SON OEUVRE LITTÉRAIRE
mais lui offrir contre les caprices et les violences de ses maîtres. Leçon que, pendant des siècles, il ne désapprendra plus !
Il est temps d'aborder l'œuvre littéraire de saint \mbroise. J"ai déjà laissé entendre qu'elle réserve quelque déception. Ambroise n"a ni la profondeur, le don de création verbale d'un saint Augustin, ni Timagination ardente, la verve passionnée, les aptitudes scientifiques d'un saint Jérôme. La partie de beaucoup la plus intéressante, c'est la Correspondance : là, l'homme d'action se peint, avec son énergie, sa sagesse pratique, et aussi sa réelle bonté, dont ceux qui le connurent sentirent si vivement la séduction. Ailleurs, on souffre un peu, parfois, de le voir s'attarder à ces gentillesses de style, à ces imitations et réminiscences, où le goût de l'époque faisait consister le talent. La composition, chez Ambroise, est rarement irréprochable, et l'expression elle-même manque d'originalité. Accablé de tâches plus urgentes, il n'a jamais eu le loisir de raffiner sur la forme ni de viser à la perfection.
Pourtant ces livres, où il est loin d'avoir mis le principal de son activité et le meilleur de lui-même, ne laissent pas d'offrir un intérêt considérable au point de vue de l'histoire des idées. Ils valent, sinon comme œuvres d'art, du moins comme documents sur les doctrines morales du christianisme dans la seconde moitié du IV* siècle.
On sait quelles considérations délicates et pénétrantes le de Officiis ministrorum de saint Ambroise a inspirées
SyO SAINT AMBROISE
à un critique comme R. Thamin'. L'ouvrage est un de ceux qui permettent de marquer le point, qui fixent un jalon sur la route que suivent les générations. Certes, le christianisme s'était constamment préoccupé de problèmes moraux, au point de vue théorique et pratique ; mais, à part les Institutions de Lactance, œuvre très mêlée, d'un esprit honnête, consciencieux, sans grande envergure, il n'avait pas encore au lY* siècle de synthèse comparable à celles que les Grecs, et à leur suite les Romains, avaient quelquefois tentées.
Ambroise ne prend nullement, dans son de Officiis, le ton d'un penseur qui va donner une Somme de la morale à laquelle il a attaché sa foi et sa vie. Loin de proclamer pareille ambition, il cherche les formules les plus modestes : c'est une simple conversation sur les choses de la morale qu'il veut avoir avec ses clercs et dont il profitera pour rectifier maintes notions philosophiques courantes parmi les païens. 11 déclare même qu'il se pique peu de présenter un exposé méthodique et qu'il lui suffit de paraphraser les beaux exemples dont les Écritures offrent une si riche moisson-.
En fait, il y a bien du caprice, bien du décousu dans l'ouvrage. Là comme ailleurs, Ambroise garde l'allure très libre dont la pratique du sermon lui avait donné l'habitude. — Puis, à qui s'adresse-t-il? Est-ce aux clercs seulement, ou à l'ensemble des chrétiens ? Est-ce d'une morale proprement cléricale qu'il dessine les contours, ou d'une morale simplement chrétienne? L'hésitation est quelquefois permise : de là un certain manque de netteté etd'uniîé.
1. Saint Ambroise et la morale chrétienne an IV' siècle. Étude comparée des traités « Des Devoirs » de Cicéron et de saint Ambroise, P., iSgS.