LE DE IRA DEÎ
étaient donc en ojaposition absolue. De là une grosse diflîcultc pour les esprits formés à l'école de la Grèce, et à qui leur foi défendait de rien sacrifier de l'Ancien Testament.
Il est singulier de voir comment ce conflit, alors qu'il prenait pour certains esprits une importance extrême, demeura non avenu, ou peu s'en faut, pour d'autres esprits. Ainsi les apologistes du second siècle, Justin, Aristide, etc., en coquetterie réglée avec la philosophie profane, accueillent la notion de VànaQeia: complaisance qui ne les empêche nullement de faire allusion à l'ôpyj'] 0eoû. Comment ces choses se concilient-elles, ils ne se mettent pas en peine de nous le dire. Pareillement, au début du lY" siècle, chez les latins, Arnobe, nous l'avons vu, insiste avec une telle fougue sur la nécessité absolue de l'impassibilité divine, qu'on est en droit de se demander comment il s'arrange de la Bible, ou même s'il l'a jamais lue. Il en est d'autres aussi (tels Cyprien, Commodien) qui, tout entiers tournés vers la pratique, uniquement soucieux des intérêts de la discipline, brandissent sur le pécheur la menace de la colère divine, sans songer à l'envisager au point de vue philosophique.
Mais pour bon nombre d'écrivains ecclésiastiques, ce problème fut réellement un problème, qu'ils se crurent obligés de discuter et de résoudre. Très frappante est l'influence qu'exerça la philosophie grecque sur la pensée de ceux mêmes qu'on y croirait les plus rétifs. Ainsi Terlullien, dans sa polémique contre Marcion qui s'était plu à souligner les « anthropopathismes » de l'Ancien Testament pour en conclure à la qualité inférieure du Dieu des Juifs. Les traits dont s'offensait Marcion — cette image d'un Dieu courroucé et prompt à la vindicte — étaient justement ceux qui ravissaient
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le plus Tertuliien. Et pourtant les objections de l'hérésiarque l'émeuvent plus qu'il n'en veut convenir. C'est qu'il les sent inspirées par la pensée hellénique, qui l'intimide, quoi qu'il en dise. Aussi, après y avoir opposé divers arguments, — textes scripturaires qui prouvent que Jésus lui-même a été un « Dieu jaloux » * ; enseignements de saint Paul sur le Dieu vengeur et justicier^; folie de prendre à la lettre cette illusion du langage par où nous supposons la nature divine toute pareille à la nature humaine et susceptible des mêmes amoindrissements \ — voilà qu'il y fait la concessioH la plus inattendue : il admet que c'est le Fils, le Fils seul, qui, destiné de toute éternité à prendre contact avec l'humanité, revêtit en quelque manière dès l'origine les sentiments, les passions humaines; que c'est lui qui, dans l'Ancien Testament, sévit, se repent, pardonne, se manifeste aux patriarches : et pendant ce ce temps, le Père demeurait invisible, dans sa transcendante majesté*.
Origène esquissa la solution à laquelle devait se rallier l'Église grecque. S'inspirant de Philon, il admit que Dieu a procédé à l'égard de l'homme comme l'homme lui-même procède à l'égard de l'enfant : Dieu a feint d'éprouver les affections humaines (colère, repentir, etc..) pour mieux le diriger dans les voies du salut; mais il serait puéril de prendre à la lettre les expressions employées dans l'Ancien Testament, qui sont adaptées à la faible mentalité du commun des mor-