SON SENS DU CHRISTIANISME 2»D
lions chrétiennes qui l'ont précédé. Il accueille même, nous l'avons vu, des croyances déjà presque surannées comme le millénarisme. et il les introduit assez artificiellement dans la trame de son œuvre. Horreur de la guerre, mépris du commerce, défiance de tout ce qui rend la vie terrestre plus suave et plus séduisante, voilà encore des formes de sentiment qui sont des survivances d'un état d'esprit antérieur, celui des premières communautés chrétiennes, ou tout au moins de certains éléments à l'intérieur de ces communautés.
D'autre part, Lactance ne s'isole pourtant pas du milieu où il vit. Nous savons avec quelle décision il a inauguré une méthode nouvelle d'apologétique, plus scientifique et plus accessible à ceux qu'il voulait gagner. Il a dû comprendre le problème moral que posait le changement des temps. Il est d'une époque oii les masses affluent dans l'Église, où l'Église elle-même va sceller avec l'Empire un pacte d'alliance, grâce auquel seront levés tous les obstacles matériels qui paralysaient son essor. Était-il possible de maintenir désormais le royaume de Dieu si haut, au-dessus de tant d'âmes hésitantes et tièdes ? La morale tendue et aspirant aux extrêmes ne devait-elle pas s'assouplir, et, tout en gardant la vertu de la doctrine, préférer les solutions les plus modérées? Son l3on sens lui disait : oui ; mais la sourde influence du rigorisme antique lui suggérait : non ; et quelque chose subsiste dans sa casuistique de ces tendances contradictoires qui se sont disputé sa pensée et qui y ont triomphé tour à tour.
Le de Ira Dei est clairement annoncé dans les [nstitutions divines : « Certains estiment que la colère est absolument étrangère à Dieu, puisque Dieu n'est pas assujetti aux passions, qui sont des bouleversements de l'âme, et que tout être est périssable qui en éprouve l'action et l'ébranlement. Cette thèse ébranle les fondements mêmes de la véritable religion. Mais laissons pour le moment cette question de la colère de Dieu : la matière est trop riche et je la renvoie pour plus ample développement à un ouvrage spécial'. »
Voici dans quels termes se posait le problème, au point de vue philosophique.
Le Dieu de l'Ancien Testament est un Dieu sévère, parfois même cruel, qui aime, hait, s'irrite, se venge : « J'exercerai sur eux de grandes vengeances, les reprenant dans ma fureur ; et ils sauront que je suis le Seigneur lorsque j'aurai exercé ma vengeance sur eux » (EzECH., xxv, 17). — Or Fidée de Dieu qui s'était développée dans les écoles philosophiques grecques impliquait, au contraire, parmi les attributs divins, VànaQeia, l'impassibilité. Sur ce point, elles s'accordaient à peu près toutes. « Num iratum timemus louem ? )) demande Cicéron dans le de Ofjiciis, III, 102, où il vulgarise, comme on sait, la pensée grecque. Et il répond : « Ât hoc quidem commune est omnium philosophorum... nunquam nec irasci Deum nec nocere. »
La conception juive et la conception hellénique