu'il semble counaitre réellement par lui-même serait encore grande. Mais l'usagé qu'il en fait n'est pas toujours excellent et les savants experts en la matière relèvent degrosses erreurs qu'il eût dû ne pas commettre. Aussi ne devons-nous pas être très surpris du silence qu'a gardé Pline le Naturaliste sur les Astronomica, qui, si on les attribue définitivement à J. Hygin, l'affranchi d'Auguste, peuvent bien augmenter notre admiration pour son ardeur au travail et la diversité de ses études, mais ne doivent pas, en somme, passer pour un des titres qui ont le plus contribué à sa célébrité.

Sur la vie du troisième grammairien célèbre, M. Verriu^ Flaccus, nous trouvons, comme pour celle deC. Julius Hyginus, quelques renseignements dans l'écrit de Suétone De illu^lrilms grammalicis^. C'était un affranchi qui tenait école de grammaire et qui s*était acquis une grande réputation par sa méthode d'enseignement. Pour exciter l'émulation d& ses élèves, il faisait concourir entre eux, par catégories, ceux

(i) De illustr. gramm., 17. ...

de même force, ea appropriant avec soin les sujets de leurs compositions au degré de leur instruction, et décernait comme récompenses des livres de valeur à ceux qui sortaient vainqueurs de ces luttes scolaires. Auguste ne crut pouvoir mieux faire que de recourir à ses bons soins pour SCS petits fils Caïus et Lucius, lorsqu'ils furent en âge d'en profiter. II lui permit de s'établir au Palatin avec toute son école, à la condition toutefois qu'il n'augmenterait plus le nombre de ses élèves. Verrius y donna ses leçons dans Vairium de la maison de Catilina et l'on peut, d'après l'âge des jeunes princes, fixer à l'an 10 av. J.-C. environ la date de cette installation. Elle fut, comme vous le pensez bien, on ne peut plus avantageuse pour lui. Il touchait par an cent mille sesterces ^ Une telle situation et ^ sa célébrité ne laissèrent passans doute de lui attirer laja-

^ lousie de quelques confrères. Un d'eux, Scribonius Aphrodi-

sius, ancien esclave et disciple d'Orbilius, qui avait été racheté et aff'ranchi par Scribonia, première femme d'Auguste, ne le ménagea guère, ne se contentant pas de répondre à quelques-uns de ses livres, mais joignant de vives attaques contre ses mœurs à l'amère critique de ses travaux '. 11 ne semble pas s en être beaucoup chagriné et il ne mourut que dans un âge très avancé, sous le règne de Tibère. Du temps de Suétone, on voyait à Préneste la statue qui lui avait été élevée dans la partie inférieure du forum, près de l'hémicycle où se trouvaient inscrits sur une table <le marbre les Fastes mis en ordre et publiés par lui.

Ce fut, en effet, un de ses principaux titres de gloire que la publication de ces Fastes, Il les avait dressés à la fin du règne d'Auguste et complétés dans les premières années du règne de Tibère. Les fouilles opérées en 1770 dans le pays de Préneste en ont fait retrouver une partie à trois kilomètres de la place, c'est celle qui concernait les mois de janvier, février, mars, avril et décembre; M. Foggini

(1) Un peu plus de 20.()()0 francs.

(2) Suét., De m, gr.y il).

râ soigneusement rétablie. Oh y voit que Verrius ne se contentait pas de donner la liste des jours fastes, néfastes et mi-fastes, avec l'indication des sacrifices publics et particuliers à la famille d'Auguste, mais qu'il remémorait aussi Torigine et les motifs de ces cérémonies religieuses. 11 s'était livré à beaucoup d'autres travaux. Aulu-Gelle, à lui seul, cite, en divers endroits, trois ouvrages de lui. En rapportant le trait de perfidie d'aruspices étrusquesqui, chargés d'une expiation, Tavaient faite volontairement d'une manière funeste pour les Romains et en furent punis de mort, châtiment qui donna lieu à ce vers que lesenfants de Rome chantaient par toute la ville, «Jfaiwm consiliumcon-' sultori pessimumestflJn mauvaisconseil est surtout mauvais pour celui qui le donne »,rauteur des Nuits Auiquss dit que l'anecdote et le vers se trouvent consignés dans le premier livre des Faits mémorables de Verrius: «tn Verri Flacci libro primo Rerum memoria dUgnarum »^ Plus loin, à propos des jours qui suivent le lendemain des calendes, des ides et des nones et que l'on considère comme funestes, il rappelle Texplication du grammairien et reproduit ce passage anecdotique comme tiré du quatrième livre de son De verborun^ significatu :

Urbe a Gallis Scnonibus recuperata, L. Aitilius in senatu verba facit, Q. Sulpicium, tribunum mititum, ad Âlliam adversus Gallos pugnaturum rem divinam dimicandi gratia postridie idus fecisse ; tum excrcitum populi romani occidione occisum, et post diem tertium ejus diei urbem praeter Gapitolium captam esse ; conipluresque alii senalores recordari sese dixerunt, quotiens belli gerendi gratia res divina postridie kalendas, nonas, idus, a magistratu populi romani facta esset, ejus belti proximo deinceps prœlio rem [publicam] maie gestam esse. Tum senatus eam rem ad ponlifices rejecit, ut ipsi, quod viderelur, statuèrent. PontîQces decreverunt, nultum iis diebus sacrificium recte fulumm '.

Lorsque la ville eut été délivrée des Gaulois Senonais, L. Attilius, dans un discours au sénat, fit remarquer que le tribun militaire

(1) Noct. Att.j IV, 5.

(2) Noct. Att., V, i7.

0* Sulpicius, avaDt de livrer bataille aux Gaulois sur les bords de l'ÂlIia, avait offert, le lendemain des ides, un sacriGce pour se rendre les dieux favorables, que l'armée romaine fut alors taillée en pièces et que, trois jours après, la ville, sauf le Capitole, fut prise par Tennenii . Plusieurs sénateurs s'accordèrent à dire, que d'après leur souvenir, toutes les fois que, le lendemain des calendes, des nones oa des ides, uo magistrat du peuple romain avait offert un sacriGce pour obtenir dans une guerre la faveur des dieux, le combat qui avail suivi avait été néfaste à la république. Le sénat renvoya donc Télude delà question aux pontifes pour qu'ils prissent telle résolution quils jugeraient utile. Les pontifes arrêtèrent que tout sacrifice serait interdit ce jour-là.

Le même traité De verborum significatu i*st de nouveau rappelé dans les JVuiis Atiiques au sujet de l'avis exprimé par Yerrius sur la distinction à établir entre Thistoire et les Annales ^ Enfin, au chapitre où est discuté le sens qu'il faut donner à l'expression servus receptUiits, Aulu- Gelle combat l'opinion qu'avait émise Yerrius dans le second livre de son ouvrage De abscuris CaUmxs (Des obscurités de Caton)'.

D'un autre côté, Macrobe, dissertant sur le génitif sa/wrnalium et saturnaliorum, pour montrer que notre grammairien employait IndistiDctement les deux formes, cite ces deux phrases : « Saturnalium dies apud Grxcos quoque fesli habentur (Les Grecs célèbrent aussi les Saturnales); — Dilticide me de conslilulione salurnaliorum scripsisse arbitror (Je pense avoir expliqué clairement Vinsliiution des Saturnales) ; et il dit les tirer Tune et l'autre du petit livre que Verrius avait intitulé Saturne : « m eo libella qui Saturnus inscris bitur »^ (Test aussi à ce livre évidemment qu'il fait allusion dans la page où il prononce le nom du même auteur au sujet des attributs qui décorent le temple et la statue de Saturne*.

(1) Noct, Ait., V, 18.

{t) Soct. Ait,, XVII, 6.

(3) Satuni.y I, i, 7.

{i) Sa^î/rfi., 1,8,5.

Ailleurs encore nous trouvons la mention de deux autres ouvrages . Un scoliaste de l'Enéide reporte le lecteur au premier livre de Yerrius Sur les choses Étrusques c Flaccus primo Eiruscarum » ' ; et Suétone, en traitant du grammairien Scribonius Aphrodisius, dont je viens de parler, raconte que Thostilité de ce dernier à l'égard de son illustre collègue s'était manifestée dans la réfutation de ceux de ses livres qui portaient pour titre De Orthographia^. W. Teufiel suppose que c'est de ce travail que Gharisius, Diomède et Yelius Longus ont tiré les règles orthographiques que tous les trois donnent comme étant de Yerrius. Il est probable d'ailleurs qu'ainsi que Sinnius Capiton, il avait, à l'exemple de Varron» exposé ces règles sous la forme épistolaire ; du moins une des annotations deServius sur l'Enéide^ indique expressément cette forme comme celle qu'il avait donnée à une partie de ses écrits sur la grammaire.

Avait-il, en outre, traité des choses saintes dans un travail spécial et publié à part? Plusieurs critiques le pensent et appuient leur opinion sur un certain nombre de passages d'auteurs anciens qui ont invoqué son témoignage à propos de questions touchant à cet ordre d'idées. Macrobe, par exemple, prononce son nom dans plusieurs pages qui ont trait à la religion, soit qu'il parle d'un fléau qu'on a pu apaiser grâce à l'intelligente observation d'un enfant, qui a permis de débrouiller le sens obscur d'un oracle'; soit qu'il rappelle la fête de la déesse Angéronie le 12 des calendes de janvier *; soit qu'il discute sur le culte plus ou moins ancien de Yen us dans le mois d'Avril*. Mais il esta remarquer que Touvrage Sur la signification des mots était

(1) Schol. Ycron. ad jEn., X, v. 183.

(3) De illustr, gramm.y 19.

(3) Serv., Ad /En., VIII, v. 423 : •... Sicut in epistuUs probat Verrias Flaccus exemplis» auctoritate, ratiooe. »

(4) Saturn.y I, 6, 15.

(5) Saturn., 1, 10, 7.

(6) Satura., \, 12, 15.

rempli de ces sortes de renseignements sur les choses saintes, de sorte que, pour comprendre qu'ils viennent de Verrius, il n'est nullement nécessaire do recourir à l'hypothèse émise par ces critiques.

En tout cas, que les citations des écrivains de l'antiquité nous aient fourni ou ne nous aient pas fourni la liste complète de ses ouvrages, il est certain que celui qui, avec les Fastes, lui procura le plus de gloire, fut son De verborum significatu.

Nous ne le possédons pas. Toutefois nous en avons autre chose que les quelques fragments rencontrés chez les auteurs. Sext. Pompeius Festus, qui vivait, croit-on, vers la fln du iir siècle de notre ère, en composa un abrégé dont une partie très importante se trouve entre nos mains, et, au viii« siècle, le prêtre Paul, communément appelé Paul Diacre (Paulus Diaconus) fit de Tabrégé entier de Festus un résumé succinct qui, est resté ^

(t) Ce que nous avons de Festus provient d'un seul ros. le Farnesinys,(\[i xi» s., en 16 caliiers. Vers 1480, ruiyrien Manîlius Rhallus en apporta les neuf derniers au savant J. Poniponius Lœtus ; mais tous avaient été quelque peu détériorés par le feu sur la colonne de gauche, puis trois encore de ces neuf cahiers (VII!, \, XVI), se perdirent et ne sont connus que par les copies qui en furent prises au xv« s. Ce qui reste du Farnesînus est aujourd'hui à Naples. — Paul Diacre semble s'être servi, pour larédac> tion de son abrégé, du ms. de Festus dont avait fait usage le scribe du Farnesinus. Les mss. nombreux qu'on a de son travail peuvent se partager en deux classes : à la première, qui le reproduit sans correction, appartiennent le ms. de Munich, sur parchemin de format petit in-i, du comment cernent du xi« s., et celui de Wolfenbûttel, sur parch. in4, du x*, ou même du ix« s. ; la deuxième comprend ceux qui, par leurs corrections et leurs intcrpolutioiis, portent la marque d'un travail personnel des copistes, comme le ms. de Berlin, sur vélin in-8, sans doute du xiii« s., et celui de Leipzig, qui ne doit pas éire antérieur au xv» s. — L'édition princcps de Paul Diacre fut imprimée à Milan en U71.Les éditions principales des deux abrégés sont celles de Cunagus (Milan, 1510) : Aide Manuce (Venise, 1513) ; Ant. Augustin (Venise, 1559); Jus. Scaliger (15()5j; F. Ursinus (Home, 1581); Godcfroy, dans ses Auctores liarj. lat. (Paris, lOOâ) ; A. Dacier, ad usuni Delphini (Paris, 11)81 ; Amst., lt)9U) ; Lindemann (Leips. 1832) ; A. K. Egger, in-16, avec les Iragm. de Verrius (Paris, 1838) ; C. 0. MûUeT, in4 (Leips. 1839; 1880).

livhe ciNoi;iÈME. en. V, 3, 723

Festusn'a certainement pas conservé toutes les divisions de l'ouvrage de Verrius : chez lui, les mots commençant par la même lettre ne forment jamais que la matière d'un seul li V re, tandis que ceux de certaines lettres A et P, par exemple, avaient été traités par Verrius en quatre et cinq livres. Il reconnaît d'ailleurs qu'il ne s'est pas contenté d'abréger les articles, mais qu*il en a supprimé. «Mon intention, ditil, en dépouillant ses livres si nombreux, à été de laisser de côtelés mots morts et comme ensevelis, qui, de son propre aveu, sont aujourd'hui sans emploi, sans autorité, et de résumer le reste le plus brièvement possible en quelques livres de peu d'étendue. *;> Il ajoutequ'il n'a pas, dans leprésent travail, à ex poser la réfutation de celles des opinions de Verrius qui lui paraissent contestables, mais qu'on trouvera, discutés avec toute la clarté et toute la précision dont il est capable, les points sur lesquels il est en désaccord avec lui dans d'autres livres iniitulés Des mots anciens avec des exemples {Lihri priscorum verborumcum exemplis). Ce dernier ouvrage ne nous est connu que par la mention qu'il en fait ainsi lui-même ; nul autre écrivain ne Ta jamais cité; il ne résulte pas moins de l'ensemble de sa déclaration qu'il ne devait y avoir dans son abrégé que bien peu de choses lui appartenant en propre. 11 se permet parfois, à la vérité, de lancer quelque critique contre son auteur. Ainsi, au mot piciovy lorsqu'il trouve chez Verrius l'anecdote d'après laquelle le peintre Zeuxis mourut à force de rire en regardant une de ses peintures qui représentait une vieille femme, il déclare qu'il ne voii pas le motif qui a pu faire placer le récit d'un tel fait dans un ouvrage traitant de la signification des mots. Il fait remarquer une contradiction dans l'explication étymologique du mot spondere, parce que Verrius, après avoir avancé que ce verbe se dit d'une promesse faite spontanément (sponte), fait venir le mot sponsas etsponsa du grec TT.c'foxq à cause des libations que font le nouvel époux et la nouvelle épouse en recourant aux choses divines. Il

(1) Au mot jDo/v'ictam.

TjLii ^L- îk: irmLi ;«s &t.:u>sr, et ûr±irz.T^fi. tut s^nu

c-r ;*is :rr* rCixrsr j^l* Fesî:;«aeraTi:î it.T lo^rTerr-iiî^

r.t'.f a"»j2Liî jAT HiZ/î-Œ.rii'e q^* très jet à* i^&î^sr*. j*a:

kss :r-z i.'ïs iai:î its i>r-:i?:a5 obsc^rw q-* i* oercLins P::Lm:-, ::-: c>e q::!, dai^ c^eTLe pocCiiilc, «s ja:psrft«

rail I a-'j*^ ;:ijc$es irllts q -'eLîîS etakai pr^eseaiaes, J'ai

crTrr: à Titrer Granie-r ceî abrr-r^ posr It lir* > Ton es

q::'J c:i^:irra-î ccnzie s-ieri-, rtîai:-û? « sa

lui permettait-elle de porter sur les questions difficiles la lumière dont il se vantait ? Vous en douterez, si vous considérez qu'il a reproduit jusqu'aux fautes du manuscrit dont il se servait et que, pour dissimuler son ignorance, il a précisément omis les mots qui présentaient le plus de difficultés. Mais son travail, si peu savant et si succinct qu'il soit, n'en remplace pas moins, dans une certaine mesure, l'extrait de Festus pour toutes les parties de celles-ci qui sont perdues et no laisse pas que d'avoir quelque importance.

En somme, avec les deux abrégés, l'œuvre de Verrius Flaccus ne nous est pas inconnue. Nous y voyons une sorte de dictionnaire, où les mots n'étaient pas toujours classés dans an ordre alphabétique rigoureux, certains termes se trouvant quelquefois rapprochés les uns des autres d'après les rapports qu'ils ont entre eux. L'ouvrage se divisait en un très grand nombre de livres, puisque chacune des lettres initiales en fournissait souvent plusieurs. Aucun mot important ou difficile n'était laissé de côté; et les articles, pour la plupart très développés, fournissaient des renseignements abondants et variés. L'auteur ne se contentait pas d'indiquer l'orthographe et le sens précis des termes actuellement en usage, il recourait, pour en marquer la forme et la signification exactes, aux explications étymologiques, et, tout en donnant les siennes, les comparait souvent à celles des autres grammairiens. En même temps, il faisait ressortir tantôt les analogies originaires de certains vocables, tantôt les différences séparant les mots qui ont un sens presque semblable. Et puis, il mentionnait et expliquait les termes antiques, s'appuyant pour cela sur des exemples puisés aux auteurs les plus anciens comme la loi des XII Tables, Plaute, Caton, etc. Enfin, ces développements purement grammaticaux n'allaient pas sans le rappel des faits historiques^ des usages nationaux^ aux-

(1) Voir, par exemple, dans Festus les citations faites do Verrius pour les mots matronSfRomaf 8acraoiaf8cenici ludi (art. ThymelicV^^aubura^ muUuarii milites, etc.

quels avaient tenu la création et le sens primitif des mots. Sans doute, la forme même de l'ouvrage l'avait empêché de s'élever, comme y avait réussi quelque peu Varron dans son De lingua laiinaK jusqu'aux principes généraux qui président à la formation et au mécanisme des langues ; sans doute aussi, dans la grande quantité de détails dont se composaient ses livres, il avait commis bien des erreurs, dont on serait tenté de se moquer aujourd'hui, si l'on oubliait de quels moyens disposait alors la science grammaticale ; mais, en réfléchissant au travail et à l'érudition qu'il lui a fallu pour accomplir ce qu'il a fait, on ne peut que l'en louer et exprimer les regrets les plus vifs pour la perte d'une œuvre qui aurait encore pour nous un prix considérable.

A côté des trois grammairiens célèbres sur qui nous venons de porter notre examen s'en trouvaient encore plusieurs autres qui s'acquirent quelque réputation par leur enseignement ou par leurs écrits. Je n'ajouterai rien à ce que j'ai trouvé l'occasion de dire sur Scrjbonius Apurodisius à propos des livres qu'il composa en réponse à ceux de Verrius Flaccus de Orthographia. Je passe tout de suite à Caecilius Epirota et à L. Crassitius sur lesquels Suétone ne nous a pas laissés sans renseignements*.

Q. C.EciLius Epirota, affranchi d'Atticus, l'ami de Cicéron, donnait des leçons à la fille de son patron, femme deMarcus Agrippa, lorsque, soupçonné de rapports trop intimes avec elle, il dut s'éloigner. 11 se rendit alors auprès de Corn.

(1) Cf. 1m partie, t. III, p. 571 cl Appendice clxxxvi.

(2) De illustr. gramm., 16 et 18.

Gallus et vécut avec lui dans une étroite liaisoû ; leur amitié devint même un des griefs d'Auguste contre Qallus. Après la condamnation et la mort de celui-ci, il se livra à yenseignement public et ouvrit une école, mais sans y recevoir d'autres élèves que des adolescents n'ayant pas encore revêtu la robe prétexte, sauf sur les instances de parents auxquels il ne pouvait opposer un refus. 11 passait pour le premier professeur de grammaire qui eût improvisé en latin, pour le premier aussi qui eût fait à ses diseiples la lecture de Virgile et des autres poètes contemporains. Vous avez vu* que, pour cette raison, Domitius Marsus l'appelait

Epiroia, teneliorum nulricula vatum.

L. Crassitius, d'origine tarentine, était, comme Ëpirota, un affranchi ; il avait d'abord porté le surnom de Pasiclès. puis l'avait changé pour celui de Pansa. Après avoir commencé par la carrière théâtrale en prêtant son aide aux mimographes, il ouvrit, lui aussi, une école avec succès. Un savant commentaire qu'il publia sur le fameux poème de Cinna, intitulé Smyrna, lui attira bientôt les plus grands éloges; on jugeait qu'il l'avait si bien expliqué que Ton composa sur lui ce quatrain :

Uni Crassitio se credere Smyrna probavit ;

Desinite, indocti, conjugio hanc petere.

SoH Crassilio se dixit nubere velle :

Intima cui soli nota sua exsliterint.

K nul autre que Grassitius, Smyrna n*a désiré se conGer, cessez, ignorants, de rechercher son alliance ; à lui seul elle a déclaré vouloir se marier ; lui seul possède ses intimes secrets.

Ses élèves devinrent nombreux ; il eut une clientèle choisie, dans laquelle se trouvaient des fils de très nobles familles, tels que Julius Antonius, le fils du triumvir, et déjà il rivalisait avec Verriu8|Flaccus, lorsque tout à coup il

(1) Ci-dcssu9, p. 312.

renonça à cet enseignement et se Jeta dans la secte du philosophe Q. Sextius.

Suétone, dans sa liste des grammairiens les plus réputés, ne parle pas de Clgatics Ybkls ; mais Aullu-Gelle lui consacre tout un chapitre'. Nous apprenons ainsi qu'il avait composé un livre sur les mots tirés du grec. Verbarum a Grxcis iraciarum. On y trouvait des étymologies curieuses et ingénieuses, et l'auteur des Nuiis AUiqiies en cite plusieurs qu'il juge tout à fait plausibles et vraisemblables; mais dans le nombre il y en avait, par contre, de futiles et de mal fondées, entre autres celle-ci :

Fœnerator appellalus est, quasi çatvapdkbip, xko tou ç otvETdai èiA To }(pii]Tir£T£pcvyquooiain id genus hominum speciem oslenteol humanitatis, et commodi esse videanlur inopibus nummos desideranUbus.

Fœnerator est le mot grec ç aivepiTcop, c^est-à-dire qui affecte ua air de bonté, car I*usurier semble un homme plein d'humanité et de bienveillance pour ceux qui ont besoin d'argent.

Cloatius, à la vérité, ne s'attribuait pas la découverte de cette étymologie et disait la tenir d'un certain Hysicrate, auteur d'un excellent ouvrage sur les mots tirés du grec; Aulu-Gelle, avec raison, n'en déclare pas moins qu'on ne saurait rien imaginer de plus ridicule. Macrobe nous fait connaître un autre livre du même auteur : à propos des connaissances de Virgile relatives aux cérémonies religieuses tant des peuples étrangers que des Romains, il remarque que, dans VÉnéide, le héros troyen, à son arrivée à Délos, n'immole aucune victime sur l'autel d'Apollon et qu'on se contente d'adresser des prières au dieu qu'on appelle alors Pater; or, dit-il, nous en voyons le motif dans le livre Verborum ordinalorum de Cloatius Vérus, dont voici les termes :

Dell ara est Àpollinis Fevr^ispoç, in qua nuilum animal sacriGcatur : quam Pylhagoram, velut inviolatam, adora viose produnt.

(1) Xoct. Att.y XVI, 12.

A Dél08,il y a UD aulel d*ApolloD Fevi^itcop (le Pèi'e) où Ton ne sa* crifie aucun animal : cet autel, pur de toute souillure, fut adoré, diton, de Pythagore.

Festus également cite Gloatius Yérus aux mots molucrum, obscum, obslilunif^piacularis porta, sacrima; il n'indique pas le titre de l'ouvrage d'où sont tirées les citations ; mais, comme toutes se rapportent à l'explication du sens reli* gieux qu'ont les cinq mots, nous sommes en droit de supposer qu'elles viennent du même livre que celles de Macrobe. Elles prouvent en tout cas que ce grammairien était considéré comme une autorité.

Au nombre de ceux dont Yerrius Flaccus invoquait le témoignage, il en est un dont le nom se trouve répété tant dans l'abrégé de Paul Diacre que dans celui de Festus ; c'est AscoMus. Nous l'y voyons figurer dans l'explication des mots proceslria, topper et tenlipellium. Nous devons Tidentifler, semble- t-il, avec celui que Quintilien appelle G. Ar* torius Proculuset qu'il met au nombre des auteurs qui don* naient aux tropes le nom de figures * . Mais nous ne savons rien de plus sur son compte.

Nous ne connaissons pas mieux PanurgusAntonius, men* tienne deux fois par Festus, au sujet des mots numéro et ratitus quadram. Et il en est de même de PoRCELLUs,queSénèque le Père blâme d'avoir reproché à Cornélius Sévérus, comme un solécisme, l'emploi du mot met^dans ce vers sur des soldats dînant à la veille d^une bataille

Slralique per herbam « Hic meus est*, dixere, dies ».

Le ton que prend Sénèque dénoterait assez que Porcellus ne méritait pas de grands égards : « il n'y a pas lieu, dit-il

(i) - Nec desunt qui tropis flgurarum nomeo imponant ; quoram est C. Artorius Proculus. • Inat. orat., IX, 1.

(2) Porcellus disait qu'il eût faUu noater ; Sénéque rappelle que hic meuê est dies est une expression toute faite, quasiment proverbiale et qu'on ue saurait niodifler. Suasor. Il, it.

de tenir compte do cette chicane d*uQ de ces grâmmai- FÎens qu'on devrait empêcher de s'attaquer à tous les écrivains éminents ».

Clodus Tiscus peut être considéré comme un érudit d'une réputation mieux établie. Il avait écrit des commentaires de tritique littéraire qui devaient être volumineux; car Servius, qui les cite souvent dans ses annotations deVEnéide^, en mentionne le quatrième livre; et nous avons va que Sinnius Capiton faisait grand cas de sa science grammaticale, puisqu'il se plaisait à lui adresser les lettres dans lesquelles lui-même exposait ses principes de grammaire. En dehors des études de ce genre, son activité s'était portée sur d'autres. Il publia un calendrier astronomique dont Laurentius Lydus, écrivain du vi* siècle, nous a laissé une traduction grecque, et qui semble avoir été une des principales sources scientifiques d'Ovide pour son poème des Fasies *. Peut-être aussi, lié avec le poète, lui-même composa-t-il quelque poésie et devons-nous le reconnaître dans ce vers des Pontiques

Quique sua nomen PhyUide Tuscus habel^,

par lequel Ovide, en citant une œuvre poétique de lui, aurait pris plaisir à lui témoigner, en quelque sorte, sa reconnaissance pour le profit qu'il avait tiré naguère de son calendrier. Mais la chose est douteuse. En tout cas, il ne faut pas le confondre avec le mauvais rhéteur dont il est question dans une des Suasoires de Sénèque le Père, lequel, dit celui-ci, commettait en histoire des anachronismes ridicules et, non moins méchant que privé de talent, causa, sous Tibère, la perte de Scaurus ^(âmercus en Taccusant de lèse-majesté ; Tacite, en effet, désigne comme accusateurs dans cette afTaire de délation Servilius et Cornélius ; un des deux devait porter le surnom de Tuscus.

(1) Ad .En.y I, 52 Pt 176; 11,229 ; XII, 657.

(2) Voir ci-dessus, p. 212.

(3) Pont., IV, 16 V. 20.

• Tout près des professeurs de grammaire il ne manqua point de Romains, poètes, orateurs ou historiens, qui témoignèrent par écrit leur érudition sur les questions de langage, de critique littéraire, d'histoire naturelle, d'agronotnîe, d'astronomie, etc. Vous en avez eu pour exemples : Horace, par plusieurs de ses Sa/ires et ses dernières £/)t/res ; Virgile, par ses Géorgiques; Ovide, par ses Fastes et ses Halieutiques ; ^miliusMacer, par ses Oiseaux et par son DeHer- 6iw;ValgiusRufus, par ses lettres sur Tétymologie des mots ot son De herbarumviribus; Manilius, par ses Astronomiques ; SabinusTiro,parsontraitéd*horticulture;M.V.MessalaCorvinus, par ses traités sur certaines espèces de mots et sur certaines lettres; Asinius Pollion, par sa correspondance ; Tite-Live, par ses lettres à son fils ; Trogue Pompée, par son traité de zoologie; etc. Je n'ai plus à revenir maintenant sur tous ces écrits dont j ai successivement parlé, selon leur importance ou selon les fragments qui nous en restent, à mesure que j'ai eu à traiter de leurs auteurs considérés dans l'ensemble de ce qu'ils ont produit. Mais des matières différentes s'ouvraient encore à d'autres savants. Aucun de ceux qui pratiquaient la médecine et les beaux-arts ne fut-il tenté d'en rédiger les préceptes ? L'époque d'Auguste n'eut-elle pas ses jurisconsultes comme la période précédente ? Manqua-t-elle de philosophes écrivant en latin et dignes d'être mentionnés après Cicéron ? Voilà ce qu'il nous reste à examiner.

Sur le premier des trois points deux noms se présentent à nous : celui du médecin Antonius Musa et celui de l'architecte Vitruve.

(2) Ann.j VI, 19.

732 LIVRE CINQUIÈMB. CH. Y, 5.

La profession de médecin, vous le savez, s'était introdaite très tard à Rome ; vous vous rappelez l'indignation de Caton contre les médecins grecs qui commençaient à y exercer leur art moyennant salaire et qull interdisait expressément à son fils : c s'ils réclament le prix de leurs consultations, disait-il, c'est afin d'inspirer confiance et de nous frapper à mort plus facilement; une fois poar toutes je te les interdis. » Non pas qu'il niât l'existence de recettes propres à guérir les maladies ; il proclamait, aa contraire, qu'il possédait un livre de remèdes à l'usage de sa maison ; ce n'est donc pas la médecine en elle-même qu'il condamnait ; mais il n'entendait pas qu'on fît argent d'un service et qu'on rançonnât la vie au poids de l'or. Vaines imprécations en vérité ! Ses paroles se perdirent si bien que les médecins grecs devinrent de plus en plus nombreux. Au temps d'Auguste, ils abondaient et il n'y avait guère de profession plus lucrative que la leur. Certains d'entre eux réclamaient et obtenaient de leurs malades des émoluments considérables ; plus ils élevaient leurs prétentions, plus leur crédit augmentait. En général, leur savoir ne répondait pas à leurs exigences ; Pline le Naturaliste affirme que la plupart n'étaient que des charlatans. Il y en avait pourtant de consciencieux et qui, sans négliger le soin de s'enrichir, travaillaient ardemment à faire progresser la science à laquelle ils avaient consacré leur vie. Tel s'était montré, dans les derniers temps de la repu* blique, Asclépiade, adversaire de l'école d'Hippocrate, inventeur de la distinction entre les maladies aigtîes et les maladies chroniques, qui, d'Alexandrie et d'Athènes, était venu s'établir à Rome et y avait obtenu un grand succès à la fois comme praticien et comme professeur, en tâchant, en philosophe, de rattacher la médecine aux doctrines atomiques. Parmi ses disciples s'était distingué Thémison, de Laodicée, qui, se séparant bientôt de son maître, avait tendu à restaurer la secte des méthodiques opposée à celle des empiriques. Du premier, nous avons quelques frag-

ments d*un oavrage composé sur son a^t^* du seeond, si tant est qu'il ait publié un livre» il ne reste rien. Mais l'ouvrage du premier était écrit en grec ; car, ainsi que le remarque Pline, de toutes les sciences de la Grèce, la médecine était la seule qui fût restée étrangère aux Romains, si bien même que, lorsqu'il arrivait à quelqu'un de ceux-ci de l'effleurer, il se mettait aussitôt à parler grec, persuadé que, dans la foule des ignorants, on aurait d'autant plus de foi en lui qu'on le comprendrait moins ^ Toutefois le temps était venu où le latin allait faire cette dernière conquête. Celse, sous le règne de Tibère, publiera toute une encyclopédie où, dans un bon style, il se fera remarquer par l'étendue et la précision de ses connaissances médicales. Et peut-être, entre Celse et Thémison, parmi les successeurs d'Asclépiade, devons-nous voir, sous le règne même d'Auguste, dans Antonius Musa celui qui, le premier, publia quelque savant écrit en langue latine sur cette science si particulièrement hellénique.

3ans aucun doute, Antonius Musa, lui aussi, était Grec. Dion' nous dit qu*il appartenait à la classe des affranchis et certains supposent que ce nom de Musa lui avait été donné à cause de son instruction et des qualités naturelles de son esprit. Sa vie n'est ,pas connue. Il faut en voir Tévénement le plus marquant dans la guérison d'Auguste^ lorsque, celui-ci, en l'an 23 av. J.-G., fut en proie à un mal si violent qu'il se crut à toute extrémité. G*était une inflammation du foie, accompagnée d'obstructions telles qu'il en était résulté un état d'affaiblissement et de marasme ne laissant plusd'espoir. Son médecin, un certainCaméliusS l'avait traité par les bains chauds, les bains de vapeur et un régime trop échauffant; Antonius Musa offrit ses

(1) Fragm. publiés par Gump«rt, Weimar, 1798. <2) mn., Hiat nat.y XXIX, 5-8 (1).

(3) Dioo, LUI, ad ûoem.

(i) Plio., Hist nat.j XIX, 38 (8). D'autres, d'après un scoliaste d'Horace, disent ^Emilius.

734 LIVRE QINQUJÈME. CU. V, 5.

services et, sans s'effrayer de la responsabilité qu'il assumait, adopta aussitôt une méthode tout opposée, lui ordonna des bains froids, lui fit boire l'eau froide d'une source voisine d'Atella, lui prescrivit pour principale nourriture de la laitue, le soumit à un régime on ne peut plus rafrai^ chissant; un heureux effet s'en fît sentir eu peu de temps; l'empereur recouvra ses forces et sa santé. ^ Autant la crainte de sa mort avait répandu la consternation dans l'empire, autant sa guérison inattendue suscita partout la joie et l'enthousiasme. Non seulement on rendit des honneurs nouveaux à celui que les dieux venaient de laisser parmi les vivants, mais le praticien qui, pour le sauver, avait servi d'instrument à la divinité, ne fut pas oublié dans la reconnaissance publique. A la grosse somme d'argent qu'Auguste lui alloua, le sénat tint à en ajouter une autre; puis, par souscription, on lui érigea une statue d'airain qui fut placée près de celle d'Esculape II reçut en outre le droit de porter une bague d'or, ce qui lui donnait le rang de chevalier*. Dès lors, il fut le médecin le plus en en vogue. La mort même de Marcellus, qui causa tant de larmes et de regrets, ne semble pas avoir fait de tort à sa réputation'; les premiers personnages de l'empire, Mécène, Agrippa, recoururent à ses soins, et la plupart de leurs amis aussi sans doute; car lépître d'Horace à Numonius Vala nous prouve que, lorsque le poète se trouva pris d'infirmités précoces, ce fut entre ses mains qu'il se mit : Musa lui prescrivit alors d'aller prendre, au milieu de rhiver,des douches d'eau froide aux sources de Clusium et de Gables, lui interdit les eaux de Baïes et lui conseilla de

(1) Suét., Oct. Atir/.,H\.~ Cf. Rose, De Aufjusta contraria medicina curato (llaUc, 1741).

(2) Dion, LUI, 30 ; Suét., OcL Aug., 59.

(3) Pcut-èlre ne le soigna-t-il pas. Dion, à la vériléj aUribuc celle mort à l'emploi de bains Truids ordonnés par lui ; mais Propercc, qui vivaitUans le temps même, en accuse au contraire les bains chauds de Bàîes (Êlcg. III» 18, 9j, et son assertion semble confirmée par une note de Servius (Ad, ^£n., VI, V. 861;.

UVQE CINQUIÈMIS. CU. V. 5. 735

passer le reste de la mauvaise saison à Salerne et à Vélie*. Ses succès et ses relations avec la société la plus lettrée lui inspirèrent-ils la pensée de composer sur son art quelque important écrit, en langue latine, c'est possible,et le silence que Celse, l'auteur en cette matière le plus rapproché de lui, garde à ce sujet, n'est nullement une preuve absolue du contraire. Il serait vraiment étonnant que Pline le Naturaliste et que Galien surtout, qui écrivit à peu près deux siècles après Musa, l'eussentcité si souvent, s'il n'avait pas laissé un ouvrage d'une" certaine étendue. Nous rencontrons, en effet, dans Pline plus d*un passage où se trouvent mentionnés et son nom et ses avis sur diverses questions : je laisse de côté la page du livre XXIX, 5 (1), dans laquelle, au milieu de l'histoire résumée de la médecine à Rome, est rappelée l'approbation donnée par Auguste à la révolution opérée par lui contre la méthode d'Asclépiade ; mais il y a les lignes du livre XIX, 38 (8) sur l'usage de la laitue qu'il recommandait pour un régime rafraîchissant; celles du livre XXX, 39 (13), sur l'utilité qu'il tirait des vipères dans l'alimentation des malades après l'incision de certains ulcères. Galien, de son côté, produit une vingtaine d'ordonnances et de formules médicales venant de lui. Dans Paul d'Égine même, le dernier en date des grands médecins grecs qui exercèrent leur art à Alexandrie*, non moins que dans Scribonius Largus,médecin qui vivait sous Claude et qui publia un livre sur la composition des médicaments, on lit le rappel de plusieurs de ses prescriptions. Aussi un savant professeur en médecine du commencement du siècle dernier, l'Italien Flor. Caldani, s'est-il efiorcé de réunir le plus grand nombre possible de ces recettes, qu'il publia, en même temps qu'une dissertation de son prédécesseur Vincenzo Benini, sous le titre de Anlonii Musœ, qui Augusli Csesaris medicu^ fuit, fragmenta quœ exstant^. En tète de ces fragments qu'il

(1) Ilor., Epist. I, 15 V. 1-9.

(S) M vécut au vii« siècle.

(3) Bassauo, 1800, in-S» de U7 p.

736 UVRE CINQUIÈaiE. CM. y, 5.

appelle d'après leur nature composUiones medicse, l'érudit ne manque pas de placer un petit ouvrage, renfermant sous forme épistolaire quelques avis utiles et adressé par Mosa  Mécène, Antonii Musse libdlus de tuendavaletudine ad Haeet' natem.

Il est question dans cette lettre de deux autres livres, très brefs aussi : l'un, qui avait été composé tout à fait à l'intention de Mécène après une étude approfondie de son tempérament, une sorte de vade-mecum propre à lui venir en aide en toutes circonstances lorsqu'il serait éloigné de jon médecin; l'autre, remis en présence de Mécène luimême, à Auguste, et destiné, après une étude du même genre, à rendre les mêmes services à l'empereur. Mais de ■ces deux opuscules il ne reste rien.

Quant au recueil, publié sous le nom de Musa et se rapportant aux multiples propriétés de la bétoine, de herba ietonica, qu'on suppose avoir été adressé à M. Agrippa, •Caldani croit que le médecin d'Auguste n'en est pas l'auteur et préfère en donner la paternité à un écrivain d'un .âge postérieur; en tout cas, l'erreur qui l'attribue à Musa, 3'il y a erreur, remonterait bien loin, un manuscrit de Leyde du vi* siècle' se terminant ainsi : c explicU herbarium Antonii Musx de herba veUonica. »

Du côté des beaux-arts nous sommes beaucoup plus heureux qu'avec la médecine; car ils nous fournissent l'œuvre de Vitruve, la seule de toute la prose latine du temps d'Auguste qui nous soit parvenue en entier.

Cependant les écrivains contemporains de Vitruve et ceux des premiers siècles se taisent généralement sur son compte; deux seulement l'ont mentionné : Pline le Naturaliste, qui le met au nombre des sources de plusieurs de ses livres, et Frontin, qui le regarde comme l'inventeur du module quinaire dans les aqueducs*. Même nous ne le

(1) Voir sur ce ms. L. Mûller, Rhein. Mus., XXIU p. 180.

(2) De Aquxd., 25.

UVRE CINQUIÈME. Cil. V, 5. 737

connaîtrions que sous son seul nom de Vitruve, si un abré<- -viateur anciens dont le travail nous a été conservé par plusieurs manuscrits du x* siècle, ne nous avait fait savoir qu'il s'appelait ViTRuvius Pollio. Quant au prénom de Marcus que des savants italiens du xv* siècle lui ont attribué, il faut ne l'accepter qu'à titre de simple conjecture.

Nous devons en outre nous garder de toute affirmation sur le lieu de sa naissance. Nous n'avons pas à mettre en doute quMl ait passé une partie de sa vie à Rome, mais de ce qu'il a dit au livre III de son traité c hujus exemplar Romse nuUum habemus* », il ne s'ensuit nullement, comme quelques-uns l'ont prétendu, qu'il y soit né; pas plus qu'il n^est logique de le faire naître, comme d'autres ont voulu le croire, à Plaisance, parce qu'il a cité cette ville avec celles de Rome, d'Athènes et d'Alexandrie lorsque, dans le début du IX* livre, il a parlé des différences à observer dans la construction des cadrans solaires d'après les lieux où on les place. L'avis du savant véronais Mafiéi qui, dans son amour pour son pays natal, plaide en faveur de Vérone, n'est guère plus admissible. Il s'appuie, d la vérité, sur la découverte qui y a été faite d'un monument élevé par un architecte du nom de Vitruve ; mais l'inscription porte VitruviuLs Cerdo et non Vitruvius Pollio; et puis, quand même elle désignerait notre écrivain, elle ne prouverait encore que la construction d'un monument érigé par lui. L'opinion la plus probable est en faveur de l'ancienne Formies,en Campanie, où les fouilles oot montré de nombreuses inscriptions sépulcrales portant le nom de la famille Vitruvia.

En ce qui concerne la vive discussion qui a eu lieu sur

(1) Cet abréviateur, M. Ceiius Faveotinus, qui donne un extratl non seulement de Vitruve mais de plusieurs livres écrits sur rarchitecture, et dont le travail est intitulé dans les mss. De dioersin/abricis architecionicaBy commence en ces termes : • De artia architectonica peritia multa oratione Vitruvius Pollio aliique auctorea acientiaaime acripaere. • Hose a publié cet extrait à la fin de son édition de Vitruve.

(i) III, 3.

répoque où il vécut, elle n'aurait pas dû se produire. Le célèbre architecte Claude Perrault, eu publiant sa traduction française de 1673, avança que Tœuvre latine datait du règne de Titus et prétendit que l'édition de Philander, en 1552, était celle qui, la première, avait introduit dans le titre lesniots ad Cxsarem Augusium. On trouve pourtantles mêmes mots dans Tédition de Venise de 1497, et bien que Perrault affirmât qu'il avait des autorités sérieuses h, l'appui de son opinion sur la date de Texistence de Yitruve, comme il ne les nommait pas, il était impossible de contrôler son dire. Le traducteur anglais Guill. Newton, en 1771, n'en adopta pas moins son avis et s'ingénia à le confirmer par toutes sortes de raisonnements ; mais Al. Hirt, professeur d'architecture et d'archéologie à Berlin, dans une dissertation très serrées ne se contenta pas de réfuter chacun de ses motifs ; il lui en opposa quelques autres qui, eux, sont irréfutables. 1"^ Pline parle du module quinaire dans les mêmes termes que Vitruve* ; or Frontin affirme que ce module a été inventé par Vitruve ou par Agrippa; outre que la réunion de ces deux noms semble bien les reporter à la même époque, comment Pline, qui écrivait sous Yespasien, aurait-il connu cette invention et comment Frontin en auraitil parlé comme d'une chose ancienne, si Tinventeur avait vécu sous Titus? — 2* Vitruve, dans sa dédicace, remercie l'empereur d'une faveur obtenue sur la recommandation de la sœur de ce prince, « per sororis commendalionem >; mais Titus n'avait pas de sœur ; car Suétone atteste expressément que Vespasien avait perdu sa femme et sa fille avant d'arriver à l'empire^. — 3* Vitruve se sert de l'expression Theatram lapidcum (Le Théâtre de pierre) pour désigner le théâtre de Pompée ^; il n'y avait donc pas à Rome d'autres théâtres construits en pierres que celui-là au moment où

(1) Cf. Wolfs Mus. der Alt. Wiss,, I (1806), p. 238 sq.

(2) Plin., Hist. nat., XXXI, 31, et Vilr., VU, 7.

(3) Suét., Vespas./i.

il écrivait, et ce ne pouvait être à une époque postérieure au règne d'Auguste, puisque, sous ce règne même, en Tan 13 av. J.-C., on en consacra deux autres ainsi construits, ceux de Marcellus et de Balbus.

Ce derAier motif est très important, car il nous mène à fixer avec précision la date même de l'achèvement de l'on-» vrage.Il suffit, en effet, de noter quels sont les événements Ic^ plus proches de l'au 13 auxquels Yitruve a ftkit allusion. On trouve, au livre V (ch. 1), mention d'un temple construit en l'honneur d'Auguste, œdis AugusU et ce nom d'Auguste n'avait été conféré k Octave qu'en l'an 27; en outre, . au livre 111 (ch. 1), il est question d'un temple de Quirinus, du genre diptère. Or Dion Cassius dit que le temple de Quirinus, entouré de soixante-seize colonnes (c'est-à-dire du genre diptère), fut consacré en l'an 738 de Rome (an 16 av. J.-C.) ; et nulle pari on ne rencontre un mot se rapportant à un fait postérieur à celui-là. Il est donc logique de croire que le travail a été, sinon écrit en entier, du moins achevé entre cette année 16 et l'an 13.

A cette époque, Vitruve était âgé et avait accompli toute la partie active de sa carrière. Nous en avons la preuve dans la préface adressée à Auguste. Il y rappelle qu'il a joui autrefois de quelque considération auprès de J. César, parenli luo fueramnoius ; que, de concert avec M. Aurélius, P. Numidius etCn. Cornélius, il fut longtemps préposé à la construction et à l'entretien de toutes les machines de guerre ; qu'il reçut, en récompense de ses services, une gratification annuelle ; et qu'Auguste, sur la demande de sa sœur, la lui continua, de manière que, par ce bienfait, il se voit assuré pour le reste de ses jours d'une existence à Tabri du besoin.

A ces quelques renseignements biographiques l'ensemble de l'ouvrage en ajoute plusieurs autres. Dans l'introduction du livre II, après avoir dit le moyen employé par l'architecte Dinocrate, qui était de haute stature et de visage agréable, pour attirer sur sa personne l'attention d'Alexandre le Grand, l'auteur regrette de ne pas avoir à sa disposi-

tion. de pareils avantages puisque la nature l'a privé d'un extérieur imposant et qu'il voit, dans son âge avancé, sou visage déformé et ses forces ruinées par les maladies : mihi aulem siaiuram non iribuit nalura, faciem deformavil seta», valetudo deiraxU vires. Dans un passage du même livre, à propos de la solidité du bois do larix, il donne le récit d'un fait de guerre qui se produisit auprès des Alpes pendant une campagne de J. César et les détails dans lesquels il entre montrent suffisamment que lui-même y assistait'.Au livre VIII, au sujet des propriétés merveilleuses reconnues à certaines terres des environs de Zama, il parle de leur propriétaire C . Julius qui servait sous les drapeaux de Ce* sar, et raconte comment il eut l'occasion de lui donner l'hospitalité, comment aussi, dans leurs rapports jouma* liers, la philologieservaitsouventdetexteàleurs entretiens'. Le livre V présente la description d'une basilique construite d'après ses dessins et sous sa direction dans la colonie ju* lienne de Fanum'. Toutefois il ne semble pas avoir été chargé souvent de travaux de cette importance ; car il se plaint, en plusieurs endroits^, des intrigues qui l'emportent souvent sur le véritable mérite, et. dans Tintroduction du livre YI, il explique son peu de vogue par la répugnance qu'il a toujours éprouvée à solliciter les commandes. cU ne faut pas, s'étonner, dit-il, que je sois resté peu connu du plus grand nombre. Les autres architectes recoureht aux demandes, aux intrigues, pour se produire ; mais moi, je tiens de mes maîtres qu'un architecte doit, non pas solliciter, mais attendre qu'on le sollicite, et qu'il ne peut, sans rougir, adresser une demande qui prête aux soupçons inja* rieux, toute prière venant de celui qui implore un service et non de celui qui le rend. »

Neque est mirandum, quid iU plunbus nm igDotos. Céleri arcfaitecluri rogani et ambiunt, ui archileclentor ; mihi autem a prscep-

(h Vilruv., 11,9, 15.

[t) id., vni, 3, iô.

V3» lii., V, l,l>.

{i) Voir surtout Tintro iuction de soq livre III.

toribus est traditum rogatum non rogantem oporlere suscipere curam, quod iogenuus color movetur pudore, pelendo rem suspicîosam. Nam beneficium dantes, non accipientes ambiunlur.

Cette probité, qui le détournait de toute brigue, il lattribuait à la sage éducation et à la large instruction que lui avaient données ses parents. II leur témoignait avec piété une profonde reconnaissance de l'avoir instruit dans un art qui réclame, pour être bien pratiqué, laconnaissancede la littérature et de toutes les sciences » ; il les remerciait cde lui avoir procuré, avec le^oût du savoir, avecle plaisir qu'on puise dans la lecture des bons ouvrages, cet avantage suprême d'une âme qui comprend que le trop n'est pas nécessaire et que nul n'est plus riche que celui qui n'a besoin de rien.» En un mot, il n'était point de ceux qui, faisant bon marché de la philosophie, ne voient de sagesse que dans l'amas d'argent; «mieux vaut,jugeait-il. pauvreté et bonne réputation que grande fortune et mauvais renom ; politis tenuilalem cum bona fatna, quam abundanliam cum infamia 5equendam puiavi, »

Sa délicatesse l'ayant empêché d'avoir une carrière aussi brillante que celle qu'il eût eue avec des sentiments moins nobles, il chercha, vers la fin de sa vie, dans son instruc* tion, qu'il n'avait cessé d^accroitre par des lectures solides et variées, le moyen d'écrire sur son art un ouvrage qui pût, mieux que le peu de monuments qu'il avait construits, transmettre son nom à la postérité. Sa préface, à la vérité, indique un autre motif que celui-h\ : c*était, disait-il à Auguste en lui dédiant son œuvre, tout à fait à son intention qu'il l'avait entreprise, pour lui témoigner sa gratitude des bontés dont il avait été honoré par lui et dans l'espoir de lui être agréable et utile ; car, puisque l'empereur avait fait élever déjà et élevait encore un grand nombre d'édifices, il n'était pas sans intérêt pour lui d'avoir sous la main des livres contenant les préceptes de l'art et qui lui permissent de se rendre compte par lui-même de chacun des travaux ordonnés. Les égards dus à celui à qui il s'adressait lui défen-

742 UVIIE CINQUIÈME. CU. V, 5.

daient do parler en cette page d'un mobile différent ; mais ailleurs il n'a pas dissimulé Tambition qu'il avait conçue de s'acquérir par un tel écrit une réputation qui lui sarvivrait : « his voluminibtts edilis, lU spero^ posleris eliam ero notus »^

L'ouvrage De architecturane manque pas d'étendue : il se divise en dix livres *.

Le PREMIER des dix a été analysé par Fauteur lui-même :

llaque, imperalor, in primo volumine tibi dearte elquas habeat ea virlutes quibusque disciplinis oporteat esse auctum archîtectum exposui, et subjeci causas quid ita earum oporteat eum esse peritom, ratiooesque summae archilectur» parlitione distribui Goilionibusque terminavi. Deiiide, quoderat prtmuin et necessarium, de mœoibus quemadmodum eligantur loci salubrcs ratiocinationibus explicni, ventique qui sint et e quibus singuii spirent defonnalionibus grammicis oslendi, platearumque et vicorum uli emendate Gant distributioncs in mœnibus domi et ila Gnitionem primo volumini coostitui. >

Voilà pourquoi, César, dans mon premier livre, j*ai traité de l*archileclure, des qualités qu'elle exige, des connaissances dont doit être muni l*arc)iilecte ; j*ai exposé les raisons qui font que ces connaissances lui sont nécessaires ; et brièvement j*ai donné les divisloos et les déGnitions de cet art. Ensuite, ce qui était d'une importance capitale, parlant des lieux où Ton doit bâtir les villes, j*ai raisonné sur le choix de ceux qui offrent le plus de salubrité, j*ai montré par des Ggures quels sont les vents et de quel point souffle chacun d'eux. Puis j*ai dit comment, dans Tenceinte des murs, doivent être

(1) Inlrod. du liv. VI.

(â) Les deux inss. Xos plus importants sont VHarleianus (Mus. BriL, 2767), du ix**, s., et le Gudianus (BIbl. île Woirenbûtleli, du xi« s , qui proviennent d'un même areliétypo. — Kditiuns principales: Jo. Sulpicius, éd. princcps (vers 1i8()) ; J. (îiocondo (Venise, 1511) in-f ; Guill. Philander (Leyde, X'hd,, in-i ; Jean de Lact(Amst., 1649), pet. in-f. ;M.Galiani (Naplcs, 1758), in-r ; A. liude (Berlin, 181)0), t v. in4; J G. Schneider (Leips., 1807), 3 V. in-8 ; Slrnticu (L'diiie, 18^5*1830), 4 v. in4; A. Marini (Rome, 1836^, A V. in-f. avec planches réussies ; Ch. L. Maurras (Paris, 1847), 2 v. iD-8, avec fig. et trad. rrauc. ; V. Rose et il. Mûlier-Strûbing (Leips., 1867), in-8, avec index de II. NohI (Berlin, 187lj).

(3) Introd. du liv. 111.

UVRE aNQUrÊME. GH. V, 5. 743

distribuées les places et les rues ; c'est par h que j*ai terminé ce premier livre.

Il aurait pu ajouter que le derqier chapitre expliquait en outre le choix à faire de remplacement des temples et de tous les endroits publics de manière à en rendre Tusage aussi commode que possible.

Le DEUXIÈME livre a trait aux matériaux qu'il faut em** ployer. Mais, avant d^entamer ce sujet, l'auteur parle de la manière do vivre des premiers hommes, des commencements de la société humaine, des premières constructions et des progrès successifs faits dans la science de bâtir. Ce n'est qu'après cette introduction qu'il disserte sur les matériaux propres à la construction des bâtiments, sur la manière dont ils paraissent avoir été produits par la nature ot sur les principes qui entrent dans leur composition. Il passe ainsi en revue les briques, le sable S la chaux, la pouzzolane, les pierres de taille et les moellons. Il consacre alors un long chapitre aux différentes espèces de maçonnerie. Et il termine par l'étude des bois de construction, examinant tour à tour les propriétés de chaque espèce et expliquant par Texemple du sapin supemas et du sapin tnfemas^ si différents l'un de l'autre selon la partie de l'Apennin où ils naissent, comment les arbres tiennent des lieux mêmes qui les produisent leurs qualités et leurs défauts.

Il commence le troisième livre par une courte introduction sur la faveur dont jouit souvent dans le public l'ignorance, qu'appuie la fortune, et sur le désir qu'il a de prouver la portée de son savoir par le présent écrit. Les matériaux venant d'être étudiés, il s'occupe tout de suite de l'édification des temples.Le premier devoir.de l'architecte, dit-il, est d'y observer la règle des proportions et de l'harmonie : il faut dans le rapport des parties avec le tout une régularité semblable à celle qu'a mise la nature dans la

(1) Je donne comme spécimen de ses explications didactiques le commencement du chap. sur le sable, Appendice ccccziii.

744 UVHE aSitUÈME. CH. V, 5.

structure du corps humain. Il examine les proportions des diverses espèces de temples, le nombre, la grosseur et la hauteur de leurs colonnes ainsi que Tespace laissé à Tentre-colonnement.Il traite des fondements à faire, soit dans les terrains solides, soit dans les terres rapportées. Puis, considérant en particulier l'ordonnance des temples ioniques, il décrit les colonnes de ce genre et leurs ornements. Dans le quatrième livre, il expose les règles concernant les colonnes de l'ordre corinthien et de Tordre dorique dont il fait voir les diflërences et les particularités. Et après avoir dit ce qui a rapport à l'extérieur des temples des trois ordres principaux, il explique la disposition intérieure, tant pour le protiaos (vestibule) que pour la eelia (sanctuaire), l'orientation de l'édiâce et l'emplacement de la statue du dieu, les proportions des portes et de leurs chambranles. Il décrit ensuite l'ordre toscan. Il parle aussi des temples ronds et de ceux qui présentent d'autres dispositions. Et il termine par quelques mots sur la hauteur plus ou moins grande des autels placés au milieu de tous ces édifices, laquelle dépend du degré de dignité qui appartient à chaque dieu.

Après les édifices sacrés viennentles autres constructions publiques. Le livre cinquième traite des forums, de leurs portiques avec boutiques au rez-de-chaussée et galeries au premier étage, puis des basiliques; l'auteur trouve ici l'oocasiou do décrire la basilique construite par lui à Fanum. Il passe rapidement sur les bâtiments du trésor public, de la prison et de la curie. Par contre, il consacre neuf chapitres consécutifs aux théâtres : choix d'un endroit sain; dégagements nombreux à ménager; considération des lois de Tacoustique pour approprier la construction au mécanisme de la voix; grandeur et disposition des vases d'airain dont on se sert à cet effet; plan général; niveau à établir entre la hauteur de la scène et le plafond du portique ; diverses sortes de scènes et différence entre les théâtres des Grecs et ceux des Latins ; portiques qui sont derrière la scène et promenoirs : telles sont les ques-

tions étudiées dans ces neuf chapitres. Le suivant a pour objet la construction des bains publics ; et un autre, celle des palestres, bien que les palestres, lieux publics où les Grecs se formaient aux exercices du corps, ne soient pas en usage en Italie. Cette revue des édiflces que peut contenir Tenceinte d'une ville est complétée par une étude des ports et des constructions spéciales qui s'y font.

Une introduction sur la dignité que doit conserver l'architecte dans Texercice de son art précède le sixième livre. La matière en est le plan et les proportions des maisons particulières. Deux premiers points sont mis en relief : 1« Il faut tenir compte, dans la construction des maisons, de la diversité des propriétés que la nature a départies à chaque pays; 2^ L'architecte^ lorsqu'il a établi, d'après une mesure déterminée, toutes les proportions d'une construction, doit savoir, selon les exigences du lieu, apporter des amendements à son plan sans que ces corrections paraissent faire perdre à la symétrie rien de sa régularité. Ces principes posés, l'auteur parle successivement du cavsedium ou atrium ; du cabijiet d'étude et du péristyle ; des salles à manger, des salons, des exèdres ou salles de conférences et des galeries de tableaux. Il dit quelle orientation doivent avoir les diverses pièces, telles que salles à manger d'hiver, salles à manger d'été, bains, chambres à coucher, bibliothèques, etc. ; et aussi comment, pour la disposition des parties de la maison, il faut considérer la qualité des personnes qui doivent y habiter. II passe ensuite aux maisons de campagne et en examine les détails. Il s'arrête un moment à noter la différence qui existe entre la disposition des constructions grecques et celle des constructions romaines, ainsi que la différence des noms donnés à toutes les parties. Puis il indique les moyens d'assurer la solidité de ces bâtiments ; un dernier chapitre traite du soin à apporter aux fondements.

Llntroduction du septième livre est une des plus longues et nous fournit l'avantage d*y trouver une liste d'auteurs ayant écrit avant Vitruve sur l'architecture et qui ont été

pour lai des sources dont il reconnaf t s'être utilement servie Ce livre expose ce qui, dans l'édiâcation d'une maisoD* peut contribuer non seulement à la rendre solide, mais à la décorer. Après avoir montré la manière de la munir de bons pavés, Vitruve indique la préparation de la chaux pour les enduits des murs, la disposition des planchers en forme de voûte, l'emploi du stuc et du crépi, la manière d'user des enduits dans les lieux secs et dans les lieux humides, enfin la façon dont on peint les murailles. A ce propos, il s'élève énergiquement contre l'abus de celles des peintures à la fresque qui manquent de vérité. Puis il détaille les matériaux servant à la peinture. Sur les enduits, dans la composition desquels entre une poudre de marbre dont il note soigneusement la préparation, s'appliquent un grand nombre de couleurs : il les énumère en les divisant en deux groupes, naturelles et artificielles ; il dit 1* les lieux d'origine et la préparation des premières, notamment du vif-argent et du cinabre ; 2? la manière d'obtenir les autres, avec la proportion du mélange des substances qai les produisent.

Quelques mots sur la bonté divine, qui a mis sous la main de l'homme tout ce dont il a besoin pour sa cpnse^ vation, servent de préface au huitième livre, qui est consacré à Ihydraulique. Voici les matières deis sept chapitres dont il se compose : manière de trouver l'eau ; propriétés de l'eau de pluie; nature des eaux chaudes; variétés d'eaui de fontaines, de fleuves et de lacs et qualités particulières de diverses espèces; nécessité de chercher et de choisir l'eau la plus favorable à la santé; manière de la reconnaître ; moyen de la conduire à la ville et aux maisons par des aqueducs en maçonnerie, ou par des tuyaux de plomb, ou par des tuyaux en poterie, construction des réservoirs, puis, à défaut de fontaines voisines, creusement de puits et création de citernes.

(1) H s*élévc, à celle occasion, coutre les plagiaires qui, eux, dissimulent leurs emprunts, et donne le récit d*un concours poétique à Alexandrie- Voir Appendice ccccxv.

LIVKE CINQUIÈME. Cil. V, 5. 747

Lo NEUVIÈME livre débute par une dissertation très étendue sur les découvertes scientifiques des savants dont s'honore le plus l'humanité. Une de ces découvertes est celle de la gnomonique, l'art c de axer, d*après la grandeur des ombres équinoxiales, la figure des instruments au moyen desquels on tire, suivant la situation des lieux et l'ombre du gnomon, les lignes qui indiquent les heures »^ autrement dit, l'art de tracer les cadrans solaires. Vitruve veut en indiquer les règles. Il juge bon, pour cela, d'entrer dans des développements, qui ne comportent pas moins de six chapitres, sur la révolution des corps célestes. C'est seulement au chapitre VII qu'il indique la manière de faire des cadrans solaires. Au chapitre VIII et dernier, il énumère les formes différentes données par certains inven* teurs à ces horloges d'été, et, en même temps, il décrit diverses espèces de clepsydres ou horloges à eau pour l'hiver.

Enfin, dans le dixième livre, après une introduction sur le peu de garantie qu'ont les particuliers et l'État à l'égard d'architectes ignorants qui dépassent d'une manière scandaleuse la somme des dépenses prévues par leurs devisS Tauteur expose les principes qui doivent diriger la confection des machines. Son intention est, non pas de les passer toutes en revue, car beaucoup, d'un usage ordinaire, sont connues de tout le monde, mais d'expliquer celles qui sont plus rares. En commençant par celles qui servent à tirer et à élever de lourdes charges, il explique comment elles reçoivent leur mouvement de deux principes, différents mais qui agissent ensemble, la force de la ligne droite et la force de la ligne circulaire. Il décrit ensuite les diverses espèces de machines à tirer de l'eau, et par suite : les roues que l'eau met en jeu; les moulins à eau qui servent à moudre le blé; les pompes spirales, qui donnent une grande quantité d'eau sans l'élever beaucoup ; les machines de Ctésibius qui, au contraire, relèvent très haut; et les

(1) Voir Appendice ccccxviii.

748 UVRE CLxoiiÊaE. ca. t, s.

orgues bydraolîqaes. U indique le mécuiisiDe iog>:'aieax 4ui f-Tinet de coDQaître combiea oa parcourt de ch-^mio. soit dans une voiture', soit sur un bateau. El il lermiiie par tes machioes de guerre : il traite de la coostmciioD des oaUpultes, des scorpiODS, des batistes et de la manière do l<?s baoder avec justesse; il porte son éiade sur les îDstnjiaenu qui serreot à l'attaque des places : béliers. lortu>}sà bélier, tours montées sur roues, tortues destinées à combler les fossés, etc.; mais quant à la dèfeose des villes assiégées, les circODstaoces variant à Tioâni. il compte plus sur l'adresse des in^nieurs arctutecies que sur des préceptes donnés d'avance et il cite plusieurs exemples des moyens qui, inventés par eoz, ont conjure les plus iFraotls dangers.

Une première remarque que vous avez dû faire, en parcourant l'ouvra^ de Vitruvc, c'est que les introdaciifMts qu'il se plaît à placer en tête des livres sont loin de reponJrf toujours d'une manière spéciale au contenu de chacun d'eux; la plupart traitent de questions gêDérales,dela science, ou de l'architecture, ou des qualités i requérir des architectes ainsi que des défauts qu'on est ea droit de leur reprocher: il ne les relie aux livres que par des transitions tlout il profile pour préciser le point où il en est de si mali'Te : il rt-sume alors en quelques lignes les parties qu'il eu a traitées ei annonce celle qu'il abonle.

\ uns avez noté aussi dans les développements successiEt Je son easeijiQenieat une inégalité qui ne se justifie pas. Il ue dit que quelques mots des prisons, des bâtiments du trésor, di.- la construction des arcades; il n'explique guère U forme des foyers et des fenêtres; il est très bref en ce qui O'jQcerne les aqueducs: et loème il passe soos silence plusieurs des choses de l'architecture qui. chez les Komaina, avaient pris une grande importance, telles que les tomlieaux, les arcs de triomphe, les ponts et les voies publiqui's. Parcostre. il s'étond avec trop de complaisance

Voir (t «pTL-iiU'-n dViplicalian <li lact^ue â l'Apptitdift cccciil.

sur d'autres choses qui se rattachent bien, si l'on veut, par quelque côté à l'architecture, mais qui n'appartiennent pas proprement à cet art : ainsi fait-il pour la musique^ dont il parle longuement avant d'établir les règles d& l'acoustique des théâtres, et pour l'astronomie, dont il présente tout un cours avant d'indiquer la construction de» cadrans solaires.

L'étendue qu'il accorde ainsi à certaines parties provient de la haute idée qu'il s'est faite des connaissances néces^ saires à l'architecte. C'est une véritable encyclopédie qu'il aurait écrite s'il avait traité à fond de toutes les sciences, dont il prescrit Tétude : outre la musique et l'astronomie, il y a l'arithmétique, la géométrie et le dessin pour le», calculs et la figuration des plans ; l'optique pour les effet» de lumière ; la médecine pour le choix des eaux et des emplacements les plus salubres ; la jurisprudence pour le» questions de murs mitoyens, d'égouts, etc. ; l'histoire pour la recherche des ornements à employer ; les lettres pour a rédaction des projets, des rapports et des mémoires ; la. philosophie pour la noblesse morale et la dignité de l'artiste. Mais il reconnaît que, lorsqu'il est déjà bien difficile à. un homme de posséder réellement une de ces sciences, il serait déraisonnable d'exiger de l'architecte autre choseque des notions de toutes. Lui-même rappelle modestement à Auguste que l'auteur du traité mis sous ses yeux n'est ni un grand philosphe, ni un grammairien consommés mais un architecte ayant quelque teinture des connaissances utiles à son art, et le seul engagement qu'il prend est d'établir ex professa ce qui constitue à proprement parler la science architecturale non seulement pour ceux qui selivrent à la pratique mais encore pour tous ceux qui. veulent la connaître théoriquement. On sent toutefois qu'il est parfois travaillé du désir de montrer qu'il serait capable d'aller au-delà ; les développements auxquels il se laissealors entraîner frappent d'autant plus que le reste, en général, est dit avec beaucoup de sobriété.

(J) Liv.l, 1,17.

750 LIVKE CINQUIÈME. Cil. V^ 5.

Il tend, en effet, à la brièveté. Comme il sait qu'un ou- Trage technique tel que celui qu'il entreprend ne peut avoir pour les lecteurs le même attrait que des œuvres historiques ou poétiques, qui se prêtent, elles, aux larges et majestueuses proportions, il espère, dit-il, le leur faire accepter d'autant plus facilement qu'il le rendra plus court. Non pas qu*il écarte absolument toute digression; il peut y avoir intérêt, précisément afin d'en rendre la lecture moins fatigante, à introduire çà et là quelque anecdote qui repose ou récrée un moment Tesprit : tels sont, par exemple, le récit qui, à propos des constructions faites par Mausole, dît la défaite infligée aux Rhodiens par Artémise, veuve de ce roi ' ; celui qui a rapport à la découverte des propriétés du bois du larix'; ceux qui rappellent comment a été inventé le chapiteau do la colonne corinthienne' et comment Archlmède trouva la solution de l'un des nombreux problèmes soumis à ses recherches^. Mais il use de ce moyen avec dis* crétion, et la marche de son enseignement, en somme, est plutôt rapide.

Cette brièveté, sur laquelle il comptait pour mieux fixer ses préceptes^yne laisse pas en certains cas de produire quelque obscurité. D'autant plus que les mots dont il se sort n'appartiennent pas tous à la langue ordinaire. Certes on ne saurait lui faire un reproche d'avoir employé des termes qui ne se trouvent pas chez les auteurs contemporains, comme iequilatatio, alveolalus, coassarefCOiissatio, displuviaium, 4mmûssariu7n, in cuUro, incumba, genicultis, paUuiones, pilalim^ replum^ staluminare, etc. ; chaque science a ses vocables particuliers pour déterminer les objets de son ressort; et chacun, en outre, lorsque les expressions manquent à la langue nationale pour parler de choses nouvelles dans le

(1) Liv. U, 8. U Cl 15.

Ci) Llv. Il, 9, i:, et 16.

(3) Liv. IV, 1, 9 et 10. — Voir Appendice ccccxiv.

(4) Liv. I.X, Pr«p/, 9-li. — Voir Appendice ccccxvii.

[Ô) «... breviter e.xponam ; sic eniin expedltius ea rcciper« poteruoC «ucates. » Liv. V, Prsf/.j i.

pays mais qui existent ailleurs depuis longtemps, s*accorde le droit d'aller chercher les mots là où ils existent; c'est ce que fait aussi Vitruve en usant de termes grecs tels que : amphiproslylos, anterides, apophygis, aslragalus, calalechnos, corsa ^ diagramma, diaslylos, dipleras, empleclon, enlasis, épiscenos^ eristnse, eustylos, grammicum, hypaslhras, lacotomus, periplerosj pronaos, proslylos, pycnoslylos, syslylos, triglyphus, ZO' phorus, etc. ; le plus souvent il les définit; néanmoins on serait bien aise, en plus d'un endroit, d'avoir un complément d'explication. Mais ne le rendons pas trop responsable des quelques difficultés que nous rencontrons enle lisant; car la plupart de ces obscurités n'existaient pas pour ses contemporains ; il avait pris soin de joindre à son texte des dessins que les copistes n'ont pas reproduits sur les manuscrits en notre possession, et vous savez combien une figure bien tracée, dans une œuvre technique, projette de clarté sur une explication, faisant plus à elle seule que bien des mots et des tournures de phrases.

Au surplus, il nous est assez difficile d'apprécier sascience. Ce que nous pouvons affirmer, c'est qu'il ne s'en est pas rapporté seulement à sa pratique personnelle et aux modèles que, dans les nombreux voyages nécessités par ses fonctions d'ingénieur des armées de César, il avait eu l'occasion de voir par lui-même. 11 s*est entouré de tous les ouvrages composés avant lui sur son art : parle-t-ildes cadrans solaires et des clepsydres, il ne nous laisse pas ignorer la quantité de livres qu'on peut consulter avec avantage si l'on veut en construire d'espèces et de formes différentesM traite-t-il des machines hydrauliques autres que les clepsydres, il cite, avec les inventions de Ctésibius, le traité spécial publié par ce célèbre mécanicien d'Alexandrie qui découvrit les propriétés élastiques de l'air' ; alors même qu'il décrit les machines de guerre dont il avait une

(1) Liv. IX, 8, 1.

(2) «... qui cupidiores erunt ejus sublilitatis, ex ipsius Ctesibii comnicn tariis potcruot invenire. » Liv. X, 7, 5.

si grande expérience, il s'appuie sur l'autorité de Diade, ingénieur des armées d'Alexandre le Grand, qui, après avoir inventé ou amélioré la tour roulante, la tarière, le corbeau démolisseur et la machine montante au moyen de laquelle on passait de plain pied sur une muraille, en avait enseigné par écrit la construction*. Il ne mentionne pas moins de douze auteurs de traités de mécanique auxquels il a recours \ Et combien plus considérable encore est le nombre des architectes écrivains qui, ayant exposé les règles suivies par eux dans l'édification de monuments remarquables, sont indiqués par lui comme sources auxquelles il a puisé! Dans l'introduction du livre VII, il en énumère plus de vingt'. Loin do dissimuler ses emprunts, il s'en fait comme un titre de-gtoire, comptant bientiue de tant dematériaux amassés par ses études il sort une œuvre digne de celui à qui il l'a dédiée. Et de fait, si nous savons que les recherches si consciencieuses poursuivies par cet architecte très expert ne l'ont pas empêché de commettre un certain nombre d'erreurs sur ceux des monuments de la Grèce qu'il n*avait pu voir, nous sommes autorisés à croire cependant que son travail nous met sous les yeux un exact résumé des con* naissances acquises en architecture par les Romains de son temps ^

Dans un ouvrage de ce genre, on n'est guère en droit de réclamer un style décrivain de premier ordre; celui de Vitruve, sans être indigne de son siècle, n'est pas de ceux qu'on a Thabitude de proposer pour modèles : on le trouve inégal, quelque peu sec dans les parties essentiellement didactiques et, au contraire, asssez orné, parfois même ampoulé, dans celles où l'auteur se livre à des con-

(1) Liv. X, 13, 3 8q.

("i) Llv. VII, Prap/.,U.

(3) Parmi ceux qu'il elle, il rcgreUe de ne voir que trois Romaius : Fussitius, VarroQ et Publius Septimius. Il ue reste rien des livres écrits sur rarcliitecturc par cos trois autours. Cr. \f* partie, tom. Ul, p. 587.

(4) Cf. A. Tcrquein, La science romaine à Vépoque d^ Auguste; étude historique d'après Vitruoe, Paris, 1885, gr. la-8» de 17i p.

sidérations générales. Ces généralisations n'ont pas moins inspiré plusieurs morceaux d'une certaine valeur ^ et les pages purement didactiques présentent, au point de vue archéologique, un intérêt considérable, puisque ni le siècle d'Auguste, ni aucune autre période de la littérature latine ne nous ont rien laissé d'analogue.

La jurisprudence, non moins que l'éloquonce, avait, de tout temps, joui parmi les Romains d'une estime particulière : science noble par origine, elle n'avait point cesséi depuis que quelques plébéiens l'avaient pratiquée, de con* server tout son ancien prestige, et vous vous rappelez com* bien, du vivant de César, elle avait produit d'hommes distingués^. Les jurisconsultes ne se contentaient point d'expliquer les textes par leurs écrits, par l'enseignement, par leurs consultations, par les discussions juridiques et de s'en rendre les interprètes au point d'être considérés comme les véritables dépositaires de la science nationale, totius civilatis oracula; ils épuraient les règles de la justice et asso* ciaient au droit des principes philosophiques capables d'en augmenter la dignité et de lui donner plus de pouvoir sur les mœurs. L'autorité que prenaient ainsi leurs doctrines, le besoin constant que les particuliers avaient d'eux pour agir en justice ou se garder de tout péril juridique. Thonneur dont on les voyait sans cesse revêtus au tribunal dii prêteur, qui les appelait à faire partie du conseil des assesseurs chargés de lui donner leur avis, tout concourait à

(1) Voir la page sur les savants écrivains moins honorés quelles athlètes. Appendice ccccxvi.

(2) Voir \rt partie, tom. III, p. 557.

7â6 LIVRE CINQUIÈME. GB. Y, 6.

perdit une occasion dans le sénat» soit d*invoquer les anciennes lois de la république pour combattre la nouvelle constitution, soit de se rendre désagréable au maître parla liberté de ses avis et de sa parole mordante. Suétone, dans un des chapitres qu'il a consacrés à l'énumération des exemples de la modération et de la tolérance d'Auguste devenu tout-puissant, nous a fait connaître un de ces actes d^opposition. Lors de la première épuration du sénat» chaque membre maintenu ayant la liberté de choisir on collègue» Labéon, interrogé à son tour, désigna M. ^milius Lëpide ; à l'audition de ce nom, tous les regards se portèrent sur le prince; car Lépide n'était autre que Tancien triumvir qu'il avait exilé après l'avoir abattu ; et Auguste, comptant sans doute faire revenir l'audacieux sénateur sur un tel choix, lui demanda s'il ne connaissait pas d'hommes plus dignes que celui-là; mais, sans s'intimider, c non, répondit Labéon, chacun Juge à sa manière, et pourquoi ne maintiendrai'je pas au sénat celui que tu maintiens an grand pontificat ? » Auguste, en effet, n'avait pas cru pouvoir enlever à Lépide son titre de grand pontife, et, décon* certé par la hardiesse de cette réplique, n'insista pas K

Du reste, Labéon s'était créé par sa valeur scientifique une telle situation qu'on eût produit un [scandale en tou« chant à sa personne. Son activité littéraire était prodigieuse. Il divisait l'année en deux parties égales, passait six mois à Rome pour y remplir les devoirs de sa profession, au milieu des travaux variés qu'elle réclamait, et se retirait à la campagne les six autres mois, qu'il consacrait entièrement à la composition de ses livres*. Il passe pour en avoir écrit quatre cents.

Aulu-Gelle, qui fait un grand éloge, non seulement de sa science juridique, mais de son profond savoir en toutes sortes d'arts, après avoir affirmé que la parfaite connaissance qu'il avait acquise du sens et de l'origine des mots

(1)Suél., Oct. Aa.7,r>4.

(*) Pompon. y Dig. loc. cit.

latins lui était d'un très grand secours pour résoudre beaucoup des difficultés du droit, cite comme remplis de questions de cette nature et propres à mettre au grand jour l'histoire de la langue latine, le XXXVIII% le XXXIX^ et le XL** de ceux de ses livres qui furent publiés sous le titre d^Œuvres posthumes, posleriores libri^. Cet ouvrage, qui traitait du droit civil d'après un plan scientifique conforme à la manière du fameux Q. Mucius Scaevola*, fut abrégé, par un Jurisconsulte du temps des Antonins, Javolénus Priscus, dont l'extrait se trouve souvent rappelé dans le Digesle.

Un autre de ses ouvrages, en huit livres, intitulé Il'.Oâr^cov, Probabilia,aeu aussi son abréviateur dans le rival de Papinien, le célèbre J. Paul, dont le Digeste n'a pas non plus négligé Tabrégé. Les citations qu'il en fournit, jointes à celles de l'extrait fait des œuvres posthumes par Javolénus, s'élèvent au nombre de plus de soixante.

Nous rencontrons, en outre, dans le Digeste^, la mention d'un recueil nommé libri epistolarum, et, dans une autre compilation du vi" siècle \ celle d'un recueil appelé libri responsorum, lequel, d'après les termes mêmes de l'auteur qui le cite, devait se composer de quinze livres au moins.

11 avait écrit un ouvrage étendu sur les édits du préteur. Aulu-Gelle y trouve, à propos des étymologies de mots qui y étaient expliquées, c une grande quantité de traits pleins de charme et d'esprit », et donne comme exemple un passage du !¥• livre concernant le mot soror^. Ce travail devait être divisé en deux parties, l'une traitant du pré* teur urbain et l'autre du préteur étranger; car le Digeste parle quelque part du premier livre prxtoris urbani et ailleurs du trentième livre du prœtoris peregrini^ .

(1) Aul. GeU. Noct, Att., XIII, 10.

(2) Voir tre partie, lom. II, p 373.

(3)Di>., XLI, 3, 30, 1.

(i) Collât. y Xll, 7, 3.

(5i Noct. Att, XIII, 10.

(6) |>iflf., L, 16, 19 ; IV, 3, 9, 4.

Son Commentaire sur la Loi des XII Tables se composait certainement de plusieurs livres : Aulu-Gelle en cite le second à propos de la grande rigidité avec laquelle les anciens Romains punissaient le voP. Dans deux autres passages des Nuits Altiques, il est encore question du même commentaire, mais sans désignation du livre. D*un côté', sont rappelés les termes mêmes dont s'était servi Labéon en parlant d'une certaine loi qui concernait les Vestales :

Virgo vestalis neque hères est cuiquam intestato, neqne intestats quisquam ; sed bona ejus in publicum redigi aiunt. Id qiio jure fiât, quaeritur.

Une vestile ne peut hériter d'uu citoyen intestat ; nul non plus ne peut hériter d*une vestale morte sans testament ; on pré* tend que ses biens reviennent à TÉtat. Nous cherchons quels sont les motifs de cette loi.

De l'autre côté^, est répétée l'histoire de ce LuciusYeratius, homme lâche et méchant, qui prenait plaisir à souffleter les hommes libres qu'il rencontrait, en leur faisant payer par un esclave qui le suivait, une bourse pleine d*as à la main, les vingt-cinq as alloués par la loi des XII tables ; Labéon, malgré son attachement pour les lois anciennes, avait cité cette anecdote pour démontrer combien péchait par la douceur la peine édictée contre l'injure.

Le droit pontifical n'avait pas laissé non plus d'être amplement traité par lui. Nous en voyons la preuve dansFestus qui invoque souvent l'autorité de son ouvrage portant pour titre De jure pontificio ou Commentarium juris pontificii, et qui en désigne, au mot proculiunl, le livre IX ; au mot spurcum vinum, le livre X ; au mot prox^ le livre XI ; aux mots sistere fana et subigere arietem^ le livre XV*. AuIu-GelIe y fait évidemment allusion lorsque, parlant des règlements

(1) Noct. Att.y VII. 15.

(2) Noct. Att., I, 12.

(3) Noct, Att., XX, 1, 13

(4) Cf. Fcslus, aux mots mortis causai oloatum, poaimeriunif puUia saxa^ popularia sacra, prop.Ma dolia, secespita^ scriptua lapis.

qui président au choix des vestales, il nomme Labéon « comme un de ceux dont les recherches sur cette question sont les plus exactes* » ; et nous sommes autorisés à croire que Macrobe en indique le LXVIIP livre, lorsque à une opinion exprimée dans le De jure sacrificiorum d'Atéius Capiton sur les dieux auxquels convient le sacrifice d'un taureau, il ajoute celle qu'exposait Labéon sur le même sujet dans son «sexagesimo et octavo libro*». Sinon, il faudrait supposer que celui-ci, outre son volumineux Commentarium juris poniificii, aurait encore publié un ouvrage considérable intitulé, comme celui de Capiton, De jure sacrificiorum.

Quant à un traité spécial composé par lui sur les fonctions des Augures, rien n'est moins certain. Il est vrai que Festus, au mot respici, répète un de ses avis à propos des augures qui se tenaient à la disposition des consuls, mais il n'indique pas l'ouvrage d'où est tirée cette citation et elle peut provenir de celui dont nous venons de parler.

A ce savant de premier ordre les nombreux partisans d'Auguste et Auguste lui-même opposaient le plus qu'ils pouvaient C. Ateius Capito. Celui-ci n'appartenait pas à une famille aussi ancienne; son aïeul avait été simple centurion de l'armée deSylla; mais son père, profitant, comme beaucoup d'autres, des guerres civiles, était arrivé jusqu'à la préture et lui avait fait donner une très large instruction. Il avait eu pour maître en jurisprudence Oûlius, disciple de Servius Sulpicius ; et comme il ne manquait pas de talent et que son ambition, non moins que ses sentiments personnels, l'avait porté très vivement vers le gouvernement nouveau, le chef de l'État s'attacha à l'élever de bonne heure aux plus hauts honneurs de manière à lui assurer publiquement, bien qu'il fftt sensiblement plus jeu-

(1) Qui de Virgine capienda scripserunt, quorum diUgentissime scripsit Labeo Antistius... » Xoct. AtU I, 12.

(2) Satura,, III, 10, 3.

Cl :

.•Hl

7fi0 LIVKE CINQUIÈME. Cil. V, 6.

ne* et possédât en somme moins de mérite, la prééminence desdignitéssarLabéon.G'estce que Tacite, dansses Annales, constate en ces termes : c Auguste s'était hâté de rappeler au consulat, aflu que l'éclat de cette dignité lui donnât la prééminence sur Antistius Labéon, son éminent rival dans la science des lois. Car le même temps vit briller ces deux ornements de la paix ; mais Labéon, ami inflexible de la liberté, avait une renommée plus populaire; Capiton» courtisan du pouvoir^ plaisait davantage au maître; le premier, en s'arrêtant à la préture, fut mis en relief, par cette inégalité même, devant l'opinion publique qui, Jalouse du second, devenu consul, lui en voulut d'une faveur qu'elle considéra comme une injustice. ' »

La courtisanerie de Capiton d'ailleurs semble bien n'avoir fait que progresser avec l'âge; il en fut largement récompensé par Tibère comme par Auguste, puisque, dans les dix dernières années de sa vie, il eut à remplir la charge très rémunératrice d'administrateur du service des eaux, curaloi* aquarum^; mais il faut avouer qu'il la porta parfois à un tel point qu'on ne saurait le lui pardonner. Nous lisons dans Suétone la leçon qu'il reçut un jour du grammairien puriste M. Pomponius Marcellus, dont j'ai dit un mot à propos de l'orateur Cassius Sévérus*. Ce Marcellus ayant eu le courage de reprendre une expression de Tibère, Atéius affirma qu'elle était latine et qu'en tout cas, si elle nel'étaitpas, elle le devenait de ce moment. < Capiton en impose, dit l'autre; tu peux, César, conférer le droit de cité aux hommes, mais non pas aux mots ^». Tacite rapporte une bassesse plus grave et qu'il juge comme elle le mérite. Le chevalier L. Ennius venait d'être dénoncé comme cou-

Ci) II y avait entre eux une difTéronce d*àge d*ooviroQ vingt-cinq ans,. LabéoQ étant né vers 5U av. J.-C. et Capiton vers 3i. Mais celui-ci ne survécut que dix ans à son aine, en mourant à l*àge de ciuquaotc-cinq ans.

(2) Tac, Ann., III, 75.

(3) Fronlin, Aq., iOt.

{A) Voir d-dcssus, p. i6l.

(o) Suét., De illustr, gramm., 22.

pable de lèse-majesté pour avoir converti en argenterie une statue de Tibère et Tempereur s'opposait à ce qu'on admit l'accusation; alors Capiton, comme s'il eût parlé au nom de la liberté, se récria hautement, disant qu'on ne devait pas enlever au sénat sa juridiction, ni laisser un tel crime impuni ; que César avait le droit de mettre de la mollesse à poursuivre ses injures personnelle», mais qu'il ne pou* vait être généreux au détriment de la vindicte publique. Tibère comprit très bien la pensée du courtisan; mais il persista dans son opinion; c et quant à Capiton, conclut Tacite, son ignominie fut d'autant plus éclatante que, profondément versé dans les lois divines et humaines, il déshonorait soo mérite d'homme public etses meilleures qualités. »«

Bien que moins fécond que Labéon, il publia des ouvrages en assez grand nombre.

Le principal était intitulé Conjectanea; c'est celui que mentionne le plus souvent Aulu-Gelle, qui, dans les Nuits Attiques, en parle : au livre II, 24, à propos du maximum de dépenses fixé par certains sénatus-consultes pour les repas des riches dans la célébration des grandes fètes; au livre XX, 2, en donnant la signification du mot silicines; au livre XIV, 7, 12 et 8, 2, lorsqu'il discute, d'un côté, sur la manière de voter des sénateurs, et, de lautre, sur le droit des tribuns de convoquer le Sénat. Il cite même, à deux reprises, d'une façon particulière, au sujet d'un édit des tribuns* et d'un édit des édiles ^le neuvième livre qui, ditil, avait pour titre spécial De fudiciis publicis. Dans son ensemble, ce travail présentait vraisemblablement un vaste recueil de lois, de sénatus-consultes, dédits, etc. avec l'historique de chaque pièce et l'explication qu'en avaient donnée ses devanciers.

Le traité des devoirs du sénateur, De officio senalorio^

(1) Tac, Afin., 111, 70.

(2) NocL AU., IV, U, 1.

(3) Noct. AU., X, 6, 4.

762 LIVKE CINOriÈME, CU. V, 6.

n'avait qu'un seul livre. C'est là que se trouvait l'anecdote suivante dont Aulu-Gelle nous a conservé le texte.

G. Cœsar consul M. Catonem sententiam rogavit. Cato rem quse <:onsulebatur, quoniam non e republica videbatur, perfîci nolebat. Eju8 rei gratia ducendae, longa oratione utebatui', eximebatque dicendo diem. Erat enim jus senatori, ul, sententiam rogatus, diceret ante quidquid vellet alius rei, et quoad vellet. Gaesar consul viatorem vocavit, eumque, quum finem non faceret, prehendi loquentem •et in carcerem ducî jussit. Senatus consurrexit et prosequebatur Catonem in carcerem. Hac invidia facta, Gaesar destitit et taoitti Catonem jussit. ^

César étant consul pria Caton de donner son avis. Caton repoussait la chose en question parce qu*il la jugeait contraire aux intérêts de la république. Pour faire traîner TafTaire en longueur, il se mit à parler longuement, si bien que le jour s^écoulait. Car c'était le droit d*un sénateur, lorsqu'on lui demandait son avis, de parler tout d'abord sur ce qu'il voulait et autant qu*il lui plaisait. César, en sa qualité de consul, appela l'huissier et lui ordonna de saisir Torateur qui s*ob8tinait à parler et de le conduire en prison. Le sénat tout entier se leva et allait suivre Caton en prison. Ce blâme général arrêta César qui ordonna de le mettre en liberté.

Le traité qu'il écrivit sur le droit des pontifes, Deponiificio jure, avait des proportions plus vastes. Aulu-Gelle, à propos des fêtes dites pripcidaneie, en désigne le V* livre, dont il cite trois ou quatre lignes textuellement S et Festus', au mot mumlus, en indique le livre VIP. Macrobe, sans désignation de ce genre, nous a conservé toute une page concernant la place que doit occuper à la main gauche l'anneau pontifical. Le morceau est assez curieux et je le donne à V Appendice*,

Nous savons encore qu'il avait composé un ouvrage sur

(1) Xoct. AU., V, 10. 7.

(2) Noct. AU., IV, 6, 10.

(3) Festus a cité Atéius Capiton en une dizaine d'autres passages, mais alors sans nommer ses ouvrages ; voir aux mots ne/rendes, porccun, reus, rutilas canes^ stella, etc.

(A) Macr., Saturn., VJI, 13, H sq. — Voir Appendice ccccxx.

les sacrifices sous le titre de De jure sacrificiorum et que ce traité se composait de plusieurs livres; car Macrobe, parlant des animaux qui ne peuvent être immolés à Jupiter, cite une ligne qu'il dit en tirer du livre T' :

Itaque Jovi tauro, verre, arîete immolari non licet. <

C'est pourquoi le taureau, le verrat, le bélier ne peuvent être immolés à Jupiter.

Enfin il laissa un recueil de lettres, Episiulx, dont Aulu- Gelle' nous a transmis un extrait authentique, extrait fort intéressant, puisque nous y apercevons nettement marqué le désaccord profond qui le séparait d'Antistius Labéon, tant pour la politique que pour la science du droit. Dans cette lettre il reconnaît, il est vrai, que son rival possédait « une grande connaissance des lois^ des traditions du peuple romain et du droit civil »; mais il ajoute aussitôt :

Sed agitabat hominem Ubertas quaedam nimîa atque vecors ; usque eo ut, divo Auguslo jam principe et rempublicam obtinente, ratum tamen pensumque nihil baberet, nisi quod justum sanctumque esse in romanis antiquitatibus legisset.

Par malheur, il était tourmenté d*un certain esprit de liberté excessif et insensé, à ce point qu'à Tépoque où le divin Auguste était déjà revêtu du principat et gouvernait la république, il ne s'attachait et n'attribuait de valeur qu'aux lois qu'il savait avoir été reconnues justes et sacrées dans Tantiqulté romaine.

Évidemment Capiton, porté vers le dogme de Tobéissance passive, n'était point capable de comprendre la résistance que Labéon témoignait à Toppression.

Cette opposition des deux jurisconsultes a donné lieu à bien des discussions. Voici comment elle est exprimée dans le Digeste par Pomponius : « Ateius Capilo in his quœ ei tradita fuerani perseverabat. Labeo, ingenii qualitale et fiducia

(1) Macr., Saturn., Ul, 10, 3.

(2) Noct. Ait, XIII, 12, 1 sq.

764 LIVRE aNOLIÈME. CU. T, 6.

doclrinx, qui et céleris operis sapientix operam dederat, plu^ rima innovare inslUuil^, » On est parti de là pour affirmer que les deax rivaux se trouvaient en discussion sur la question de savoir sll fallait substituer les règles de l'équité à celles du droit primitif. Mais notre éminent professeur de droit romain, Ch. Giraud, dans son introduction historique à Tétude de cette législation, a bien senti que telle n'était point la base de leur différend, et, ramenant la discussion aux termes précis de Pomponius, il a trouvé la cause de leur désaccord dans la nature même de leurs méthodes, l'un partant de la logique et l'autre de l'autorité. Labéon, en eâet, était un philosophe et avait transporté dans la jurisprudence les habitudes de l'école stoïcienne' : non seulement, comme les stoïciens, il pratiquait avec zèle la philosophie pour donner à la langue une rigueur mathématique, mais, ainsi qu'eux, il recherchait la même rigueur dans le raisonnement, et, plein de confiance dans la doctrine (fiducia doctrinœ), il marchait aux conclusions nouvelles (plurima innovare instiluit) que son esprit subtil et pénétrant (ingenii qualiiaié) tirait des principes. Capiton, au contraire, se renfermant dans la jurisprudence coutumière^ s'attachait surtout à reproduire les opinions reçues, il s'en tenait à ce qu'on lui avait enseigné (m his qux et iradiia fuerant perseverabai). Giraud résume en trois lignes le parallèle général que^ d'après Pomponius, on peut établir entre eux deux : c Labéon» dit-il, esprit élevé et étendu, dialecticien subtil et novateur audacieux, soumettait tout au creuset de sa logique, tandis que Capiton, érudit timide et modeste, suivait avec respect les traces de ses devanciers'. »

L'un et l'autre eurent leurs disciples et de la démarcation, bien tranchée, qui s'établit entre eux se formèrent

(1) Dt,7.. 1,2,2,47.

(2) Cf. L. Borcherl, iVum Ant. Labeo Stoicsp philoaophùe fuerit addictus, Berlin, 1869, in-8o de 57 p.

(3) Ch. Giraud, Hist. du droit romain^ 3""» période, sect. 3, chap. 3.

deux sectes, dont Fane, du nom de Proculus, le deuxième successeur de Labéon, fut celle des Proculéens, et Tautre, du nom de Masurius Sabinus, disciple immédiat de Capiton, ou du nom de Cassius Longinus, successeur de Sabinus» s'appela celle des Sabiniens ou des Cassiens. La division de ces deux écoles, comme le prouvent les Fragments d'Ulpien '» ne dura pas moins de deux siècles; nous aurons à en reparler dans un des volumes qui suivront.

Quant aux jurisconsultes contemporains de ces deux hommes qui laissèrent après eux des traces si profondes de leurs méthodes, aucun ne saurait leur être comparé. Il y eut bien Fabius Mêla dont le Digesle cite plusieurs fois le nom à côté de celui de Labéon et de celui de Trébatius dont, ainsi que Labéon, il fut sans doute l'élève; mais nous ne pouvons rien affirmer sur son compte si ce n'est qu'il avait laissé un recueil de jurisprudence qui se composait au moins de dix livres, puisque, dans une des citations du Digeste, il est question du dixième*.

Le Digeste nous livre aussi le nom do Bl£sus qui, d'après le passage unique dans lequel il est mentionné', semble avoir été également disciple de Trébatius.

De même nous y rencontrons un jurisconsulte appelé ViTELLius qu'il faut sans doute identifier avec le P. Vitellius dont parle Suétone comme d'un ancêtre de l'empereur du même nom et qui, chevalier romain, remplissait les fonctions d'administrateur des biens d'Auguste*. Il partagea la manière de voir d'Atéius Capiton ; car nous savons que ses œuvres furent commentées par les deux successeurs immédiats de ce maître, Masurius Sabinus^ et Cassius Longinus*.

(1) Fragm.j II, 28.

{t) Dig., XL vu, 2, 52, 30.

(3) Dig.y XXXlll, 2, 31.

<4) Siiéi,Vitell, 2..

(5) - Libri ad Vitelliam » Dig., XXXIl, 45 ; XXXlll, 7, 8, pr. 12, 27 ; etc.

(6) Dig., XXXlll, 7, 12, 27.

Enfin nous devoûs nommer Vébamus qui vécut un peu avant Yerrius Flaccus.Les deux abréviateurs du De signift" çalu verborum de Vcrrius citent ce Yéranius tantôt comme auteur d'un ouvrage Sur la signification des mois anciens, tantôt comme ayant écrit un traité Des augures relatifs aux comices^. Nous voyons aussi par les Saturnales qu'il s était beaucoup occupé du droit pontifical : Macrobe, en efiet, y invoque son autorité quatre fois, en recourant soit à un de ses livres intitulé De supplicalionibus, soit à ses traités De pontificalibus quœstionibus ou De verbis pontifivalibus.

Mais d'eux tous nous n'avons presque rien, quelques lignes seulement éparses dans les grammairiens et les compilateurs. Pour trouver de véritables spécimens entiers de la langue du droit au temps d'Auguste, il faut les chercher dans Frontin qui, en traitant des aqueducs, nous a conservé quelques actes législatifs de cette époque, un plébiscite et six sénatus-consultes. Émis au moment où. Agrippa venant de terminer ses grands travaux d'aqueducs, il fallait aviser à distribuer équitablement l'eau dont les divers quartiers de la ville usaient en bien plus grande abondance que par le passé, ils sont rédigés dans le style de cette langue concise, simple et claire dont les qualités, comme je l'ai dit précédemment', devaient si longtemps se conserver sous la plume des jurisconsultes romains. Voici deux de ces sept morceaux. Le premier concerne la constatation et leni-egistrement des fontaines publiques ainsi que la surveillance de leur débit qui ne doit être interrompu ni jour ni ruuit.

Quod Q. iElius Tubero Paullus Fabius Maximus cobs. v. f. de dumero publicorum salienlium, qui in urbe essent inlraque sdiGcia urbi coDJUDCta, quos M. Agrippa fecisset, q. f. p. d. e. r. i. c. Neque augeri placere neque minui numerum publicorum salienliura, quos Dunc esse retulere ii quibus negolium a senatu est imperalum ut

(1) Cf. aux mots mille urbiuni, maries, oletum, ojfendices, prodiguât hoaiiœ, paludati, refcrri diem prodictam, silentio surgere, (i2> Voir ci-dessus tom. 1, p. 172.

inspicerent aquas publicas, inirentque numerum salientium publicorum ; itemque placere curatores aquarum, qaos Cssar Augustus ex. senatus auctorilate nominavit, dare operam ut salientes public! quam adsiduissime interdiu et Doctu aquam iu usum populi funderent. *

Les consu(s Q. iElius Tubéron et Paulus Fabius Maximus ayant fait un rapport sur le nombre des fontaines publiques qu'a établies M. Agrippa dans Tintérieur de la ville et dans les édifices contigus à la ville et ayant demandé au sénat ce qu'il lui plaisait de prescrire à ce sujet, le sénat arrête: qu'il n'y a lieu ni d'augmenter, ni de diminuer le nombre des fontaines publiques constatées par ceux qu'il avait chargés de surveiller les eaux et de compter les fontaines ; que les intendants des eaux nommés par César et confirmés par le sénat seront tenus de veiller à ce que les fontaines publiques débitent Teau sans interruption jour et nuit pour l'usage du peuple.

L'autre prend les précautions nécessaires pour que les concessions d'eau accordées aux particuliers n'occasionnent pas de travaux d'embranchement pouvant fréquemment porter dommage aux canaux et tuyaux de l'Etat et. ne donnent pas lieu à des fraudes qui augmenteraient leur part au détriment du service public :

Quod Q. .filius Tubero Paullus Fabius Maximus coss. v. f. quosdam privatos ex rivis publicis aquam ducHTe, q. d. e. r. f. p. d. e. r. i. c. Ne cui privato aquam ducere ex rivis publicis lic^ret, utique . omnes ii quibus aquae ducendse jus esset datum, ex castellis ducerent, animadverterentque curatores aquarum, quibus locis intra extra urbem apte castella privati facere possent, ex quibus aquam ducerent> quam ex castello communem accepissent a curatoribus aquarum ; peu cui eorum quibus aqua daretur publica, jus esset intra quinqua* ginta pedes ejus castelli, ex quo aquam ducerenl, laxiorem fislulamsubjicere quam quinariam. '

Les consuls Q. ^lius Tubéron et Paulus Fabius Maximus ayant exposé dans un rapport que certains particuliers établissaient leurs, prises d'eau sur les tuyaux publics et ayant demandé au sénat oequ'il lui plaisait de prescrire à ce sujets le sénat arrête : qu'aucuoi

(1) FroDt.; De Aquœductibua urbis Romse, 104.

(2) Front., irf., 106.

768 uvRE aNQUiËME. eu. y, 7.

particulier ne pourra établir de prise d'eau sur les tuyaux publics ; que tous ceux qui auront obtenu une concession tireront leur eau de ch&teaux d*eau ; que les intendants ûxeroni les endroits, soit au dedans, soit au dehors de la viHe, où les particuliers pourront le plus convenablement placer des châteaux desquels ils tireront Teau qui leur aura été délivrée en commun au château public par l'administration ; que nul concessionnaire ne pourra en deçà de cinquante pieds de distance du château d*où il tirera directement son eau se ^rvir d*un tuyau plus large que le quinaire.

La méthode du juriscoDSulte Antistias Labéon nous a montré combien la philonephre exerçait d'influence sur les esprits au temps d'Auguste. Nous en avons eu beaucoup d'autres preuves par les auteurs dont il nous a été permis d'étudier les œuvres. Virgile, avec son âme tendre et généreuse, n'abordait-il pas les problèmes les plus élevés qu'elle soulève? Horace ne répandit-il point sur elle tons les charmes de son esprit? Ne fournissait-elle pas à Jiianilius plusieurs des meilleurs développements de son poème? Et les prosateurs en témoignaient-ils une pratique . moins sérieuse que les poètes ? Tite-Live écrivait, à l'usage de son flis, des dialogues et des livres dont elle «était l'objet. Vitruve tenait à honneur de faire voir qu'il la connaissait. Auguste lui-même, qui avait pour elle 1)eaucoup de goût, composait un traité pour en démontrer l'importance et l'utilité '. .

Cependant la philosophie, à cette époque, n'a guère d'écrivains spéciaux qui tiennent d'elle unô gloire littéraire. Elle ne produit alors ni un Lucrèce ni un Gicéron. Horace 4àtie, il est vrai, deux stoïciens qui composaient des livres

(1) Tom. I, p. 179.

sur leur doctrine, Plotius Crispinus et Stertimus; mais Crispiûus, qui semble avoir écrit eu vers S était, dans sa poésie, si faible et si prolixe qu'on Tavait surnommé par moquerie VaréuUogue* ; Horace ne se fait pas faute de le bafouer en plusieurs endroits; et quant à Stertini us, qu'il présente, dans la troisième pièce de son second livre des Satires, comme le maître de ce Damasippe dont il ridiculise la barbe et les manières hirsutes, nous ne le connaissons que par un mot défavorable d'Acron \ qui lui reproche d'avoir obscurci en un grand nombre de livres les questions sur lesquelles s'exerçait renseignement de son école. De l'un comme de l'autre, il ne reste absolument rien. Nous n'avons donc à citer que les deux Sextius et Papirius Fabianus.

Encore les deux Sextius écrivaient-ils ordinairement en grec de sorte que la nature mémo do notre travail nous interdit de nous étendre sur leur compte. Le père n'était pas seulement philosophe en discours, il l'était en fait et refusa les honneurs : c Lui qui était né pour gouverner la république, dit Sénèque \ il ne voulut pas occuper la dignité de sénateur que lui offrait J César, sachant bien que ce qui pouvait se donner pouvait aussi s*enlcver. » € C'était, afârme encore ailleurs Sénèque^, toujours plein d'admiration pour lui, un homme ardent qui philosophait avec la langue grecque et les mœurs romaines, virumticrem, grœcis verbis, romanis morilms philosophanlem. » Suivant l'exemple de Pythagore, il prêchait et pratiquait l'abstinence de la chair des animaux. 11 professait d'ailleurs la morale pythagoricienne en y mêlant quelques idées stoïciennes et se plaisait à donner à ses préceptes la forme de sentences. Nous en possédons un assez grand nombre, plus

(1) Voir ci-dessus, p. 358.

(«) Porphyr. ad HoraU, Sat., I, 1, v. lâO.

(3) Acroo, ad HoraU^ EpisL, I, 13, 20.

(A) Epiât: ad Lucil., 98, 13.

(5) Id., 59, 7.

770 UVRË CINQUIÈME* CU. V, 7.

de quatre cents S et la traduction latine d'un Enchiridion. Si interpolé que soit celui-ci et quelque modification qu'on ait apportée à l'ensemble pour y renforcer l'élément monothéiste \ la forme et l'esprit primitifs n'en sont pas profondément altérés, et la plupart de ces sentences se font remarquer par la vigueur du tour comme par l'élévation morale et le sentiment religieux '. Sextius le fils avait continué l'œuvre do son père. Mais, après lui, l'école pytha* goricienne qu'ils avaient essayé de fonder à Rome, disparut si rapidement que, déjà à l'époque de Sénèque le Philosophe, elle n'existait plus, c L'école si illustre, si enviée de Pythagore, dit-il, n'a plus de représentant. Celle des Sextius, qui la renouvelait avec une vigueur toute romaine, suivie à sa naissance avec enthousiasme, est déjà morte ^. » A rencontre des Sextius, Papir;us Fabianus écrivait en latin et nous appartient tout à fait ^ Seulement les quelques fragments qui nous restent de ses écrits datent tous du temps où il ne faisait encore que se préparer par des exer* cices déclamatoires à l'enseignement de la philosophie. J'ai rappelé dans le chapitre consacré à la déclamation ^, le jugement porté sur lui par Sénèque le Père qui, tout en reconnaissant dans ses controverses et ses suasoires un certain éclat naturel, y relevait un manque de force oratoire et quelque peu de l'obscurité d'Arellius Fuscus, le premier maître d'éloquence dont il avait suivi les leçons. Il avait fréquenté aussi l'école du rhéteur Blandus, et, alors même qu'il était devenu le disciple de Sextius, il

(I) Orelli, lilxou xoO nudayopefou Yvûjxai, dans ees Opusc. seni.^ I, p. tu. Cf. MûHach, Fragm. ph. gr., I, p. 522 sq.

(i) La traduclioQ latine de Tyranoius Ruflnus, prêtre d*Aquiléo (iv« s.), prenait une couleur si chrétienne que le traducteur confondait Sextius le Pythagoricien avec le pape du uiéine oom, erreur que saint Jérdme {Epist., 133, 3) traite de vériUble folie.

(3) Cf. MM. Croiset, HUt. de la litt. gr., t. V, p. 412.

(4) Natur. quœat., VII, 22.

(5) cr. Ilôflg, De Papirii Fabiàni pkiloaophi cita scriptisque, Breslau, 1852, 59 p.

(6) Voir ci-dessus p. 547.

.n'en avait pas moins continué c à déclamer souvent et .avec tant d'application qu*on aurait cru qu'il avait en vue cet art même et non la préparation d'un autre *. » Aussi trouvons-nous dans Sénèque le Père plusieurs écliantillons de ses discours d'alors. Tel est le morceau de deux pages cité dans la controverse intitulée i^c^jD/aftc/itô posi tresMico' tos, développement sur l'emportement des riclies à s'entourer d'un luxe si contraire à la nature et qui leur inspire un dégoût si profond de tout ce qui est vrai que, même comme pères, ils aiment mieux les enfants des autres que les leurs *. Telle la couleur trouvée par lui pour la controverse Nepos ex merelrice susceplus, la seule couleur^ au dire de Messala, qui pût rendre non seulement bon, mais honorable le rôle du âls portant une accusation contre son père pour avoir adopté l'enfant né du frère aine et d'une courtisane 3. Telle aussi, dans la première suasoria, sa manière de concevoir l'exhortation à Alexandre délibérant s'il doit lancer ses navires sur l'Océan *. Tous ces morceaux dénotent un esprit non commun et capable de tirer un bon parti de la plupart des sujets que l'on avait l'habitude, de traiter dans les écoles de déclamation. Mais, une fois qull eut embrassé la philosophie et que lui-même en eut ouvert une école, comment l'enseigna-t-il?

Nous ne le savons pas d'une manière précise. D'abord les renseignements que nous fournissent les écrivains anciens sur les matières mêmes de son enseignement sont assez vagues. Les grammairiens Charisius et Diomède mentionnent son traité Causarum naturalium, qui se composait certainement de plusieurs livres^ puisque tous les deux en désignent le troisième. Charisius nomme aussi un ouvrage De animcUibus auquel fait peut-être allusion Pline le Naturaliste dans l'anecdote qu'il raconte sur l'amitié d'un dau-

(l)Sén., Controo,, U, Prte/.y 4.

(2) Sén., Controo,, IJ, 1, iO-13.

(3) SéD., Controo., U, 4, 10-H.

(4) Sén., Suasor., 1,9-10. — Voir encore Controo. 11, 5, 6-7 eil\fi,A.

».rv •♦

UVHE CIMOUIÉME. eu. V, 7.

fn 'l

phin et d'un enfant de Poazzoles^ Le même Pline invoque plusieurs fois son autorité à propos de questions de botanique*. Il semble donc avoir pris quelque plaisir à écrire sur des sujets tirés de la nature. Mais, parce que les citations faites par hasard de certains de ses livres rentrent pour la plupart dans cet ordre d'idées» il ne s'ensuit pas qu'il s'y soit porté le plus souvent. Nous savons, an contraire, par un passage de Sénèque le Philosophe, qu'il avait composé un travail très important intitulé Libri Ct'ptlium, et le même passage nous apprend que le nombre de ses écrits était considérable, puisqu'il y est dit, à propos deCicéron, que celui-ci n'avait pas produit autant de livres de philosophie que Tauteur du Civilium^.

Au surplus,la lecture de ses œuvres ne procurait pas toujours à ceux qui l'entreprenaient tout le plaisir qu'ils avaient cru pouvoir s'en promettre. Lucilius Junior du moins, disciple et ami de Sénèque le Philosophe, après avoir pris connaissance des libri CiviUutn, constatait qu'ils ne répondaient pas à l'opinion qu'il en avait conçue et il en blâmait le style. Nous avons une longue lettre du maître à ce sijyet. cUn discours trop travaillé, dit-il à Lucilius S ne convient pas à un philosophe. Comment se munirait-il de courage et de constance contre le péril, s*il s'alarmait pour des mots? C'est, non pas de la négligence, mais de Tassurance que Fabianus montrait dans son style. Aussi n'y trouve-t-on rien de bas; ses expressions sont choisies, mais non affeotées, dénaturées et contournées à la manière de ce temps; elles ne manquent pas d'éclat, quoique empruntées au langage ordinaire ; elles rendent des sentiments honnêtes et nobles, non sous la forme resserrée d'une sentence, mais sous une diction plus large. » Toutefois, il avoue que Cicé-

(1) Hist nat,, IX, S.

(2) Par exemple, au Uvre XV, 1, à propos de roli\1er.

(3) f... CicerooeiD, cujus libri ad philosophiam pertioentcB pnoe totidem 8UDt quot Fabiani. n Epist. ad Lucil.j 100.

(4) Epist. ad LuciL, 100.

ron, Asinius Pollion et Tito-Live lui sont préférables; «mais considérez, ajoute-t-iU à combien d'écrivains serait supérieur celui qui n'en verrait que trois au-dessus de lui^ et trois des plus éloquents, » Puis il résume la critique de Lucilius et y répond : «Son discours, dites-vous, n'apasde force^ quoique élevé; il n'est ni impétueux, ni entraînant, bien qu'il coule librement; il manque de clarté quoiqu'il soit pur .. Voulez-vous donc qu'un philosophe s'amuse aux bagatelles que sont les mots, lui qui s'attache à la grandeur des choses et que l'éloquence suit, comme son ombre, sans qu'il y pense? Sans doute ce qu'il écrira ne sera ni achevé, ni parfaitement composé; chaque mot ne viendra pas nous éveiller ou piquer notre attention ; beaucoup tomberont sans porter coup ; et mainte période passera sans effet ; mais dans l'ensemble, il y aura beaucoup de lumière et de longs développements sans aucun ennui. Enfin, il aura surtout le mérite de vous faire bien comprendre qu^il a senti ce qu'il écrivait. Vous saurez que son dessein a été de vous montrer ce qui lui plaît, mais non de vous plaire. Tout chez lui tend à votre profit, à l'amélioration de votre âme : il ne cherche pas vos applaudissements » Telle est l'impression encore nette que Sénèque dit avoir conservée des dissertations philosophiques qu'il lui avait entendu prononcer.

Il est vrai que, pour juger Fabianus, le maître et le disciple ne se trouvaient pas dans les mêmes conditions : l'un appréciait ce qu*il avait entendu jadis; l'autre, ce qu'il venait de lire. Or Fabianus avait, pour plaire en parlant, des qualités de philosophe conférencier tout à fait exceptionnelles. «Son visage doux et calme reflétait la tranquillité de son caractère ; sa voix n'avait rien de tendu, ses attitudes rien de contraint, et ses mots avaient l'air de couler sans qu'il intervînt. On se sentait en présence d'un homme dont l'esprit, désormais rassis et paisible, avait évidemment chassé loin de lui toute passion. » Cet

(1) Sén. le Père, Coiitroo., II, Prse/., 2.

774 LIVKH aNQLlÈMK. CU. V, 7.

aspect de siacérité profonde et ce manque d'apprêt donnaient à son enseignement verbal un attrait tout particulier; la dignité de l'homme remplaçait chez lui les recherches laborieuses de l'éloquence^ ; lorsqu'il lui arrivait d'être applaudi, il pouvait se flatter de ne devoir ce succès qu'à la sagesse de sa pensée ' ; et on l'écoutait avec d'autant plus de confiance qu'il n'y avait aucune surprise à attendre de sa parole. Sénèque se rend bien compte de ce que, pour les lecteurs, ont pu perdre, une fois écrites, de pareilles conférences. cSi tu Pavais entendu Ini-méme, écrit-il à Lucilius', tu n'aurais pas eu le loisir de t'attacher à des détails de composition, l'ensemble t'aurait ravi ; mais le plus souvent, une improvisation qui plaît à l'auditeur n'a plus le même charme à la lecture. Toutefois c'est beaucoup déjà que d'avoir su captiver à première vue, quand même un examen réfléchi prêterait matière à la critique. »

Decettediscussion je puis conclure, il me semble, que Papirius Fabianus, s'il ne fut qu'un assez bon écrivain de deuxième ordre, se montra du moins un professeur de philosophie peu ordinaire. Son mérite principal sans doute, mérite que Lucilius Junior et ses jeunes contemporains n'étaient pas à même de bien apprécier, consista à ne point se conformer au langage à la mode : lui, l'ancien disciple des Arellius Fuscus et des Blandus, il délaissa les antithèses, les phrases hachées, les expressions recherchées et tous les artifices do parole dont le goût allait avoir, grâce aux succès des écoles de déclamation et des salles de lecture, une influence si puissante sur toute la littérature latine sous les successeurs d'Auguste.

<i) • Fabianus, non ex hfs cathedrariis pliilosophis, sed ei veris et antiquis... n S«n. le Phil., De breoitate oit», 10.

(2) « Erumpebat interdum magnus clamor laudantium, sed quem rerum magnitudo evocaverat, non sonus inofTensie ac rooUitcr orationis elapse. » Epist. ad Lucil., 52.

(3) Epist. ad Lucil., 100.

Page 1