MARIUS VICTORINUS
celui-ci non plus : « S'il est né, il mourra ». Car les chrétiens admettent l'existence d'un être qui est né sans l'intervention de l'homme, et qui n'est pas mort. » Augustin nous dit que son cœur était « la retraite inexpugnable du diable » {pectus, quod tam inexpagnabile receptaculam diabolus oblinuerat, YIII, iv, 9) et que sa langue, telle une flèche aiguë, avait tué bien des âmes.
Pour mieux combattre le christianisme, il se mit à lire assidûment « l'Écriture sainte et toute la littérature chrétienne » {ConJ. VIII, 11, /j). Conçue dans un dessein nettement hostile, cette enquête l'achemina à des conclusions inattendues. Il sentit naître en lui une sympathie grandissante pour le dogme contre lequel il cherchait des armes. Il en vint à dire un jour dans le privé à Simplicianus : a Savez-vous bien que je suis déjà chrétien? » A quoi Simplicianus répondit : « Je ne vous croirai pas et je ne vous compterai pas comme chrétien, tant que je ne vous aurai pas vu dans l'Église du Christ. » — c Ce sont donc les murailles qui font les chrétiens? », s'exclama en riant Victorinus. La crainte de contrister ses amis et de se créer des haines vivaces ralentit quelque temps ses pas dans la route où il s'était engagé. Un jour pourtant, rougissant de ses atermoiements, il dit brusquement à Simplicianus : « Allons à l'Église ! Je veux être chrétien. » Ne se tenant pas de joie {non se capiens laetitia), Simplicianus l'y conduisit aussitôt. \ictorinus passa par les divers degrés du catéchuménat, « mirante Roma, gmidcnle ecclesia », dit saint Augustin. Quand vint le jour où il devait, selon l'usage, faire publiquement sa profession de foi, le clergé romain, pour ménager son amour-propre, lui offrit de la lire à huis-clos. Victorinus refusa. Il monta sur