‹ Histoire de la littérature latine chrétienneChapitre 142 sur 460 · I. II, xvni · texte numérisé non relu

I. II, xvni

a. Voy. H.-G. Taylor, The Mediaeval Mind, iQili^, II, p. 67-130.

grossier et pour ainsi dire épais (uili satis et crasso ut ita dixerim sensu) qui les a jetés dans la stupeur, et nous dans le désespoir. S'étant mis à l'école de TertulUen, de Lactance et de Papias, il a inculqué à ceux qui l'ont étudié une doctrine parfaitement morale et surtout l'amour de la pauvreté volontaire, qu'il avait lui-même embrassée. »

Une mention de Gommodien apparaît encore dans la décrétale attribuée au pape Gélase (P. L., lix, i63) : « Les écrits de Gommodien sont apocryphes [c'est-àdire non-canoniques]. »

Aucun autre écrivain ancien ne parle de lui. Ses œuvres ne furent imprimées que tardivement. Le Jésuite Jacques Sirmond signala les Instructiones et en cita deux morceaux dans son édition d'Ennodius (1611). Nicolas Rigault les publia pour la première fois, à Toul, en 16/19. Quant au Carmen Apologeticum, il ne ne fut découvert qu'au milieu du XIX" siècle par J.-B. Pitra dans un manuscrit du VHP siècle, de la bibliothèque de Thomas Philipps, à Middlehill. Pitra l'inséra dans son Spicilegium Solesmense, t. I (Paris, 1852), p. 21 et s. Le poème est sans titre et sans nom d'auteur, mais l'identité de certains vers (par ex. Instr. I, xxviii, i = Carm. ApoL 229), l'analogie des idées, du style, de la métrique, permirent à Pitra de l'attribuer avec certitude à Gommodien.

D'intérêt fort modeste en elle-même, l'œuvre de Gommodien a reçu un regain d'actualité des discussions dont la personnalité de l'auteur et la date de l'œuvre ont été l'objet en ces dernières années. Avant de prendre position dans ces débats, il faut indiquer le contenu et l'esprit des Instructiones et du Carmen Apologeticum.

Les InslracUones per lifteras iiersuum primas comprennent 80 pièces, de 6 à 48 vers. Ces pièces sont (( acrostiches », c'est-à-dire que les premières lettres lues verticalement forment un ou plusieurs mots. Il y en a deux (L xxxv ; II, xix) qui sont abécédaires, les premières lettres correspondant à la série des lettres de l'alphabet. La division courante en deux livres {ki pièces + 89) n'est pas très satisfaisante. La coupure serait mieux placée après II, iv, d'après la nature même des sujets. Le titre du recueil s'explique par le vers ï, i, 9 : (( 06 ea perdoctus ignaros instrao uerum n : (( Moi qui sais, j'instruis dans le vrai ceux qui l'ignorent. ) Le premier livre s'adresse spécialement aux infidèles du dehors. Le second livre est plus ésotérique. Commodien y expose ses idées « eschatologiques », puis il distribue des conseils moraux et disciplinaires aux diverses classes de chrétiens : catéchumènes, matrones, confesseurs, ecclésiastiques, etc.. Le Carmen Apologeticiim comprend 1060 vers groupés deux à deux. Il s'ouvre par un avertissement de l'auteur aux païens (1-88) ; vient ensuite un exposé, d'une théologie assez peu exacte, principalement au point de vue trinitaire, sur Dieu, le Christ, la Révélation (89-678) ; une démonstration de la nécessité de la foi pour le salut (679-790) ; enfin un tableau des derniers temps du monde (791-1060). D'une façon générale, le Carmen Apologeticiim paraît supérieur aux Instrucliones, sans doute parce que l'auteur ne s'y est pas assujetti aux contraintes de l'acrostiche. Mais l'esprit qui anime les deux ouvrages est le même.

Commodien n'a rien du spéculatif qui expose ses idées pour le plaisir de les voir se grouper en système et s'appeler l'une l'autre par des affinités naturelles. A ses yeux, comme pour Tertullien et Cyprien, le christianisme est la grande, l'unique affaire. Il s'agit de décourager ses ennemis et de confirmer dans leur foi ceux qui, déjà chrétiens, tendent à oublier les devoirs auxquels cette profession les engage.

Parmi les incrédules, c'est d'abord aux païens qu'il s'en prend. Il ne leur ménage pas les sarcasmes. Le mot stultus est, à leur égard, son épithète de prédilection. Il multiplie les plaisanteries de cette qualité : « Pauvre fou, tu crois donc que Jupiter tonne, lui qui est né sur la terre et fut nourri du lait d'une chèvre ? Et si Saturne l'avait dévoré à cette époque, qui donc aurait plu maintenant, lui mort'? » « Vous osez appeler dieux des statues fondues dans l'airain ? Faites-en donc plutôt des marmites à votre usage *. » Il s'emporte contre les « brutes ignorantes » dont le cœur engourdi est indifférent à la vérité, et qui se complaisent, tels des porcs à l'engrais, dans leurs bestiales jouissances ^ Comment vivre, cependant, si la vie n'est dominée par une loi * ? — Quant aux Juifs, (( éternels méchants, récalcitrants au cou sans souplesse ^ », il leur reproche leur entêtement à éluder les évidences de l'histoire. « Vous ne voulez pas vous laisser convaincre : aussi serez-vous déshérités ". » Il leur consacre, dans le Carmen Apologeticum, un morceau spécial (v. 617-744)011 il stigmatise leur orgueil,

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