De Lapsis, viii
l'affaire des lapsi 199
magistrats, vu Theure tardive, n'en ont-ils pas remis au lendemain ! Combien les ont suppliés de ne pas différer leur mort M... Et pour mettre le comble à ces crimes, on a vu des enfants présentés, traînés par la main de leurs parents, perdre si jeunes encore la marque divine qu'ils avaient reçue au seuil même de la vie. »
Un certain nombre de fidèles, reculant tout à la fois devant l'héroïsme d'un refus dont l'exil, l'incarcération ou la mort eût été la sanction inévitable, et devant une apostasie formelle, s'avisèrent d'un expédient ingénieux. Grâce à la complaisance intéressée de fonctionnaires subalternes, ils se procurèrent à prix d'argent le libellas, qu'il suffisait d'exhiber pour être désormais tranquille.
De là deux catégories de tombés (lapsi) : les sacrificati et les libellaticl, inégalement coupables sans doute, mais réprouvés les uns et les autres par la conscience de ceux qui n'avaient point failli.
Quelle était l'attitude antérieure des Églises relativement aux fautes de ce genre? La procédure pénitentielle n'était probablement pas la même dans toutes les communautés-. Mais il semble qu'une trentaine d'années avant Cyprien, l'apostasie comptait parmi les fautes auxquelles la plupart des Églises n'accordaient aucune rémission =. Le pécheur devait, sans doute, faire pénitence; mais le pardon était réservé à Dieu, sur la décision duquel l'évêque ne se reconnaissait pas le droit d'anticiper.
Une telle rigueur parut désespérante à ceux qui, durant la persécution, avaient succombé. Avant même
1. Il s'agit, bien entendu, de la mort de i'dme, comme un peu plus haut, a. On peut le conclure de saint Cyprien, Ep. lv, ao-21. 3. Cf. P. DE Labriollb, la Crise montaniste, p. /ia5 et s.
que les sévices officiels eussent cessé, plusieurs se préoccupèrent de se faire réintégrer dans l'Église, dont leur désertion les avait exclus. Quelques zélés se présentèrent de nouveau devant le tribunal en désavouant leur récente faiblesse'. D'autres s'assujettirent à des expiations dont ils pouvaient croire qu'elles dureraient aussi longtemps que leur vie. Mais à la plupart une pareille méthode parut étrangement sévère, et ils cherchèrent, pour rentrer au bercail, quelque autre voie moins rocailleuse.
Dès l'époque de Tertullien, et sans doute auparavant déjà, il était admis que ceux qui avaient souffert pour la foi disposaient d'un certain droit d'intercession au bénéfice des pécheurs. Le pape Calliste avait même, semble-t il, consacré officiellement ce droit, sans que nous sachions au juste comment il en avait fixé les limites. La majorité des lapsi conçut bien vite le projet d'utiliser à son bénéfice les mérites accumulés par l'héroïsme des confesseurs-. Elle y fut encouragée par ce groupe de prêtres qui détestaient Cyprien et qui n'étaient pas fâchés de favoriser en son absence, — car l'évêque, nous l'avons dit, avait quitté Garthage au moment oii l'orage se déchaînait, — des démarches de nature à diminuer son autorités
Quelque digne d'éloges qu'eût été leur fermeté en face du pouvoir romain, les confesseurs n'étaient point tous d'une irréprochable élévation morale. Il y en eut pour se sentir flattés de jouer à l'égard de frères