‹ Histoire de la littérature latine au temps d'AugusteChapitre 7 sur 32 · UU — UU--UVJ — UU-UU · texte numérisé non relu

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^t dans la 16% c'est le irimètre :

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Enfin, la 17% qui n'est pas à proprement parler une épode puisqu'elle ne se compose pas de distiques, ne comprend «que des trimètres ïambiques :

u— u— u— u— u— u— Laissons donc toutes ces épodes dans l'ordre symétrique que leur a valu la versification, et sans chercher pour elles un autre classement, dans lequel l'arbitraire entrerait .nécessairement sur quelque point, voyons-en les sujets, qui sontaussi divers que possible. Car, à l'exemple d'Archi- •loque, qui, dans ses compositions, n'exprimait pas constamment la colère, mais y traduisait souvent d'autres sentiments profonds, la douleur, l'inquiétude, la joie, l'amour, l'enthousiasme patriotique, Horace n'a pas donné aux dix-sept morceaux du recueil indistinctement un seul et même caractère ; comme son modèle, il y a fait dominer la note mordante de la satire cruelle, mais il y fait entendre d'autres notes aussi. Même parmi les pièces qui sont écrites dans un mètre semblable, parmi les dix premières, il a répandu assez de variété pour rendre impossible toute monotonie.

(1) An 9* hexamètre de cette pièce, par exception et à cause d'un nom propre de quatre syllabes, on rencontre le spondée au 5« pied.

(2) Cette disposition des deux hémistiches forme le vers nommé iambé' légiaquey par opposition au vers élégiambique.

176 LIVRE TROISIÈME. CB. lY, 3.

La l'*, une des dernières en date, composée peu avant la guerre contre Antoine, est simplement une sorte d'épitre dédicatoire, adressée à Mécène comme presque tous les morceaux par lesquels s'ouvrent ses autres recueils de poésies. Il y exprime la vive inquiétude que va lui causer l'absence de cet ami si cher, le désir qu'il aurait de l'accompagner, le dévouement qu'il voudrait lui prouver au milieu des dangers, et dit son émotion en termes dont la maladresse touchante en montre toute la sincérité. (Il se compare à l'oiseau qui craint pour ses petits l'attaque des serpents 0- Non pas, ajoute-t-il, qu'il entrerait dans sa pensée d'obtenir d'autres bienfaits que ceux qu'il a reçus déjà; Mécène ne Fa rendu que trop riche; et pourquoi ambitionnerait-il des trésors? Pour les enfouir comme Tavare Chrêmes' ou pour les dissiper comme un jeune débauché? ^ Ce dernier mot est le seul trait satirique du morceau (34 vers) dicté tout entier par Taffection la plus vive et par la plus profonde gratitude.

L'intention de l'épode â est autrement satirique, mais le tour en est charmant et le mordant ne s'en fait sentir que dans la conclusion. Durant soixante-six vers nous y entendons un éloge poétique et délicieux de la vie champêtre, dont se sont inspirés Claudien dans son Vieillard de Vérone, Racan dans son idylle sur la Retraite et Andrieux dans une de ses élégantes poésies. La couleur idyllique y est par* faite. Heureux, y voyons- nous, l'homme qui, loin des affaires et de la ville, laboure le champ paternel avec aes

(1) Comparaison peut-être imitée d'Eschyle, Sept. deo. Thébes, ▼. i78.

(2) Nom d'un avare dépeint dans une pièce de Ménandrc.

propres bœufs (v. 1-8), s'occupe de. ses vignes et de ses troupeaux, récolte son vin, son miel et ses fruits (v. 9-22), peut, l'été, s'étendre sur le gazon à l'ombre de ses grands arbres (v. 23-28), se livrer, dans les saisons suivantes, au plaisir de la chasse (v. 29-36), et qui, oubliant dans cette vie les soucis des honteuses amours, a près de lui une pudique compagne occupée de la maison et des enfants, s'assied à une table frugale soigneusement dressée par elle (v. 37- 60), regarde, pendant son souper, rentrer joyeusement, en même temps que ses bœufs, ses jeunes esclaves dont les essaims enrichissent chaque année sa maison (v. 61-66)! Nous croyons tout le temps que c'est le poète qui, pour nous convaincre du bonheur de la vie champêtre, nous en trace ainsi le joli tableau ; subitement les quatre derniers vers nous détrompent. Celui qui vient de parler n'est autre que l'usurier Alflus, et à peine cet Alfius a-t-il fini d'exprimer son enthousiasme pour la campagne qu'il s'empresse de rester en ville afin d'opérer, le jour des ides, la rentrée de ses fonds et d'en rechercher pour les calendes prochaines un placement nouveau (v. 67-70). Ainsi le but d'Horace était d'arriver à cette épigramme et de nous prouver d'une manière piquante que, quoi qu'il dise, un véritable citadin n'a jamais pour les champs qu'uii engouement passager.

Le nom d'Alâus n'est pas imaginaire : c'était celui d'un homme d'affaires très connu au temps d'Horace et dont Golumellefait mention daos son ouvrage sur ^agriculture^ < Les meilleures dettes, disait cet usurier, deviennent mauvaises dès qu'on les laisse dormir. » Horace, en le montrant attaché à la rentrée de ses fonds, lui conservait donc son caractère et le trait dirigé contre lui devait faire rire les contemporains. Mais ce nom ne venait que pour fournir un exemple sensible d'une vérité générale, et sous l'expression de cette vérité on a parfois supposé une intention maligne à l'égard du poète TibuUe. Non pas que Tibulle pût être mis sur la même ligne qu'un Alâus et encourir le

(1) De re nia^j I, 7.

reproche d'être retenu à Rome par un motif du même genre; mais il ne cessait de célébrer la vie champêtre et malgré le grand amour de la campagne que témoignaientses vers, il ne se décidait pas à renoncer à la ville. De là Topi* nion qu'on a émise > et qu'il serait d'ailleurs difBdle d'appuyer sur quelque preuve solide.

Plusieurs ont même voulu voir* dans ce morceau une parodie du bel éloge que Virgile a fait de la vie champêtre par le fameux passage du deuxième livre des Géorgiques : 0 fortunaios nimium*, etc. Mais, outre que les Géorgiques n'étaient pas publiées à l'époque où vraisemblablement fut composée Tépode, Horace connaissait trop la sincérité de l'enthousiasme de Virgile pour s'en moquer. Nous n'avons le droit, me semble-t-il, que de remarquer combien, en y traitant un fonds d'idées cher à cet excellent ami, il a montré par ses réminiscences la vive impression qu'avait produite sur lui la lecture des Bucoliques : on rencontre ici, à plusieurs réprises, des similitudes dé détail évidentes avec certains passages de diverses églogues^ de

(1) Cf. J. K. AmmauD, pp. 4 et 5, Zur Erkldrung der zweiten Epode des Horas (Progr. de Bruchsal, 1887-88).

(!2) kirchoer, Quspst. Hoiat,, p. 29. — Cf. J. May, p. 8, Der Bntwick' lungsgang des Horax in den J. J, 35-30 o. Chr. (Progr. d'Offeoborg, 1886-87).

(3) Georg., II, 458 sq.

(4) Au V. \t : Prospectât errantes grèges; Cf. Êgl., I, 9 : lllo imu errare bovcs...; Il, t\ : Mille meu* siculis errant in montlbas agaœ. — Aa V. 17 : Mitibus pomis; Cf. Égl.^ I, 80 : Mitia poma. — Au v. 19 : Vi gaudet insitioa decerpens pira: Cf, Égl., lKy50 : Insère, Daphni, piroi : carpcnt... —Aux v. â3-âi : Lihet jacere modo sub antiqua ilice^ modo in tenacigramine. Cf. ÉgL, Vil, 1 : Sub arguta consedcrat ilico Daphnli ; V, 46 : Qualo sopor fessis io gramine. — Au v. 3S : Somnoa quod inoitet leoes. Cf. Egl., 1, 55 : SH>pc levi snmnum suadebit inire susurro. — Au V. 45-46 : Claudensque tectis cratibus lœtum pecus, Ùistenia siccet ubera. Cf. Egl., VU, 15 : domi quœclauderet agnos ; IV, 31 ; disteàt»... ubera; II. ii : Siccant ovis ubcra. — Aux vers 61-64, .Cf.^ Egl.^ VUt 391; I, 75; II, 66. — Sur les rapports littéraires entre Virgile et Horace, voir les notes des éditeurs depuis Bentley; Fraoke, Fast. Horat,, 1839, pp. 83- 84; mais notamment les études spéciales de H. DvLikiot^ • Vir^iliita Und

Virgile et surtout un tour idyllique qui ne peut en être qu'un reflet puisqu'on ne saurait l'expliquer par le tempérament même d'Horace.

L'épode 3 (22 v.) est une composition badine dont j'ai déjà dit un mot dans le chapitre biographique ^ Écrite pour Tamusement de Mécène à propos d'un plat trop assaisonné d'ail, elle présente entre la futilité du sujet et les images tragiques qui y sont évoquées un contraste plaisant. Le poète réserve ce mets pour le châtiment des parricides, en compare les effets au venin de la vipère, aux manipulations de Canidie, qu'il poursuit de ses traits cruels ici comme dans ses Satires, aux plus redoutables poisons de Médée, aux vapeurs empestées de l'Apulie, à la tunique brûlante de Déjanire; et, après avoir pris ainsi, en une matière si mince, le véritable ton passionné de la poésie d'Archiloque, il termine par adresser à Mécène, qui pourrait bien^ en pareil cas, voir sa jeune maîtresse arrêter de la main ses baisers, une menace dont les quatre vers forment un charmant petit tableau.

La pièce 4 f20 v.) est une de celles où l'ïambe se montre le plus mordant. Fut-elle dirigée, comme l'a pensé Orelli sur la foi d'un scoliaste anonyme, contre un certain Védius Rufus ? Nous ne devons guère le croire. 11 y a plus de présomption qu'elle le fut contre Sextus Menas, affranchi du grand Pompée» lequel, après avoir trahi la confiance du fils de son bienfaiteur en livrant à Octave une flotte dont Sextus lui avait donné le commandement, s'était vu récompenser de cette trahison par le titre de chevalier, le grade de tribun militaire, de grandes richesses, et en tirait insolemment vanité. Du moins est-ce ce personnage qu'ont désigné Acron et Porphyrion d'après ceux qui, presque

Horatius, N. Jahrb. f. Phil. u. Pied., t. 99, 180;), pp. 313-330; de MarliD Herti, A/iattfcta, I, 1876. Voir aussi J. J. ilartmaun, Ue Horatio poeta, 1891, paasim; etCarUkuU, Et. sur les Sat., 1899, pp. 2i-2i3. (1) l>age39.

immédiatement après la publication des œuvres d*Horaoe, écrivirent de personis Horatianis^, Mais les vers ne citent aucun nom : seulement ils dépeignent l'individu par son origine, ses titres, sa riche propriété de Falerne, son impudent étalage sur la voie sacrée, sur la voie Appia comme au théâtre, et de telle façon que, malgré le grand nombre d'aventuriers de basse extraction qui, dans les guerres civiles, étaient arrivés scandaleusement aux honneurs, les contemporains ne pouvaient s'y tromper, c Jamais, dit on commentateur', le fouet sanglant de la satire n'a déchiré plus impitoyablement un scélérat' ». *

L'épode 5, avec la même énergie, présente le récit dramatique d'une scène de sorcellerie dont le principal personnage est Canidie sous des traits de magicienne d'une cruauté révoltante.^ Ce nom de Canidie, qui revient si souvent^ sous la plume d'Horace, d'après un témoignage des scoliastes qui ne nous semble pas devoir être suspecté, dissimule à peine celui deGratidie^ Napolitaine qui, exerçant à Rome la profession de parfumeuse, y était mêlée à la société galante où ses pratiques magiques lui avaient donné la réputation de sorcière et d'empoisonneuse. La croyance à la sorcellerie était alors très répandue, surtout dans ce monde de la galanterie où les philtres amoureux avaient du succès, et le silence d'Horace sur un pareil sujet nous eût paru bien étonnant : nous le lui avons vu traiter d'une manière comique dans le récit de Taventufe du dieu Priapo au jardin de l'Esquilin ; ici, il le traite tragiquement. Mais pourquoi, parmi les sorcières que Rome

(1) Quoi qu'en dise Kiessling^ De Horat. carm. inacriptionibus (lod. lect. Gryph., i876, S. Aes.), p. i, on doit attribuer une grande importance à cette source primitive.

(2) Vaoderbourg, Od. d'Hor,, t. Il, p. 443.

(3) Voir Appendice, GcxLviii.

{i) Sat, I, 8, V. 23 sq. ; II, 1, v, 48, et 8, v. 94 sq. ; Bpod.; lU, v: ft- (5) L'intention satirique est manifeste dans l'altération' da nom où le mot grata (gracieuse) se change en cana (grisonnante).

comptait en grand nombre, mettait-il toujours en ayant Ganidie plutôt qu'une autre? Dans cette société interlope qu'il avait fréquentée tout d'abord, Tavait-il intimement connue? Aurait-elle dédaigné ou trahi une de ces passions, éphémères auxquelles alors il ne se livrait que trop? Plusieurs commentateurs l'ont supposé. Notons cependant qu'un pareil soupçon ne ressort légitimement d'aucun des passages où il l'a poursuivie; rien ne prouve que ses invectives contre elle aient eu pour motif une vengeance personnelles et nous pouvons penser qu'en la cinglant plus que les autres, il s'en prenait à celle qui, par ses relations» se trouvait le plus en vue. Ce serait, en somme, la sorcellerie en général plus encore que Canidie elle-même qu'il aurait attaquée en ce virulent morceau.

La sorcière nous est représentée voulant ramener à elle Tamour d'un riche et vieux débauché du nom de Varus. Elle lui a versé déjà les sucs puissants qui doivent lui faire oublier toutes ses rivales ; mais elle a besoin maintenant de composer un breuvage amoureux qui le porte avec ardeur vers elle : il lui faut pour cela la moelle et le foie desséchés d'un jeune garçon qui sera mort de faim dans une situation atroce, enseveli jusqu'au menton et les yeux fixés sur une nourriture à laquelle il n'aura pu toucher. Un enfant de riche famille, portant prétexte bordée de pourpre, vient donc d'être enlevé par elle à ses parents, et elle se fait aider dans son acte de criminelle magie par plusieurs acolytes.

Le morceau commence par les plaintes du jeune prisonnier. Il s'étonne des regards farouches qui s'attachent sur lui, des agissements étranges décolles qui le détiennent, et les supplie au nom de Jupiter d'y mettre fin (v. 1-lOJ. Mais Ganidie, les cheveux en désordre^ procède à une préparation magique sur un feu de Colchide (v. 11-24); auprès d'elle agissent et la hideuse Sagana, et l'implacable Veïa

ii) Cf. Th. Oesterlen, Komik und Humor hei Horcut, l«t« Heft 1885, p. 1Î3.

qui, en haletant, creuse la fosse, et rinfâme Folia d*Ariminum dont les chants thessaliens ont le pouvoir d'arracher la lune du ciel (v. 25-46). Les préparatifs terminés, elle prononce son évocation : elle voit Varus délivré de Teffet de ses premiers breuvages par une puissance supérieure à la^sicnne, et cette vue la confirme dans la volonté de préparer le philtre qui doit la faire triompher du dédain de son amant (v. 47-82). Dès lors, la victime, perdant tout espoir, exhale des vœux dignes de Thyestc, souhaite que les exécrables sorcières deviennent le jouet des furies, qu'elles soient lapidées par la foule, laissées sans sépol* ture en proie aux loups et aux vautours, afin que soient vengés les malheureux parents auxquels il a été dérobé (V. 83-102).

Naturellement on a cherché des rapprochements entre cette pièce et le chant par lequel Alphésibée, dans Téglogue YIII de Virgile*, décrit aussi une opération magique à laquelle se livre une femme pour ramener celui qu'elle aime. Il est vrai que, si certaines pratiques mentionnées dans Tune se retrouvent dans l'autre, cette similitude partielle ne prouve rien, quant à la question d'imitation, puisque les moyens employés par la magie ne variaient guère ; mais on croit reconnaître dans plusieurs expressions d'Horace des réminiscences réelles de la lecture dés Bucoliques^; ces quelques emprunts, sans être visibles au point qu'on puisse les affirmer avec certitude, paraissent vraisemblables. Quoi qu'il en soit, les deux tableaux sont

(1) Voir le volume précédent, p. 309.

(2) Aux vers 21 et 61 : Herbasque^ quas lolcas.,, dira harharwVe^ nena Medeœ, Cf. Egl., v. 95 : lias herbas atque hnc Ponto mihi lecta veneaa. — Au v. iô : Lunamque aelo deripit^ Cf. Egl., v. 69 : Carmiiis vel ctelo possunt dcducere lunam. — Au v. 75 : Ad me reçûmes^ Cf. BgL, v, 68 : Ducitc ab urbe domum. — Aux vers 75-76, Cf. Bgl.j v. G^r^l^ deux côtés est exprimée la même volonté d*cgarer la raison de l'amanl. — Aux V. 81-8^ : Amore sic meo Jlagres uti Bitumen atria ignibus^ Cf. Egl.^ V. 82-83 : inccnde bitume laurus; Daphnls me malas urit, ego liane in Daphnide laurum.

UVRE TROISIÈME. CH. lY, 8. 188

bien différents : d'un côté, c'est une incantation anodine, qui consiste en une série d'agissements inoffensifs se terminant chacun par la simple expression du vœu formé pour le retour de Daphnis ; l'acte est d'une amante qui n'a à rougir, ni de ce qu'elle fait, ni de ce qu'elle souhaite, et la peinture pittoresque qui nous en est donnée excite la curiosité plus que tout autre sentiment; de l'autre, il s'agit de sorcières impudiques qui, dans l'exercice de leurs pratiques, se livrent à un crime que seule peut enfanter la terrible imagination d'êtres auxquels aucun remords n'est connu ; nous sommes pris de pitié pour la victime, d'horreur pour la coupable, et l'énergie des ïambes nous laisse tout émus sous cette double impression.

La 6* épode (16 vers seulement) est, avec la 14e, une des deux plus courtes du recueil. Elle est dirigée contre un médisant qui sans doute venait d'exercer sa méchanceté contre un ami d'Horace. Acron avance qu'il s'agit d'un poète hargneux du nom de Cassius, sans l'assimiler toutefois à l'orateur Cassius Sévérus qu'indique le scoliaste de Cruquius évidemment à tort, puisque cet orateur, loin de mériter l'épithète de lâche dont Horace stigmatise le détracteur en question, se faisait remarquer, au contraire, par l'audaca des accusations qu'il portait contre les plus puissants. Le morceau, dans sa brièveté, est très mordant, Horace appelle sur lui-même la médisance du méchant, s'il n'est point de ces chiens qui n'aboient avec lâcheté que contre plus faibles qu'eux sans jamais poursuivre le loup ; il lui promet de rudes coups et le sort de Ly cambès et de Bupalos * .

Dans le numéro 7 (20 vers) • le poète adresse une violente apostrophe au peuple romain à un moment où les partis

* (1) L'artiste Bapalo» avait exposé eu public ane caricature du pèéteHip^ ponai,. qui. .s'en veogea comme Afcbiloque s'était vengé de. LycamhèB.

ÇhWmP^^'J^'i^^^^^^:^ et^aQpte i ^eJ^p. 173. » ..['[.: (2) Voir Appendice j ccxlix.

184 LIVRE TROISIÈME. Cn. IV^ 3.

se préparaient de nouveau à en venir aux mains. On retrouve quelque chose du mouvement de ce discours dans le passage si souvent cité de la Jeanne d'Arc de Gasioiir Delavigne :

A qui réserve- 1- on ces apprêts meurlriers? Pour qui...? etc.

€ Pourquoi, s'écrie le poète, armer vos mains criminelles de ces épées ? Pour détruire Garthage ? Pour amener ici les Breton^ chargés de fers ? Non, c'est pour exaucer les vœux des Parthes et vous immoler vous-mêmes. Chose que les bêtes sauvages ne font pas entre elles I (y. 1-12) Qui vous pousse ? Répondez I Ils se taisent. Ah I c*est donc l'expiation du fratricide commis sur Rémus qui se poursuit! 7^

Les deux vers sur les loups et les lions qui n'exercent pas leur cruauté contre leurs semblables :

Neque hic lupis mos, nec fuit leonlbus Unquam, nisi in dispar, feris.

ont été imités et développés par Boileau :

Voit-on les loups brigands

Â-l-on vu quelquefois dans les plaines d'Afrique, Déchirant à l*envi leur propre république, Lions contre lions, parents contre parents, GombaUre follement pour le choix des tyrans?

SaL, Vin, V. 125-134.

L'épode 8 (20 vers) montre un tel cynisme de pensées, une telle crudité de termes que la plupart des traducteurs ont renoncé à la reproduire, et que ceux des commenta-? teurs qui prétendent qu'Horace s'est refusé à éditer son livre allèguent pour une des raisons de sa prétendue abstention l'obscénité de cette pièce ainsi que celle de Té* pode 12. Ce serait assez mal connaître l'esprit d'Horace

que de lui prêter de pareils scrupules ; nous avons vudans^ certains passages des Satires combien peu il reculait devant les excès les plus effrontés de l'hyperbole et l'emploi de la poésie ïambiquo devait à ses yeux l'autoriser ici k prendre moins de ménagements encore que dans ses hexamètres. Adressée à cette vieille coquette, en même tempssavante, ancienne amante d'Amyntas de Gos, dont j'ai dit un mot dans le chapitre biographique \ la pièce est évi* demment une do celles dont parlait Quintilien lorsqu'il disait qu'il y avait dans les œuvres du poète des endroits qu'il ne voudrait pas expliquer*. Horace y entre sans aucune retenue dans l'énumération des flétrissures que l'âge a fait subir à la beauté de cette femme dont les instances lui devenaient sans doute insupportables (v. 1-10) ; il lui conseille de ne chercher, ni dans ses riches parures, ni dans la science dont elle fait parade un moyen de suppléer aux charmes qu'elle n'a pas et qui seuls peuvent exciter les désirs amoureux (v. 11-20)^

Le caractère de Tépode 9 ne rappelle en rien celui de la précédente. Invitation pour Mécène à venir bientôt vider les coupes de vins vieux pour célébrer le combat d'Actium, . elle ressemble à un chant de victoire et, par le lyrisme du ton et du mouvement, a été rapprochée souvent de rode Nunc est bibendum^, composée un an plus tard sur la victoire définitive d'Octave. Il y a toutefois une grande différence entre les deux pièces : dans l'ode, écrite en strophes alcaïques, Horace, tout en invitant ses amis à boire en l'honneur d'un succès si complet témoigne une grande réserve à l'égard des vaincus do la guerre civile, tandis que, dans la composition en vers ïambiques, la satire ne laisse pas que de s'exercer assez vivement contre eux: Un premier cri de joie commence l'épode (v. 1-6);

(1) Page 30.

(2) • Et Horaiium io quibusdam noUm interprctari. » InsLoraty I, 8, 16.

(3) Carm.j 1, 37.

mais ce n'est qu'après avoir rappelé la ruine de Sextus, dont il raille les prétentions à une naissance divine et dont il condamne le crime d'avoir enrôlé des esclaves fugitifs, ce n'est qu'après avoir déploré la honte qu*ont subie des soldats Romains en se soumettant aux ordres des eunuques d'une femme (v. 7-20), qu'il chante le lo triumphe, compare l'exploit du vainqueur à ceux des plus grands triomphateurs, dépeint la défaite de l'ennemi réduit^ à errer à l'aventure sur les mers, et demande au dieu du vin l'oubli de toutes les alarmes ressenties naguère pour Octave (V. 21-38).

L'épode 10 est une invective contre le poète MsBvius. Ce Maevius, au dire des scoliastes, composait de mauvais vers en style suranné et se faisait un plaisir de détracter tous les écrivains de mérite. Virgile et Horace nécessairement avaient encouru sa méchanceté. Le doux et inoffensif Virgile s'était départi un instant, dans une de ses églogues* de son ordinaire bénignité et lui avait décoché ce trait, dont vous devez vous souvenir, qui frappait du même coup Bavius, autre poète qui ne valait pas mieux que lui.

Qui Bavium non odit amet tua carmina, Maevi ;

mais Horace, avec le tempérament agressif de sa jeunesse, ne pouvait se contenter d'une malice de ce genre: ce n'était pas pour des attaques si légères qu'il avait tenu à se munir de l'arme d'Archiloque. Au moment oii son ennemi s'embarquait pour un voyage, il lui lança ses ïambes. - H y souhaite que le vaisseau qui porte l'infect personnage devienne le jouet des vents et des flots (v.1-14), H se réjouit à la pensée de la terreur qu'éprouvera le naufragé, lorsque, malgré les plus lâchés prières,

(1) On De savait pas encore à Home ce ^o'allait. taira Antoine.

(2) Egl, III. V. 90.

•^Qpiter réngloutira (v.15-20). Et il se promet, si -son Cadavre est rejeté sur le rivage pour offrir une largo proie aux oiseaux carnassiers, d'immoler un bouc et une f^rebis sur l'autel des Tempêtes (v. 21-24). — L'expression i-âpasse évidemment le courroux de l'auteur; mais elle ^atbien dans le ton hyperbolique du genre de poésie qu'il emploie .

Dans l'épode 11, la première du recueil, nous Tavons vu, i^ui ne soit pas écrite en trimètres et dimètres ïambiques Èûtemés, Horace entretient Pettius, un ami et probable- Knent un ancien compagnon d'armes, de l'obstacle que ses inclinations amoureuses mettent conistamment à son tra- Tail (v. 1-4). Il rappelle la passion qu'il éprouvait naguère pour Inachia et dépeint les faiblesses dont Pettius a été témoin lorsque souvent, après s'être promis de renoncera la~lutte contre dMndignes rivaux, il se portait comme malgré lui vers la porte qui lui avait été fermée (|v. 5-22). Et il gémit sur les liens dans lesquels actuellement il s& laisse retenir par Lyciscus, malgré les conseils de ^es amis et les plus cruels aéronts auxquels seul un- nouvel amour pourra le soustraire (v. 23-28). La pièce écrite trois ans seulement après ses relations avec Inachia, présenterait, au dire de Scaliger, des défauts qui la rendraient indigne de lui; mais, si on n'y remarqué pas la savante harmonie de ses plus belles compositions, si même, en les cherchant bien, on peut y relever deux ou trois répétitions de mots telles que amore gravi (v. 2) et tontumelix graves (v. 26), libéra Mis (v. 16) et libéra consilia\Y. 26), on n'y sent pas moins, avec une expression poétique pleine de vigueur, à propos d'Inachia, la peinture naturelle et vraie d*une do ses premières et de ses plus sincères passions.

L'épode 12 est celle qui, dans toutes les éditions desti* nées aux classes et dans la plupart des traductipïis, partage entièrement le sort do l'épode 8. Ainsi que celle-ci, elle est adressée à la dame de haut parage, â^e;iniats riche

ot savante, qui se livrait aux dérèglements d*une vieik lesse débauchée et qui, dans le moment même où Horace était encore en relations avec Inachia, Tassiégeait parles séductions de son opulence et de sa science. — Le poète j exprime crûment le dégoût que lui produisent ses obse^ sions amoureuses (v. 1-12); il dit les . reproches qu'elle lui adresse sur son peu d'ardeur en contradiction avec l'enh pressement témoigné k Inachia et sur son ingratitude qui laisse dans Toubli les beaux présents offerts par elle* (v. 13-26) .

L'épode 13, que Walckenaer pense' avoir été composée par Horace à l'occasion de l'anniversaire de sa naissance, Ta été, en tout cas, par un très mauvais temps d'hiver et dans un moment où l'on craignait le renouvellement des guerres civiles. Horace conseille à ses compagnons de ne songer, ni aux intempéries du ciel, ni au reste, ^cwiera mittt loqui 7^ (V . 1-7), et de chercher dans la gaieté du festin un soulagement à toute inquiétude (v* 8-10); il leur rappelle la leçon de l'illustre Centaure à son élève Achille lorsque, en prévision de la mort certaine, il lui recommandait de charmer les chagrins de la vie par le vin et par le. chant

(y. 10-18). — La pièce abonde en réminiscences grecques: le début ressemble à un fragment d'Anacréou', le vers 4 à une pensée de Théognis^ et la leçon mise dans la bouche du Centaure vise sans doute un passage de ce poème. d'Hé^ sipde, intitulé Préceptes de Chiran, que nous no possédons pas, mais dont parle Pausanias ^ ot auquel Pindare fait

(1) voir page 30.

(2) A cause du v. G : « Tu vina Torquato move coDBole pressa mco.'* Cf. Walckenaer, t. I, pp. 476-177.

(3) Kragm. 6, Bgk. : Msi» jxèv 6tj IIojiSt.ïwv "Ercr.xtv, vtftXa? 8'W«? Dzpûvc'.. l'.y. T'iYp'.oi /6'.;x(ûvs; xxTrj'Ou^iv.

(•i) Cf. Théogiiis, U77 : TsOT'i^opûv xpxoÎT.v tu 'jci CTOjisi, ^çpa T*jXa(ppi

l'o'jvsTS X2l xs9xXt,v dTptfxid»; rpo^éptd. ,(7)) raus., IX, 31. . : .

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allusion dans une de ses Pythiques^.Nous retrouverons d'ailleurs le fond des idées dans TOde à L. Munatius Plancus Laudabunt alii, dans TOde à Thaliarque Vides ui alla et bien d'autres fois encore; car sans cesse le poète exhorte ses amis etThomme en général à ne point troubler par les soucis du présent et les craintes de l'avenir le peu de jours que les dieux leur réservent.

Je n'ai rien à ajouter à ce que j'ai dit ailleurs* du numéro 14, petite pièce (16 vers seulement) dans laquelle il s'excuse auprès de Mécène du retard apporté à Tachèvement et à la publication du recueil. J'en ai expliqué le sujet en montrant combien ont tort de s'appuyer sur ce morceau ceux qui prétendent que le livre des Épodes n'a pu être publié par lui.

■ L'épode 15, une des premières en date, a été écrite dans le temps où Neaera, après les plus beaux serments d'amour faits au poète, les oubliait dans les bras d'un plus riche que lui. Il rappelle à. la parjure ses promesses sacrées (v.J-10);;il la;nenace de prendre une résolution virile en cherchant ailleurs une passion vengeresse qui l'empêchera à jamais de revenir à elle (v.> 11-16); puis, se tournant vers son rival. heureux,i il lui prédit le sort qui l'attend, quelque, riche, quelque beau qu'il puisse être :€ Toi aussi, lui dit-il, tu pleureras son inconstance, et moi,>à mon tou^, je rirai > (v-. 17-24), Bien qu'il faille peut-être voir a^u vers 12 un jeu de mots malheureux sur son nom de Flac- CBS^ le morceau l'emporte sur n'importe quelle autre de ses odes erotiques par la délicatesse des sentiments ; sans la mesure spéciale du vers, on croirait presque entendre

(1) Pyth., VI. u

(2) Page 83. ;

(3) I Si quid in Flacco vlri est.», ea donnaDt au mol Flaccua le sens de Jlaccidua, — Cf. page 7.

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une élégie de Tibulle, chez qui du reste on trouve à plusieurs reprises Texpressiou des mêmes idées, notamment celle de la dernière *. Au surplus, il semble bien qu'il y a dans toute la première partie, Nox erat et cxhful^ëbai Inm sereno^ etc., comme un souvenir de cette naïve et Jolie épigramme de Méléagre, avec interversion du rôle des deux amants :

a Nuil sacrée, et toi, Lampe, nous n'en avons pas pris d'autres à témoin dans nos serments, mais à vous seules nous jurâmes Fun et Tautre, lui de m*airoer toujours, moi de ne le quitter jamais. Noua l'avons juré, et vous avez reçu la. double promesse; et maintenant U dit, lui, que nos serments ont été écrits sur Tonde, et toi. Lampe, tu le vois dans les bras des autres. » '

Écrite de très bonne heure aussi, probablement au milieu des horreurs de la guerre de Pérouse, Tépode 16 offre une image du désarroi dans lequel se trouvaient jetés alors certains esprits, même des meilleurs. Des citoyens découragés, en no voyant plus autour d'eux que trahisons et crimes, ne savaient quelle décision prendre, et plusieurs rêvaient de quitter Rome définitivement, pour aller chercher, à l'extrémité du monde connu, dans les Iles Fortunées, des conditions de vie qu'ils s'imaginaient volontiers devoir être aussi heureuses que celles de Tâge d'or. Ne disait on pas que Sertorius avait formé, lui aussi, au temps de Sylla, le projet d'aller vivre en paix, loin de toute tyrannie et de toute guerre civile, dans ces îles que des inarins, venus des côtes occidentales de la Lybie, lai avaient dépeintes comme des terres où tout venait sans culture chez un peuple exempt de peines et de travaux'?

0) At tu qui I»?tus rides, mala nostra, caveto

Mox tibi : non unus sœviet usque deus. Tibul., Eleg.y I, 4, v. 88-89.

At lu, qui potior nunc es, mea fata Umeto. Tibul., Eleg., I, 5, v. 69.

{t) Anthol grecq., trad. de F. Dehéque, 1863, t. 1. p. 19. (3) Plut., Vie de Sertoriua, î). - .

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Pour Horace, qui, depuis Philippes, avait pris la résolution de ne plus participer à aucuûe lutte et qui ne pouvait en» core voir dans Octave aucun changement de conduite^ ce rêve offrait une matière bien propre à exercer son imagi-^ nation poétique en même temps qu'il lui permettait de s'élever Contre les discordes qui entraînaient Rome à sa ruine : il s'en saisit, et, dans une composition, à laquelle le mélange de l'hexamètre et de l'ïambe donne l'harmonieusemajesté qui convient à la sévérité du sujet, il le traita, complètement. Trop complètement, oserai-je dire; car, malgré le soin apporté à la versification, le morceau, si brillant qu'il soit, ne produit pas toute Timpressioa qu*il devait en attendre, l'amplification s'y fait un peu sentir.

Le commencement, bien présenté, est un gémissement sur le sort de Rome qui, victorieuse d'une longue série de redoutables ennemis, s'en va périr parla faute d'une génération impie et maudite dont les crimes feront bientôt que sur les ruines de la ville on verra la main insolente d'un barbare jeter aux vents les os de Quirinus (v. 1-14). Que faire, si ce n'est ce qu'ont fait les Phocéens, et partir en s'engageant par les serments les plus solennels à ne plus revenir jamais dans une terre à ce point abandonnée des dieux (v. 15-38). Les hommes de courage, en gagnant les régions inconnues de l'Océan, y trouveront les Iles Fortunées, séjour sans pareil, que n'ont visité, ni les Argonautes, ni Médée, ni les matelots de Sidon, ni les compagnons^ d'Ulysse, et que Jupiter, quand se termina 1 âge d'or, a réservé aux sages qui, sur la foi du poète, sauront échapper aux rigueurs d'un siècle de fer (v. 39-66). La peinture de ce pays imaginaire lui fournit des développements hyper-^ boliques dont l'ensemble est bien inférieur, croyons-nous, à la description que Virgile, dans sa- IV* Églogue, fait du retour de l'âge d'or.

Les deux morceaux devaient nécessairement être rapprochés et on y a trouvé un certain nombre de traits sem-

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blablcsi; résultat inévitable d'une comparaison portant «ur deux récits de légendes similaires. Mais les savants ne sont pas d'accord sur la question de savoir lequel des deox a précédé l'autre. L'églogue a été composée certainement dans la seconde moitié de l'an 40 \ et, d'après Topinion générale, que partagent Hirschfelder^, J. J. Hartmann^ etKiessiing-Heinze'^, l'épode serait de la même année, antérieure à l'églogue sans doute de quelques mois. Au contraire. Th. Plûss* met l'épode en 31-30, et M. A. Cartault% s'appuyantsur les vers 11-12 qui menacent les Romains d'une arrivée prochaine des barbares, la place vers Tan 32, an moment de la campagne d'Actium, parce que, dit-il, en ce temps-là, on redoutait une invasion des peuplades des bords du Danube. Les vers 11-12 cependant ne contiennent -pas une allusion à la situation de cette époque, et Je préfère la première opinion : il me semble que, si la composition d'Horace avait suivi de huit ans celle de Virgile, il y aurait .serré davantage le dénouement final et n'aurait pas risqué de se montrer inférieur à son modèle; le ton quelque peu déclamatoire qu'il y prend dénote aussi qu'il Fa plutôt écrite dans les débuts de sa carrière poétique; enfin ses -sentiments à l'égard d'Octave et son intimité avec Mécène

(1) Aux V. -43 sq. : Reddit ubi Cererem teUus inarata quotanrUa Et imputntajîoret wsque oinea;CÎ. Egl.yW. 40 sq.: Non rastro patieturhamas, uoii vinea faleem, Robuslus quoque jam tauris juga solvet arator.— Au t. 47 : Mèlta caoa manant ex ilice... Cf. EgL^ v. 30 : Ei dune quercus sndatiuiit roscida mella — Aux v. 49 sq. : Illic injussas oeniunt ad mulctra capellœ Re/ertque tenta gréa amicus ubera; Nec oespertinus circumgemit ursus ooile^ Neque intumescit alla oiperis humus. Cf. Egl.^ V. 21 sq. : Ips^e lacté domuiu réfèrent disteuta capeUœ Ubera nec magioi metucnt armenta leunes... Occidet et serpens.-

(2) Voir le tom. précédent, page 218.

] (3) Orelli-Hirschfelder, p. 688. •

(i) De Horatio poeta, 1891, p. 77 sq.

(5) \d. Kiessiing, l« éd., rcv. par Rich. Heinzc, tir. de 1901, p. 452.

(6) Die sechiehnte Ep. des Horat., N. Jahrb. f. PhU.' u.' Paed., 1897, t. 155, pp. 73-82.

(7) Et. sur les Sat. d'Hor., 1899, p. 27.

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au moment de la campagne d'Actium ne lui auraient point permis d*émettre alors sur la fuite de Rome une opinion qui ne se comprend bien sous sa plume qu'à la date de la guerre de Pérouse.

La dernière pièce n® 17 formée uniquement, avons-nous dit, de trimètres ïambiques et, pour ce motif, mise en dehors des épodes par beaucoup de commentateurs, sans être rangée néanmoins par eux dans les recueils des odes, doit, malgré sa forme, être considérée réellement comme celle qui, dans la pensée d'Horace, concluait son livre. Ck)mposée la dernière de toutes, elle semble, ainsi que la préface du Livre II des satires qui, elle aussi, fut écrite la dernière des pièces du même genre, annoncer l'intention du poète d'abandonner à la poésie satirique qu'il vient de cultiver : elle a l'aspect d'une véritable palinodie. Mais de cette apparence même elle sort extrêmement caustique. Horace la dirige contre Ganidie et la sorcellerie, et jamais, bien que son recueil contienne, sans contredit, des compositions d^une plus grande valeur littéraire, l'ironie ne fut maniée par lui avec une vivacité plus soutenue qu'en cette occasion .

Le morceau se compose de deux parties bien distinctes. Dans la première, il s'adresse à Ganidie ; il feint de reconnaître son grand pouvoir de magicienne et il la supplie de détourner de lui ses saintes conjurations. N'a-t-il pas expié sufQsamment ses offenses envers elle ? Sa jeunesse déjà s'en est allée et ses cheveux ont blanchi sous l'action des parfums de la cruelle. Que veut-elle de plus que l'aveu de son erreur passée et de son repentir? Sera-t-elle plus implacable que Gastor et Pollux, qui, après s'être vengés d'un affront du poète Stésichore en le rendant aveugle, fléchirent devant ses larmes et lui rendirent la vue? Il est prêt à réparer ses torts. Exige-t-elle le sacrifice de cent taureaux ? Veut-elle que sur une lyre menteuse il chante ses louanges? Il dira qu'elle n'a jamais, au milieu de ses maléfices, violé les sépultures et dispersé les cendres des

morts, que soq cœur est bon, que ses maios sont pures, et qu'elle est bieu la mère* de Partumeius. (v. 1-52). La seconde partie est une réponse supposée de Ganidie, réponse d'autant plus piquante que, par le rejet hautain des prières qui lui sont adressées, la magicienne fait montre du pouvoir qu'elle possède et des pratiques dont elle est accusée. Elle se promet de faire durer longtemps la persécution que doit attendre d'elle jusqu'à la mort celui qui n*a pas craint de livrer à la risée publique les rites sacrés du culte mystérieux qu'elle professe (v.5Ml).

Ainsi finit le livre des épodes qui, sous la forme lyrique et sans aucun enseignement didactique de la morale, ne sont, en somme, que des satires. Les attaques personnelle» y sont moins nombreuses que dans les satires proprement dites ; car on n y rencontre guère que trois noms de personnes réellement atteintes * , ceux de l'usurier Alâus, du poète Maîvius et de la parfumeuse Gratidie ; encore celai de cette dernière est-il légèrement caché sous l'appellatioD do Ganidie. Mais cette réserve, loin d'être une preuve de douceur, tient précisément à la violence des invectives lancées contre des gens qui, injuriés de la sorte, eussent été en droit d'invoquer contre l'auteur certaines lois, qoi existaieiït toujours, concernant la diffamation ; lorsque, par exemple, il dépeignait sous les traits les plus odieux un tribun militaire, ancien affranchi, glorieux de récompenses reçues pour des trahisons politiques, lorsqu'il entrait dans les détails les plus obscènes au sujet d'une femme noble, âgée et débauchée, la prudence la plus élé* mentaire lui prescrivait de ne point les désigner nommément. Aussi sommes-nous parfois désagréablement im-

(1) Allusion à certains enfants que Ganidie passait pour avoir dérobés afln de sVn faire un titre de maternité auprès d'amants dont elle reehcrchait les dons et IMiéritage. Cf. Orelliué-Hirschfelder, p. 706.

(â) II y a bien aussi Sagnia, Veia et FoIiad'Ariminium, mais qui ne figurent qu'au second plan dans une scène où Ganidie seule est^ vraiment en «M.

pressionnés tant par la cruauté des outrages que parla crudité des termes. Plus qu'ailleurs encore, il se croyait autorisé, par le genre de poésie qu'il avait imité d'Archiloque, à ne reculer devant aucune hardiesse de pensée ou de langage. Heureusement son modèle, comme nous l'avons dit, lui avait appris que, même en ce genre, on pourrait ne pas se livrer à une colère continue et qu'il y était licite d'exprimer avec vivacité d'autres sentiments que la haine. Nous aimons à l'entendre, soit quMl dise avec émotion l'inquiétude que lui cause le départ prochain de Mécène, soit qu'il rappelle les serments éphémères de Néaera, soit que, sous l'inspiration de l'amour de la patrie, il conjure les Romains de ne plus s'armer les uns contre les autres ^ Alors l'épode prend chez lui un ton qui la rapproche sensiblement de l'ode et nous fait comprendre combien par elle* il fut porté à composer les livres de poésies lyriques dont nous allons nous occuper.

(i) J'ai Juxtaposé à dessein dans VAppendice deux épodcs, des plus courtes, d« tons diflereuts.

(2) Oo retrouvera même des pièces épodiques dans les Odes, Ainsi les odes 7 et 28 du livre premier sont composées comme Tcpode 12 d'hexamètres alternant avec des tétramétres : la seule difTérencc est qu'elles se partagent en -quatrains, tandis qjue le nombre des vers de l'épode 12 n'est pas divisible par quatre. En outre, l'ode 7 du quatrième livre et l'ode -i du premier livre présentent des distiques formés, chez l'une d'un hexamètre et d'un petit archiloquien, chez l'autre d'un grand archiloquicn et d'un ïambique trimétre catalectique, distiques non employés, à la vérité, dans le livre des épodes, mais qui n'en sont pas moins épodiques.

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