LA LITTÉRATURE ARIENNE ET ANTIARIENNE
l'estrade. Son nom courut de bouche en bouche, puis un grand silence se fît, et « il articula la formule de vérité avec une si belle assurance que tous auraient voulu l'enlever pour le mettre au fond de leur cœur » {...uolebant eum omnes rapere iiitro in cor suum).
Il s'était cantonné jusqu'alors dans des ouvrages d'érudition et de métaphysique. Il n'est pas aisé de discerner ce qui, dans YArs Grammalica, lui appartient en propre, et ce qui doit être attribué à un grammairien du nom d'Aphtonius dont l'œuvre semble avoir été compilée avec la sienne. Son commentaire sur le Inaentione de Cicéron n'a d'autre importance que de faire connaître la méthode d'enseignement pratiquée au IV" siècle par les rhéteurs. Un de Définit ionibus égaré parmi les œuvres de Boèce doit lui être restitué. Mais plus encore qu'à la philologie ou à la grammaire, c'est à la philosophie que s'intéressait Yictorinus ((( qui philosophorum tam multa legerat et diiudicauerat », remarque Augustin). Néo-platonicien convaincu, il avait traduit VIsagogè àe Porphyre', et, semble-t-il, divers ouvrages de Plotin K C'est par lui que saint Augustin, dans une phase critique de sa pensée, fut initié au néo-platonisme : et c'est aussi de son exemple qu'il reçut une impulsion décisive. Exarsi ad imitandum, avoue-t-il. Victorinus avait également traduit les Catégories et le riepi épjariveiaq d'Aristote, exerçant ainsi sur les logiciens du moyen-âge, par l'intermédiaire de Boèce, une influence capitale.
Dialecticien avant tout, il appliqua à la défense de
1. Restitution de cette Isagogè latine de Porphyre par P. Monceaux dans les Mélanges Havet, Paris, 1909, p. 296-3 10 (d'après un des commentaires de Boèce).
2. Voy. sur ce point Alfaric, L'Evol. intell, de S. Augustin, P. 1918. p. 375.
MARIUS VICTOUINUS 3^9
la foi chrétienne, une fois qu'il l'eut embrassée, ses aptitudes et ses goûts. Les discussions ariennes, par leur caractère plus métaphysique qu'historique, l'attirèrent spécialement. Il y porta sa bonne grâce coutumière', qui détonne en ces temps d'injurieuses polémiques, et sa ferme conviction de la compétence souveraine de la raison, là même où elle prend dans l'Écriture ses points d'appui =. Saint Jérôme a jugé les travaux de Victorin avec quelque mauvaise humeur. Il trouve ses ouvrages fort obscurs, et accessibles aux seuls érudits («... ualde obscuros, qui nisi ab eruditis non intelliguntur »)'. Ailleurs* il lui reproche son ignorance de l'Écriture sainte (dont Victorin avait commenté certaines parties). « On a beau être éloquent, remarque Jérôme, on ne peut pas discuter avec compétence sur ce qu'on ne sait pas. » En fait, il n'est pas douteux que Victorin ait lu la Bible de près ; mais, venu fort tard au christianisme, tout pénétré de néo-platonisme, il ne crut pas devoir renier, comme tant d'autres, la philosophie qui lui avait été chère ; bien plutôt s'efforça-t-il de signaler le secours que l'orthodoxie même y pouvait trouver, pour l'intelligence laborieuse des rapports du Fils au Père (qu'il représente analogues à ceux de l'Un et du \ovq dans la métaphysique plotinienne)% pour la
1. Dans sa discussion avec l'arien Candidus, dont un opuscule intitulé Liber de generalione diuina (P.L., VIII, ioi3-io3o) nous a été conservé, lié à cette réfutation, il appelle son adversaire o generose Candide, o mi dulcissime Candide, etc.. 11 y a aussi une lettre de Candidus à Marius Victorianus (P. L., i6id., io35).
2. 11 avait senti le danger de cette prépondérance, et il dit quelque part : « ... Ne quis blasphemiter intellegens meum dogma dixerit, omnia enim a sancta Scriptura et dicuntur et sunt. » (Adu. Arium, I, xlvi; P.L., VIII, 1076 C.)