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CHAPITRE III

Horace. — Les Satire^.

1. Horace avait la vocation do la poésie et tout particulièrement de la satire. Il en tirait une utilité morale. Son goût pour la philosophie pratique^ l'ambition de se faire une place à part dans l'école nouvelle, sa fougue juvé* nile, son intérêt, tout l'y portait. — II. Analyse et appréciation particulièrede chacune des dix compositions du premier livre. — III. Examen semblablede chacune des huit pièces du deuxième livre. — IV. Comparaison des deux, séries. Au livre second, il y a plus de complication et de diversité, plus d'art dans la forme; l'unité de matière est mieux observée; le raisonnement acquiert plus de suite et plus de force. L'éclectisme philosophique du poèteprend également plus de consistance et élargit son horizon ; il en résulte que les principes qu'il émet sont d'une morale moins triviale et plus élevée. Le ton devient moins agressif; c'est sur lui-même qu'il détourne les traits les plus aigus de sa causticité. Enfin le style progresse avec le ton et les idées ;: la langue et la versification elles-mêmes dénotent entre les deux livres, qaelque différence.

Horace 'était né poète et avait une vocation véritable^ pour la poésie satirique. Un penchant irrésistible Tentrainait; il sentait que, « quelles que dussent être les conditions de sa vie, il écrirait toujours »,

Quisquis erit vitae, scribam, color...

Sat., II, 1, V. 60.

(1) Les manuscrits d'Horace sont très nombreux, 250 environ, sans compter ceux, aujourd'hui perdus, comme le BUtndinius oetustissimwi, qui ont été coUationnés par de très anciens éditeurs tels que Pulmann et Crucpiius. Plusieurs remoBtent au ix« siècle : par exemple, le Bernensis, de lat

et quelqu'un lui eût-il démontré^ comme il le fait faire à Trébatius dans une de ces pièces, que le silence eût été préférable, il se fût écrié : « Que je meure si cela n'est pas ce qu'il y aurait de mieux, mais je ne puis dormir I »

Peream maie, si non Optimum erat; verum nequeo dormire.

Sat., II, 1, V. 6-7.

bibliothèque de la ville, à Berne (d« 363), qai provient du monastère de Fleury-sur-Loire, où il avait été apporté par Alcuin uu quelque moine de ses compatriotes; VAmbrosianus, de Milan, dont les seize premières feuilles sont palimpsestes et qui contient des arguments et des gloses; celui du British Muséum de Londres {Karleianua^ 27%); celai de la bibliothèque du Vatican {Regin,, 1703), provenant du monastère de WIssombourg; le Leidetisis, de la bibliothèque de l'Université, à Leyde, qui provient de Sain t-Pierre-de-Beau vais et sur lequel on lit la mention suivante : « Vettius Agorius Basilius Maoortius, oir clarissimus et illu8ter^ eœ comité domesticoy ex consule ordinariOj ... legi et ut po» iui e/nendaoiyconferente mihi magistro Felice oratore urbis Romœ. » Cette suscription, qu'on retrouve sur d'autres manuscrits, prouve que tout •ceux qui la portent dérivent d'un exemplaire datant de la première partie du VI* siècle, puisque nous savons que Vettius Agorius, qui en fût l*aateiir avec le professeur d'éloquence Félix, a été consul en 527. — La plupart des autres manuscrits sont du x« et du xi* siècle. Notre Bibliothèque Nationale en est riche : on y remarque le n» 7900 A. dont le texte se rapproche de VAmbrosianus ; le n» 7U72, qu'on croit dérivé du même exemplaire que le Leidetisis; le n« 797 i, qui a appartenu jadis à l'église de Reims; le n» 7975, Bliaudijontanus, relié aux armes de Henri II et qui a fait partie de la bibliothèque de Fontainebleau; le no7971, qui semble avoir été exécuté dans l'école de Reims, d'où Herbert, un des élèves de Gerbert, l'aurait apportêaa monastère des bénédictins de Fleury, qu'il.nc quitta que pour passer à lablbliothèque du roi.— Le grand nombre des manuscrits fait que la diversité des leçons quUlssesont successivement empruntées en rend le classement très difficile. Ou y distingue cependant trois classes principales : La première et la deuxième viennent d'une même source, qui était bonne : la première ne contient guère que des fautes de copie et quelques conjectures fSaciles à reconnaitrc; c'est la plus fidèle; la seconde montre un certain nombre de changements apportés au texte et occasionnés sans doute par l*état peu lisible dans lequel se trouvaient des parties de l'original. Quant à la troisième classe, la source en est mauvaise et les altérations n*y sont pas rares. Quelques difTérences de détail toutefois que présentent les manuscrita» Il y a très peu do passages où tous soient altérés au point de rendre Isa

C'était pour lui un plaisir non moins qu'un besoin. Il éprouvait un bonheur infini à confier au papier, sous la forme métrique, ses pensées les plus intimes : « Ma joie, disait-il, c'est d'enfermer des paroles dans la mesure des vers, à la manière de Lucilius, que Tun et l'autre nous ne valons pas. Comme à de fidèles amis, Lucilius livrait à ses livres tous ses secrets, ne cherchant jamais, soit dans la bonne, soit dans la mauvaise fortune, aucun autre confident. Aussi y

conjectures indispensables et en général on reconnaît assez facilement entre les diverses leçons celle qui doit être préférée. — Cela n'empêche pas que des discussions ardentes se sont élevées au sujet de vers, de développements et de morceaux entiers contestés. Pecrlkamp, Gruppe, Lchrs et d'autres comme eux ont voulu voir dans les manuscrits tant d'interpolations que, si Ton acceptait comme fondées toutes leurs critiques sans exception, il ne nous resterait plus d'Horace que des fragments informes. (Voir, à ce propos, dans la Reçue de philologie, 1878, p. 204 sq., un article de M. G. Boissier sur quelques odes du livre I.) Ces commentateurs, il est vrai, scréfutent réciproquement, les uns conservant ce que les autres repoussent. Il fout admettre évidemment qu'il a pu s'introduire quelques passages apocryphes ; mais montroiis-nous là-dessus d'une très grande réserve et disonsnous bien que la plupart des assertions imprudemment produites ne l'ont été que faute d'avoir cherché suffisamment à pénétrer les secrets de la composition, de la langue et de la métrique du poète. (Pour l'énumération des manuscrits, Cf. Mitscherlich, Odes et Ép., t. I, p. xli; Vanderbourg, trad. des Odes, t. I, pp. 387-4 H ; C. Kirchner, de Codicum Horatianorum stirpibus ac/amiliis, dans ses Sooœ Quapst. Horat,, et l'Introd. de son édition des Satires, pp. xx-xxxvi. — Vous trouverez en outre une vingtaine de fac-similé de ces manuscrits dans la Paléographie des classiques latins de M. Ém. Châtelain, l**' partie, pi. lxxvi-xc.)

Les principales éditions d'Horace sont : l'édition princeps, originaire d'Italie, U70 U73; Aide l'Ancien, 1501-1526; Robert Esiienne, 1528-1543; Fabrifius, 1555; Paul Manuce, 15551570; Lambin, 1501-1566; Aide le Jeune, 1585-1593; Éd. J. Cruquius, 1579, et avec le commentaire de J. Dousa, 1597 et 1611; Jean Bond, 1606; Éd. Lœv. Torrentius, 1608; Dao. Ileinsius, 1612; Scbrevelius. éd.variorum, 1653; Tanneguy Lefévrc, 1671; P. Kodeillc, 1683. Dacier et Masson, 1708-1709; Richard Bentley, 1711. à qui ses conjectures ingénieuses, mais hardies, et sa critique acerbe suscitèrent des adversaires acharnés, parmi lesquels se firent remarquer Cuningham, 1721, .Markland, 1723, et Baxter, 1725; puis Sanadon, 1728; J. Pinc, 17;^; Gessner, qui réunit ses notes à celles de Baxter, 1772; Jani, 1782; J. Oberlin, 1788; Wetzel, 1799; Zeune, 1788-1815; Haberfeld, 1800; Dôring, 1803; C. Fea, 1811; F. H. Bothe, 1821-1827; W. Braunhard, 1831-1838; J. C. Orelli, 1837-1868 ;

voit-on dépeinte, comme sur uo tableau votif, toute la vie du vieux poète. Je suis son exemple. >

... Me pedibus délectai claudere verba, Luciii rila, noslrum melioris utroque.

llle, velul fidis arcana sodalibus olim Credebat libris, oeque, si maie cesserai, usquam Decurrens alto, neque si bene. Quo fit ut omnis Votiva paleat veluti descripta tabella Vila senis. Sequor banc.

Sd/., II, i, V. 28-34.

Même sur son lit de repos, même en promenade, son esprit ne restait jamais oisif ; de Texamen attentif de sa conscience et de celui aussi de la conduite des autres, il cherchait ;\ tirer les règles les plus propres à rendre la vie meilleure et plus heureuse. cCeci serait plus raisonnable, pensait-il; en agissant de cette sorte, je vivrai mieux ; par là, je deviendrai plus cher à mes amis ; tel homme n'a pas bien agi ; serai-je assez peu sage pour commettre une faute semblable?» Voilà, comme il nous l'a répété, ce quMl roulait en son esprit, ce qu'il disait entre les dents, et, au premier instant de loisir, il jetait sur ses tablettes toutes ses réflexions en s'amusant.

H. DûoUer. IKiO-lHTO: Firmin Didot, I8ô5; W. Dilleobûrger, t8U-l875; PeerUainp {Odes). 18bi: H. Milmaa. 1868; C. W. Nauck el G. krâger« 18.V) sqq.; 0. kellcr rt A. Ilolder, 1864^1870: Maurice Albert {Art poét,)y 188():OrelU yOdesu revu par Ilirschfolder, 1885; id. {Satires et Épitres); revu, par Mewes. I8:>1: A. Waltz, 1K87; A KiessUng, 1890; Smith, 1895; Gaw. 181)6: Koller et llulder, I8'J9; Éd. Wickham, 1901; ti. Krûger, 1901. — louant aux dissertatiooSf thèses et ouvrages de toutes sortes qu'a produits l'étude des œuvres dMIorace, ils soot si nombreux qu'ils foumiraieut à eux seuls une iaiiuoase bibliathèque. Aide le Jeune se demandait déjà, il y a trois siècles, dans sa préface de VÈptlre aiue PisonSj si leur nombre ue dépassait |wis celui des vers écrits |)ar le poète. J'en ai dté qDelquos-uns dans le chapitre précédent. j*en citerai d'autres à mesure que Toocasiun s'en présentera dans les pages qui suivent. Vous savei cf^lleurs que. si vous désirez vous faire une liste complète de toutes les pubUcmtioBS des dernières années sur Horace, vous n'avez qu'à parcourir les catalogues trimestriels, avec tables annuelles, de la Bibliotheca philologica classica.

. . . Neque eotm, quum lectulus aut me

Porticus cxcepil, deium mihi : « Rectius hoc est ;

Hoc faciens, vivam melius ; sic dulcis amicis

Occurram; hoc quidam non belle; numquid ego illi

Imprudens oh'm faciàm simile ? » Haec ego mecum

Compressis agito labris ; ubi quid dalur oti,

Illado chartis.

Sut., I. 4, V, 133-139.

Son plaisir no laissait donc pas que d'avoir une utilité morale .

Il avait vu aussi d'autres profits à se livrer à la satire. De tous les genres littéraires pratiqués parles poètes latins antérieurs et auxquels la nouvelle école dont il faisait partie s^efforçait de donner la forme romaine définitive, la satire était le seul qui n'eût pas son maître. Gomme elle présentait une place à prendre, il lui sembla que, malgré la gloire qu'y avait acquise jadis Lucilius, elle lui promettait le pi de chance de succès :

Hoc erat melius quod scribere possem.

Sat,, 1, 10, V. 54-55.

Elle comportait à la vérité quelque danger : on a beau se soumettre soi-même à la critique de ses propres défauts, on ne promène pas l'examen d'un esprit caustique sur les vices et les travers de ses voisins impunément et sans s'attirer des récriminations et des inimitiés. Le tempérament ardent, qui était le sien dans sa jeunesse et dont il a parlé dans une de ses odes comme du mobile principal qui l'avait poussé à écrire ses ïambes », pouvait l'entraîner plus que tout autre à des attaques personnelles et périlleuses. Mais cela même, loin de l'effrayer, l'avait tenté peut-être. N'avait-il pas intérêt à attirer vivement l'attention sur les premières productions de son talent ? N'était-ce pas pour lui le moyen le plus rapide de se faire connaître et de ren-

(1) Carm., I, 16, v. 22-25.

contrer parmi ceux qui apprécieraient son mérite le protecteur libéral dont avait besoin ' à Rome tout poète peu favorisé de la fortune? Singulier moyen, objecte-tK)n, que celui de critiquer les gens pour gagner les bonnes grâces d'antrui, et la poésie laudative n*cst-elle pas mieux faite pour atteindre ce but que la satire ? L'événement cependant a prouvé que le calcul, si calcul il y avait eu» n'aurait pas été mauvais, puisque la curiosité, une fois éveillée, les appréciateurs et l'ami généreux se sont naturellement trouvés.

Ainsi le plaisir et le besoin quMl éprouvait de mettre constamment en vers ses réflexions, son goût pour la philosophie pratique, l'ambition de se faire une place à part dans l'école nouvelle, sa fougue juvénile et son intérêt, tout Tavait porté à débuter dans la carrière surtout par le genre familier de la satire.

Le caractère même des compositions de ce genre qui,, dans leur construction comme dans leurs procédés de raisonnement, ne concordent guère avec les règles établies par les traités de rhétorique, en rend l'analyse on ne peut plus difficile. Mais la difficulté d'un travail, n'est-ce pas, ne vous en détourne jamais ; peut-être, au contraire, y trouvez-vous, comme moi, un attrait de plus.

(1) La propriété littéraire n'existant pas, il était impossible de tirer l>eaacoup d'argent do la vente d'un ouvrage. Tout ce qu'un écrivain pouvait Taire, c'était de livrer son manuscrit, moyennant une légère rétribution, à un de ces libraires dont la profession consistait à exécuter des copies pour les vendre ; mais les acquéreurs des premiers exemplaires avaient la faculté de les reproduire sans rien lui devoir, de sorte que ses droits d'auteur seréduisaient toujours à bien peu de chose. Voir à ce sujet Friedlœnder, dansson Histoire des mœurs romaines^ t. IV de la traduction française.

Des dix-huit satires d'Horace, le premier livre en contient dix : prenons-les successivement.

J'ai déjà dit* dans quelle intention fut écrite la Satire /, adressée à Mécène, et quel en est le sujet. Elle repose sur 'Ces deux idées que personne n'est jamais content de son sort, tout le monde enviant celui du voisin, et que Tavidité •que montrent les hommes à amasser, ainsi que la crainte qu'ils ont de diminuer leurs trésors, les empêche d'en Jouir. La première partie est la simple constatation d'une illusion humaine : Horace y montre, en se moquant, comment le soldat porte envie au marchand, le marchand au -soldat, le jurisconsulte au laboureur, l'homme des champs au citadin, et quel sujet d'irritation ils fourniraient tous A Jupiter, si celui-ci exauçait leurs vœux, puisque aucun d'eux, dès qu'il pourrait changer de rôle, ne le voudrait plus (v. 1-22)*. L'idée prêtait à de plus vastes développements et eût pu fournir à elle seule une satire entière ; mais ce n'est qu'une sorte d'introduction plaisante à la seconde pensée, qu'il veut approfondir et discuter plus sérieusement. Il marque la transition de l'une à l'autre par le mot prseterea et indique avec netteté le changement de ton : € Laissons la plaisanterie, dit-il, et traitons gravement un sujet sérieux. »

. • . amoto quseramus séria ludo.

La question de l'avarice, voilà donc la grosse question du morceau ; dans la discussion qui en est faite, on a voulu

(1) Page 39.

<2) Appendice^ cczxxviii.

102 UVKE TROISIÈME. Cil. 111, i.

quelquefois voir une digression disproportionnée et plus étendue que la partie principale ; mais on s*est évidemment trompé ; l'auteur, après avoir signalé un travers de l'humanité entière, s'attaque particulièrement à un défaut plus restreint, quoique assez commun, mais qui est le même au fond que le premier, puisque ceux qui ne s'en corrigent pas se rendent malheureux faute de savoir s'accommoder de ce qu'ils ont en portant envie, eux aussi, à quiconque a plus qu'eux.

11 trouve tout d'abord que le cas de l'avare n'est nullement celui de la fourmi à laquelle l'avare se compare volontiers : l'une n'amasse^ Tété, que pour user, l'hiver» de ses provisions, tandis que l'autre n*utilise jamais son trésor (v. 28-40). li examine ensuite les diverses excuses que se donne l'hommo atteint de ce défaut, c Je ne veux pas, dit l'avare, profiter de mes ressources, do peur de les épuiser. — Alors, à quoi te servent-elles ? 11 importe peu d'être riche, les besoins de la nature étant bornés (v. 41- 50). — Je veux, si je dois y puiser, avoir le plaisir de prendre à un gros tas. — Si tu as besoin d'un verre d*eau, le prends-tu au cours impétueux d'un fleuve boueux plutôt qu'à la source tranquille et pure ? (v. 50-60) — On ne m'estimera que dans la mesure de ce que j'aurai*. — Pauvre fou! oublies-tu Thistoire de Tantale? Gomptes-tu pour rion tes continuelles alarmes de jour et de nuit(v. 61- 79). — En cas de maladie, du moins, je serai mieux soigné. — Erreur I ayant rais tout après l'argent, tu ne trouveras autour de toi aucune des affections que tu auras dédaignées. Cesse enfin d'amasser et jouis de ce que tu as (v. 80-100). — Me conseilles-tu donc de vivre en débauché ? — Voilà bien l'opposition ordinaire des contraires ! mais

(1) Ce passage, où I*avare fait valoir restiinc qu'on s'attire par l'argeot qu'où possède, a été paraphrasé par Boileau dans son Épître V :

L'argent, l'argent! dit-on ; sans lui tout est stérile; La vertu sans argent est un meuble inutile; L'argent en honnête homme érige un scélérat, etc...

interdire l'avarice n'est pas conseiller la prodigalité ; en toutes choses^ il y a une mesure, il y a des limites fixes au delà et en deçà desquelles ne peut se trouver le bien. »

Est modus in rébus, sunt cerli denique fines, Quos ullra cilraque nequit consistere rectum *.

L'argumentation, dans ce dialogue, ne prend pas toujours la forme la plus logique : lorsque l'avare, par exemple, parle de l'estime qu'on fera de lui en raison de sa richesse, la réplique est plus ironique et véhémente que topique ; il y a là certains procédés de polémique qui ne sont pas ceux d'une réfutation en règle, mais, sans avoir la rigueur des syllogismes parfaits, ils n'en amènent pas moins bien une conclusion dont la formule est irréprochable.

Cette conclusion, toutefois, n'est que celle du développement de la seconde pensée, et la composition n'aurait pas d'ensemble si la première pensée, laissée de côté depuis le Ters 23, n'était point reprise de manière à réunir les deux à la fois dans une conclusion générale. Horace n'a garde de l'oublier : « Je reviens, dit-il, à mon point de départ... lUuc unde abii redeo > (v. 108). Mais il semble éprouver, pour y revenir, quelque embarras, et, à moins que la gêne que nous sentons dans ce passage ne tienne, comme on Ta supposé, à une lacune du texte après le vers 109, on ne réussit pas à expliquer suffisamment la liaison des idées. Il a dit, à la vérité, au vers 40 « que rien n'arrête l'avare tant qu'existe un plus riche que lui »,

Nil obstet tibi, dum ne sil te dilior alter;

(i) Sénéque dira de même : • Omnis in modo est nrtus. Modus certa mensora est. » Epi8t, LXVI, 8, et La FonUine, dans sa Fable Rien de trop

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