‹ Histoire de la littérature latine chrétienneChapitre 135 sur 460 · LES APOCRYPHES MIS SOUS LE NOM DE CYPRIEN · texte numérisé non relu

LES APOCRYPHES MIS SOUS LE NOM DE CYPRIEN

ginibus tenet, secundum in continentibus, tertium in matrimoniis » (§ iv). Les critiques qui admettent l'attribution du de Spectaculis à Novatien lui imputent également le de Bono Padicitiae\ qui en est tout voisin par la langue, le style et l'utilisation des modèles que l'auteur y suit. Le de Lande Marlyrii et Vadaersus ladaeos ont une condition particulière parmi les apocryphes de saint Cyprien. Ils figurent, en effet, sur la liste de Cheltenham. La raison principale qui empêche de croire que le de Laude Martyrii ait été écrit par Cyprien, c'est la prépondérance d'une rhétorique ambitieuse qui s'étale dès le premier chapitre et ne cadre guère avec la gravité des circonstances où l'opuscule fut écrit, à un moment où la peste sévissait et où une persécution toute récente venait d'éclater (S viii). Cette raison n'a pas paru décisive à Baronius, à Bellarmin, ni àïillemont. Cependant l'étude du traité en accroît la force, pour peu que Ton y compare le sérieux coutumier de l'évêque, quand il sent souffrir son troupeau. Harnack veut le faire endosser à Novatien, bénéficiaire commode des ouvrages sans maître. — Il propose la même solution pour ïaduersus Iiidaeos, une des innombrables homélies des premiers siècles contre les Juifs. En tout cas, l'opuscule n'est pas de Cyprien, car le texte des citations scripturaires diffère de celui que s'était constitué Cyprien. — Le de Pascha Compatus fut écrit, d'après le propre témoignage de l'auteur, dans la cinquième année du règne de Gordien, sous le consulat d'Arrianus et Papus (§ xxii), donc avant Pâques 243. La question de la date

I. Paul Lejay a signalé dans le Bull, des Humanistes franc., IV (iSgB), p. 54, un manuscrit intéressant du de Bono Pud., Bibl. Nat., lai. i658, qu'HARTJEL a dédaigné à tort.

de la fête de Pâques préoccupait beaucoup les Églises chrétiennes, depuis qu'elles s'étaient émancipées des computations juives. Déjà Hîppolyte de Rome s'était livré, vers 222, à des calculs approfondis. L'auteur du de Pascha Computus s'inspire d'Hippolyte, ou d'une source commune. Animé d'un vif enthousiasme pour son aride sujet (cf. § i : xxni), il explique d'abord son système, puis dresse une table pascale, comme Hippolyte lui-même l'avait fait, et peut-être avec l'intention de rectifier celui-ci sur divers points. — Le de Moniibas Sina et Sion ne peut retenir l'attention qu'en tant que « document » pour l'histoire de l'exégèse allégorique et de ses fantaisies. L'auteur commet d'étranges méprises historiques : ne place-t-il pas le Sinaï en Palestine (§ m)? Ne confond il pas le premier temple avec le second (§ iv)? Ne raconte-t-il pas sur la mort du Christ des choses qu'il n'a pu lire ni dans les Synoptiques, ni dans l'Évangile de saint Jean (§ vni)? etc. Le style est pénible, sans art et plein de solécismes grossiers'. — Le de duodecim Abusiais Saeculi appartient à un temps fort éloigné de saint Cyprien, probablement à l'Irlande du VIP siècle. Cette énumération des « abus » du siècle est toute en formules superficielles et en transpositions stylisées de certains procédés de la rhétorique antique. — La Caena Cy priant, a plus digne d'un Turc que d'un chrétien », déclarait Tillemont scandalisé par les inepties et les inconvenances de ce morceau bizarre, est une sorte de résumé mnémotechnique de la Bible, sous la forme d'un « banquet » où apparaissent les personnages bibliques avec les traits et les particularités qui les caractérisent. La seconde partie de l'opuscule

Page 1