LV, LVI
igS SAINT CYPRIEN
Le texte complet de cet édit ne nous est pas parvenu ; mais nous connaissons assez bien la manière dont il fut appliqué. La mise en œuvre en fut parfaitement réglée, avec une précision administrative. A jour fixe, dans tout l'Empire romain, villes et villages, les habitants durent se présenter devant une commission locale composée de magistrats et de notables '. A l'appel de son nom, chacun s'avançait et se voyait contraint de prouver par un acte, un geste idolâtrique quelconque, qu'il n'avait jamais eu la qualité de chrétien, ou que, s'il l'avait eue, il y renonçait. Les commissaires lui remettaient en échange un certificat, libellas, dûment signé et daté -.
Ces dispositions habiles jetèrent la panique parmi les chrétiens. A Carthage, où la cérémonie eut lieu au Gapitole, on se rua à l'apostasie : « Il y en eut, nous apprend Gyprien ', qui n'attendirent pas d'être appréhendés pour monter au Capitole ni d'être interrogés pour apostasier. Vaincus avant le combat, terrassés avant l'assaut, beaucoup n'ont même pas tenu à se ménager l'excuse de paraître sacrifier par contrainte aux idoles. D'eux mêmes ils couraient au forum, ils se hâtaient spontanément vers la mort, comme si tel eût été de longue date leur vœu, comme s'ils profitaient d'une occasion depuis longtemps souhaitée du fond du cœur. Combien les
I. Cf. (pour Carthage) VEp. xliii, 3 (Hartel, Bga) : «... quioque primores illi qui edicto nuper magistratibus fuerant copulati, ut fidem nostram subruerent. »
a. Voir P. Foucart, Les certificals de sacrifice pendant la persécution de Decius, dans Journal des Savants, 1908, p. 177 et s. ; dom Leclercq, Les certificals de sacrifice païen sous Deceen2S0, dansB. A. L. A.C., t. IV (1916), p. ha et s. ; 188 et s. (Dom Leclercq donne le texte et la traduction de a5 libelli provenant de diverses localités égyptiennes) ; Faulhaber, dan» Z.K.T, 1919, p. 439 et s., 617 et s.