LA FORMATION DES ÉCRIVAINS CHRETIENS
et selon que les textes paraphrasés y donnaient occasion. — Plus tard l'adolescent était confié au rhéteur, dont l'ambition principale n'allait à rien de moins qu'à le mettre en état de bien parler. Il assouphssait d'abord ses facultés d'ihvention par des exercices écrits : narrations, réfutations, éloges, développements de lieux communs. Ensuite il l'appliquait à la déclamation proprement dite, l'élève débitant ses développements sur un sujet donné, cas de conscience, procès fictif, etc.
Cette méthode était conforme au plan d'études que Quintilien avait tracé dans ses Instifiitiom oratoires et que la pédagogie romaine continuait d'observer fidèlement. Pour ma part, je n'en voudrais point trop médire. Si la première vertu d'un système d'éducation est d'intéresser l'élève, de secouer sa torpeur, de forcer son imagination à une certaine activité, celui-là n'était point si mauvais. Il obligeait le jeune homme à payer de sa personne, à tirer de son esprit, stérile ou fécond, tout ce qu'il en pouvait tirer, sous peine de demeurer gauche et muet sous les regards de ses camarades. Il y avait là des émotions qu'on n'oubliait plus, et le succès était aussi enivrant que l'humiliation paraissait cuisante. Saint Jérôme, à près de soixante ans, raconte qu'il lui arrivait de se revoir en rêve devant le rhéteur, en train de déclamer sa controverse, et que c'était un soulagement profond pour lui, en se réveillant, de se sentir délivré de son angoisse *.