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LE STYLE DE LACTANCE

dans les évequcs, éclairée ])arl'Espril-Saint qui parlait en ses grands hommes, a passé successivement avant sa réconciliation providentielle avec le pouvoir romain. Et dans les entreprises des sectes dissidentes, Euscbe aperçoit toujours la main du démon, avide de ruiner les âmes, et qui met tout en œuvre pour arriver à ses détestables fins. Telle est la tendance intime de l'histoire chrétienne, au moment oîj, se dégageant des recherches purement chronologiques où elle s'était confinée jusqu'alors, elle conçoit des ambitions plus hautes ; telle elle restera dans la suite des temps, comme la mise en lumière de la volonté divine par la narration des faits où cette volonté s'est manifestée. Lactance a contribué pour sa part à lui imprimer ce caractère. Le de Mortibus Persecutorum marque une date.

Aujourd'hui encore cet opuscule mérite d'être lu. Aiguillonné par sa passion, l'ancien rhéteur y a dépouillé ses élégances un peu fades. Par la rapidité du récit, par le dramatique de certaines scènes et le piquant de certains traits, il stimule d'un bout à l'autre l'intérêt et sans cesse il le renouvelle.

Que Lactance ne soit pas un grand esprit, c'est une conclusion qui se dégage assez nettement de l'exposé qui vient d'être fait pour qu'il n'y ait pas lieu d'y insister à nouveau. Sa pensée est si peu novatrice qu'elle n'a eu besoin pour sexprimer que des moules séculaires de la prose cicéronienne. Elle

s'y est trouvée à l'aise et n'a pas songé à s'en créer d'autres. Il faut lire les pages excellentes où M. René Pichon S définissant le style « classique », montre avec quel scrupule heureux Lactance s'attache à en observer les règles et à en imiter les élégances ; son application « à énoncer les idées les plus nouvelles et les plus spéciales dans la langue traditionnelle, à envelopper en des termes d'une pureté classique irréprochable des choses qui n'appartiennent qu'au christianisme ». Etranger aux originalités séduisantes d'un Tertullien ou d'un Apulée, il ne dévie de la syntaxe classique que sur un petit nombre de points ^ Il n'invente pas de métaphores nouvelles ni ne revivifie les images courantes. Ce qu'il possède, en revanche, à un remarquable degré, c'est l'instinct et le goût du style oratoire, avec son abondance, sa symétrie, ses larges développements harmonieusement balancés. Tout chez lui, forme et fond, donne une impression de pondération disciplinée et robuste dont, seule, l'ardeur vengeresse du de Mortibus Persecutoram a pu déranger un moment l'équilibre.

Ceux-là sont rares, au surplus, qui se frayent des voies nouvelles. C'était quelque chose, en ces temps de fléchissement littéraire, que de conserver une langue correcte, claire et nombreuse. Il fallait aussi plus de ressources intellectuelles qu'on n'en aurait d'abord supposé chez un tranquille rhéteur, pour se former une idée si personnelle des conditions contemporaines de l'apologétique, et pour mettre tant de suite et d'application à réaliser le dessein ainsi conçu ; pour s'attacher avec cette ténacité au dogme chrétien

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