É/., IV
pour avouer que TAmour a abattu son orgueil d'autrefois:
Tum mihî conslantis dejecit luminn fnstus-
Mais tout cola nous autorise-t-il à dire, comme plusieurs ont osé l'affirmer, qu'il écrit mal. Le plus judicieux des critiques en littérature latine nous met en garde contre un jugement si absolu, c Avons-nous le droit, nous dit M. Boissier, de prononcer de ces arrêts superbes, quand il s'agit des poètes anciens? Le latin pour nous qui ne l'entendons pas parler couramment et qui no pouvons plus le saisir dans Tinfinio variété du langage journalier, n'existe que dans les ouvrages de deux ou trois grands écrivains. Nous sommes toujours tentés de prononcer que celui qui ne parle pas comme eux parle mal. Il devait y avoir pourtant, dans une grande époque littéraire, des auteurs indépendants, qui avaient leur manière personnelle d'écrire, qui hasardaient des tournures et des alliances de mots nouvelles, qu'on pouvait comprendre quoiqu'elles ne fussent pas do l'usage commun. Pour ces génies individuels et originaux, nous ne sommes pas des juges compétents et nous risquons de condamner chez eux ce qui faisait précisément lour plus grand mérite. Il faut donc être très réservé lorsqu'on se permet d'apprécier le style de ces anciens autours '. »
Cette rosorvo nous est d'autant plus commandée à l'égard de l'roporco que, sous n'importe quel aspect on rexamino,â côté des défauts qu'on relève en lui, on trouve
(I) Journal des sacanU, p. 199, 1880.
toujours des qualités de premier ordre. Ainsi» quelques reproches que lui mérite l'obscurité de sa langue et de son style, il ne laisse pas que de savoir très souvent donner à Tune la fermeté et la sonorité, à l'autre la vigueur, l'élévation, le mouvement et la couleur qui répondent le mieux à sa pensée et à ses sentiments. Il en est de même de sa versification*. Elle a réclamé un travail des plus minutieux
(1) Voici les principales remarques qu'elle comporte.
HcxAMÉTRi. Propcrcc a employé le spondée dans les quatre premiers pieds 56 fois 1/2 0/0, c'est-à-dire, à peu prés dans la mémo proportion que Virgile (56 fois), moins que Catulle (65 0/0), mais plus que TibuUc (50.6) et surtout qu'Ovide dans les Tristes et les Amours (46 et ^). — Nous avons vu (p. 50i) que, pour les césures il s'est servi moins souvent que Tibulle de la forme d'hex. qui réunit l'hephthémimére comme principale, la trihémimére et la *S«^* trochaîque comme secondaires (3 i/t 0/0 dans les trois premiers livres et 7 0/0 dans le livre IV). — L'élision (prise au sens large, c'est-à-dire, élision proprement dite, apocope et aphérèse), se produit 1 fois par A vers et le plus souvent sur le 2« temps fort, tandis que chez Tibulle et Ovide (Tristes), qui ont une élision au plus par 6 vers, c'est l'élision sur le l^r temps faible qui l'emporte. Properce qui a 1 fois 1/i autant d'clisions au sens large qu'Ovide dans les Tristes, en a 3 fois i/t autant au sens précis. — L'hiatus simple se rencontre une seule fois (III, 7, 49). L'hiatus avec abrègement do la finale longue qui le forme se voit dans III, 11, 17 : Omphalu in tantum formtu processit honorem.
— On trouve 3 fois l'allongement d'une finale brève sous la double influence du temps fort qui rafiecte et de la césure qui la suit ; ex. (IV, 1, 17) :
Nulli cura fuît externos quœrcre divos.
— 11 y a tout ensemble hiatus et allongement d'une finale eii m dans le vers (II, 15, 1) :
0 me felicëm ! o nox mibi candida et o tu...
— Six fois est conservée brève la voyelle finale suivie d'un mot commençant par une consonne double ou par deux consonnes dont la deuxième n'est pas une liquide. — Enfin il y a 7 hexamètres spondaïques, mais dont trois sont terminés par un nom propre venant du grec (I, ^, 31 ; 111, 7, 13 ; IV, i, 71) : trois autres se terminent par le mut heroine (I, 13, 31 ; 1, 19, 13 ; II, t, 9) et le septième (11, !28;49) par l'adjectifybr/no^arafn.
Pentamètre. Des quatre manières de commencer ce vers. Properce emploie à peu près 58 fois pour 0/0 la première (dact. et sp.), 23 0/0 la deuxième {t dact.), 15' 0/0 la troisième (sp. et dact.) et 4 0/0 la quatrième (2 sp.). — Avec la césure pcnthémimére exigée, il a presque autant do trihémimères. par tmèse que Tibulle qui en a tl 0/0, mais il a beaucoup moins de trihémimères parfaites que lui, 45 0/0 au lieu de 59 ; il recherche volontiers la
606 LIVRE QUATRIÈME. Cil. III, 7.
dans les détails. Les divers procédés propres à obtenir le balancement symétrique du vers et le parallélisme de la phrase y sont constamment employés. Distribution pondérée des spondées et des dactyles ; variété des césures ; correspondance des épithètes avec les substantifs aux deux hémistiches :
At nuDC, invisae magno cim crniiie Baiae, Quis deus in vestra constitit hostis aqni?
ni, 18, 7^.
!^ trochaîquc aimée de Catulle et aussi la l^e trodiaîque. Mais il n'évite pas la ressemblance des deux hémistiches : ex. (11, 6, Ât) : Semper amica mihi semper et uxur eris.
— On compte uoe élision au sens large pour 0 vers 1/2 et une élision proprement dite pour 8 vers i/t. Les élisions proprement dites se produisent de préférence au temps Tort du t* pied et au temps faible du i*'; mais il n'épargne pas au 3« et au 6* temps fort les autres élisions qui d'ailleurs ne sont pas désagréables.
Ex. d*élisioii au temps fort du t'' (M, 15, -ii) :
.Nec nustra .\ctiacum vcrterot ossa marc Ex. d^aphérèse au temps fort du 3« pied (IV, 1, 40):
IIpu quali vecta (e) st Dardana puppis ave. Cependant il lui arnvc d'en placer de difTérenies sortes sur le i« temps fort avec la finale d*uo mot de plusieurs syllabes, ce qui altère sensiblement le rythme du vers en faisant disparaître en quelque sorte Tinterruption qui doit exister entre les deux hémistiches ; Ex. 1, 5, 3:2 et 111, ±î, 10 :
(Juiprerc non impun(e) illa rogata venit.
llerculis .Entuïiqu(e) llesperi dumque choros...
— Deux fois (11, 8, 8 et 11, ti, -i) il allonge la finale devant la césure sous rinflucncc du temps fort :
Vinceris aut vincTs : ha^c in amore rota est. Aut pudur ingenuûs, aut reticeudus amor.
— 11 n'observe pas la règle de position dans le vers IV, -i, HK :
Tu capr spinosi rorida terga jugi.
— Enfin la fin polysyllabique du vers, très fréquente au début, devient rare au livre IV.
(^onimo tuiis les êlégiaques, ses contemporains, il s'interdit l'emjambemont non mutivé du pentamètre sur l'hexamètre suivant (voir cependant exception IV, 8, 68 sq.) ; il ne l'admet que lorsqull y a intérêt à mettre bien en vue soit un mot, soit un membre de phrase formant opposition (IV, 10, 40 sq. ; IV, 7, 51 sq.), ou lorsque le pentamètre forme une sorte de parenthèse avec l'ensemble des deux vers qui suivent (1, ^, 5 sq.).
similitude des désinences produisant écho, , j
Sive ea causa gravis, sive ea causa levis ;
répétition à la an d'un vers du mot qui le commence.
Sacra facit vates : sinl ora faventiî sacris....
IV, 6, i.
répétition d'un nom avec antithèse,
Gyothia forma potens, Cynthia verba le vis ;
Cynlhia prima fuit, Cynthia finis erit ;
reprise d'un même verbe, avec oppostion de personnes,
Vivam, si vivet; si cadet illa, cadam;
arrangement de noms, de pronoms, de conjonctions et deverbes dont la répétition simultanée concourt à Tharmonie du vers comme à l'affirmation de la pensée,
Sive illam Hesperiis, sive illam oslendet Eois Uret et Eoas, uret et Hesperios.
Cette abstention u'cmpéche pas les périodes de plusieurs distiques, et la ressemblance qu'elles présentent parfois dans un même morceau a donné ridée de diviser les élégies en strophes : plusieurs critiques Tout essayé. (Cf.C. Vrlen, Die aynimetrie und responsion der Rôm. £Z.,Lûbeck, 1867; 0. Drenckbabn, Die strophische Compos^ in dritten Bâche des Prop, Bcrl. Zcitscbr. f. Gymn., 18G8) ; mais bien à tort ; car la plupart des pièces ne se prêtent nullement à cette tentative, et celles-là même, comme les élégies 13, G et 15 du livre 1, qui semblent le mieux la favoriser, ne remplissent pas toutes les conditions voulues. (Cf. Bonafous, De Anx. p. %t sq.). &» Sur la métrique de Prop. voir llcrtzberg. Quaest. De eloc. passim ; Escbenburg, Obsero, pp. 1-28; Lûtjohann, Comm. Prop. pp. 96-104; éd. de L. Mûller, pp. xLVii-51; Postgate, Select, EL, Intr., pp. cxzvi-cxxxv ; F. Piessis,. Traité de métr, gr. et lat. ; passim.
608 UVKE QI'ATRIÈMI::. CU. 111, 7.
etc., etc., aucune des ressources de l'art n'est négligée par lui. Certes l'effort qu'il fait pour tendre à la perfection ne reste pas aussi inaperçu que chez un poète supérieur tel que Virgile ; maint endroit pénible laisse comprendre le travail qu'il s'imposait; et même on est tenté de se demander si, dans l'ardeur qu'il mettait à s'améliorer, il ne lui est pas arrivé parfois de perdre quelque chose des qualités précédemment acquises. Témoin la différence considérable que présente la an de son pentamètre dans ses premières et dans ses dernières poésies : elle est polysyllabique une fois par trois ou quatre vers dans le livre I et seulement par 131 ou 140 vers dans le livre IV; il avait remarqué, en effet, qu*Ovide,dans ses Amours, dont le succès était grand, tenait à donner à ce vers une fin dissyllabique et sans se rendre compte de la variété et de la grâce que comportait json propre système par l'usage des mots de cinq, de quatre et de trois syllabes, il s'astreignit le plus exclusivement pos.sible à remploi du dissyllabe préconisé par Ovide au risque de tomber dans la monotonie. Mais quelque erreur <ju'il ait pu commettre dans cette évolution et quelques traces de labeur que montre sa versification, il serait inique de ne pas y reconnaître un très grand mérite.
La poésie qu'elle recouvre est aussi, la plupart du temps, d'une beauté qu'on ne saurait nier sans injustice. Evidemment elle n'a ni la fraîcheur, ni la simplicité juvénile de celle dcTibulle. D'une maturité précoce. Properce apporte dans l'amour une réflexion trop sérieuse et un sens trop exact de la réalité pour nous off^rir l'ingénu sourire qui dénote une ùme s'éveillant à la vie. Mais, si ce charme, un de ceux qui a^rissent le plus vivement sur nous, fait défaut à ses élégies, n'ont-elles pas des qualités dignes d'être admirées et de nous captiver?
La principale est, sans contredit, l'énergie. Il sent fortement et, à chaque instant, nous rencontrons chez lui des mots d'un naturel parfait et d'une vigueur merveilleuse. Parfois un ou deux vers lui suffisent pour rendre toute la profondeur d'un sentiment ou toute la gravité d'une noble
pensée. Par exemple, s'il veut expliquer à Cynthie qu'après ravoir connue il n'a aimé aucune autre femme, « ton amour, lui dit-il, a tout enseveli » ;
Cuncta tuus sepelivit amor. . . .
s*il parle des distractions qu'il a vainement cherchées pour l'oublier,
Diiïertur, nunquam tollilur ullus amor,
On distrait, mais jamais on n\irraclic d'un cœur son amour ;
s'il voit dans le luxe des Romains la cause d'un danger pour la grandeur de la république ;
Frangilur ipsa suis Roma superba bonis ; ^
et si, î\ propos du grand nombre de vaisseaux réunis par Clêopàtre, il veut dire en quoi repose la véritable force d'une armée,
Frangit et altoliit vires in milite causa:
QutP nisi justa sui)est, cxcutil arma pudor.
IV, 0, o'2.
Ce qui exallc ou brise les forces du soldat, c'est la cause qu'il défend; la sent-il injuste, la honte lui fait lâcher les armes.
La même énergie se retrouve dans des apostrophes comme celle qu'il fait adresser par Cassandre aux Grecs victorieux :
Verlile equum, Danai ; maie vincilis. Ilia tellus Vivel, et huic cineri Juppiter arma dabit.
IV, 1, r»4.
Grecs, emmenez ce cheval ; votre victoire vous sera funeste ; Ilion vivra et h ses cendres Jupiter fournira des armes.
(1) Voir page rji.
ai)
610 LiVhE Ol'ATRIKME. CH. lîl, 1 .
et dans des morceaux entiers comme dans son imprécation patriotique de rélégie III, 11 contre la reine d'Egypte :
Quid ? modo qu» nostris opprobria vexerai armls Etfamulos.... etc.
La noblesse ne manque pas non plus î\ ses métaphores : témoin celle qu'il emploie pour offrir îi Auguste une trop faible louante :
Ut, caput in magnis ubi non est tangere signis,
Ponitur hic imos ante corona pedes, Sic DOS nuDC, inopes laudis coDScendere carmen,
Pauperibus sacris vilia tura damus.
De mOnie que devant les grandes statues des dieux, si notre main ne peut atteindre à leur tête, nous disposons nos couronnes à leurs pieds, moi en ce moment, dans l'impuissance de m'élever k do> hymnes de gloire, je l'oiïre sur d'humbles autels un modeste encens.
Kt quelle fermeté sobre dans les six vers composant la IP élégie du livre II qui met sous les yeux de sa maîtresse la tombe où elle reposera à jamais ignorée, sans que personne s'y arrête, s'il cesse de la louer ! Quelle force d'émotion dans le discours que l'élégie IV, 11 prête à la superbe et chaste matrone Cornélia !
Mais ne croyez pas que cette vigueur et cette élévation (le pensée et d'expression excluent absolument de sa poésie la mélancolie, la tendresse et la grâce. Quoi de plus mélancolique, en etfet, que l'élégie 18 du livre 1, où il se représente errant dans les bois solitaires et redisant aux oiseaux, sous leurs ombrages, les plaintes que lui inspirent ses douleurs?
Ha'c certe déserta loca et taciturna querenti, etc. . .
N'est-elle pas mélancolique aussi, dans sa grandeur, cette apostrophe aux antiques Yéiens, dont un trône d'or étalait
la puissance sur leur forum, et sur les ossements de qui maintenant résonne la trompe du pâtre et moissonne le laboureur?
0 Veii veteres, et vos tum régna fuislis Et vestro posila est aurea sella foro ;
Nunc intra muros pastoris buccin a lenti Gantât, et in vestris ossibus arva metunt.
Sa passion est-elle moins tendre qu'ardente lorsqu'il affirme à Cynthie, qu'il n'aura jamais ni épouse, ni amante, et que toujours elle sera pour lui et son amante et son épouse ;
Nos uxor numquam, numquam diducet amica, Semper amica mihi, semper et uxor eris.
Il, 6, 4i-42.
lorsqu'il voit en elle seule tout ce que son cœur a de plus cher;
Tu mihi soia domus, tu, Gynthia, sola parentes, Omnia tu nostrae tempora lastitise ^
lorsqu'il prend la résolution de vivre dans la solitude, ne pouvant être à. elle ;
Solus ero, quoniam non licet esse tuum.
Et peut- on présenter des images plus gracieuses que celles qu'il trouve ? Au murmure du flot qui, lorsque la mer s'apaise et que les vents ne se font plus la guerre, vient tomber épuisé sur la plage silencieuse, voyez comme
(l)Voirp. 851
il compare répuisement d'Antiope qui, après sa course tourmentée, sent fléchir ses genoux et tombe sur le sol :
Ac, veluti magnos quum ponunt sequora motus,
Euriis iibi adverso desinit ire Noto»
Litore sic tacito sonitus rarescit arens,
Sic cadit inflexo lapsa puella genu.
Relisez le conseil qu'il donne à Cynthie de prolonger le plus qu'elle peut les plaisirs de Tamour. « Tous les baisers, lui dit-il, seraient encore peu; car semblables à ces feuilles qui, tombées d'une couronne flétrie, surnagent au hasard dans les coupes d'un festin^ nous aussi, dans l'ardeur et lf;s vastes espoirs de notre amour, nous pouvons être saisis, dès demain, par la fln de notre destinée :».
Tu modo, dum licet, fruclum ne dcsere vitas : Omnia si dederis oscula, pauca dabis.
Ac veluti folia arentes liquere coroUas,
Qurc passim calathis strata natare vides,
Sic nobis, qui nunc magnum speramus amantes, Forsitan includet crastica fata dies.
II, to, 49-54.
De telles comparaisons ne sont pas les seuls passages où se montre la grâce du poète: elle s'épanouit dans des élégies entières, telles que la 2" du livre I sur le portrait de Cynthie, la 29»' du livre II qui le représente prisonnier d'une troupe de petits amours, la 10" du livre IV sur l'anniversaire de sa maîtresse, et surtout la 3« du livre I où nous le voyons près d'elle veillant, la nuit, avec une amoureuse sollicitude sur son sommeil.
Cette dernière est un petit chef-d'œuvre et qui nous[témoigne en même temps non seulement combien sont sincères et passionnées ses émotions, mais aussi avec quel talent délicat et quelle vérité de couleur il procède à ses descriptions. J'ai déjù insisté d'ailleurs, avant même de lesanaly-
LIVKE QUATRIÈME. Cil. III, 7. 6J3
ser, sur la variété des sujets, des tableaux pittoresques, des scènes dramatiques qu'il fait successivement passer sous nos yeux. 11 y a dans tout cela du mouvement et beaucoup de vie réelle ; ses idées sont loin d'être toujours obscures; son art n*est pas toujours pédantesque; et là où ses défauts, malheureusement trop fréquents, disparaissent, ses qualités se produisent on pleine lumière, plus puissantes même que celles des autres élégiaques.
Aussi ne suis-jo nullement surpris qu'il ait eu chez les Romains et qu'il ait encore chez nous, bien que son obscurité soit certainement plus sensible pour nous qu'elle ne l'était pour eux, des admirateurs disposés à lui donner la préférence sur TibuUe, qui, plus simple, plus constamment tendre et plus pénétrant, n'a ni la même ampleur, ni la même variété, ni la même imagination colorée. Mais je laisse à d'autres le soin de discuter sur des préséances dont chacun a le droit de j uger selon ses propres sentiments littéraires. J'ai montré suflisamment, je crois, ce qu'ils étaient tous les deux, dignes assurément d'être comptés au nombre des poètes les plus importants de Rome, et je passe à l'étude d'Ovide, leur émule dans le genre élégiaque, mais dont les œuvres, beaucoup plus considérables en étendue, restent, comme vous allez vous en rendre compte, malgré tout son esprit et sa grande facilité, inférieures aux leurs et par le sentiment et par la pensée.