IV, 1, Y
(1) Properce n'avait pas occasion dans ses poèmes do parler expressément de sa mère ; mais chaque fois qu'il a eu à dépeindre Pamour maternel (voy. surtout l'él. IV, 11), il l'a fait en termes qui marquent bien la reconnaissance et rattachement profond qu'il lui avait voués. Cf. Postgate, sélect, eleg. of Prop., Introd. p. 23, nol. 2.
514 LIVHl; OLATHIÈME. Cit. III, !•
et l'cruilition profoaile dont il ilt preuve dès ses premières Qbuvres Qous dit assez le travail auquel il avait dû s'appliquer pour l'acquérir.
L'étude des poètes Alexaudrios à laquelle il se livra de préféreoce, ses recherches archéologiques et les premien essais do sa musc, qu'il a sans doute détruits ou qui se sont perdus, à moiûs qu'on ne veuille en reconnaître plusieurs dans quclqucs-uDcs des élégies que nous possédons', ne furent pas loQ^tcmps ses seuls soucis. A peine revêtu delà robe virile, il noua liaison avec une jeune esclave du nom de Lycinna, que Cynthie avait ou allait avoir à son service, et qui, sans avoir été séduite par aucun présent, lai fit connaître le chemin de l'amour, en guidant soD inexpérience dans les ébats nocturnes qu'elle n^ignorait pas. Cest lui-même qui nous en a Tait la coDfessîon en ces deux distiques fort simples :
[il mihi prsteitEB pudor est velatus amiclu El dala liberlas noscere amorig iler.
Illa rudes auimos per oortes conscia primas Imbuit lieu 1 nullis capta Lycisna dalls. III, 15, V. 3-6.
Il semble bien, à la vérité, ne s'être livré à elle que dans un élan de jeunesse tout physique; mais son cœur fut réellement atteint, quelques mois plus tard*, à la vue de Cynthie :
Cynlbia prima suis mîserum me c^pil ocellis.
( I) Ce iiL' imiirrait l'Ire ea luut cas que des élégie» du livre I, conioir >(■ nmiiérxs iO r-i il, et nulUmvnt, cuinmc l'a supposé ncrtiberg (I. Ou***p. 17), qui! KPiiil.Ii' ajipruuver M. Postgale (aetect Éleg. introd. p. 17). dcf olrgii's du livrr- IV, puisqup rcll«s-ci munlreut par leur verBiDcalioo qu'eltn ont rl6 loiilfs l'iTilïB ilaiis la dernière partie de as vie.
(2) IlerliLep;,' pc-iise qull resla lié avec l.yeinna deux, ids j LacbmaoR, l'kssis, moina eucor*.
11 n'avait guère alors plus de dix-huit ans et Cynthie, plus âgée que lui, possédait tout ce qu'il fallait pour le captiver. D'un genre de beauté particulier, blonde avec des yeux noirs aussi brillants que des étoiles, elle avait la tête gracieuse, un teint qui rappelait la feuille de rose sur le lait le plus pur, les doigts effilés, la taille bien faite, et un port majestueux qui semblait lui donner la dignité d'une déesse^ A ces avantages naturels elle joignait ceux que procurent la toilette et l'art : ni Téléganco de la coiffure, ni les plis moelleux des étoffes précieuses, ni les parfums, ni les perles de FOrient n'étaient oubliés par elle*. Et son instruction rehaussait encore sa beauté : non seulement elle savait dauser dans la perfection et tirer d'harmonieux accords delà lyre, mais elle écrivait avec grâce, composait elle-même des poésies et avec une vive intelligence était douée d'un jugement qui rendait on ne peutplus précieux l'éloge décerné par elle à une œuvre littéraire'. Ajoutez encore qu'elle n'était ni escla7e comme Lycinna, ni même affranchie comme les célèbres courtisanes de Rome ; dame romaine, elle avait d'illustres aïeux, illustres avos *, un entre autres qui s'était fait un grand nom par sa science,
Splendidaque a docto fama refulget avo ;
son nom deCynthie n'étant qu'un pseudonyme poétique, en réalité, comme nous l'apprend Apulée ^ elle s'appelait Hostia et peut-être devons-nous voir en elle la petite-fille
(1) Éleg. 1, 2 V. 5 sq. ; II, 3 v. 12; II, 12 v. 23.
(2) Éleg. 1, 2 V. 2 ; I, 15, v. 7 ; II, 1 v. 5 ; II, 3 v. 9 ; II, 2t) v. 26 ; III, 10 V. 15.
(3) Éleg, II, 1 V. 9-10; U,3 v. 17 sq.; II, 13 v. 11-12. (1) Éleg. Il, 13v. 10.
(5) J*ai cité la phrase d'Apulée p. 439. Le scoliasle de Juvéoal (VI, 7), dit aussi : a Cynthia Propertii arnica sumptuosa proprio no mine Hoatia dicebatur. •
5] 6 LIVRE QUATRIÈME. Cil. Ill» 1.
du poète Hostius*. Il est vrai que» de quelques aïeux qu*elle pût s'enorgueillir, à l'exemple de ces Romaines dont parle- Salluste à propos de Sempronia*, elle ne se conduisait guère autrement qu'une courtisane. Mais ces mœurs faciles n'étaient point do nature à détourner un jeune homme* qui» par caractère» ne se fût pas obstiné sans doute à faire le siège en règle d'une porte trop longtemps fermée» et la complaisance que mitCynthia à écouter ses premières déclarations devint précisément un des nombreux mo> tifs qui l'attachèrent à elle.
Les commencements de cette liaison furent heureux; mais des orages survinrent bientôt» et pendant une année entière le poète fut tenu à Técart pour une seule faut& commise envers sa maîtresse:
Peccaram semel et totum sum puisas in annum.