SON ŒUVRE LITTÉRAIRE
il la fois pour des raisons d'ascétisme, et pour des considérations d'ordre pratique dont il n'oublie pas de développer tout le détail. — Quant à la virginité, elle est à ses yeux la vertu spécifiquement chrétienne. Elle existe chez les païens, sans doute, mais alors elle s'inspire de motifs purement temporels. Dans le christianisme seul, la virginité est pratiquée pour des motifs surnaturels et se rehausse d'une incomparable pureié morale. Il n'hésite donc pas, afin de mieux précipiter les âmes dans le renoncement, à signaler les tracas dont s'accompagne ordinairement l'état de mariage et à exalter par les formules les plus enthousiastes l'incomparable sacrifice que la vierge consomme en sa propre personne. Il s'attache aussi à dénouer les difficultés d'ordre moral ou même économique que l'on élevait, dans la société milanaise, contre les maximes qu'il propageait. Au surplus, toutes ces critiques, encore qu'il les réfute une à une, viennent se briser contre un argument qui, selon Ambroise, dispenserait au besoin d'en donner d'autres. C'est que la virginité, en tant que vocation librement choisie, est d'institution divine, et que la vierge Marie la couvre de son exemple et de son patronage.
Telle est, dans ses lignes principales, la doctrine d' Ambroise sur le mariage, les secondes noces et la A'irginité. Ambroise a certainement contribué pour une large part à donner à l'idéal ainsi tracé le prix qu'il a conservé au sein du catholicisme.
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Je l'ai dit, presque tous les ouvrages d'Ambroise ont été parlés avant d'être écrits ; et s'ils ont été écrits,
c'est qu'Ambroise désirait faire entendre sa prédication au delà du cercle, trop étroit à son gré, de ses auditeurs milanais. C'est à son éloquence pastorale qu'il dut son influence la plus efficace sur les âmes. Nous avons là-dessus le témoignage direct de saint Augustin, auditeur assidu d'Ambroise avant même sa propre conversion : a Je déployais un grand zèle, raconte-t-il dans ses Confessions (V, xiii), à l'entendre disserter au milieu du peuple, et sa parole tenait mon attention suspendue. A vrai dire, j'étais incurieux, dédaieneux même du fond des choses : mais la suavité de son discours me ravissait. »
Nous savons qu'un des thèmes favoris sur lesquels Ambroise aimait à s'exercer, c'était l'immoralité du contraste entre l'extrême pauvreté des uns et le luxe effréné des autres. Particulièrement significatif à ce point de vue est le sermon sur Naboth, qui date vraisemblablement de ses toutes dernières années. Avec une vigueur qui rappelle les invectives des satiriques et des moralistes romains, il y flétrit la rapacité des riches et l'oppression qu'ils font peser sur les misérables. Il ne craint même pas de leur rappeler le caractère tout conventionnel et arbitraire de la propriété humaine. L' « économie politique » d'Ambroise, si le mot n'est pas trop ambitieux, est toute pénétrée de charité et d'amour.
Pour avoir une idée de ses catéchèses, c'est le de Mysteriis qu'il faut lire. Saint Ambroise s'y adresse aux catéchumènes qui ont déjà reçu le baptême et l'Eucharistie, et il leur explique la signification profonde des gestes rituels qui ont été accomplis devant eux ou sur eux. Afin de prévenir les objections ou les doutes qui pourraient naître dans leur esprit, il s'at tache à leur démontrer qu'il n'y avait rien d'indiffé-
SA MÉTHODE EXÉGÉTIQUE SyS
rcnt dans ce qu'ils ont vu, que tout comportait un sens mystérieux, une etïlcacité morale, et était instrument de la régénération préfigurée par tant de récits scripturaires.
Un recours constant à l'Écriture, telle était la méthode ordinaire de saint Ambroise dans le sermon. <( La sainte Écriture, écrivait-il à l'évêque Constantius ', est une mer qui a en soi des sens profonds et tout le mystère des énigmes prophétiques. » C'est à déchiffrer ces énigmes qu'il a consacré ses traités exégétiques, qui constituent le principal de son œuvre.
On s'étonne d'abord que saint Ambroise ait trouvé le loisir de rédiger de si abondantes paraphrases des Écritures au milieu d'une vie qu'accaparaient tant de soucis divers. Mais, à l'analyse, la chose s'explique assez bien. C'est de sa tâche quotidienne de prédicateur qu'il faisait sortir la plupart de ces opuscules. C'est ainsi que VExameron — pour choisir cet exemple — est constitué par neuf sermons qui furent prêches durant six jours de suite, au cours du Carême. Dans le premier livre, le troisième et le cinquième, six homélies sont entrées : deux pour chaque livre. Les autres livres, le second, le quatrième et le sixième, sont formés chacun d'une seule homélie. Et on peut repérer çà et là la trace de cette origine, qu'Ambroise n'a pas pris la peine d'effacer : finales ou reprises de sermon ^ ; allusion au jour qui baisse S à la fatigue «des auditeurs *.
Il est indiscutable que, de son temps, Ambroise eut