LE DE IRA DEI
tels, — car l'essence divine est exclusive de toute (( passion ».
Ces discussions, Lactance les laisse en dehors de sa perspective. Elles ne paraissent l'avoir qu'assez faiblement intéressé. Plus juriste que philosophe, il se place à un point de vue fort différent, u Sine ira Deum esse credentes dissoluunt omnem religionem * » : « Croire que la colère soit étrangère à Dieu, c'est dissoudre toute religion. » « Omne imperium metu constat, metus autem per iram.;. Deus autem habet imperium, ergo et iram, qua constat imperium, habeat necesse est- » : « Tout imperiain a pour fondement la crainte, et la crainte est provoquée par la colère. Or Dieu possède V imperium. Il faut donc qu'il ait aussi la colère, qui en est la base même. » Contester cette aptitude divine, cela ne va à rien de moins qu'à ruiner le dogme de la Providence. Si Dieu ne s'irrite pas contre les impies, il ne chérit pas davantage les justes. L'idée même de Providence enveloppe celle d'un Dieu qui sait punir, comme il sait aussi récompenser. — Au surplus, et c'est là l'erreur des philosophies épicurienne et stoïcienne, cette colère divine est pure en sa source, n'étant autre chose qu'une sainte indignation contre le mal. Elle n'a rien de la violence subite et irrépressible c{ui caractérise la nôtre. Elle est patiente, à longue échéance; elle donne au coupable le temps de se repentir. Et fidèle à sa méthode coutumière, Lactance ne manque pas de citer quelques passages des livres sibyllins où éclate la menace du courroux divin, pour démontrer que la religion païenne ellemême a cru à cette vérité primordiale, que Dieu ne saurait être impassible,