De Bapl., VI, xliv, 87; de Unico Bapt. c. Petil., iv
traits, pour autant que ma pauvre mémoire me les fournissait. Voyez-y, non pas un traité en forme, mais des matériaux destinés à ceux qui voudraient en écrire un. Cette brièveté a de grands avantages pour le lecteur. Sans éparpiller son esprit par un trop long exposé, elle fournit à la mémoire des résumés commodes, que celle-ci garde fidèlement. »
Les chapitres s'ouvrent chacun par l'énoncé d'une « thèse » : ainsi au premier livre, la déchéance des Juifs et la vocation des Gentils est démontrée en 24 thèses ; au second livre, la divinité et la mission du Christ se développent en 3o thèses ; au troisième livre (ajouté après coup, car l'introduction n'en annonçait que deux), les devoirs du chrétien dans l'ordre moral et disciplinaire sont détaillés en 120 thèses. Sous chacune de ces thèses se rangent un certain nombre de citations susceptibles de les démontrer. Grâce aux Testimonia, nous connaissons fort bien le texte latin de la Bible, tel qu'on le lisait à Carthage vers le milieu du IIP siècle. Il y avait, dès lors, en Afrique quelque chose qui ressemblait à une Bible « officielle ». Cyprien ne met pas dans ses citations la variété qu'y apportait TertuUien. Il se réfère à un texte presque uniforme. C'est ainsi que sur les 886 versets du nouveau Testament cités dans les Testimonia et dans ses autres ouvrages, il y en a 882 qui se trouveu't répétés deux ou plusieurs fois, avec des variantes insignifiantes.
Les Testimonia furent pour les polémistes du IIP et du lY* siècle l'arsenal où ils vinrent s'approvisionner. Ce recueil de passages significatifs et bien classés mettait à leur disposition des armes appropriées, et l'utilité de si commodes ressources fut vivement sentie.
L'ad Foriunatum de Exhortaiione Martyrii a beaucoup
d'analogie avec les Testimonia. C'est un recueil d'exhortations empruntées à TÉcriture en vue de préparer les milites Christi aux combats qu'ils peuvent avoir à affronter. Cyprien explique son dessein dans une préface où il s'adresse à Fortunatus (peut-être l'évêque de Thuccabori ') : les métaphores « militaires » y abondent, selon l'usage chrétien des premiers siècles. Quelques principes fondamentaux, tels que la vanité des idoles, les menaces divines contre ceux qui leur sacrifient, Jésus-Christ préférable à tout, la haine du monde à l'égard du Christianisme, servent d'amorce à des citations bibliques auxquelles Cyprien mêle ses propres observations. Une belle péroraison sur l'insigne honneur du martyre clôt ce manuel d'héroïsme où passe un souffle belliqueux.
Toute cette « apologétique », on l'a remarqué, tire ses arguments, non pas de démonstrations juridiques, ni de principes philosophiques, ni d' (( aveux » adverses, mais seulement des données de la révélation chrétienne. Un tel exclusivisme devait attirer à Cyprien les critiques de certains de ses successeurs, partisans d'une méthode plus éclectique ^ Il est malaisé de décider si la méthode de Cyprien était mieux adaptée que l'autre à son but de défense et de conquête. En tout cas, elle est bien celle que l'on attend d'un esprit comme le sien, profondément chrétien, assez peu soucieux des disciplines du dehors, et qui ne croit pouvoir mieux faire que de proposer aux autres les raisons qui, dans
I. Ce Fortunatus de Thuccabori est mentionné dans les Sententiae épiscoporum (Hartel, I, /ii4).
a. Lactance, Inst. dia. V, vi, 4. " ■•• Non enim Scripturae testimoniis, quam ille [Demetrianus] utique uanam, fictam, commenticiam putabat sed argamenlis et ratione fuerat refellendus. » Saint Jérôme, Ep. lxx, 3, ad Magnum.
LES TRAITÉS DE SAINT CYPRIEN 2l3
l'œuvre de sa propre conversion, lui ont paru d'une importance décisive'.
Un autre groupe d'écrits de saint Cyprien a un caractère plus proprement <( homélitique ». L'éloquence, comme presque toujours chez les hommes d'action, constituait une des forces de Cyprien. « Telle était sa passion pour la parole, nous apprend Pontius ^ qu'il souhaitait, au jour du martyre espéré, de périr en plein discours, tandis qu'il parlerait de Dieu, n II prêchait souvent, soit à Carthage. soit même en dehors de sa ville épiscopale ^ L'admirable énergie de ses exhortations durant la peste rétablit l'ordre et l'activité charitable dans la communauté chrétienne démoralisée. Quelques traités permettent, quoique imparfaitement, de se rendre compte de ce qu'était le « sermon » pour Cyprien.
Le de Habita Virginum doit appartenir aux débuts de son épiscopat. Cet éloge de la virginité, spécialement destiné aux jeunes filles qui avaient fait au Christ l'oflrande d'elles-mêmes, est formé pour la plus grande part de réminiscences empruntées au de Pudicitia, au de Virglnibus aelandis et au de Cultu Feminnrum de TertuUien. Il leur interdit de se parer, de se peindre le visage, de se teindre les cheveux, d'assister aux repas de noces, si souvent graveleux, de fréquenter les bains publics communs aux deux sexes, en un mot d'affronter la tentation sensuelle ou d'y exposer autrui. Plus nettement que TertuUien, toutefois, il marque que la continence n'est pas un devoir absolu