‹ Histoire de la littérature latine chrétienneChapitre 204 sur 460 · Ibid., II, li (C.V., p · texte numérisé non relu

Ibid., II, li (C.V., p

par Arius et par Alexandre ; la ZuvaycoYn de Sabinus d'Héraclée ; les Gesia pargationis Caecilii et Felicis, etc.. — Plus complet qu'aucun autre, le recueil connu sous le titre de Fragmenta hisiorica est constitué d'après un plan assez analogue : ce sont des lettres de papes, d'évêques, d'empereurs, des actes et décrets de divers conciles, des' professions de foi, chaque pièce étant ordinairement reliée à la précédente par un texte explicatif plus ou moins long.

Ces Fragmenta hisiorica furent publiés pour la première fois en iSgS par Nicolas le Fèvre, à Paris, d'après l'édition que Pierre Pitliou, mort deux ans auparavant, avait préparée et presque terminée déjà. Pithou avait travaillé sur un manuscrit du xvi* siècle où les fragments étaient classés en deux séries, l'une anonyme, l'autre attribuée nommément à saint Hilaire. Le Fèvre tint compte de cette division et aussi de cette attribution : toutefois, pour des raisons chronologiques, il inversa Tordre des séries, en faisant passer du premier au second rang la série anonyme. — Un siècle plus tard, le bénédictin Pierre Constant admit que tous les documents inclus dans le manuscrit de Pithou étaient des fragments d'un grand ouvrage historique composé par saint Hilaire sur les conciles de Rimini et de Séleucie* : c'est pourquoi, dans l'édition des œuvres de saint Hilaire qu'il publia en 1693 et qui a longtemps fait autorité, il les intitula en bloc, après les avoir disposés selon une plus exacte chronologie, Fragmenta ex libro sancti Hilarii Pictauiensis Prouinciae Aquitaniae, etc., dénomination qui,

I. Cet ouvrage est attesté par saint Jérôme dans sa notice sur Hilaire (De l'ir. ill., § c) : « Est eius... liber aduersum Valentem et Ursacium, historiam Ariminensis et Seleuciensis synodi continens. »

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abrégée diversement, a passé depuis lors dans l'usage ordiiuiire.

Chargé par la eommission du Corpus Script, eccles. iaUnoram de publier un certain nombre d'opuscules d'Hilaire parmi lesquels les Fragmenta historica, un jésuite, le P.Feder, entreprit en manière de travail préparatoire '■ d'étudier la tradition manuscrite, le contenu historique et l'origine de cette collection, qu'il désigna (pour ne rien préjuger) sous le titre de Colléeianea antiariaiia Paris'ma.

Feder établit en premier lieu que le Cod. Parisin. Armamentarii lat. 483, du ix^ s. (= A), conservé à la bibliothèque de l'Arsenal, et que le Fèvre et Constant n'avaient pas connu, est l'archétype des deux manuscrits utilisés par eux, à savoir le Cod. Pithoeanus (= T) aujourd'hui perdu et le Cod. Paris, lat. 1700, du xvii" siècle (==C), lequel nest au surplus qu'une copie de T. Il dressa aussi la liste d'autres manuscrits où plusieurs des pièces de la Coll. antiar. Par. apparaissent isolément, et il fournit des références complètes aux recueils imprimés (surtout conciliaires) où tels de ces documents ont été insérés.

Il s'efforça ensuite de déterminer l'origine de ces Fragmenta historica. Dans les manuscrits, le nom d'Hilaire de Poitiers figure en tête de la seconde série (à laquelle la première se rattache, en fait, très étroitement). Or cette donnée se trouve confirmée par l'étude intrinsèque des fragments qui composent ladite série. C'est ainsi que la pièce par laquelle elle s'ouvre est, de toute évidence, une introduction à un ouvrage historico-polémique, rédigé par un évéquc qui a joué un rôle important au concile de Bézieis,

s. S.B.W., CLXII, U (1910); CLXVl, 5 (1911); GLXIX. 5 (1912).

qui a fait de vaines tentatives en vue d'obtenir une audience de l'empereur, et qui veut lutter jusqu'au bout pour Athanase et pour la foi de jNicée. Comment, à ce signalement, ne pas reconnaître Hilaire ?

Aussi bien cette attribution n'est-elle guère contestée. Mais le point délicat est celui-ci : ces fragments sont ils des matériaux pour une œuvre qu'Hilaire n'a pu conduire à son terme, ou sont-ils des extraits d'une œuvre achevée que nous n'avons plus ? C'est à la seconde solution que le Père Feder se rallia. Par une série de considérations où l'analyse historique des textes en litige et le témoignage des contemporains s'éclairaient mutuellement, il aboutit aux hypothèses que voici.

Dès 356, au lendemain du concile de Béziers (et non pas, comme on le croyait depuis Coustant, pendant son exil de SSg-Sôo à Constantinople), Hilaire composa un écrit d'un caractère à la fois historique et polémique qui n'était autre que le Liber adaersas Valeniem et Ursacium mentionné par saint Jérôme. De ce travail plusieurs morceaux subsistent encore, à savoir deux et probablement trois des Fragmenta hisiorica', auxquels il faut joindre deux autres des documents qui nous sont parvenus sous le titre inexact et désormais périmé de ad Constantium liber primas : ia lettre du concile de Sardique à l'empereur Constance et le texte narratif qui y est joint.

Le P. Feder emprunta ces vues pour l'essentiel à un remarquable article de dom A. Wilmart paru dans Ia Bévue bénédictine de 1907 - : mais en même temps

1. La Praefatio ad opus historicum, les Varia ex actis synodi Sardicensis^ Bans doute aussi VEpistula synodi Sardicensis OrientaUum.

2. (( L'Ad Constantium liber primas de saint Hilaire de Poitiers et les Fragments historiques. »

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qu'il s'appropriait les idées de dom Wilmart, le P. Feder les systématisait et les conduisait plus loin que dom Wilmart n'avait voulu faire. Il croit qu'après les conciles de Séleucie et de Rimini, vers décembre 359, saint Hilaire composa une suite à son ouvrage contre Valens et Ursace. Il s'agissait pour lui cette fois d'inciter à une rétractation les évêques « tombés » à Rimini. A cette seconde partie appartiendrait VE~ pistula legatorum synodi Seleuciensis ad legafos synodi Arimensis et probablement aussi sept autres des Fragments historiques.

Quant aux Fragments non susceptibles d'être classés dans les deux premières parties de l'ouvrage de saint Hilaire contre Valens et Ursace, Feder suppose qu'ils étaient incorporés à une troisième partie parue en 367, peu avant ou peu après la mort d'Hilaire.

La formation de la collection, telle qu'elle nous est parvenue, s'expliquerait ainsi. Un anonyme, qui avait peut-être l'intention de donner un nouvel exposé des luttes ariennes, aurait extrait, pour son propre usage, de l'ouvrage d'Hilaire les nombreux documents que celui-ci y avait insérés, et il les aurait munis d'amples notes marginales. Ces excerpta commodes furent transcrits et circulèrent de bonne heure : certains indices permettent d'affirmer que le recueil fut constitué en Italie, dès la fin du iv'' siècle.

Il est évident que, dans ces combinaisons, la conjecture occupe une très large place : il n'en saurait être autrement en un tel sujet. Au moins les données capitales de l'énigme littéraire que proposent à la curiosité des critiques les Fragmenta historica sontelles utilement fixées désormais. Et il est intéressant de retrouver chez le grand évêque ce goût romain de clarté administrative et d'ordre méthodique, qui four-

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nissait aux débats oratoires l'appui des documents et des faits.

Saint Hilaire servit aussi ses idées par la poésie. 11 est le premier qui ait composé en latin des hymnes d'Église. Isidore d'Espagne l'affirme *, et déjà saint Jérôme avait signalé le Liber hymnorum^. Son séjour en Orient lui avait permis de se rendre compte de l'efficace propagande qu'est susceptible d'exercer la parole chantée. Empruntant des airs profanes, Arius n'avaitil pas fabriqué des chansons à l'usage des matelots, des meuniers, des voyageurs'? Le procédé était renouvelé des gnostiques *, et Hilaire jugea bon de se l'approprier. Nous savons qu'il éprouva des difficultés pour imposer l'usage du chant d'Église à ses compatriotes ^ Jusqu'en 1887, quelques hymnes étaient connues sous son nom, mais sans garanties suffisantes d'authenticité. Le manuscrit d'Arezzo en a livré trois, qu'on peut raisonnablement lui attribuer. La première pièce, Ante saeciila qui mânes, est écrite dans le rythme dénommé deuxième asclépiade (= un vers glyconique suivi d'un asclépiade mineur). Les quatre dernières strophes manquent. Vient ensuite — après une lacune de six feuillets dans le manuscrit — la pièce Fefellit saeua/n, en sénaires iambiques : les cinq premières strophes sont tombées. Ces deux pièces sont abécédaires. La troisième hymne, Adae carnis gloriosa, est en tétramètres trochaïques catalectiques : la fin

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