‹ Histoire de la littérature latine chrétienneChapitre 152 sur 460 · SA LANGUE ET SA MÉTRIQUE · texte numérisé non relu

SA LANGUE ET SA MÉTRIQUE

Remarquons, au surplus, que les perplexités des spécialistes relativement au système de versification de Commodien' ne pourront être levées que lorsque nous posséderons une édition plus fidèle aux manuscrits que l'édition du Corpus de Vienne. En plus d'un cas, Dombart a retouché le texte pour l'accommoder à la métrique qu'il attribuait à son auteur.

On a parfois supposé chez Commodien une volonté délibérée d'adapter ses moyens d'expression au public peu lettré qu'il aurait visé spécialement^ En soi, l'hypothèse n'aurait rien d'invraisemblable. Saint Augustin ne fit pas autre chose, ainsi qu'il l'explique dans ses Rétractations, quand il écrivit son Psaume abécédaire contre les Donatistes^ Mais le cas de Commodien paraît fort différent. Il ne limite nullement aux illettrés le cercle de ses lecteurs : j'ai signalé l'erreur que l'on commet à ce propos sur le mot rudes. S'il écrit mal, comme beaucoup de ses contemporains, c'est malgré lui et sans y prétendre. Passionné comme il l'est pour ses idées et pour sa foi, il les défendrait certainement avec d'autres armes, si, en dépit de C[uelques bouffées de littérature classique, il n'était resté au fond assez ignorant.

I. Ces perplexités sont extrêmes, et un peu déconcertantes. Boissier et ScHEiFER déclarent que Commodien ne tient aucun compte de la quantité. Haussen affirme que le système de l'accent grammatical ne s'est nullement substitué chez le poète au système de la quantité et qu'avant la césure ainsi qu'à la tin du vers, la quantité des syllabes est observée en une certaine mesure. Vernier soutient que jamais Commodien ne remplace une syllabe brève par une syllabe longue accentuée : ce critique admet au surplus qu'il se soit produit des déplacements d'accent. Meyer va chercher son interprétation jusque dans la poésie des Sémites, lesquels ne tenaient compte que du nombre des syllabes, et dont Commodien aurait uni les principes à ceux du cursus des [irosateurs, etc..

a. Boissier, 11, /jo ; et déjà Gaston Paris, LeUre à Léon Gautier sur la versification latine rythmique, Paris, 1866 (Extraits de la Bibl. de l'Ec. des Chartes, sixième série, t. Il), p. 28.

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