‹ Histoire de la littérature latine chrétienneChapitre 216 sur 460 · LES ANTI-ARIENS · texte numérisé non relu

LES ANTI-ARIENS

de Tertullien, de Novatien, d'Origène, d'Hippolyte et de saint Hilairc. Les premiers éditeurs, acceptant la donnée de la tradition manuscrite ', les attribuaient à Origène, dont le grec avait dû être traduit, pensaientils, par Victorin de Pettau. Certains indices * firent reconnaître qu'il ne pouvait être question d'une traduction, et qu'on était en présence d'un original latin. Il fallut se mettre en quête d'un auteur de langue latine, tentative malaisée et souvent illusoire. Novatien parut l'emporter, mais un examen plus approfondi rendit la combinaison précaire, et décela la vraisemblance de l'origine post-nicéenne des Trac lai as. Dom Wilmart trouve un « étroit parallélisme » entre lesdits Traclalus et les sermons de Grégoire sur le Cantique des cantiques : « Mêmes procédés de style, même appareil de citations, même tour de l'exégèse, même direction théologique, déclare-t-il ; ou, si l'on préfère, de part et d'autre les mêmes traits caractéristiques reparaissent francs et nets : souplesse facile de l'exposition, originalité de la Bible, fraîcheur de l'allégorisme, naïveté doctrinale — n'excluant pas la fermeté ^ » Ce qui est assez singulier, c'est que les Tractalus dits Origenis, qui combattent des erreurs telles que l'anthropomorphisme ou le patripassianisme, ne soufflent pas mot de la question arienne, prépondérante dans la vie de Grégoire. L'objection n'est pas sans réplique : nous avons dit que saint Hilaire luimême ne s'intéressa qu'assez tard à l'arianisme. L'Occident avait d'étranges ignorances. Elle ne laisse pas cependant de faire impression.

Depuis lors, ont été « restitués » à Grégoire un Ser-

1. Un manuscrit d'Orléans, r.° aa, s. x; un de Saint-Omer, n° i5o, s. xii. a. V. g. p. 6, I : « ex huino homo dicitur. » 3. B.L.E., igoC, p. a/iy.

3/i6 LA LITTÉRATURE ARIENNE ET ANTIARIENNE

mon sur l'arche de Noé ', « type » de la Croix, et ce Liber de Fide que saint Augustin attribue par erreur à saint Grégoire de Nazianze *, et qui nous est venu en deux éditions, dont la seconde porte la trace des retouches de l'auteur ^ La question de V b\xoo\i(S\oq y est, cette fois, nettement abordée *.

Saint Augustin a raconté dans ses Conjessions (VIII, II) l'attachante histoire de C. Marins Victorinus. Il la tenait d'un prêtre nommé Simplicianus, qui avait été l'ami intime de Victorinus. Né dans l'Afrique proconsulaire vers 3oo, Victorinus exerçait à Rome le métier de rhéteur. Il passait pour un des hommes les plus savants et les plus éloquents de son temps. Il avait même accepté qu'on lui élevât une statue sur le Forum Romanum (ou peut-être sur le Forum de Trajan). Il mettait au service du paganisme menacé sa parole formidable — saint Augustin, pour en caractériser la puissance, n'hésite pas à créer un mot nouveau : ore ferricrepo. Il n'épargnait pas aux chrétiens, en dépit d'une certaine aménité naturelle qu'il devait garder toute sa vie, des coups de boutoir du genre de celuici : « D'après l'opinion des chrétiens, voici un argument qui nest pas concluant : (( Si elle a enfanté, c'est qu'elle a eu commerce avec un homme » ; et

Page 1