LES COMPROMIS NÉCESSAIRES
un peu fanatique dont pourtant quelques vestiges subsistent çà et là, fût-ce chez les plus raisonnables. On s'avisa que saint Paul n'avait pas craint de citer dans ses Epitres des auteurs profanes, tels qu'Epiménide, Euripide, Aratus : c'était déjà là un « précédent » digne de respect. Tertullien lui-même, quoique inexorable par tempérament, reconnut que d'interdire aux chrétiens de s'initier à la culture profane, ce serait les réduire à une impuissance spirituelle et pratique à peu près complète *. Quelques-uns allèrent jusqu'à admettre que la vérité presque totale était éparse dans les systèmes philosophiques pa'iens, mais qu'aucun penseur ne l'avait embrassée dans son intégralité, parce que nul d'entre eux ne connaissait l'idée maîtresse qui domine la vie et qui lui donne sens et fin. Il n'était donc que de recomposer, à la lumière de la révélation, ces morceaux dispersés du vrai et de les ramener à l'unité -. Clément d'Alexandrie note que la connaissance des méthodes de l'histoire, de la g^éométrie, de l'astronomie, et surtout de la dialectique, est susceptible de rendre de grands services à l'interprétation des vérités de la foi et à la défense de ces vérités contre ceux qui les méconnaissent '. Saint Grégoire de Nazianze estimera que quiconque développe en lui soit la piété, soit la science, et l'une
I. « ...cum instrumentum sit ad omnem vitatn litteratura » (de Idolol., x; c'est une objection qu'on lui fait, mais cette objection, il l'accueille); cf. de Cor., vin (Œïhler, I, 636) : « (Litteras) necessarias confitebor et commerciis rerum et nostris erga Deum stiidiis ».
3. C'est la théorie de Lactnncc, qui est en cela de la lignée des Justin, des Athénagore, des Clément d'Alexandrie et des Minucius Félix.
3. Détail des références dans Wagner, Zeilsch. f. iviss. Theol., xlv, ■(1903), p. 345 et s.
à l'exclusion de l'autre, ressemble à un borgne, mais que celui-là est vraiment complet qui dispose de ces deux puissances *.
Ce sont là des déclarations qui ont leur prix. Il ne faudrait pas en exagérer la valeur, ni croire que cet apparent libéralisme ne soit pas fréquemment contredit, chez ceux même qui y condescendent, par des remarques inspirées d'un esprit assez différent. J'ai signalé déjà ces fluctuations et j'en ai marqué l'origine. Nous n'avons pas le droit d'imposer aux faits et aux textes une unité de tendances qui ne s'y reflète nullement, et qui ne serait qu'une vue ou un postulat de notre esprit. Il convient de les accepter tels que l'histoire nous les offre, avec leurs incohérences et leurs contradictions.
Au surplus, vers la fin du lY^ siècle, une doctrine moyenne se dégagea de ces débats confus, et, grâce aux noms illustres de ceux qui la recommandèrent, elle acquit pour les âges ultérieurs, non pas force de loi, mais une force réelle d'influence et de suggestion.
II y a, classé à tort parmi les sermons de saint Basile ^ un opuscule célèbre oii l'évêque de Césarée explique à des jeunes gens, ses neveux, « la manière