‹ Histoire de la littérature latine chrétienneChapitre 205 sur 460 · Cf. Philostorgue, H.E., H, xxvii (P.G., LXVI · texte numérisé non relu

Cf. Philostorgue, H.E., H, xxvii (P.G., LXVI

4. Textes dans P. de Labriolle, La Crise montaniste, p. ôa et s.

5. Jérôme, ad Gai., 1, 11 : « Hilarius... Gallos in hymnorum carminé indociles uocat. »

LES HYMNES d'ÉGLISE 33 1

est perdue. Ces trois morceaux (auxquels certains critiques en joignent quelques autres, avec plus ou moins de vraisemblance) ont un caractère dogmatique, particulièrement accusé dans VAnte saecula qui traite des rapports du Fils au Père. Dans la seconde hymne, l'âme régénérée par le baptême explique comment le Christ a triomphé de la mort et rendu possible la résurrection. La troisième célèbre l'Adam céleste, le Christ, et sa première victoire sur Satan. La versification de ces pièces comporte diverses licences, spécialement d'assez fréquents hiatus *. C'est bien là le genre d'hymnes, à la fois liturgiques et populaires, qu'il fallait opposer aux ariens, pour incruster dans les mémoires les vérités essentielles que ceux-ci menaçaient.

Jusque dans ses vers saint Hilaire est donc resté homme d'action et de lutte. Une seule pensée a rempli sa vie et en a fait l'unité : la lutte contre l'arianisme. 11 était persuadé qu'il y allait de toute la foi, que cette théologie rationaliste, cette exégèse d'un littéralisme pédant, tueraient le catholicisme traditionnel. Il n'hésitait pas à appeler les évêques ariens des « antechrists » : nominis antichristi propriefas est, Christo esse contrariam \ Se donner l'air de prêcher Jésus-Christ, mais en réalité le nier, puisqu'on ne veut lui accorder que des attributs par oii il ne se distinguerait en rien de la créature, ange ou homme ; conduire cette tâche détestable sous le masque d'une fausse piété ; chercher ses appuis dans le « siècle », les fonder sur Vambitio saecalaris, sur les sujjragia ter-

1. Par ex., dans la pièce Aate saecula, aux vers 26, Sa, 53, 72. 3. Contra Auxentiuin, § 11.

rena, alors que les Apôtres, eux, avaient su lutter contre toutes les puissances coalisées : voilà ce qu'il leur reproche, et à ces griefs coutumiers se mêle une pitié pour le peuple chrétien, ainsi dupé par de mauvais bergers : « Sanctiores aures plehis quam corda sunt sacerdotum ' ! »

Hilaire avait les dons d'un conducteur d'hommes, et il s'est affirmé comme tel partout où il a passé, en Orient aussi bien qu'en Occident. Sa réputation fut immense ^ Il jouissait du prestige d'avoir souffert pour ses idées. Comment lui dénier le titre qu'il ambitionnait de « disciple de la vérité * » ? Puis la vigueur éloquente de son langage parachevait les effets d'un si noble exemple.

A la différence de beaucoup d'autres écrivains ecclésiastiques, Hilaire n'a jamais dissimulé son désir de bien écrire. Au début de son grand travail sur la Trinité, il demande à Dieu de lui accorder « uerborum signifîcationem, intellegentiae lumen, diciorum honorem^... ». Il déclare ailleurs, dans le Commentaire sur les Psaumes % que « celui qui manie la parole de Dieu doit faire honneur à l'Auteur de cette parole, même par la beauté du discours, absolument comme ceux qui composent les rescrits d'un roi doivent procéder avec diligence et précaution afin d'être à la hauteur de la dignité du prince ». Il dressait le plan de ses ouvrages, avec un souci de composition savante * ; et il s'excuse en tel passage de s'être laissé

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