‹ Histoire de la littérature latine au temps d'AugusteChapitre 2 sur 32 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Chronologie générale des oeuvres d'Horace.

L L*étude de la cIiruDologie des œuvres du poète doit nécessairement compléter Thistoire de sa vie. Cette étude sMmpose d'autant plus que Tordre dans lequel il les a composées et publiées ne répond pas du tout an classement qui nous est donné d'ordinaire par les manuscrits et les éditions. Les Satires et les Épodes furent les premières. L'examen complet des Sa" tires donne à croire qu'il n'y pas eu, dans la composition^ de conrasiod chronologique entre les séries des deux livres et que, sauf trois exceptions, il n'y en a pas eu non plus dans le classement des morceaux de chaque série. Quant à la publication, celle du premier livre a dû avoir lieu en 35 et celle du second en l'an 29. — II. Les Épodes sont rangées d'après un plan calculé sur la difTérencc des mètres employés. Quelques-unes seulement portent leur date de composition avec elles. Les plus anciennes coïncident avec les premières satires du livre I et aucune n'est postérieure à la dernière satire du livre 11. Plusieurs critiques pensent qu'elles n'ont été publiées en recueil qu'après la mort d'Horace; motifs qui nous font penser qu'elles le furent par lui-même et à peu près dans le même temps que le deuxième livre des Satires. — III. Remarques générales auxquelles donnent lieu celles des Odes qui, par leurs allusions aux événements, marquent la date précise ou très approximative de leur composition. Les Odes des trois premiers livres s'espacent de l'an 30 à l'an !Î0, celles du quatrième, à l'exception de l'ode XI, de l'an 16 à Tau 10. Vraisemblablement le quatrième livre fut édité en l'an 10. On discute la question de savoir si Horace édita les trois premiers ensemble ou en deux fois: on n'est pas tout à foit d'accord non plus sur la date de publication, qui nous semble avoir été de l'an 20. — IV. Le premier livre des Épttres^ dont la composition s'est elTectuée dans une période d'environ dix ans, a été édité en 19 ou 18. Les trois autres épilres furent composées plus tard, dans les dernières années du poète; leur fond identique indiquerait assez l'intention qu'il aurait ene de les réunir en un seul livre; cependant les éditions séparent l'épitre aux Pisons, appelée communément Art poétique, des deux autres qui à elles seules forment le livre 11. — Kn résumé^ l'ctudc de la chronologie des œuvres d'Horace nous les présente dans l'ordre suivant : Satires et Épodes, OdeSy Èpitres; et c'est dans cet ordre que nous devons les examiner pour suivre le développement de sa pensée et de son talent.

LIVKE TROISIÈME. CU. II, i. 75

L'histoire d'une vie, qai est plus remarquable par son unité que par les incidents qu*elle renferme, serait tout à fait incomplète si l'on n'y joignait un aperçu général de la chronologie des œuvres du poète. Il ne sufflt pas, en effet, d'appuyer sur des citations nombreuses do ses vers les faits de sa biographie proprement dite ; il faut aussi se rendre compte, en s'y arrêtant d'une manière spéciale et non par occasion, des dates de la composition et de la publication de ses divers poèmes, puisque ces dates, après tout, sont pour nous celles des événements les plus impor* tants de sa carrière.

Il n'est pas possible, à la vérité, d'établir rigoureuse* ment Tordre chronologique de toutes les pièces : beaucoup d'érudiiss'ysontessayés,etle grand nombre de conjectures plus ou moins hasardées auxquelles chacun a dû se livrer pour suivre entièrement son système laissent trop de place au doute et à la critique pour qu'on soit tenté de les imiter. Mais, sans vouloir préciser sur tous les détails sans exception, on peut du moins grouper un assez grand nombre de renseignements pour satisfaire suffisamment une curiosité plus soucieuse de résultats que de discussions .

Il est à remarquer tout d'abord que l'ordre dans lequel les manuscrits et les éditions nous présentent les divers livres des œuvres d'Horace n'est pas du tout celui dans lequel ils ont été composés : nous les y trouvons d'ordinaire rangés de la manière suivante : quatre livres d'odes, un livre d'épodejs, le chant séculaire, deux livres de satires,et deux livres d'épîtres, avec l'épître aux Pisons ou l'Art poétique ^ Or, nous venons de voir par la biographie que

(1) VArt poétique s'y trouve quelquefois après les Odes et quelquefois aassi après les Épodes ou le Chant séculaire.

c'est, après avoir composé quelques vers grecs dont il ne reste rien, par des satires et des épodes qu*il est entré dans la carrière do la poésie latine.

Les premières questions qui se posent à nous sont donc celles-ci ; Horace a-t-il publié lui-même ses satires et ses épodes à mesure qu'il les composait? Et savons-nous à quelles dates il les a publiées?

Sans mettre toujours ses satires en vente chez les libraires dès qu'il les avait écrites ( nous savons qu'à l'origine du moins il ne le faisait pas')» il est évident qu'il avait grand soin de ne point les garder pour lui ; il les lisait à des cercles d'amis, des copies en circulaient ; et la publicité, si restreinte qu'on veuille la supposer, n*en existait pas moins. La preuve en est l'animosité qu'elles suscitèrent aussitôt contre lui. La plupart d'ailleurs* anecdotiques, écrites en vue des faits du moment, ne pouvaient guère attendre, dans des tiroirs, le temps éloigné d'une publication d'ensemble. Il nous est permis de penser que toutes virent le jour séparément avant d'être incorporées à on recueil.

Celles qui forment le premier livre furent écrites avant celles du second. Elles n'ont, en effet, ni les mêmes sujets, ni le même ton, ni la même forme. Dans les unes, les vicos et les vicieux sont attaqués directement par l'auteur, tandis que, pour les autres, sa pensée personnelle se trouve presque toujours enveloppée dans un dialogue. De plus, si l'on trouve dans quelques pièces du premier livre des allusions à une autre qui les précède, on n en rencontre pas une qui fasse allusion à celles que comprend le second livre. Enfin, il n'est pas question une seule fois dans le premier livre de la maison de la Sabine donnée par Mécène tandis que mention en est faite à diverses reprises dans les satires du second.

Si ces diverses constatations ne nous suffisaient pas, elles seraient encore confirmées par l'examen des événements

(1) Sat.y I, ^, V. :w.

et des circonstances que relatent ou que concernent les pièces des deux séries et qui axent la date de composition de beaucoup d'entre elles. En les considérant^ nous sommes amenés à reconnaître que, pour le premier livre, le n*» 7 a été composé, comme je l'ai dits lors du séjour en Asie, sinon tout de suite après le retour à Rome, c'est-à-dire en 43-42 ou au plus tard en 41 ; le n"" 2, au moment de la mort de Tigellius, en 40 ou 39; le n** 3, quelque temps après cette mort et peu après la présentation à Mécène, vers le mois de novembre de 38; le n** 5, immédiatement après le voyage de Brindes, au plus tard en 37; que, pour le deuxième livre, le n*" 3 a été écrit au moment où les Romains témoignaient à Agrippa leur satisfaction de son édilité*, en 33 ; les n»» 5 et 6, vraisemblablement en Tan 30, peu après la bataille d'Actium, l'une faisant allusion à la victoire d'Octave considérée comme une menace pour les Parthes', l'autre à la question, soulevée alors par les vétérans, de la distribution des terres qui leur avaient été promises*; et que le n** 1, composé pour être mis en tête de ce second livre, n'a été écrit que tout en dernier lieu, lorsque les démonstrations d'Octave contre les Parthes avaient été déjà faites et que les Gaulois étaient sur le point d'être vaincus^, quelques jours sans doute avant le triple triomphe des 13-15 août 29, auquel on n'y voit pas d'allusion.' Cet examen complet nous donnerait même à croire non seulement qu'il n'y a pas eu de confusion chronologique entre les deux séries de satires, mais encore que, sauf pour la première de chaque livre et la septième du premier, il n'y en a pas eu^ dans le classement dest morceaux de chaque série.

(1) Page 20.

(2) Sat, II, 3, V. 1«5.

(3) Sat., Il, 5, V. 62 sq.

(4) Sat.j 11,6, V. 5i8q.

(5) SaL, II, 1, V. U sq.

(6) L'opinioQ d'après laquelle Tordre actuel des satires serait leur ordre elirooologique a été adoptée par Fraoke (Fasti Horatiani), et, si Ton a

78 LIVRE TROISIÈME. Cil. II, I.

Des distinctions qui s'èiablissent entre les deax livres il ne serait pas illogique de déduire, sans motifo complémentaires, qu*ils ont dû être publiés séparément. Mais d*autres raisons Tiennent à Tappui de cette déduction. D*abord, le premier livre finît par une sorte d'épilogue : la 10* satire, qui le termine, contient, sur le goût du poète pour le genre satirique et sur la catégorie des lecteurs aux suffrages de qui il tient le plus, des généralités convenant tout à fait à la conclusion d*un recueil distinct. De son côté, le deuxième livre commence par une véritable préface : Horace y exprime le droit qu*il avait de continuer à écrire des vers sur le modèle de Lucilius ainsi que son espoir de les voir approuver par Octave; en même temps il 3* annonce qu'il ne se livrera plus, à moins qu'on le provoque, à des attaques personnelles et fait, au sujet d'Octave, une allusion très nette au genre des poèmes laudatifs, témoignant par là son intention de suivre bientôt une autre direction. La réponse donnée aux critiques dont les satires du premier livre ont été Tobjet et Tannonce de ses dispositions nouvelles présentent ainsi, dans cette préface, comme le prologue et répilogue tout à la fois d'un recueil bien spécial. Je ne suis donc pas de l'avis de ceux qui, avec G. Kirchner*, Zumpt*. Martin Hertz' et H. Schp5der*, opinent pour la publication simultanée des deux livres, et je partage l'avis contraire que soutiennent Bentley, Grotefend,

'SoîD de faire les quelques exceptions que je viens dlodiqaer, c*est l'opinioii qui devra paraître la meilleure, puisqu'elle exclut I*arbttnûre tout en te cuiifurinaot aux faits prouvés. Aussi M. A. CartauU, dans son Et. sur Us sat. dlior.. 1 18VCJ. pp. i3-4î(h. nMièsile-t-il pas à s*y ranger.

(I) QiJUP!itione.< Horatian», 1834, in 8. Cf Des Q, Horat. FL., Satireriy l»»*"" Tlioil, i8.vi, p. ±i sq.

il Eo télé de IVd. des satires d'IIor., de Wûstemann, pp. â04â.

(3j Analecta. 1, IG il876;.

(i) Beiiefiunffen au/ Tagenereignisse und poUmische Ausserangea in tloratens Srttiren chronologUch certcertet (Peslsduift. d. Proi, •Gymnas. zu Slrassburg, i**»" Theil, 1888, pp. Mi.

Franke, W. Teuffel, C. Brandes S Orelli-Hirschfelder S A. T. Herraann Fritzche^ Schiitz*, Luc. Mûller', et M. Cartault®. Vraisemblablement Horace publia le livre I en 35, lorsqu'il n'avait pas encore reçu de Mécène sa maison de campagne et un peu avant la composition de la satire 2 du second livre, laquelle, précédant la satire 3 datée de 33, est probablement de 34; et la publication du livre II eut lieu immédiatement après la composition de la dernière pièce en l'an 29.

Pour les £'pode« l'incertitude est plus grande; car il est visible que la chronologie n'entre pour rien dans le classement qu'elles nous présentent : elles sont manifestement rangées d*après un plan minutieusement calculé sur la différence des mètres employés. Quelques-unes seulement portent à peu près leur date de composition avec elles. La 10', par exemple, où est maltraité Mae vins, se rapporte au temps où Virgile, dénigré par ce poète, lui décochait un trait malin dans sa troisième églogue; elle a dû être composée vers l'an 40. La 12"^ n'est pas éloignée non plus du commencement du retour d*Horace à Rome

(1) De editione utriusque lihri salir arum fforatû'. Dissertation inaugorale de Halle, 1885, p. âl sq.

(2) Q. Horat, Flac, 1886, t. 1, p. xxx.

(3) Sermonem...^ t. I, p. i9 sq.

(4) Schûtzs, l»i«"Theil, p. 6 sq.

(5) Éd. de Vieooe, 1891, p. xxi. D'après L. Mûller, il y aurait eu deux publications séparées ; mais la deuxième aurait réuni à la fois les deux livres en apportant au premier certaines modifications ; hypothèse qu*a réfutée Max. Mueller dans sa dissertation inaugurale de lûna (1899), Num Horatii satirarum liber priorretractatus ait.

(6) Op. cit.y 1897, pp. U-il,

puisqu'elle est contemporaine de sa liaison avec Inachia. La 4% qui renferme des allusions aux agissements de Sextus Pompée, a dû être écrite en 39 ou 38. La 1^ a été adressée à Mécène en 31, dans le moment où celui-ci s'apprêtait à accompagner Octave dans l'expédition contre Antoine, et la 2" n'a pu être composée qu'au lendemain de la bataille d'Actium dans cette même année 31. Sans qu'il soit permis de fixer une place certaine à chacune des autres entre les deux dates extrêmes de l'an 40 et de Tan 31, elles rentrent toutes dans cet intervalle, de sorte que les plus anciennes, qui sont en majorité, coïncident avec les premières satires du livre I et qu'aucune n'est postérieure à la dernière satire du livre II. De même que les deux genres avaient été abordés simultanément, ils ont été abandonnés aussi presque en même temps.

Mais si l'on n'a guère mis en doute la publication des Satires faite par Horace lui-même S on a plus souvent discuté la question de savoir si les Épodes n'ont pas été publiées par le soin de ses amis après sa mort seulement.

Personne n'a appuyé plus fortement sur ce sujet que Walckenaer qui, à propos de presque toutes, s'efforce d'expliquer les motifs de l'abstention du poète '. Tantôt il invoque la violence de l'invective, la crudité des images et des mots qui auraient révolté l'auteur revenu, après un temps d'emportement juvénile, à plus de calme et de retenue. Tantôt c'est, d'après lui, l'expression trop accentuée de l'horreur des guerres civiles qui aurait empêché une publication pouvant déplaire à Auguste, un des artisans de ces guerres. La crainte de froisser les anciens amisd'Antoineauraitaussi laissé dans le tiroir l'invitation à célébrer la victoire d'Actium. Pour plusieurs pièces, adressées particulièrement à Mécène, le caractère intime dont les revêtait cette adresse devait les condamner au secret.

( 1) SaoadoD, Dacicr et Pecrlkamp Tont essayé saos succès. {t) Hist. de la oie et des poésies d*Hor.y S* éd., t. I, passim de la p. 81 à la p. 3âl.

UYRE TROISIÈME. CD. 11^ %.• 81

Enfin le critique croit apercevoir dans un vers de l'épode 15 «in jeu de mots de mauvais goût et quelques traces de négligence à cause desquels Horace ne l'aurait pas jugée digne de figurer dans un recueil publié par lui. Mais ces arguments sont plus spécieux que solides. Si Ton découvre au douzième vers de la 15*" épode Nox eral, une équivoque d*un goût douteux, si même on tient à relever dans ce morceau quelques mots répétés, ce n'en est pas moins une composition d'une grâce et d'une sensibilité ex*» cuises, qui a inspiré à Quinault et à Pamy leurs vers les plus charmants ; Horace n'y voyait certainement pas les défauts qu'on veuty trouver, et même s'il en avait aperçu, il ne les aurait ni exagérés comme on le fait, ni jugés assez f^raves pour prendre à cause d'eux la détermination qu*on lui prête. Les pièces 1, Ibis Libumis, 3, Parenlis olim, et 14, Mollis inerlia, ne réclamaient pas plus le secret que bon nombre d autres morceaux, d'intention tout aussi particulière, qu'il a publiés dans ses livres d'Odes. Le numéro 9^ Quando repastum cœeubum, dépeint, à la vérité, la fuite de l'Égyptienne et du Romain qui combattait contre Rome sons ses ordres ; mais pourquoi les anciens amis d'Antoine, si vite rattachés d'ailleurs au vainqueur, en auraient-ils •été plus blessés que du chant de triomphe, Nunc esl bibendum, publié sur le même sujet dans le premier livre des Odes ? Les pièces 7, Quo, qw) scelesU ruitis, 13, Hotrida lempestas, et 16, Altéra jam ieritur, n^étaient guère de nature à déplaire  Auguste qui, selon l'usage des vainqueurs, imputait aux 4seuls vaincus les torts des guerres civiles, et qui devait voir dans le sombre tableau de ces dissensions un contraste, batteur pour lui, avec les bienfaits de la paix qu'il avait rétablie ; du reste il ne manque pas de morceaux ^ dans les Odes où la guerre civile est maudite avec la même énergie. Enfin, si les épodes 4, Lupis et ognis, 5, At o Deorum, 6, Quid immerenteSf 8, Rogare longo, 10, Mala soluta navis, 12, Quid tibi vis, et 17, Jamjam efficaci, manifestent souvent une

<i) Carm.y I, U; I, 35;; II, 1.

humeur violente et une imagioation peu chaste, no trou- Tons-oous pas dans les satires des passages en tout point semblables, devant lesquels, après tout, ne s'effarouchait pas la délicatesse des Romains habitués aux expressions hyperboliques de la causticité la plus hardie ? Y a-t-il dans celles-là mêmes qui étaient si outrageusement dirigées contre Canidie (5 et 17), dos traits plus virulents que ceux dont Canidie se trouvait frappée dans plusieurs satires > ? Plus j'examine les raisons diverses par lesquelles on tâche d'expliquer la volonté qu'Horace aurait eue de priver le public de tous ces morceaux, et plus j'en reconnais le peu de valeur. On doit d'autant moins sy rendre que, malgré les efforts ainsi accumulés pour impliquer dans une même réprobation de la part de leur auteur toutes les épodes l'une après l'autre, il s'en trouve encore deux, 2, Bealtis ille, et 11, Petit nihil me, pour lesquelles Walckenaer a dû se résigner à se taire, n'ayant rien pu imaginer qui eût tant soit peu une apparence de vérité.

Est-il besoin après cela de réfuter la prétendue preuve tirée du silence de Suétone ? Le biographe latin, en effet» dans un passage où il est question du Chant séculaire demandé à Horace par Auguste, parle du quatrième livre d'odes ajouté sur les instances du prince aux trois premiers livres écrits depuis longtemps, dit aussi comment Auguste obtint que la première épître du livre II, Cum tôt sustineas, lui fût adressée, et il ne fait aucune mention des épodes. Mais ne voit-on pas qu'il ne s'agit nullement dans ce passage d'une énuraération des ouvrages d'Horace? Suétone y explique le grand cas que faisait Auguste des écrits du poète et ne parle que de ceux qui ont été com<^ posés sur sa demande. S*il avait voulu tout énumérer, quand même la publication des épodes eût été posthume, puisqu'elles étaient en tout cas publiées de son temps, l'omission ne deviendrait-elle pas vraiment inexplicable ?

Une autre objection encore est puisée dans le texte mémo

(1) Sat.. 1,8, V. 1 sq. ; II, 1, v. 48; 11,8^ v. 95.

de répode 14 adressée à Mécène en réponse précisément à la demande qu'il faisait instamment du recueil impatiemâient attendu ; Horace lui dit :

Mollis inerlia cur lantaqi difTuderit imis

Oblivionem sensibus, Porula Lethaeos ut si ducentia somnos

Arenie fauce traxerim, Candide Mœcenas, occidis sœpe rogando :

Deus, beus nam me vetat Inceplos, olim promissum Carmen, iambos

Ad umbilicum adducere.

Quelle langueur paresseuse répand dans tous mes sens un oubli pareil à celui qu'une soif ardente m'aurait fait boire dans les eaux assoupissantes du Léthé? Aimable Mécène, tu me le demandes et tes instances me tuent. Car c'est un dieu, oui, un dieu qui m'empêche de continuer mes ïambes, d'achever cette œuvre depuis longtemps promise.

On veut voir dans ces paroles un refus formel d'Horace de continuer et de publier jamais le recueil commencé. Mais la suite explique que le dieu qui met obstacle à son travail est tout simplement l'amonr : la passion qu'il éprouve j^ur Phryné occupe pour le moment sa pensée tout entière; et, en réalité, pour l'exécution de cette ancienne promesse qu'il ne nie pas, c'est un simple délai qu'il réclame, car il sait bien, et Mécène sait comme lui, que ses amours ne sont pas de longue durée.

Rien, absolument rien n'empêche donc do croire que le livre a été publié par l'auteur lui-même. Au contraire, l'arrangement symétrique des pièces, sur lequel je reviendrai quand je parlerai de la versification, le choix d'une composition dédiée à Mécène pour introduction, la palinodie du dernier morceau qui est comme un adieu fait à ce genre de poésie et qui semble correspondre à ladieu fait d'un autre côté au genre de la satire proprement dite, tout présente bien une forme de recueil essentiellement personnelle et

que n'aurait imaginée.après la mort d'Horace^aucun autre éditeur. Et puis Horace ne donne-t-il pas lui-même» à deux reprises, l'affirmation de la publication qn*il a faite t Lorsqu'il dédie la dix-neuvième épître du livre I à Mécène, ne lui parle-t-il pas de ses ïambes comme de poèmes répandus partout ?

Parios ego primas iambos

Ostendi Latio.

Le premier, j'ai montré au Latium les ïambes du poète de Parofi.

Et dans la deuxième épître du livre II» dédiée à Julius Flo* rus, en notant la diversité des goûts de ses lecteurs, ne fait-il pas une allusion précise aux trois espèces de poèmes publiés par lui ?

Carminé tu gaudes, hic delectatur iambîs, 111e Bioneis sermonibus et sale nigro.

Tu aimes les odes, mais un autre se plaît davantage aux ïambes, un troisième aux discours familiers et au sel mordant de Bion *.

Quant à la date de la publication, vous comprenez, d'après tout ce qui vient d'être dit, qu'il est impossible de Taf* Armer. Cependant, comme il n'est fait d'allusion dans aucune pièce à un fait postérieur à la bataille d'Actium,alors même qu'on voudrait, contre mon sentiment que j'expliquerai plus tard, voir dans l'épode 2 une imitation d'un passage des Géorgiques, poème publié par Virgile en 29*, on serait autorisé à admettre que le recueil n'a pas été livré au public beaucoup après cette dernière date. Ma conclusion

(1) Ne pas confondre avec Bion le poète bucoUque ce Bien le Borysthè-. Dite de Técole des cyniques, qui[avait écrit, outre des satires en vers, Ilaf^via, des compositions en prose intitulées AiaTp'.6a{, sortes d'entretiens ou decaa-' séries, aennones. Cf. HisU de la litt, grecque do MM. Croiset^ 1899,' t. V, p. 47.

(2) Cf. vol. précéd. , p. 228.

est qu'il a dû paraître presque dans le même temps que le second livre des Satires.

Reste maintenant à examiner les mêmes questions au sujet des Odes et des Épîtres.

Les Odes furent connues d'un certain nombre d'amis» d'auditeurs ou de lecteurs, à mesure qu'Horace les composa; mais il est évident que, lorsquMl les a réunies en recueils, pour divers motifs qu'il est quelquefois possible de pénétrer^ il les a classées tout autrement que dans Tordre chronologique de leur composition. Il en résulte que, pour un tiers au moins des cent trois pièces qui forment les quatre livres, nous ignorons tout à fait ou nous ne savons que d'une manière douteuse et conjecturale la date à laquelle il les a écrites. Sans pouvoir entrer ici dans la discussion détaillée de toutes ces conjectures particulières auxquelles ont été consacrés maints et maints volumes, il m'est permis du moins d'exposer brièvement les remarques générales auxquelles donnent lieu les pièces qui, par les allusions qu'elles font aux événements, portent avec elles ^ la date précise outrés approximative de leur composition.

Notons que, dans les trois premiers livres, plusieurs odes sont contemporaines des premières satires, la plupart sont de Tan 30 à l'an 23, et quelques-unes sans doute, mais quelques-unes seulement, des trois années suivantes 22-20 ; puis, que, dans le quatrième livre, toutes, à l'exception d*une seule, qui réclame une explication spéciale ', sont de l'an 16 à l'an 10.

(i) i*aarai plus d*one fois l'occasion, dans l'analyse des odes (ch. v), de citer ces événements et ces dates.

(S) Voir l'analyse de l'Ode il* du liv. lY.

Le grand intervalle de temps qui sépare les odes 'du quatrième livre de celles des trois premiers nous est expliqué par Suétone. Horace semblait, après Tan 20, avoir renoncé au genre lyrique lorsque, sur les instances d'Auguste S il composa d'abord le Chant séculaire, en l'an 17, puis entreprit toute une nouvelle série d'odes. Le Carmen seculare, chanté dans la grande fête religieuse et par cela même connu de tout le monde immédiatement, fut vraisemblablement édité dès Tannée de sa composition. Le quatrième livre le fut à son tour tout de suite après la composition de la dernière pièce adressée à Auguste lors de la troisième fermeture par ce prince du temple de Janus ', en l'an 10.

Mais Horace n'avait pas attendu jusque-là pour éditer les trois premiers livres. La publication totale en était faite depuis longtemps. Et à ce propos deux questions se posent à nous : les trois livres avaient-ils été publiés ensemble ou en deux fois ? A quelle date avaient-ils paru ?

Si Ton ne parle pas de trois recueils distincts, c'est que, le premier livre n'ayant aucun épilogue et le second liyre aucun prologue, on s'accorde généralement à reconnaître que les deux, liés ensemble, ont dû être édités d'un seul coup. Mais la même liaison ne se remarque pas entre le second et le troisième livre. Le second a une sorte d'épilogue dans sa dernière ode où Horace semble envoyer à Mécène tout ce qui précède en se promettant du fait de cette publication Timmortalité; de plus, le troisième livre a son prologue spécial : « Loin de moi, s'écrie le poète an début de la première ode, loin de moi le profane vulgaire que je méprise et repousse. Faites silence : je vais, prêtre des Muses, produire pour les jeunes filles et les jeunes garçons des chants qu'on n'a pas encore entendus ».

Odi profanum vulgus et arceo.

Favete linguis; cnrmina non prius

(1) Suél , Horat. Vit.

(2) « Januni Quirini clausit », v. 9.

Audita, Musarum sacerdos, Virgiaibus puerisque canto.

Et il aborde en effet des sajets d'un caractère moral, religieux, politique même, qui font de toute une série de pièces consécutives un groupe spécial^ présentant aussi certaines particularités de forme et de métrique. Bentley et après lui un assez grand nombre d'érudits ont donc pensé que le troisième livre a paru séparément. Mais d'autres, comme Kirchner, Franke, G. Christ* ont combattu cette opinion et, s'appuyant sur ce que les odes des trois livres ont été certainement composées dans le même laps de temps, n'ont voulu voir et dans l'épilogue du second et dans le prologue Odi profanum qu'une simple transition entre des poèmes, quelque peu différents, publiés ensemble. Cette divergence d'avis d'ailleurs n'a pas une grande importance, puisque ceux qui opinent pour deux publications distinctes admettent qu'elles n'auraient peut-être été séparées que par un intervalle de quelques mois '.

Il ne s'ensuit pas cependant que tout le monde soit d'acr cord sur Tannée dans laquelle, en une ou deux publications, les trois livres ont paru. Plusieurs considèrent les odes qui y sont comprises, toutes sans exception, et leur publication comme antérieures à la fin de l'an 23, c'està-dire à la mort de Licinius Muréna et à celle de Marcellus, Ils disent que si le recueil avait paru après la fin tragique de Licini usMuréna, qui conspira contre Auguste, Horaceaurait pris soin d*en éliminer la pièce 19 du livre III où il est question de célébrer dans un festin l'élévation de ce personnage, beau-frère de Mécène, à la dignité d'augure; et ils n'admettent pas que le poète, après avoir chanté avec enthousiasme les espérances fondées sur le jeune fils d'Octavie^, ait pu, lorsque lobjet de tant d'affection était ravi,

(1) Daossoo ouvrage Fastorum Horatianorum Epicrisis, Munich, 1877.

(2) Cf. Ad. Waltz^ Des oariations de la langue et de la métrique

d: Horace, 1881, p. 26.

(3) Carm.^ I, 12, v. 45 sq.

publier des livres sans une ode de coDsolation faisant compensation à ce chant d'espoir en l'avenir, qui y figurait. Beaucoup d'autres, par contre, ne s'arrêtent pas à ces considérations. D'abord elles n'ont pas à leurs yeux une grande valeur; car l'ode Quanium distet, qui invite les ami» d'Horace à un banquet, ne fait que mentionner en deux mots^ le nom et l'élection de Muréna sans être plus élo* gieuse pour lui que Tode II, 10, Rectius vives, qui lui est adressée et dont on ne tire pas argument; et les paroles enthousiastes au sujet de Marcellus ne nécessitaient pas autant qu'on le prétend une compensation, la louange adressée naguère au vivant renfermant en elle-même, après sa mort, comme toute louange, une sorte de conso* lation pour ceux à qui il était le plus cher. Puis, ils sont convaincus que la composition de quelques odes des trois livres est postérieure à la date qu'on voudrait attribuer k la publication : pour eux, l'ode II, 9, Non simper imbrts, par exemple, fait allusion et à Tinondation du Tibre arrivée en l'an 22 suivant D. Cassius et à d'autres événè* ments qui ne peuvent avoir été relatés qu'en 21 ou 20; rode 111,5, Cwlo tonantem, par ses premiers vers, se rapporte à l'expédition contre Phraateet n'a pu être écrite qu'en l'an 20; de même pour l'ode I, 3, Sic le Diva potens, composée, croient-ils, à l'occasion du voyage en Orient entrepris par Virgile quelque temps avant de mourir. Sans être du même avis qu'eux indistinctement sur tous les points qu'ils discutent, et tout en reconnaissant qu'on peut défendre l'autre opinion, j'incline vers leur conclusion générale qui donne comme date d'édition des trois premiers livres l'année 20

(I) V. jO-ll : a Da, puer, auguris Murcnœ », et c*est tout. (t) Walckcnacr et quelques-uus donnent incino l^uonée 18.

LkVAE TKOISIÈME. Cil. Il, 4. 89

Le premier livre des ÉpUres fut édité vraisemblable* ment un peu plus tard» en 19 ou 18; il comprend vingt pièces dont la composition s'était effectuée dans une période de temps assez longue, une dizaine d*années envi* ron. La dernière, Vertumnum Janumque, qui est un adieu fait par le poète à son livre au moment de le livrer au public, fournit dans les derniers versr, avec quelques ren* seignements sur sa personne, un document précieux sut la date de sa naissance mais qui a pu jeter les critiques dans une légère erreur au sujet de la question que nous traitons ici : c Si par hasard, dit-il ii son volume» on t'interroge sur mon âge, réponds encore que je comptais déjà' quatre fois onze décembres Tannée où Lollius, précédant Lépide dans le consulat, l'y obtint pour collègue. »

Forte meum si quis te percontabitur aevum, Me quater undenos sciai implevisse décembres, GoUegam Lepidum quo du-xil^ Lollius anno.

EpisL, I, 20, V, 27-28.

Certains voient dans ces paroles l'intention de dater la composition de son épttre et l'apparition du livre de ce moment même où il venait d'accomplir sa quarante-qua^^ trième année ; ils en concluent que c'est en l'an 20 au plus tard qu'il convient do rapporter ce fait. Mais rien ne prouve qneç*ait été là la pensée de l'auteur; il est plus probable qu'après avoir donné sur son origine, sur sa carrière, sur son physique et sur son caractère certaines indications, il a

(1) iolUus avait été oommé consul avec Auguste, qui refusa; Lépide, flis da triumvir, se présenta alors en^ concurrence avec Silauus et, grâce à la protection di» Lollius, fut élu. Il faut se rappeler ces faits pour saisir tout le sens da mot dttâ9t(.

"90 LIVRE TROISIÈME. CH. Il» 4.

voulu, pour compléter le tout, yjoindre celle de la date desa naissance, point non moins important à faire connaitre des générations à venir. Il se peut donc que le livre ait paru une année ou deux après le consulat indiqué» et tel est ravis de ceux qui trouvent dans certains passages de ces «épitres des allusions à des événements dont on n'aurait pu parler dès l'an 20, comme les triomphes d'Auguste et •d' Agrippa qui eurent lieu en 19 et qu'on croit visés par les vers 33-35 de la pièce 17.

11 y eut, en tout cas, un certain intervalle de temps entre cette publication du premier livre et la composition des trois autres épitres. Suétone nous dit, en effet, que celle qui est adressée à Auguste ne fut composée qu'à sa demande ^t après un billet par lequel il se plaignait de n'avoir été choisi par Horace comme destinataire d'aucun des entretiens du même genre déjà publiés* ; elle est évidemment Tœuvre d*une des dernières années du poète. La deuxième, adressée à Florus, date également de la fin de sa vie. Il y parle tantôt de la vieillesse, dont l'effet doit être de le rendre plus doux et meilleur,

Lenior et melior fis accedente seaecta ?

Epist, M 1, V. 211.

tantôt des ans, qui nous dérobent successivement tous nos avantages, et qui, après'nous avoir ravi les rires, les amours, la joie des festins, tendraient maintenant à lui enlever jusqu'aux compositions poétiques.

Singula de nobis anni prxdantur euntes; Eripuere jocos, venerem, convivia, ludum; Tendu nt cxtorquere poeinala.

Epist,, II, 2, Y. 55-57.

Et Ton ne peut guère prétendre que Tépître aux Pisons, qu'on a dénommée plus tard. ï Art poétique, soit antérieure

(1) Voir ce billet page 59.

à ces deux-Ià, puisqu'il y annonce le dessein de ne plus écrire et d'enseigner seulement aux autres les devoirs de récrivain, acceptant ainsi, dit-il, Tofâce de la pierre à aiguiser qui rend le fer tranchant et ne peut couper ellemême :

Ergo fungar vice cotis, acutum Reddere qusB femim valet, exsors ipsa secandi. MuQUS et offlcium, nil scribens ipse, docebo.

Epist. ad Pis., v. 304-306.

Les scolies de Porphyrion nous apprennent d*ailleurs que le Pison auquel, ainsi qu'à ses fils, est adressée cette épître, était le Lucius Calpurnius Pison qui, après avoir été consul deux fois, chargé de commandements qui lui valurent les honneurs du triomphe, et préfet de Rome durant vingt ans, mourut, suivant Tacite S en 32 ap. J.-C. à l'âge de quatre-vingts ans. Comme il avait une quarantaine d'années à l'époque de la mort d'Horace, il faut déjà supposer qu'il s'était marié très jeune pour qu'il eût en l'an 9 av. J.-C, des fils à qui le poète pût parler en les traitant de juvenes pâtre digni* et en les jugeant capables de recevoir ses avis. Reporter sensiblement plus haut la composition du poème serait rendre tout à fait incompréhensibles et l'expression employée par l'auteur et son intention.

Cependant plusieurs critiques veulent la faire remonter jusqu'en 21 ou 22. Et pour cela ils s'y prennent de deux manières* Les uns adoptent pour destinataires de la pièce des membres de la même famille, mais appartenant à une autre branche, les Cnéius Pison dont l'âge concorderait avec leur opinion; comme s'ils étaient libres d'infirmer, au sujet d'un personnage considérable tel que Lucius Calpurnius, dont la vie était très connue des écrivains de l'antiquité, le témoignage formel que donne Porphyrion d^une tradition certaine. Les autres conservent le persôn-

(1) Ann., Yl, 10.

(i) A a vers 24.

92 XIYRE .TKOISIÈME. CB. II, 4.

nage et changent son âge. Sachant qu'il fat consul pour la première fois en Tan 15 av. J.-C.» ils ont la prétention de relever une erreur dans Taffirmation de Tacite qui le fait mourir à quatre-vingts ans. L'âge légal du consulat, disent-ils, étant 43 ans, L. Galpurnius avait cet âge en Tan 15 av. J.-C. et par conséquent quatre-vingt-dix ans et non quatre-vingts en Tan 32 ap. J.-C Cette erreur une fois affirmée par eux^ ils se trouvent à Taise pour recaler d'une dizaine d'années la composition de Tépître. Mais ils n'oublient que deux choses : l'^que Tâge légal du consulat» qui^ Jusqu'à Octave, était en effet 43 ans, pouvait ne pas être exigé des candidats à la suite d'un vote des comices accordant ce qui s'appelait derogalio ou legibus soM; 2^ qu'Octave personnellement fut élu consul à vingt-et-un ans et que, devenu tout-puissant, il régla par une ordon* nance les conditions des magistratures de manière à permettre l'accès du consulat à trente-deux ans ' . L.Calpumins .Pison a donc pu être consul en l'an 15 et mourir à quatre- ! vingts ans dans l'année qu'indique Tacite. Quant à l'appui que les uns et les autres cherchent dans un passage de l'épître pour étayer leur opinion commune vous allez en juger. C'est le passage où le poète cite les noms de Virgile et de Varius en parlant du droit qu'il a lui-même d'inventer des termes :

Cfficiiio Plautoquc débit Romanus, adémptum Virgilio Varioque? Ego cur, acquirere pauca Si possum invideor, quum lingua Catonis et Enoi Sermonem palrium ditaverit, et nova rerum

Nomina protulerit ? ,

Epist. ad Pw., Y. 53-58.

Quoi, les Romains accorderont à Cscilius et à Plaute ce qu'ils auront refusé à Virgile et à Varius? A moi-même pourquoi envie-t«oo l'honneur de faire, si je le puis, quelques heureuses acquisition^» lorsque le parler de Caton et d'Ennius a enrichi la langue de la patrie et produit tant d'expressions nouvelles.

(1) Dion Cassius, LIi,!20. Cf. Dict. des ant, gr, et làt. de Daremberg et Saglio, à Tart. Annale» leges.

UVRE TROISIÈME. CH. II, 4j 93!

Cherchant à inférer de ces vers que Virgile, mort, coramei nous l'avons vu, en 19, vivait encore lors de la composi-* tien de Tépître, ils se gardent bien de les traduire comme* nous, et ils n'obtiennent leur déduction qu'en faussant le sens du vers principal : ils y supposent Thypallage dabiV ademplum pour dalum adimel et se donnent ainsi le droit de traduire : < Pourquoi les Romains refuseraient-ils à Yir-' glle et à Yarius ce qu'ils ont accordé à Csecilius et ai Piaute?» Jamais argumentation ne reposa sur une base moins solide. i

Le fond identique des trois épîtres montre, par lui seul,* qu'elles appartiennent toutes les trois également à cette . époque de la vie d'Horace où, renonçant à la lyre, il ne ' voulait plus écrire que des entretiens : les sujets de critique morale eux-mêmes y sont délaissés pour faire place aux sujets de critique purement littéraire. l

Cette identité prouverait assez que l'intention du poète > avait été de les réunir en un seul livre. L'étendue de répître aux Pisons n'est pas une objection sérieuse à cette > supposition qu'autorise suffisamment la disproportion dos deux livres tels que nous les voyons : le second en effet, composé seulement des deux épîtres à Auguste et à Florus,! ne présente qu'un ensemble do 485 vers; avec la troisième, il n'en aurait encore que 962, tandis que le premier livre en compte 1006 et les deux livres des Satires, 1029 et 1081. Si cette épître aux Pisons n'a pas été jointe aux autres, c'est vraisemblablement qu'elle n'a été publiée qu'après la mort d'Horace. Bien des commentateurs, il est vrai, croient que la publication du second livre lui-même a dû être posthume; la séparation faite par les éditeurs tiendrait alors à ce que devant l'étendue et l'importance de la dernière composition, ils auraient préféré voir en elle un poème didactique plutôt qu'une simple épître. Quoi qu'il en soit de cette question, qui reste insoluble, il est certain, en tout cas, que le titre (ÏArs poetica ne vient pas d'Ho-

race : on le trouve déjà chez Quintilien* et il est possible que Térentius Scaurus, grammairien du temps de l'empereur Adrien S s'en soit servi, comme l'ont fait plus tard Symmaque, saint Jérôme, Sidoine Apollinaire, Donat, Priscien^etc.; mais Horace s*est gardé de le donner aune œuvre à laquelle il entendait consenrer le style et la forme épistolaires sans afflcher nettement la prétention d'y renfermer toutes les règles de l'art.

En résumé, si nous considérons dans leur succession^ toutes les œuvres d'Horace, nous distinguons dans sa viepoétique, sans en marquer la division d'une manière trop rigoureuse, des périodes où il a fait, non pas exclusivement, mais principalement : des Satires et des Épodes; des Odes de toutes sortes y compris le Chant sêcttlaire; des Ept' très morales et littéraires avec celle que nous appelons Y Art poétique. Tel est donc l'ordre que nous allons suivre dans l'étude que nous devons en faire, ordre qui a l'incon* vénient, je le sais bien, de séparer les satires des épitres» écrites les unes et les autres en hexamètres, mais qui a le grand avantage de présenter logiquement^ dans ses phases véritables, le développement de la pensée et du talent du poète.

(1) Inst. orat., VIII, 3, 60 : « Quale Ilaratius io prima parte libri de Arte poctica fîngit. «

(2) Charis, I. Il, au mot inxpariter. Cf. Aul. Gel., Noct Ait. y XI, 15.

(3) Symm., Epist., I, 3; S. Jcr., De optimo gert, interpret,; Sid. AppoII., Carm.y IX; Donat, in Tcrent., Adelph., v. 3 ; Prise, lib. VI.

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