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CHAPITRE IV

Les ëpodes.

I. Ce qai inspira à Horace la pensée d*écrire ses Épodes; comineiil IV portement natarel et les diverses qualités d'Archiloqae cooTenaient à m propre nature ; avec quelle originalité il imita le poète grec ; gloire qall s'en attribua. — II. Ordre symétrique qu'entraiiA dans le elnssemént def Èpodes leur versification. Métrés employés. Variété des sentimeots exprimés. — III. Analyse et appréciation particulière de chaeime des dix-scpi pièces du recueil. Remarque générale sur le ton de ces eompotltioiis.

Dans le même temps que les Satires, Horace, avonsnous vu S composâmes pièces qui formèrent le recueil connu sous le nom de livre des Épodes*. Lui-même nous

(i) Page 80.

(2) Ce nom a produit une erreur singulière, puisqu'on a Toula qaelqoeftiis y voir une preuve de la publication posthume de ces pUees « à la suite des Od€8 •. Il n'est donc pas inutile d'en fixer la signlfleation. Les grammairiens grecs avaient qualifié d'<i;i{>Ô<S;, dans les distiques lyriques, le second des deux vers alternatifs, plus court que l'autre, tel notamment que l'ïambique di mètre, et les grammairiens latins conservaient le même moi avec le même scn^, comme le prouve cette expression du poète didactique Terentianus Siaurus : « Prxmiaso hexametro dulcem subnecUt epo» don. » Or, toutes les pièces du livre d'Horace, sauf la dernière, sa com* posant de distiques dont le second vers est essentiellement épode, le recueil reçut le nom é^Epodon liber, c'est-à-dire • recueil de vers épodea » ; et, par suite, chaque pièce entière séparément fut appelée une épode. Ainsi l'adjectif qui servait à qualifier un vers d'après la place qu'il occupait devint un substantif désignant l'ensemble du morceau où alternait ee Yen.

le dit lorsqu'il se représente emportant à sa maison de campagne les œuvres des auteurs grecs dont la lecture devait le préparer le mieux à son double travail, entre autres Eupolis et Archiloque*. Autant, en effet, avant d'écrire une satire, genre d'ouvrage qu'il comparait volontiers à la comédie S il aimait à relire des comiques comme Eupolis, poète d'un génie presque égal à celui d'Aristophane, d'une imagination ni moins grande ni moins forte, mais plus rude, tout aussi spirituel, mais plus âpre et plus préoccupé du but satirique ^ autant il se plaisait, pour ses épodes, à chercher un modèle dans Archiloque» inventeur, disait-on, d*un grand nombre de rythmes et de systèmes musicaux, qui réellement avait recueilli, com> piété et achevé les inventions de la muse populaire de la Grèce et dont le plus grand titre de gloire était ses ïambes» d'abord écrits sous les deux formes principales du trimètre ïambique et du tétramètre trochaïque, ensuite associés avec d'autres mètres dans des épodes^.

Le rythme ïambique, si naturel à lalangue grecque qu'il arrivait souvent à ceux qui la parlaient de faire des vers ïambiques sans y penser', avait été, sans doute, usité de bonne heure dans les chants qui accompagnaient certaines cérémonies du culte de Déméter. C'est du sanctuaire vraisemblablement qu'Archiloque l'avait tiré, faisant pour lui ce que firent pour l'élégie Callinos et Tyrtée. Son esprit original avait saisi le rapport de cette forme si vive, si familière, si aisée, avec l'intelligence alerte, facilement DDioqueuse et essentiellement libre des Grecs ; déployant alors en tous sens les ressources qu'elle lui présentait, il

(1) Sat,, II, 3, V. 12.

(2) Sat.y I, 4, V. 45 sq.

(3) a. Hist. de la Litt. grecque, par BIM Croiset, !^ éd., t. III, 1899^ pp, 585<-^.

(4) ArchUoqoe était de Paros et vivait dans la première moitié du Tii* tiède. Voir sur ses œuvres diverses, notamment ses ïambes, l'ouvrage cité dans la note précédente^ t. Il, 1898, pp. 177-192.

(5) Fait constaté par Aristote à la fin du ch. iv de sa Poétique.

en avait fixé les traits d'une manière définitive dans des œuvres où, prompt à la vengeance et aux cruels Barcasmes, mais non moins expressif dans ses amours et ses amitiés que dans ses haines, prenant les tons les plus divers depuis parfois l'impudence la plus obscène jusqu'à Télévap tion des plus nobles idées morales, tour à tour véhément et terrible, gracieux et charmant, variant ses procédés à rinâni, il touchait à tout et à tous avec une liberté entière, une abondante imagination, une vivacité et une netteté de phrase merveilleuses.

L'emportement naturel et les diverses qualités d'Archi* loque concordaient trop avec le caractère et les qualités mêmes d'Horace pour que celui-ci ne fût pas porté vers la lecture de ses œuvres et tenté par là de chercher dans le genre de poésie où il avait excellé un moyen de mériter à son tour quelque gloire. Le trait terriblement rapide de riambe, dont s'était armée la colère du poète grec \ ne loi fournissait pas seulement le plaisir de satisfaire l'impétuosité de sa jeunesse ;

Me quoque pectoris Tentavit in dulci juventa

Fervor et in celeres iambos Misit furentem... ;

Carm,^ I, i6, v, 22-25.

il sentait aussi qu'en suivant avec méthode une voie quavaient bien entrevue, mais sans y entrer délibérément, Furius Bibaculus, Calvus et Catulle, il s'acquerrait on grand titre poétique et le droit de revendiquer pour loi seul l'honneur d'avoir enrichi lalittérature nationale d'une conquête précieuse. Plus tard, en effet, il n'a pas manqué de s'en glorifier : « C'est moi, a-t-il dit, qui, le premier, ai montré au Latium les ïambes de Paros, fidèle aux nombres

(1) Ep. ad Pis. y V. 79 : •< Archilochum proprio rabics armavit iambo. »

et à la verve d'Archiloque^ non à ses pensées ni à ses^ paroles qui poursuivaient Lycambès *; :»

Parios ego primus iambos Ostendi Lalio, numéros animosque secutus Archilochi, Don res el agentia verba Lycambem. Epist., 1, 19, V. 23-25.

il a pris- Soin d!aillBurs, en parlant ainsi, de bien signi* fier que, s'il avait emprunté à Archiloque sa forme métrique et sa vigueur agressive, il n'en avait pas moinsexprimé dans ses ïambes ses propres sentiments et produit une œuvre absolument personnelle.

Son livre est composé de dix-sept pièces dans le classe-^ ment desquelles on n'aperçoit, ni préoccupation d'ordre chronologique, ni considération de l'analogie des sujets traités : ce n'est même pas, quoique la diversité des mor» ceaux juxtaposés y soit parfois très grande, le souci de la variété qui en a réglé la disposition, c'est évidemment la seule intention de marquer avec symétrie la différence des mètres employés .

Les dix premières pièces sont écrites uniquement en vers ïambiques formant des distiques où le trimètre est toujours suivi du dimètre' :

(1) Archiloque avait demandé à Lycambés la main de sa fille Néobulc et,. se l'ayant va reAiaer, se vengea de cet affront par de si cruelles attaquesqae le père et la fille, si la tradition n'est pas erronée, se pendirent de désespoir.

(â) Kxcepté pour rhexamétre et le pentamètre, dans la dénomination desquels le mot mètre est synonyme de pied, les grammairiens entendent généralement par mètre une réunion de deux pieds ou dipodie : ainsi le trimètre îambique compte six ïambes et le dimètre quatre.

174 LIVRE TROISIÈME. CU. IV, t.

O— U — o — u — u - vj— *

Les variations commencent avec la 11*. Dans celle-ci à l'élément ïambique vient se mêler un élément dactyliqne: le premier des deux vers alternatifs reste [ce qu*il était, un trimètre ïambique ; mais le second est ce qu'on appelle un •élégiambique, vers composé de deux membres : 1« un petit archiloquien ou trimètre dactylique catalectique, c'est-àdire deux dactyles et une syllabe, équivalant pour l'oreille au dernier hémistiche du pentamètre employé par tous les poètes élégiaques ; 2<> un dimètre ïambique ;

Dans la 12* épode, l'élément dactylique reste seul et le dis> tique se compose d'un hexamètre suivi d'un tétramètre assez semblable aux quatre derniers pieds de l'hexamètre :

— uu — uo— uv^» — Ou — WVJ

— \^U — vj<^ — Ou

.La 13' conserve l'hexamètre dactylique et reprend au second vers l'élément ïambique de la 11', mais dans le sens contraire : le dimètre ïambique, devenant le premier hémistiche du vers, précède, au lieu de le suivre, le trimètre dactylique catalectiquc ou petit archiloquien :

(1) Dans le trimètre ïambique, le spondée peat m troaver aux pieds impairs; en fait, sur les 183 trimètres dcs^lix premières épodes, il se nocontre 9i rois au premier pied, 107 fois au 3« et 95 fois aa 5*. Le dactyle ne se rencontre que B fois au premier pied, 2 fois au 3«; l'anapeste, 3 foii au l«r et 3 fuis au 3«; le tribraque, 8 fois au deuxième pied et 4 fois au 9>. — La dernière syllabe est [\i fuis une brève et 71 fois une loogue.

(t) Dans le dimètre, le spondée se rencontre 133 fois aa l*"- pied, 169 Ibis au 3«. Le dactyle se trouve 2 fois et le tribraqae 1 fois au â* pied. — La syllabe Unalc est lil fois une brève et 62 fois une longue.

(3) Le vers èlégiambique est plus long, à la vérité, que le trimètre qui le précède, mais il n'est que la réunion de deux petits vers casentielIemeDl épodes. — Les grammairiens le qualiflent asynartète eommo tout vers où le premier hémistiche présente les caractères d*an vers entier : la dernière syllabe de cet hémistiche est commune et peut former hiatus avee l'hémistiche qui suit.

— uu — uo — '^^'U — u»^ — Ou — * U — isj — U — U— / — uu — uu- *

Les trois suivantes ont encore l'hexamètre comme premier vers des distiques» seulement il n'y a que T'ïambe au second vers: dans la lé"* et la 15% c'est le dimètre ïambique :

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