LUCIFER DE CALA.RIS
intempérances de langage. « L'Achab chrétien Jaissait dire le nouvel Elie*. » Peut-être jugeait-il que ces anathèmes étaient assez fastidieux pour demeurer inoffensifs. Lucifer n'avait rien du lettré : il s'en vante d'ailleurs, et affecte de ne s'être nourri que de la Bible"-. Il substitue à l'art du développement l'abondance des citations scripturaires. Ancré sur quelques principes inébranlables, il juge superflu d'en reprendre la démonstration rationnelle. Ce sont surtout les philologues, plus que les littérateurs ou même que les théologiens, qui trouvent à glaner dans cette œuvre de combat, soit pour le texte de la version biblique, soit pour la langue elle-même, toute pleine d'anacoluthes, d'ellipses, et qui sent l'orateur populaire^
Vers la fin de sa vie, ce défenseur passionné de l'orthodoxie dessina une évolution assez analogue, je l'ai dit, à celle qu'avait jadis opérée Tertullien. Quand le pape Libère et l'évêque Athanase voulurent user d'indulgence à l'égard des évêques qui s'étaient laissé entraîner à signer, lors du concile de Rimini (Bôg), une formule favorable aux ariens, Lucifer s'opposa de toutes ses forces à leur vœu d'apaisement. Il rallia à ses vues intransigeantes le diacre Hilaire et l'évêque Grégoire d'Eliberis, de qui nous aurons à reparler. Hilaire allait jusqu'à soutenir qu'il fallait rebaptiser les « faillis » de Rimini et ceux qui les suivaient*. Une telle rigueur n'était plus de saison et condamnait Lucifer à rester, ou peu s'en faut, un isolé. Il passa les dernières années de sa vie