L AFFAIRE DES LAPSI 20I
moins énergiques le rôle de libérateurs. D'un geste facilement généreux, et sans réclamer aucune garantie de repentir ni de pénitence', ils octroyèrent des billets de réconciliation à qui les sollicitait d'eux. On réussit à se les procurer sous des noms supposés au bénéfice de ses amis. On en fit commerce^ Certains billets furent libellés en ces termes : Communicet ille cum suis^ formule élastique qui, sous prétexte de parenté plus ou moins authentique, permettait à une foule de gens de se faire pardonner en bloc'.
On devine les sentiments qu'éprouva Cyprien, quand il connut d'aussi regrettables abus. Ces initiatives sans règle et sans mesure, cet oubli total des justes prérogatives de l'évêque et des méthodes jusqu'alors en usage pour l'effacement des fautes commises, tout ce désordre dut choquer au plus haut point ses instincts d'administrateur consciencieux. Son rôle était pourtant des plus délicats. Restaurer intégralement l'ancienne discipline, c'était — il ne l'ignorait point — dresser contre lui toute une large part de l'opinion publique, qui trouvait son compte à ces pardons à bon marché. N'y avait-il pas eu, dans certaines villes, des séditions contre l'évêque pour le contraindre à authentiquer ces réconciliations prématurées*? Et devant l'émeute plusieurs avaient cédé.
Cyprien n'hésita pas cependant. Toute défaillance eût été l'abdication des droits dont il se considérait comme revêtu. Il entama la lutte, mais sans coups de force inutiles, sans violences impulsives, en s'inspirant constamment de quelques principes très nets :