SA LANGUE ET SA MÉTRIQUE
Des rêveries apocalyptiques, inspirées de sources juives et judéo-chrétiennes; des injonctions sans complaisance, qui visent aussi bien les chrétiens, trop enclins à éluder la rigueur de la loi du Christ, que les infidèles du dehors : voilà de quoi est faite l'œuvre de Commodien.
Rapportée à l'usage classique, sa langue fourmille d'incorrections. Il brouille les déclinaisons et les conjugaisons; il confond la question ubi et la question quo ; il néglige la syntaxe d'accord et la règle de la concordance des temps. Ses vers « renferment la plus belle collection de barbarismes qu'ait pu rêver le plus mauvais latiniste' ». Pourtant son style n'est pas celui d'un indoctus. Outre l'Écriture sainte, aliment principal de sa pensée, outre les auteurs chrétiens (Tertullien, saint Gyprien), Commodien a au moins effleuré la lecture de certains écrivains profanes, tels que Térence, Lucrèce, Virgile, Horace, peut-être aussi Salluste, Cicéron, Tibulle, Ovide^ Il s'essaie gauchement à divers procédés classiques : allitérations, parallélismes entre les vers, antithèses, accumulations de synonymes. Il atteint quelquefois à des raccourcis assez énergiques dans le tour et l'expression. Mais le sentiment de l'art lui fait défaut : en dépit de quelques traits heureux, l'ensemble reste prosaïque, pesant et maladroit.