‹ Histoire de la littérature latine chrétienneChapitre 10 sur 460 · Contra Rufinum, I, xxx · texte numérisé non relu

Contra Rufinum, I, xxx

Mais d'autre part, dans la pratique, quel vide et quelle puérilité ! Il est impossible d'imaginer un enseignement moins positif que celui que donnaient les rhéteurs. La philosophie, l'histoire, le droit, toutes les sciences alors constituées, n'avaient de prix à leurs yeux qu'en tant qu'elles pouvaient enrichir de belles sentences, d'exemples impressionnants, d'arguments plus ou moins juridiques, leurs éternels développements. Des phrases, toujours des phrases ! Et encore s'ils les eussent tirées de leur cru. Mais le grand art, c'était d'y enchâsser ingénieusement des réminiscences de classiques, hémistiche de Virgile, malice d'Horace, sonorité de Cicéron. Tout cela manquait de virilité et de sérieux.

Et donc, si nous rencontrons chez certains écrivains ecclésiastiques des raisonnements un peu puérils, comme celui où Tertullien, sous prétexte de démontrer que la régénération de l'homme par l'eau n'est chose ni ridicule ni impossible, entonne le panégyrique de l'eau et de ses vertus ' ; ou encore une propension excessive à reprendre et à développer en forme de lieux communs des idées, des arguments déjà utilisés par leurs prédécesseurs ; si notre goût est parfois choqué par une prodigalité de tons criards, de figures de style vingt fois répétées, par un certain manque de mesure, de tact et de discrétion, c'est à la rhétorique qu'il faudra nous en prendre. Et de nous souvenir que cette influence est chez eux partout présente nous évitera parfois certains contresens. Ainsi

Page 1