LA FORMATION DES ECRIVAINS CHRETIENS II
Villemain s'iiidignail fort d'un passage de la fameuse lettre de saint Jérôme à Héliodore : a Si [s'opposant à ta vocation] ton père se couche sur le seuil de ta porte pour te retenir, passe par-dessus le corps de ton père. » {Per calcatum perge patrem.) u Férocité religieuse! » s'écriait Villemain *. Pure rhétorique, répondrons-nous. Nous n'avons qu'à nous reporter aux Confroversiœ de Sénèque le rhéteur pour constater qu'il y a chez Jérôme réminiscence d'un trait fort admiré dans l'école. Un père était supposé vouloir retenir à tout prix son fils partant au combat, et le rhéteur Latro lui avait prêté cette objurgation suprême : « Si tu veux sortir, foule aux pieds le corps de ton père " : Ut ad hoslem perven'ias, patrem calca » (1. VIII, i5). Jérôme s'est souvenu de cette sentenfia. — à contretemps, il faut le croire, puisqu'il a scandalisé la postérité.
Ils ont conservé de leur culture première, qui, chez plusieurs, chez saint Cyprien, Arnobe, Lactance, saint Augustin même, fut enfoncée plus avant encore par la profession de rhéteur longtemps exercée, une virtuosité trop satisfaite d'elle-même, qui lasse un peu le lecteur moderne. Ils lui ont dû aussi d'avoir été rendus plus attentifs à la beauté de la forme et à l'affrément littéraire de leurs écrits.