‹ Histoire de la littérature latine chrétienneChapitre 173 sur 460 · IV, m · texte numérisé non relu

IV, m

28o LACTANCE

incluse dans quelques vers de Lucilius, le poète satirique, il montre comment pour les païens la vertu consiste à savoir où est le bien et le mal. Cette définition est beaucoup trop intellectualiste à son gré. A quoi bon savoir où est le bien, où est le mal, si la volonté n'est point assez forte pour nous détourner de l'un et nous porter vers l'autre ? La science est chose extrinsèque à l'âme, la volonté est à l'intime de nous-mêmes, et c'est elle qu'il faut promouvoir. Au surplus, faire le bien implique qu'on le connaît déjà, en sorte que le principe de Lucilius, faux parce qu'incomplet, rentre dans un principe plus juste et plus compréhensif (VI, v).

Ailleurs encore, il discute avec finesse une affirmation du philosophe Carnéade. Carnéade soutenait que l'homme qui veut être intégralement juste ne peut manquer de glisser parfois à d'évidentes sottises, puisqu'il parlera ou agira contre ses intérêts les plus certains. Un honnête homme qui a une maison malsaine et qui, au moment de la vendre, se croit tenu en conscience d'en faire connaître à l'acheteur l'insalubrité ; ou qui, dans un naufrage, voyant un plus faible que lui muni d'une planche, recule devant le parti de s'en emparer, et préfère mourir que de commettre une injustice, cet homme-là ne peut manquer de passer pour un sot. — Démonstration irréfutable au point de vue purement humain, répond Lactance. Elle a causé bien de l'embarras à Cicéron ! Il est évident que si l'on borne tout à la terre, l'égoïsme est la raison même, le sacrifice est folie ou illusion pure. Mais si, au contraire, on a pour première préoccupation de faire son devoir en obéissant à Dieu, alors le sens des mots change, pour ainsi dire. La sagesse, telle que la conçoit Carnéade, n'est plus que ruse et astuce ; la sot-

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