L AFFAIRE DES LAPSI
d'une unité que ses ennemis s'évertuaient à détendre à mesure qu'il en resserrait lui-même les liens ?
Il convient enfin d'ajouter que la théorie de Cyprien sur l'Église et sur le rôle de l'épiscopat est en quelque sorte le point d'aboutissement d'une longue série de faits qui l'avaient préparée d'avance. A travers les crises qui, successivement, faillirent entamer l'Église, crise intellectuelle dans le gnoslicisme, crise morale dans le montanisme, l'épiscopat s'était de plus en plus affirmé comme le gardien de la règle de foi, comme l'interprète autorisé de l'Esprit. 11 était donc naturel que, renchérissant sur saint Irénée et sur TertuUien {je dis le TertuUien du de Praescriptione), Cyprien accentuât cette idée de la prépondérance des évêques, organes uniques de la doctrine et représentants de la tradition vivante dans l'Église.
De telles vues, chez un. homme d'intelligence si haute, de cœur si droit, ne pouvaient que renforcer le zèle de bien faire, l'ambition d'être égal à sa tâche, quelque lourde qu'elle fût. Nous allons voir comment il les a pratiquement appliquées.
Une des premières difficultés qui s'offrirent à Cyprien devenu évêque, ce fut la fameuse aifaire des lapsi\ consécutive à l'édit de l'empereur Decius, qui fut porté à la fin de l'année 2^9 ou au début de 260.
1. Voici les principales pièces du dossier : le traité de Lapsis ; les lettres XV, XVI, xvu, xvm, xix, xxv, xxvii, xxx, xxxm, xxxv, xxxvi, xxxix,