I. XXIV
a. Inst. diu., V, xxiii, i-5. Cf. IV, xxvn, 5; V, xxir, sS; Epit., xlviii,. A-5. Les textes les plus importants sont traduits dans Monceaux, III, 3i3»
LE DE MORTIBUS PERSECUTORUM 29 1
en avait reçu la confidence. D'autant plus qu'à l'exemple de Tertullien il esquive une utile explication sur ce fait que de (( bons » empereurs avaient traité les chrétiens sans douceur aucune. L'enivrante et inespérée victoire, survenant après de si rudes épreuves l'avait à ce point confirmé dans ses vues sur les initiatives vengeresses de la providence, que la moindre suspension de jugement lui eût paru scepticisme coupable et presque sacrilège.
Ce qui confère un prix particulier à cet opuscule, c'est que Lactance a été contraint par sa thèse même de donner une substructure historique à la démonstration qu'il établissait. Que vaut, en tant que document d'histoire, le de Moriibus Persecutorum? On est sensiblement revenu, depuis quelques années, des dédains de Duruy, de Burckhardt et de Schiller à l'égard de Lactance hi&torien. M.Maurice a démontré sa véracité par le témoignage irrécusable de la numismatique et de l'iconographie '. M. Pichon, après comparaison minutieuse des données fournies par Lactance avec celles que l'on recueille chez les historiens contemporains et postérieurs, conclut en ces termes sur le de Moriibus : « Ce n'est pas l'unique dépôt de la vérité parfaite ; ce n'est pas non plus un tissu d'erreurs et de mensonges : c'est une source historique qu'il est utile de consulter et nécessaire de contrôler, une source mêlée de vrai, de vraisemblable et de romanesque, une source historique comme les autres, ni
I. Voir l'indication des nombreux Mémoires de Maurice, dans Monceaux, 111, 347. Y ajouter Comptes rendus de l'Acad. des Inscr. et B. -Lettres, 1908, p. i46 et s.; Aumismalique Constantinienne, t. 1 (1908); t. II (1910); Bull, de la Soc. des Antiq. de France, igiS (Nouvelles observations à propos du Labarum, et divers articles); B.A.L.A.C, 191/1, p. 37 et s.
plus ni moins '. » « Plus l'on étudie son récit, déclare enfin M. Monceaux*, plus l'on est amené à en reconnaître la rigoureuse et fninutieuse exactitude. On ne peut nier que Lactance ait été merveilleusement renseigné sur l'histoire officielle comme sur la chronique scandaleuse ou anecdotique de son temps. ;> Là où Lactance prêterait davantage le flanc à la critique, c'est dans la manière dont il interprète les faits qu'il a véridiquement établis. Il est partial ; il hait d'une haine si vigoureuse les princes persécuteurs qu'il ne se résout guère à admettre que, de leur âme corrompue foncièrement, quelque chose de bon ait pu sortir. Ainsi, il blâme des mesures qui, au point de vue politique, se défendent encore parfaitement, comme la « tétrarchie », ou l'œuvre fiscale de Galère, îl abonde en interprétations malveillantes, quel que soit son désir d'équité qui perce malgré tout sous tant d'incriminations passionnées.
Au temps même où Lactance composait son de Mortibus Persecutorum, Eusèbe, l'évêque de Césarée de Palestine, grand admirateur, lui aussi, de Constantin, s'essayait à raconter en grec l'histoire du christianisme depuis ses origines, ou, plus exactement, à faire un choix diligent et un classement commode des documents transmis par la tradition. L'état d'esprit dans lequel il poursuivait sa tâche n'était pas essentiellement différent de celui dont Lactance luimême était animé. Pour Eusèbe, l'histoire ecclésiastique est un^ « démonstration évangélique » d'un genre particulier. Elle est le récit des étapes par où l'Église, fortement appuyée sur la tradition incarnée