Tableau de l'éloquence chrétienne au IV' siècle, p. Sag
2. On notera que passer outre à la volonté paternelle, quand elle contrarie une véritable vocation, était aussi un des préceptes d'Epictète. Voy. CoLARDEAU, Etudc sur Epictèle, Paris, iqoS, p. 98.
Mais le véritable intérêt qu'ils nous ojBrent ne réside pas uniquement, ni même principalement dans l'ingéniosité de leur technique. Il réside avant tout en ceci, que par le fait même qu'ils ont été chrétiens, ils ont nourri leurs œuvres d'une substance plus virile et plus forte et qui parle davantage à nos âmes.
Pour mesurer ce que le christianisme leur a fait gagner en profondeur, en sincérité, regardez leurs contemporains les plus notoires du côté païen *. Un Fronton, le maître de Marc-Aurèle, qui use sa vie dans la poursuite de beaux développements sur des sujets futiles et dans la cueillette des fleurs de rhétorique ; le premier homme de son temps pour tirer d'un paradoxe tout ce qu'il peut comporter de badinages et de conséquences burlesques gravement déduites ; qui écrit l'éloge de la fumée, de la poussière, de la négligence, envoie à son élève les règles du genre et a la naïveté de se désoler quand il sent que Marc-Aurèlc renonce à de si passionnants exercices et, lui échappant de plus en plus, se tourne vers la philosophie. Un Apulée, esprit plus fin sans doute et tout autrement pénétrant, mais chez qui, même dans les plus beaux passages, même dans ce onzième livre des Métamorphoses où il a rencontré des accents mystiques d'un tour presque chrétien, on sent tant de dilettantisme et de complaisance attendrie pour son