IX
Il est certain tempérament
Que le maître de la nature
Veut que Ton garde en tout...
mais cette parole prononcée incidemment n'a donné lieu à aucune discussion dans le dialogue, et d'autre part» dans le développement de la première pensée, il ne s'est pas agi non plus, au sujet du mécontentement général, de jalousie produite par la comparaison des fortunes acquises, puisqu'il y était avancé que, dans le cas où Jupiter aurait échangé les situations, chacun aurait voulu reprendre la sienne propre. C'est pourtant sur ce point que s*établit la conclusion générale et le seul motif» en déflnitive, qu'elle donne du malheur presque universel des hommes est l'opiniâtreté qu'ils mettent à vouloir se surpasser les uns les autres en richesses; voilà pourquoi, affirme-t-elle, il est rare d'en trouver un qui dise avoir vécu heureux et qui, au terme de l'existence, s'en aille satisfait comme s'en va d'un banquet un convive rassasié.
Inde Gt, ut raro, qui se vixisse beatum Dicat, et, exacte contentus tempore. vita Cedat, uti conviva satur, reperire queamus.
▼. li7.H9.
Le fond philosophique du morceau ne perd rien d'ailr leurs aux défectuosités, souvent plus apparentes que réelles, du raisonnement. De ce que des réflexions et des déductions se succèdent sans lien visible» il ne s'ensuit pas nécessairement qu'elles manquent d'ordre et de liaison naturelle; il n'en résulte pas surtout qu'elles soient contraires aux principes que doit exposer l'enseignement de la vérité. Horace ici emprunte ses leçons aux diverses écoles de philosophes qui faisaient profession de guider l'homme dans la recherche du bonheur. Imite-t-il Bion le B0179thénite; se sert-il, comme le croit R. Heinze'» en procédant par contamination, de deux traités intitulés/ Fnn Les Plaintes sur la liesdHée^ lUsl 'jLvrlvjcz'.zix^, Tautre L'Amour de Vargeni, IIspl v'.Xc-Às;^T-a^? C'est possible. Toujours est-il que la règle par laquelle il conclut son dialogue avec
(i) /)e Horatio Bioni^ imitatos-e. 188V, pp. lît-±».
l'avare se rattache à une théorie d'Aristote * et que toute cette discussion, fortement empreinte d'épicurisme, contient beaucoup d'imitations de détail de Lucrèce. Ainsi, l'exprèssïondeceptacupidine falso qui, au vers 61, rend l'action décevante des désirs factices, répond tout à fait au xevY) exi6u[i.{a des épicuriens ; et au vers 59, l'affirmation de la sagesse qu'aurait l'homme à mesurer ses désirs à ses besoins, qui lantuli egel^quanlo est opus,est la répétition de cette sentence exprimée par Lucrèce : « Ah ! si la; saine raison dirigeait seule la vie de l'homme, pour lui le vrai trésor serait le contentement de peu : peu de désirs, point d'indigence ».
Quod si quis vera vitam ratiooe gubernet, Diviliae grandes homini sunt, ?ivere parce i£quo aoimo : neque enimest unquain penuria parvi.
DeNat. rer., IV, v. 1116-1118.
11 n'est pas jusqu'au dernier vers de la conclusion générale qui ne rappelle une image employée par l'auteur du De natura rerum, lorsqu'il avait dit :
Gur non ut plenus vitae conviva recedis ? ' De Nat. rer.^ ill, v. 951.
Mais soit que cette science philosophique, si familière et si intelligible que vous la jugiez sous la forme dont il la revêt, lui paraisse trop sérieuse, soit qu'il la trouve trop calme au gré de son tempérament, il l'agrémente et Tanime de plaisanteries et d'allusions aux circonstances présentes. Il confirme ses leçons morales par des exemples indivi-
(i) La théorie diaprés laqueUe la vertu est le milieu entre les deux extrêmes est aristotélique. Cf. Eth. Nie, 2, 6 ; M8J(Îtt,ç ôûo xxxtoîv, rf,; jjièv -xad'uTxppoXy^v, Tf,ç 6f xoct' à'^Xti^'tv.
(2) La Fontaine s'appropriera la même image dans ces vers {Fables^