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LES TRAITÉS DE SAINT CYPRIEN 2l5
de souffler à ces découragés son énergie rénovatrice. Qu'est-ce que la vie, et qu'est-ce que la mort ? L'une est un combat auquel la seconde met fin, en nous apportant, si nous avons triomphé, l'éternelle récompense. De nous affliger à ce point de la mort de nos proches, c'est déceler le peu de vitalité de notre foi. On se plaint que les chrétiens ne soient pas épargnés. La foi est-elle donc une assurance contre le malheur ? Pourquoi le chrétien prétendrait-il rompre à son bénéfice la solidarité qui unit le genre humain tout entier? Le seul privilège qu'il doive revendiquer, c'est celui de la souffrance. Seulement l'idolâtre se désespère ; le chrétien, lui, se retrempe dans l'épreuve. — Le martyre nous échappe, il est vrai, si nous sommes frappés. Remplaçons-le donc par une entière résignation à la volonté divine, dont nous souhaitons quotidiennement qu'elle « soit faite ». Quiconque croit à des lendemains réparateurs doit sécher ses larmes. Regrettons ceux que nous avons perdus, mais ne les pleurons pas. Aspirons plutôt à la céleste patrie, oii nous retrouverons nos proches, rassurés désormais sur leur destinée, mais encore inquiets de la nôtre, qui nous tendent les bras et nous appellent ardemment à venir partager leur félicité.
Dans le de Opère et eleemosynis , il développe cette idée que les œuvres et l'aumône sont pour le chrétien un devoir, et aussi un avantage en tant que principe de sanctification et ferment d'indulgence divine. Il s'appuie sur des exemples ou des déclarations [tirées de l'Ecriture sainte, et il écarte les maximes courantes sur les inconvénients de trop amples largesses. L'idéal dont il invite les fidèles à se rapprocher, c'est le désintéressement de la première communauté chré-
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tienne, où (d'après le récit des Actes des Apôtres) chacun faisait participer ses frères à ce qu'il possédait, ou plutôt ne voulait rien posséder que solidairement avec eux.
Le de Bono patientiae est inspiré du de Patientia de TertuUien ', mais Cyprien adapte ses conseils aux circonstances où il parle et à son vœu constant d'entière u unité ». Contre les philosophes du stoïcisme, il revendique la patience, — c'est-à-dire l'aptitude à supporter ce qui contrarie la nature, — comme une vertu spécifiquement chrétienne, dont Dieu lui-même, le Christ, les Justes ont fixé les traits et fourni le modèle. C'est elle qui préserve le chrétien dans les tentations, dans les épreuves. L'impatience, par contre, a toujours traîné après soi un cortège de maux, depuis la chute originelle jusqu'aux schismes et aux hérésies. Il termine en invitant les chrétiens à ne pas appeler si impatiemment la vengeance d'en-haut sur ceux qui les persécutent, et à attendre avec respect le jour infaillible des sanctions divines.
Ses préoccupations coutumières, sans cesse ravivées par le mauvais vouloir de quelques-uns, sont aisées aussi à apercevoir dans le de Zelo et Liuore {De t'Envie et de la Jalousie). 11 présente ce double défaut comme le piège le plus sournoisement redoutable où le démon s'efforce de faire choir le chrétien.
On peut poser en principe que ces traités sont d'autant plus attachants qu'ils ont plus de rapport avec les. vivantes questions qui s'imposaient à l'esprit de Cyprien. Là où il se contente de développer des idées ou des préceptes généraux à l'aide d'abondantes cita tions bibliques, l'intérêt languit un peu. Il se ranime,