‹ Histoire de la littérature latine chrétienneChapitre 116 sur 460 · Ép. XXVII · texte numérisé non relu

Ép. XXVII

202 SAINT GYPRIEN

i" inaugurer personnellement les mesures nécessaires, mais en ayant soin de mettre au courant ses collègues des autres sièges épiscopaux, son clergé, le clergé romain (alors sans évêque), de manière à bien s'assurer à chaque pas qu'il était approuvé et suivi de tous ceux dont il désirait la collaboration morale ; 2" pousser la longanimité aussi loin que possible, mais sans permettre aucun empiétement sur son pouvoir d'évêque. — En cas de rébellion ouverte et persistante, agir énergiquement, trancher dans le vif.

Au surplus, il apercevait parfaitement la complexité du problème qui s'offrait à lui, et il ne se flattait pas de le résoudre à soi seul. Il se rendait compte qu'il serait inhumain d'imposer une perpétuelle expiation à ces « tombés », qui avaient subi la pression de circonstances si difficiles et l'exemple d'un entraînement presque général. Mais, d'autre part, était-il admissible qu'on les exonérât de toute sanction, quand, pour des fautes bien moins graves, d'autres pécheurs devaient parcourir le cycle des épreuves de « l'exomologèse* »? La difficulté ne se posait pas seulement à Carthage, mais dans toutes les Églises sur lesquelles avait passé la tempête : Non paucorum, nec ecclesiae unius, nec iinius p'rovinciae, sed totius orbis haec causa esi^. Seul, un concile général aurait donc qualité pour la régler à titre définitif, une fois la tranquillité revenue*.

Mais, en attendant cette décision autorisée qui assurerait sans doute l'uniformité de la procédure, Gyprien crut de son droit et de son devoir de se prononcer sur les faits qui ne lui semblaient comporter aucune hési-

\. Cf. Ep. XV, 2.

a. Ep. XIX, 3. Cf. XXX, 5.

3. Ep. Lv, 4, etc. Tel était également l'avis du clergé romain : cf. Ep. XXX, 5.

l'affaire des LAPSI 2o3

tation. Et voici, en résumé, quelle fut sa casuistique. A l'égard des lapsi qui réclamaient insolemment la réconciliation comme un dû et paraissaient vouloir l'emporter d'assaut, il se montra hautain, impitoyable. Il leur fît remarquer que, s'ils étaient si pressés, ils avaient un moyen bien simple d'abréger les délais : la lice était encore ouverte, que ne couraient-ils au martyre? Du coup, la souillure de l'apostasie serait abolie ^ Il blâma de même sans aucune hésitation les prêtres qui, se prêtant complaisamment à des exigences inadmissibles, avaient communiqué avec les lapsi avant toute absolution officielle-. Par rapport aux confesseurs, sa situation était plus embarrassante; car il ne pouvait faire abstraction des titres que leur courage leur avait acquis. Il voulut, le cas échéant, témoigner du prix réel qu'il attachait à leur intervention. C'est ainsi qu'il décide que, si un tombé a reçu d'un martyr un billet de réconciliation et qu'il se trouve en danger de mort, il lui sera permis d'obtenir la paix par le ministère d'un prêtre ou, en cas d'urgence, d'un simple diacre sans attendre le verdict de l'évêque^ Mais cette concession reste exceptionnelle. II invite formellement les confesseurs à s'abstenir de délivrer des immunités globales et sommaires. Qu'ils se contentent de désigner nommément dans leurs libelli les pécheurs qu'ils croient dignes d'être absous, et au bénéfice desquels ils veulent exercer leur droit d'intercession. L'évêque, aussitôt la sécurité revenue, soumettra ces requêtes à l'Église assemblée, et, sur son avis, prononcera en connaissance de cause*.

Page 1