‹ Histoire de la littérature latine chrétienneChapitre 194 sur 460 · I. xn · texte numérisé non relu

I. xn

a. M. Paul Foucart écrit à ce propos (Les Mystères d'Eleusis, Paris, igili, p. 377) : « Firmicus Maternus s'est trompé, je crois, sur la valeur de ces formules et sur leur emploi. Ce n'était pas un mot de passe servant aux initiés à se reconnaître entre eux, mais une réponse à la question posée par les ministres du temple ; chacun des récipiendaires déclarait qu'il avait accompli les actes lixés par le rituel. » Cf. ibid., p. 383 ; et Grail- LOT, Le Culte de Cybele (Bibl. des Ec. franc. d'Alh. et de Rome, fasc. 107 [igijj, p. i32 et 5/i3).

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OU d'Adonis) ; « Le taureau est père du serpent, et le serpent est père du taureau » (Mystères de Dionysos). Les réfutations de Firrnicus, les rapprochements qu'il indique entre ces formules et tels passages de la Bible, n'ont pas beaucoup d'intérêt. Mais ce qui est tout autrement significatif, ce sont les énergiques appels au bras séculier dont il coupe ses démonstrations. 11 se tourne vers les empereurs Constantin et Gonstans {sacratissimi imperatores, sacrosancli imperatores, sacrosancli principes, domini imperalores) et les supplie de détruire, une fois pour toutes, ces cultes démoralisateurs et impies :

« Ces abominations, très saints empereurs, il vous faut les extirper, les anéantir, leur appliquer les plus sévères prescriptions de vos édits. Ne souffrez pas que cette erreur funeste et insensée souille plus longtemps l'univers romain... Certains refusent, se dérobent et souhaitent passionnément leur propre perte. Assistez tout de même ces malheureux, délivrez-les, ils périssent ! Si le Dieu d'en haut vous a confié l'Empire, c'est pour que vous guérissiez ces blessures. Nous savons quel péril leur crime leur fait courir, quel châtiment est réservé à leur erreur : mieux vaut les en libérer malgré eux que de les abandonner de leur plein gré à leur perte » [Ils sont semblables à des malades qui réclament des aliments susceptibles de leur nuire, et qu'il faut obliger à accepter les remèdes les plus énergiques, à se laisser traiter par le fer et par le feu. Une fois guéris, il» se rendent compte du bienfait de cette contrainte.] ... « Quant à vous, très saints empereurs, la nécessité vous commande de vaincre et de punir ce mal. Dieu vous ordonne dans sa Loi de poursuivre en tous lieux de votre sévérité le crime d'idolâtrie. Ecoutez et méritez dans votre esprit sacré ce que Dieu prescrit à propos de ce crime : [Suit le texte du Deuléronome, xai, 6-io ; 12-18].

• Et encore :

« 11 s'en faut de peu que, grâce à vos lois, le démon soit complètement abattu, l'idolâtrie éteinte, cette funeste contagion abolie. Déjà le poison a perdu de sa nocivité; chaque jour, diminue l'aliment des passions profanes. Dressez l'étendard de la foi : c'est

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là le rôle que la divinité vous a réservé. Grâce à sa faveur, vous avez magnifiquement renversé tous vos ennemis, par qui s'affaiblissait l'Empire romain. Dressez le signe de la loi vénérable. Portez les sanctions, promulguez les édits nécessaires... Le Christ, dans sa bienveillance, a réservé à son peuple par l'œuvre de vos mains la destruction de l'idolâtrie et la ruine des temples profanes »... « Enlevez sans inquiétude les ornements des temples. Que ces dieux fondent au feu dé vos monnaies, à la flamme de vos mines. Confisquez à votre bénéfice tous leurs présents ; faites-en votre propriété. Depuis la ruine des temples, la puissance divine n'a fait qu'accroître votre propre puissance... »

Il y a quelque chose d'un peu pénible dans le spectacle de cette intolérance d'anciens persécutés qui, à peine délivrés de leur propre cauchemar, se hâtent de se faire persécuteurs à leur tour. Ces exhortations vengeresses ne restèrent pas lettre morte. Si l'ouvrage de Firmicus est de 346, il a pu contribuer à la promulgation du rigoureux édit de cette même année qui, « pour ôter aux égarés la possibilité de pécher » (c'étaient les termes mêmes de l'édit), ordonnait l'interruption des sacrifices et la fermeture des temples. Quelques années plus tard (353/356) les dispositions dune loi analogue, déjà portée en 34 1, étaient renouvelées. Certes, à l'égard des chrétiens, les circonstances atténuantes ne manquent pas, et Gaston Boissier les a plaidées avec habileté* : « Leurs sentiments de colère et de haine se comprennent, observe-t-il ; le paganisme était l'ennemi, un ennemi implacable, qui, depuis trois siècles, les empêchait de vivre en repos et qu'ils étaient tous élevés à craindre et à détester... Après tout, le paganisme avait donné l'exemple de ces rigueurs ; ayant frappé par l'épée le premier, il semblait juste qu'il pérît par l'épée. » Puis, on était

t. Fin du Pag., I, 67 ; 69.

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encore dans le premier enthousiasme d'une victoire qui tenait du prodige. La réaction esquissée par l'empereur Julien conseillera plus de prudence et de retenue, en même temps qu'elle ranimera les espoirs païens, quelque temps désemparés. Il reste que, pour qui se souvient des belles paroles que Lactance écrivait au début du TV" siècle sur le devoir d'user de la persuasion et de proscrire toute violence dans les controverses religieuses *, une si prompte évolution ne laisse pas que d'être attristante.

Le de Errore profanarum reUgionum mériterait un commentaire nourri, dont les éléments seraient aisés à trouver dans les doctes travaux publiés en ces dernières années sur les mystères païens. L'opuscule n'est pas ennuyeux : une rhétorique ardente y met de la vie. Au surplus, quand on évalue ce que Firmicus doit à ses prédécesseurs chrétiens ^ (Cyprien [surtout pour les citations bibliques], Minucius Félix, Arnobe), et ce qu'il a recueilli de tours et d'expressions chez ses modèles profanes (Térence, Salluste, Ovide, Tite- Live, Virgile, Plotin, Porphyre, etc.), sa part d'originalité personnelle apparaît modeste. Mais il a eu le mérite de se former une documentation assez précise sur les modalités contemporaines des cultes qu'il voulait dénoncer comme absurdes et abominables.

En outre, son œuvre nous révèle l'enivrement excessif que causa à certains chrétiens, de tempérament passionné, l'étonnant retour de fortune qui semblait mettre les forces de l'Empire au service de leur foi. Il leur apparut qu'un triomphe aussi inespéré, qu'un tel coup de la Providence, devait déployer

I. Diu. Inst., V, XX, 9 (C.V., XIX, p. /|68). Cf. Epiiome, un.

a. Cf. l'éd. ZiBGLER, p. XLV.

RETICIUS d'AUTUN Siy

immédiatement tous ses effets, et qu'il fallait que la vérité, sûre désormais de l'avenir, exerçât son droit imprescriptible en supprimant les obstacles susceptibles de ralentir sa marche.

Reticius, évêque d'Autun, fut dans les premières années du IV® siècle une des grosses influences de l'Église de Gaule '. Il joua un rôle important au synode de Rome, en 3i5, où fut condamné Donat^ et au synode d'Arles en 3i4 '• Saint Jérôme lui attribue un ouvrage volumineux contre Novatien, et un Commentaire sur le Cantique des Cantiques. Jérôme évite, dans le de Viris illustribus, où il veut rehausser le prestige de la littérature chrétienne, de laisser entendre le peu de bien qu'il pense de ce commentaire. Plus libre dans ses lettres *, il en marque les insuffisances, non pas tant au point de vue de la forme, que sous le rapport de l'interprétation ellemême : Reticius aurait oublié le premier devoir de l'exégète, qui est de faciliter au lecteur l'intelligence du texte qu'il a entrepris de paraphraser. Le Commentaire de Reticius existait encore au XIP siècle : Berenger en cite un fragment dans son Apologie d'AbélardK Depuis cette époque, on en perd la trace.

I. Saint Jérôme, de Vir. ilL, lxxxii ; saint Augustin, Contra lui. Pelag., I, m, 7.

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