‹ Histoire de la littérature latine chrétienneChapitre 22 sur 460 · P. G., XXXI · texte numérisé non relu

P. G., XXXI

LA DOCTRINE MOYENNE DES PÈRES DU iV SIÈCLE 35

de tirer profit des auteurs profanes » : c'est le titre même de ce petit traité, souvent réimprimé depuis la Renaissance, et qui a toujours été cher aux amis des lettres antiques. A dire vrai, on ne voit pas que le sujet y soit développé avec l'ampleur et la précision que l'on souhaiterait. Basile apporte à sa discussion moins de méthode que de bonhomie aimable et d'abondant humanisme. Néanmoins des principes importants s'en dégagent. Basile estime que, même dans cette littérature profane alors si décriée, tout n'est point gâté au point de vue moral; que les poètes, les orateurs, les historiens ont su louer le bien et qu'ils fournissent une abondance de préceptes et d'exemples susceptibles d'apporter à l'âme du jeune homme un ennoblissement. Seulement il réclame un choix, afin que soient éliminées les parties suspectes. Sous réserve de cette épuration préalable, Basile est d'avis qu'il y a grand avantage pour les jeunes gens à lier commierce avec les lettres profanes ; elles leur donneront comme une première formation qu'ils parachèveront plus tard par l'étude des livres saints ; elles accoutumeront leurs yeux novices encore à mieux supporter l'éclat éblouissant des enseignements de l'Ecriture. Elles sont, en somme, pour le jeune chrétien du IV^ siècle ce qu'a été jadis pour Moïse la science des Egyptiens, pour Daniel celle des Chaldéens. Elles valent en tant que préparation et acheminement à une plus haute tâche, qui est, en l'espèce, l'intelligence de l'Ancien et du Nouveau Testament. .

Le point de vue de saint Basile est donc assez spécial et n'échappe guère au reproche d'étroitesse. Mais

quand on se rappelle avec quelles susceptibilités ombrageuses il avait à compter, en un tel sujet, on se sent plus enclin à rendre hommage à la générosité de ses intentions.

Quelques années plus tard, vers 4oo, saint Jérôme eut à son tour l'occasion de préciser ses idées sur le même problème. Un de ses correspondants de Rome lui avait exprimé son étonnement de le voir entremêler ses ouvrages de citations empruntées aux auteurs profanes '. Jérôme lui répond, et sa justification ne va à rien de moins qu'à revendiquer le droit absolu d'utiliser les lettres gréco-latines dans l'intérêt et pour l'honneur de la foi. 11 rappelle qu'une longue tradition, qui remonte par delà saint Paul jusqu'à Moïse même, légitime ce genre d'emprunts ; que les nécessités de la polémique y obligent les défenseurs du christianisme, et que tel d'entre eux, pour avoir voulu s'y soustraire, a manqué son but. Il résume sa théorie personnelle en une comparaison : de même que dans le Deutéronoine (xxi, 12) Dieu ordonne, avant d'épouser une captive, de lui raser la tête et les sourcils, de répiler et de lui couper les ongles, pour la rendre digne du lit de l'époux, pareillement le chrétien séduit par la beauté de la sapienlia sacculuris doit commencer par la nettoyer de tout ce qu'il y a de mort en elle, idolâtrie, volupté, erreurs, passions, et ainsi purifiée et préparée, elle deviendra digne de servir Dieu.

Si Ton s'inquiète de savoir comment se faisait dans l'esprit de saint Jérôme l'accord entre cette doctrine

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